0010 Les troubles anxieux : Le PC de sécurité
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Les
Troubles Anxieux : Comprendre et Traiter
Approche
Bio-Psycho-Socio-Écologique
Un
guide clinique pour la pratique
Dr. Claude
Jean Paris Psychiatre, Spécialiste en Psychoéducation
Basé
sur le modèle du PC Sécurité de l’Esprit
Table des matières
1.
Introduction : Au-delà de la
description clinique
2.
Les fondations biologiques de
l’anxiété
3.
Les dimensions psychologiques
et émotionnelles
4.
L’impact social et les systèmes
relationnels
5.
Les facteurs écologiques et
contextuels
6.
Du diagnostic au plan de soin
intégré
7.
Arsenal thérapeutique : Une
approche graduée
8.
Reprise du contrôle :
Protocoles du quotidien
9.
Conclusion : Vers une sécurité
recalibrée
Introduction :
Au-delà de la description clinique
Les
troubles anxieux représentent l’une des conditions psychiatriques les plus
prévalentes dans nos sociétés occidentales. Selon l’Organisation mondiale de la
santé, environ 4 % de la population mondiale souffre d’un trouble anxieux (OMS,
2019), avec des taux considérablement plus élevés dans les contextes de stress
professionnel chronique.
Pourtant,
au-delà des chiffres épidémiologiques, réside une réalité clinique complexe :
l’anxiété est rarement une entité isolée. Elle est le fruit d’une interaction
dynamique entre des processus neurologiques, des schémas de pensée, des
relations interpersonnelles et des conditions de vie.
L’approche
bio-psycho-socio-écologique (BPSE) offre un cadre structurant pour comprendre
cette complexité et, surtout, pour intervenir de manière cohérente et efficace.
Elle reconnaît que l’anxiété ne doit pas être fragmentée en dimensions
séparées, traitées isolément par différents spécialistes. Au contraire, une
vision intégrée permet au clinicien de concevoir des plans de soin
véritablement adapté au patient.
Cet
article propose une exploration structurée du trouble anxieux à travers ce
prisme multidimensionnel, en mettant l’accent sur les solutions pratiques et
sur la collaboration thérapeutique.
1. Les fondations
biologiques de l’anxiété
1.1 Du système
d’alarme normal à la dysrégulation
L’anxiété
n’est pas pathologique en elle-même. Elle est une réaction biologique
protectrice qui a permis à notre espèce de survivre. Lorsqu’une menace est
perçue — réelle ou anticipée — le système nerveux sympathique s’active,
libérant de l’adrénaline et du cortisol. Le cœur s’accélère, la vigilance
augmente, la digestion ralentit. C’est le mécanisme de « combat-fuite-paralysie
» (Williams, 2014).
Dans
un trouble anxieux généralisé (TAG) ou un trouble panique, ce système de
détection des menaces s’est recalibré. Le seuil d’activation est abaissé, et
surtout, une fois déclenché, l’alarme reste bloquée en position « ON ». Le
patient demeure en hypervigilance permanente, incapable de distinguer un danger
réel d’un faux positif neurobiologique.
Les
substrats neurobiologiques sont bien documentés :
•
Hyperactivité amygdalienne : l’amygdale, centre émotionnel du cerveau limbique, montre une
sensibilité accrue aux stimuli menaçants (Etkin & Wager, 2007). L’imagerie
cérébrale révèle une activation persistante chez les patients anxieux, même au
repos.
•
Déficit de régulation
préfrontale : le cortex préfrontal médian, impliqué
dans la régulation émotionnelle consciente, montre une connectivité réduite
avec l’amygdale. Cette rupture neurobiologique empêche l’apaisement cognitif de
la peur.
•
Dysfonctionnement du système
GABAergique : le GABA, principal neurotransmetteur
inhibiteur du système nerveux central, est insuffisamment actif ou efficace.
Cela explique l’excitabilité neurologique chronique.
•
Hypertonus noradrénergique : l’activation excessive du système noradrénergique (lié à
l’adrénaline) maintient le corps dans un état de mobilisation permanente.
1.2 L’impact
physiologique au-delà du cerveau
L’anxiété
chronique crée une véritable réaction en chaîne physiologique :
•
Système cardiovasculaire : palpitations, accélération du rythme cardiaque, tension
artérielle élevée. À long terme, cela augmente le risque de maladies
cardiovasculaires (Roest et al., 2010).
•
Système respiratoire : sensation d’étouffement, respiration superficielle. Cela crée un
cycle vicieux : l’hypocapnie (manque de dioxyde de carbone) induite par
l’hyperventilation accentue les vertiges et les étourdissements, qui renforcent
l’anxiété.
•
Système digestif : nausées, syndrome du côlon irritable, inappétence. L’axe
intestin-cerveau joue un rôle capital ; le déséquilibre du microbiote influence
à son tour la synthèse de sérotonine et l’humeur globale.
•
Muscles et articulations : tension motrice généralisée, tremblements, douleurs diffuses.
Cette somatisation crée souvent une croyance fausse chez le patient : « Mon
anxiété est la conséquence de ma douleur », alors que l’inverse est vrai.
Point clinique essentiel : Avant de
poser un diagnostic de trouble anxieux, le clinicien doit éliminer les causes
somatiques. Hyperthyroïdie, hypoglycémie, caféinisme, apnée du sommeil,
insuffisance cardiaque, anémie — tous ces états peuvent mimer une anxiété
primaire (Rief et al., 2019).
2. Les
dimensions psychologiques et émotionnelles
2.1 Le modèle
centré sur les émotions : cœur-noyau et boucle défectueuse
Dans
l’approche BPSE, les dimensions psychologiques de l’anxiété ne sont pas
réduites au plan cognitif — aux « pensées négatives » simplistes. Au contraire,
il faut comprendre la contribution des émotions primaires (peur traumatique,
honte, insécurité profonde) et la manière dont le cerveau construit des
défenses secondaires pour les éviter.
Le
modèle proposé dans la présentation « PC Sécurité de l’Esprit » identifie un
noyau émotionnel auquel le patient ne peut accéder directement. Ce noyau peut
contenir :
•
Peur traumatique : résultat d’une exposition à un événement effrayant non traité
•
Honte : associée à la conviction interne d’être défectueux ou indigne
•
Insécurité d’attachement : doute fondamental quant à la disponibilité et la fiabilité des
figures d’attachement
Pour
éviter cette douleur primaire intolérable, le cerveau déploie une stratégie
brillante… mais qui s’avère contre-productive. Le patient développe des
ruminations et des anticipations anxieuses. Ces pensées catastrophisantes (« Je
vais m’évanouir », « Je vais perdre le contrôle ») créent une illusion de
contrôle : en pensant au pire, j’essaie de le préparer ou de l’éviter.
Cependant,
cette anticipation anxieuse est elle-même une émotion secondaire, qui alimente
le cycle :
|
Étape |
Processus psychologique |
Résultat ou maintien |
|
1. Perception |
Interprétation menaçante d’une sensation corporelle ou d’une
situation ambiguë. |
Émotion primaire activée, souvent hors de la conscience. |
|
2. Rumination |
Le patient pense intensément au danger supposé pour mieux le
contrôler ou l’éviter. C’est une tentative de coping cognitif. |
Renforce l’accès amygdalien, amplifie la sensation de menace. |
|
3. Anticipation |
Projection catastrophiste dans le futur : « Je vais m’évanouir, je
vais mourir, je vais perdre mon emploi ». |
Crée une émotion secondaire (anxiété) qui alimente la boucle. |
|
4. Impuissance |
Malgré la rumination, le danger supposé ne disparaît pas. Le
contrôle cognitif échoue. |
Renforce la conviction d’impuissance et relance le cycle anxieux. |
Ce
cycle est le cœur du maintien de l’anxiété. Le patient reste emprisonné dans
une tentative de résolution qui est elle-même le problème. La psychothérapie
efficace rompt ce cycle en aidant le patient à identifier la peur primaire et à
développer une capacité à la tolérer sans chercher à la contrôler par la
rumination.
2.2 Troubles
anxieux spécifiques et leurs signatures psychologiques
|
Type de trouble |
Signature émotionnelle primaire |
Stratégie de défense secondaire |
Implications cliniques |
|
TAG |
Insécurité diffuse, perte de contrôle |
Rumination préventive permanente |
TCCe efficace pour reformuler ; exposition progressive |
|
Panique |
Peur de mort imminente, perte de contrôle corporel |
Évitement de situations de crise |
Exposition intéroceptive + psychoéducation sur le corps |
|
Phobies |
Peur irrationnelle et circonscrite d’un objet/situation |
Évitement systématique |
TCC avec exposition progressive très efficace |
|
TOC |
Pensées intrusives menaçantes, peur de causer du mal |
Rituels compulsifs pour neutraliser l’anxiété |
Exposition + prévention de la réponse compulsive |
3. L’impact
social et les systèmes relationnels
3.1 L’anxiété comme
phénomène relationnel
L’approche
BPSE reconnaît que l’anxiété ne se développe pas dans un vide social. Les
relations interpersonnelles — en particulier les liens d’attachement — jouent
un rôle fondamental dans la régulation émotionnelle de l’enfant et, ensuite, de
l’adulte.
Plusieurs
mécanismes sont en jeu :
•
Transmission
transgénérationnelle : Les parents anxieux
modélisent une interprétation menaçante du monde. L’enfant intériorise ce biais
attentionnel envers les menaces (Rapee & Coplan, 2010).
•
Surprotection parentale : « Je vais te protéger du monde, qui est dangereux » — ce message
bien intentionné empêche l’enfant d’explorer et de construire sa confiance en
lui.
•
Insécurité d’attachement : Un parent inconstant ou émotionnellement indisponible laisse
l’enfant dans l’incertitude quant à sa sécurité de base. À l’âge adulte, cela
manifeste comme une hypervigilance relationnelle.
3.2 Les
conséquences sociales de l’anxiété : isolement et avoidance
Dans
l’autre direction, l’anxiété crée des complications sociales qui la
maintiennent et l’amplifient :
•
Avoidance sociale : Le patient craint le jugement ou l’humiliation en contexte
social. Il commence par éviter certaines situations (réunions, présentations
publiques) ; progressivement, ce périmètre d’évitement s’élargit, créant une
phobie sociale qui isole l’individu.
•
Perte de soutien social : L’isolement réduit l’accès aux ressources relationnelles de
coping. Les moments de détente et de connexion — essentiels à la régulation
émotionnelle — diminuent.
•
Cercle vicieux du
validation-seeking : L’anxieux cherche des
rassurances auprès de proches (« Je vais vraiment m’évanouir ? ») ; le proche
rassure ; mais l’effet est fugace et le besoin revient, créant une dynamique de
dépendance relationnelle.
3.3 Approche pratique
: Rôle du copilote
Pour
les patients où la famille joue un rôle, une éducation du copilote est
essentielle :
•
Reconnaître les signes
d’alerte : Sommeil perturbé, restlessness
(impatience motrice), isolement croissant.
•
Garder sa place : Ne pas se substituer au thérapeute. Comprendre que le soutien
émotionnel n’est pas médical. Savoir dire « Je comprends ton inquiétude, mais
je te propose plutôt d’en parler à ton thérapeute ».
•
S’orienter vers l’aide
professionnelle : Plutôt que de rassurer sans fin,
aider le patient à chercher une aide adaptée et à consulter un professionnel,
sans forcer brutalement.
•
Se protéger : L’entourage doit reconnaître ses propres limites. L’anxiété de
l’autre n’est pas sa responsabilité. Trouver du soutien personnel (associations
de proches, supervision pour les aidants).
4. Les facteurs
écologiques et contextuels
4.1
Environnement professionnel et stress chronique
L’anxiété
du XXIe siècle se nourrit largement de conditions écologiques adverses. Le
stress professionnel chronique — défini par l’absence de reconnaissance,
l’isolement, la surcharge ou l’absence de contrôle — crée un terrain fertile
pour les troubles anxieux.
Des
études montrent que les professionnels en contextes de forte exigence
(personnel médical, services sociaux, éducation) présentent des taux
significativement élevés de troubles anxieux et dépressifs (Burnout : OIT,
2020). Leur système d’alarme est constamment activé, ce qui aboutit à un
épuisement émotionnel.
4.2
Environnement numérique et hyperconnectivité
Le
monde numérique amplifie l’anxiété par plusieurs mécanismes :
•
Exposition constante à
l’information alarmante : Les algorithmes des
réseaux sociaux privilégient le contenu émotionnellement chargé. La
doomscrolling (défilement anxieux de mauvaises nouvelles) crée une anticipation
anxieuse chronique.
•
Comparaison sociale : La mise en scène de la vie parfaite par les autres génère une
anxiété d’inadéquation chez les utilisateurs, en particulier chez les
adolescents.
•
Disruption du sommeil : La lumière bleue des écrans, utilisés jusqu’au coucher, diminue
la sécrétion de mélatonine. Le manque de sommeil rend le système nerveux plus
fragile et irritable.
4.3 Environnement
physique et mode de vie
L’environnement
immédiat du patient influe largement sur son équilibre émotionnel :
•
Sédentarité : L’inactivité physique réduit la synthèse d’endorphines et de
sérotonine. L’exercice, au contraire, est un régulateur puissant de l’humeur et
de l’anxiété.
•
Sommeil insuffisant : Dormir moins de 6-7 heures diminue la capacité du cortex
préfrontal à réguler l’amygdale. Le patient devient hyperréactif
émotionnellement.
•
Consommation de stimulants : Caféine excessive, nicotine, alcool — tous ces produits modulent
le système nerveux de manière contre-productive pour qui souffre d’anxiété.
4.4 Interventions
écologiques pratiques
•
Hygiène de vie : réduction drastique du temps d’écran, création d’une routine de
sommeil régulière, incorporation de la marche ou d’un sport agréable.
•
Désintoxication
informationnelle : Limiter la consommation de
médias alarmants. Établir des jours sans réseaux sociaux.
•
Optimisation professionnelle : Si possible, identifier les sources de stress chronique au
travail et envisager des ajustements (délégation, clarification des rôles,
demande de flexibilité).
5. Du diagnostic au
plan de soin intégré
5.1 Cadre diagnostique
Le diagnostic
différentiel est essentiel. Plusieurs conditions miment ou génèrent une
symptomatologie anxieuse :
|
Condition à exclure |
Mécanisme (comment
elle mime l’anxiété) |
Investigation clé |
|
Hyperthyroïdie |
Augmentation du
métabolisme, tachycardie, tremblements |
TSH, Free T4 |
|
Apnée du sommeil |
Fragmentation du
sommeil, hypoxie, vigilance réduite |
Polysomnographie si
suspicion |
|
Troubles cardiaques
(arythmies) |
Palpitations
réelles, lipothymies |
ECG, holter,
échocardiographie |
|
Dépression |
Anxiété antérieure à
la dépression ; manque d’énergie |
Chronologie : la
perte d’intérêt est-elle première ou secondaire ? |
5.2 Les trois
piliers d’une évaluation complète
•
Évaluation biologique : Examen physique, tests de laboratoire (TSH, glycémie à jeun,
hémoglobine), ECG si indication. Évaluation des comorbidités (addiction,
dépression).
•
Évaluation psychologique : Chronologie des symptômes, identification de la peur primaire,
schémas de pensée, stratégies de coping actuelles. Outils comme l’échelle GAD-7
(General Anxiety Disorder-7) ou YBOCS (Yale-Brown Obsessive Compulsive Scale)
pour les TOC.
•
Évaluation sociale et
écologique : Soutien familial, contexte
professionnel, environnement immédiat, hygiène de vie.
5.3 Formulaire
de plan de soin global (approche BPSE)
|
Dimension |
Interventions proposées |
|
Biologique |
Traitement pharmacologique si indication (ISRS, éventuellement
benzodiazépines), hygiène de sommeil, réduction de caféine, activité physique
régulière |
|
Psychologique |
Psychothérapie (TCC, TCCe), identification et travail sur la peur
primaire, outils de régulation émotionnelle (pleine conscience, respiration) |
|
Social |
Psychoéducation du patient et de la famille, amélioration du
soutien social, réintégration progressive dans activités sociales |
|
Écologique |
Adaptation du contexte professionnel si possible, limitation du
temps d’écran, création d’un environnement favorable au repos |
6. Arsenal
thérapeutique : Une approche graduée
Le
traitement des troubles anxieux suit un modèle pyramidal, où chaque échelon
s’ajoute au précédent selon la sévérité et la réaction aux interventions
précédentes.
6.1 Base de la
pyramide : Hygiène de vie et psychoéducation
Tous
les patients bénéficient d’une psychoéducation robuste :
•
Comprendre les mécanismes : Comment fonctionne le système d’alarme ? Pourquoi la rumination
aggrave l’anxiété ? Cette compréhension normalise le phénomène et réconforte le
patient.
•
Plan d’action : Sport (3x/semaine minimum), sommeil régulier (7-8 heures),
limitation drastique de caféine et d’alcool, réduction du temps d’écran.
•
Techniques de relaxation : Respiration contrôlée (4-4-4 : inspirer en 4 secondes, tenir 4
secondes, expirer 4 secondes), relaxation progressive (Jacobson), méditation de
pleine conscience.
6.2 Premier
étage : Psychothérapies (TCC et TCCe)
La
Thérapie Cognitivo-Comportementale (TCC) est le traitement psychothérapeutique
de première intention, avec des niveaux de preuve élevés (grade A, d’après les
directives de la Haute Autorité de Santé).
TCC classique
(8-20 séances selon le trouble)
Mécanisme : Modifier les schémas de
pensée dysfonctionnels qui maintiennent l’anxiété.
•
Exposition progressive aux
peurs : Créer une hiérarchie de situations
anxiogènes (de la moins à la plus menaçante) et les affronter progressivement,
sans évitement.
•
Prévention de la réponse : Empêcher les comportements de sécurité (checking, avoidance,
demandes répétées de rassurance) qui renforcent l’anxiété. Cela est
particulièrement important pour le TOC.
•
Restructuration cognitive : Examiner les preuves pour et contre les pensées catastrophistes.
« Aucune preuve que je m’évanouisse lors de crises de panique ».
Thérapie Centrée
sur les Émotions (TCCe)
Approche
complémentaire qui adresse les émotions primaires, particulièrement utile quand
la TCC classique stagne.
•
Identifier la voix interne
catastrophiste : Le patient apprend à distinguer la
voix vulnérable (peur profonde) et la voix critique (auto-reproche,
humiliation).
•
Dialogue interne bifocal : Créer un dialogue interne entre ces deux voix, permettant à la
partie vulnérable d’exprimer ses vrais besoins (au lieu de fuir dans la
rumination).
•
Accès à l’autocompassion : Plutôt que de combattre l’anxiété, développer une attitude de
bienveillance envers soi-même face à la peur.
6.3 Deuxième
étage : Traitements pharmacologiques
Si
les psychothérapies seules ne suffisent pas, ou si la sévérité du trouble
empêche l’engagement en psychothérapie, un traitement médicamenteux doit être
envisagé.
|
Classe de médicament |
Rôle et caractéristiques |
Exemples et notes |
|
ISRS (Inhibiteurs Sélectifs de la Recapture de la Sérotonine) |
Traitement de fond. Efficacité : débute en 4-8 semaines, effets
maximaux à 12 semaines. Indiqués pour tous les troubles anxieux (TAG,
panique, phobies, TOC). |
Escitalopram 10-20 mg/j, Paroxétine 20-60 mg/j, Sertraline 50-200
mg/j. Durée : 6-12 mois après amélioration. |
|
Benzodiazépines |
Soulagement d’urgence des crises aiguës. Effet immédiat (15-30
min). ATTENTION : Risque élevé de dépendance, à utiliser de manière limitée
et encadrée (max 4 semaines). |
Lorazepam 1-2 mg au moment de la crise, Alprazolam 0.5-1 mg.
Sevrage progressif obligatoire après utilisation. |
Point d’importance clinique :
L’association optimale est ISRS + psychothérapie. Le médicament n’est pas
suffisant seul ; il doit améliorer l’engagement et les progrès en
psychothérapie.
7. Reprise du
contrôle : Protocoles du quotidien
Au-delà
des consultations, le patient doit développer une pratique quotidienne pour
reprendre le contrôle de son système d’alarme.
7.1 Les quatre piliers
de l’autogestion
|
Pilier |
Pratique
quotidienne |
Bénéfices
observés |
|
Activité
physique |
30
min de marche ou sport que vous aimez, 3-5 fois/semaine. L’objectif est de
libérer la tension motrice accumulée. |
Diminution
de la tension générale, meilleure qualité de sommeil, augmentation de
l’endorphine (bien-être). |
|
Hygiène
du sommeil |
Coucher
et lever réguliers, éviter écrans 1h avant dormir, chambre fraîche et
obscure, limiter caféine après 14h. |
Restauration
de la régulation émotionnelle, diminution de l’irritabilité, meilleure
tolérance à l’anxiété. |
|
Limitation
des stimulants |
Éliminer
caféine, réduire alcool à 0-2 unités/jour (si consommation), cesser tabac. |
Diminution
de l’hypervigilance, amélioration de la qualité du sommeil, moins de crises
de panique. |
|
Relaxation
& pleine conscience |
10-15
min de méditation ou respiration guidée chaque jour. Applications : Calm,
Headspace, Insight Timer. |
Meilleure
connexion corps-esprit, diminution du « bruit » rumainatif, augmentation de
la capacité à observer l’anxiété sans y être identifié. |
Conclusion : Vers
une sécurité recalibrée
Les
troubles anxieux ne sont pas des défaillances personnelles du patient. Ils
représentent un recalibrage dysfonctionnel du système d’alarme biologique face
à des circonstances psychologiques, sociales et écologiques adverses. Cette
compréhension, bien qu’humaine et non culpabilisante, est aussi puissante :
elle suggère que le système peut être recalibré.
L’approche
bio-psycho-socio-écologique offre un cadre complet pour cette recalibration.
Elle demande du clinicien une vision intégrée et du patient une implication
active. Les protocoles thérapeutiques décrits — psychothérapie,
pharmacothérapie, hygiène de vie, ajustements écologiques — ne fonctionnent
ensemble que lorsqu’ils sont coordonnés autour d’une compréhension partagée de
ce qui se passe.
Le message final est un message d’espoir
: Les troubles anxieux sont parmi les conditions psychiatriques les plus
traitables. Avec une prise en charge structurée et multidimensionnelle, la
plupart des patients retrouvent une vie normale et épanouie.
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