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jeudi 14 mai 2026

0033 Le Réseau Reconnecté : Architecture et Remédiation des Fonctions Cognitives

 

0033 Le Réseau Reconnecté : Architecture et Remédiation des Fonctions Cognitives

Du modèle neuroplastique à l'adaptation écologique

Dr Claude Jean Paris, Docteur en médecine, psychiatre et pédopsychiatre.

Résumé

La remédiation cognitive est une intervention visant à réduire les déficits cognitifs par l'apprentissage de stratégies compensatrices ou l'entraînement intensif. Cependant, les approches fragmentées—ciblant une seule fonction cognitives—échouent souvent. Cet article propose un modèle intégré s'appuyant sur trois piliers : (1) remédiation clinique ciblée exploitant la neuroplasticité cérébrale, (2) stratégies métacognitives enseignant l'autorégulation active, et (3) adaptation écologique restructurant l'environnement pour réduire la charge cognitive externe. Nous montrons que seule une approche multimodale coordonnée—associant réentraînement spécifique, prise de conscience des processus cognitifs et aménagement des contextes de vie—permet la transformation durable de la rééducation neurônale en autonomie quotidienne. Nous illustrons ce modèle par l'architecture du système exécutif, la cascade symptomatique et les mécanismes de reconnexion cérébrale.

Mots-clés : remédiation cognitive, neuroplasticité, fonctions exécutives, métacognition, adaptation écologique, approche multimodale.


1. Introduction : Au-delà de la segmentation cognitive

Les troubles cognitifs—qu'ils résultent d'un traumatisme crânien, d'une maladie neurologique (SEP, TDAH, TOP, autisme), d'une lésion cérébrale ou d'un déclin neurodégénératif—sont traditionnellement abordés par des interventions unilatérales : retraitement de la mémoire de travail ici, entraînement attentionnel là, sans considération systémique.

Cette approche cloisonnée ignore une réalité fondamentale : les fonctions cognitives ne sont pas des entités isolées. Elles forment un réseau interconnecté où chaque composant (attention, mémoire, inhibition, flexibilité) soutient et influence les autres. Une défaillance dans un seul domaine—par exemple une mémoire de travail surchargée—génère des cascades de dysfonctionnement dans l'inhibition comportementale, la planification et la régulation émotionnelle.

Le modèle que nous proposons repose sur trois principes fondamentaux : (1) la neuroplasticité cérébrale—la capacité du cerveau à se réorganiser structuro-fonctionnellement suite à l'entraînement ciblé—, (2) la métacognition—la capacité à prendre du recul et à réguler consciemment ses propres processus cognitifs—, et (3) l'adaptation écologique—l'aménagement de l'environnement pour réduire la charge cognitive externe. Seule l'intégration de ces trois niveaux transforme la rééducation neurônale en autonomie durable.

2. L'Architecture du Système Exécutif : Un Réseau Interconnecté

2.1. Les Quatre Piliers des Fonctions Exécutives

Les fonctions exécutives sont les capacités supérieures assurant le traitement de l'information et le contrôle de l'action. Elles reposent sur quatre pilliers interdépendants :

Attention Sélective : La capacité à résister aux distractions et à filtrer l'environnement. Un déficit attentionnel génère une surcharge informative constante, empêchant le traitement efficace des stimuli pertinents. Chez l'enfant TDAH ou l'adulte post-traumatique, cette vulnérabilité est un point d'ancrage crucial pour la remédiation.

Mémoire de Travail : La capacité à maintenir et manipuler l'information temporairement. C'est le « buffer » du système cognitif. Une mémoire de travail déficitaire produit une « charge cognitive perçue » maximale, où même les tâches simples paraissent accablantes. Le cerveau limbique en état de surcharge exécutive produit de l'anxiété et de l'impulsivité.

Inhibition : La capacité à bloquer les réponses impulsives automatiques. Un déficit inhibitoire crée des comportements dysrégulés—incapacité à attendre, réactions disproportionnées, non-respect des consignes. C'est le symptôme visible qui attire l'attention clinique, mais qui masque souvent un dysfonctionnement en amont.

Flexibilité & Planification : La capacité à s'adapter aux changements et séquencer les actions. Un déficit de flexibilité produit une rigidité comportementale—persévération, difficulté à modifier des routines, incapacité à générer des alternatives. La planification déficitaire génère impulsivité et désorganisation.

Ces quatre composantes sont orchestrées par un système central : le cortex préfrontal dorsolatéral et le système limbique, qui redistribuent les capacités attentionnelles, résistent aux distractions et actualisent en permanence les informations. C'est ce « hub » central que la remédiation doit cibler.

2.2. Le Moteur Cognitif : Modèle de la Mémoire de Travail

La mémoire de travail fonctionne selon un modèle à trois composantes (Baddeley & Hitch) :

Boucle Phonologique : Stockage et répétition articulatoire des informations verbales, orales ou écrites. C'est le « disque dur temporaire » du langage. Chez l'enfant dyslexique ou l'adulte aphasique, cette boucle est compromise, d'où l'impossibilité à retenir des instructions verbales ou à manipuler des mots.

Calepin Visuo-spatial : Stockage et traitement des informations visuelles, spatiales et images mentales. C'est le « système de navigation » du cerveau. Un déficit ici produit des troubles de l'orientation spatiale, de la mémorisation visuelle et de la construction mentale d'objets.

Administrateur Central : Le « chef d'orchestre » qui répartit les capacités attentionnelles, résiste aux distractions et actualise en permanence les informations. C'est ici que réside le contrôle exécutif—l'essence même de la cognition supérieure. Un déficit central crée une surcharge généralisée car le système ne peut pas prioriser ni filtrer efficacement.

La clé pédagogique : l'entraînement de la mémoire de travail doit cibler simultanément ces trois composantes, car elles s'influencent mutuellement. Un enfant qui ne peut pas maintenir une instruction verbale (boucle phonologique déficitaire) aura du mal à générer une image mentale pour guider son action (calepin visuo-spatial surchargé). L'administrateur central, débordé, capitule.

3. Matrice des Vulnérabilités Cliniques : Quand le Réseau s'Altère

Les pathologies neurodéveloppementales et acquises altèrent le réseau exécutif de manière prévisible. Bien que les étiologies diffèrent, les altérations ciblent le même réseau, rendant les stratégies de remédiation transposables.

Sclérose en Plaques (SEP) : Affecte principalement vitesse de traitement et mémoire de travail. Les plaques démyélinisantes ralentissent la transmission neuronale. L'information tarde à arriver, surchargeant la mémoire de travail. Le patient a l'impression de « penser au ralenti ». Les symptômes visibles : incapacité à terminer une tâche, fatigue cognitive rapide.

Trouble du Déficit de l'Attention (TDAH) : Déficit primaire d'inhibition et de mémoire de travail. Le système dopaminergique préfrontal sous-actif ne peut pas soutenir l'attention sélective ni bloquer les distractions. Les symptômes visibles : impulsivité sociale, oubli des consignes, incapacité à terminer.

Trouble Oppositionnel (TOP) : Déficit principalement inhibitoire et du traitement sensoriel/social. L'enfant ne peut pas bloquer sa réaction automatique face à une frustration. Les symptômes visibles : opposition systématique, irritabilité disproportionnée.

Autisme (TSA) : Déficit du traitement sensoriel/social et de flexibilité. La surcharge sensorielle overwhelme la mémoire de travail. L'incapacité à changer de perspective mentale génère rigidité. Les symptômes visibles : persévération, rituels, détresse face aux changements.

La leçon clinique : Bien que les origines soient différentes, toutes ces conditions affectent le même réseau exécutif. Cela signifie que les stratégies de remédiation—bien adaptées à la sévérité et au contexte—sont largement transposables. Un entraînement à l'inhibition aide le TDAH ET le TOP. Un travail sur la flexibilité aide l'autisme ET la SEP post-AVC. Une amélioration de la mémoire de travail soutient tous les cas.

4. L'Iceberg Symptomatique : Visible et Invisible

Les symptômes visibles—incapacité à terminer une tâche, impulsivité sociale, oubli des consignes—constituent la « pointe » de l'iceberg. Sous la surface se cachent les déficits invisibles mais fondamentaux qui les causent.

Symptômes Visibles : Incapacité à terminer une tâche, impulsivité sociale, oubli des consignes, résultats scolaires en baisse, figer devant un problème. Ces comportements observables déclenchent les référentiations, les étiquettes diagnostiques et l'indignation des adultes.

Déficits Invisibles : Surcharge de la mémoire de travail (l'enfant a l'impression que son cerveau « déborde »), échec de l'inhibition (le modèle de Barkley : incapacité à supporter le délai entre stimulus et réponse), fatigue cognitive chronique (épuisement des ressources exécutives), lenteur du traitement de l'information. Ce sont les vrais architectes du dysfonctionnement, mais ils sont invisibles à l'observateur naïf.

La confusion clinique commune : Les adultes voient l'impulsivité et pensent « il ne veut pas contrôler ». En réalité, c'est « il ne peut pas supporter le délai nécessaire pour inhiber ». Les adultes voient l'oubli des consignes et pensent « il ne les a pas écoutées ». En réalité, c'est « sa mémoire de travail a été saturée après la première consigne ».

Cette distinction—visible vs invisible—est la clé de la remédiation efficace. On n'interdit pas l'impulsivité (traiter le symptôme) ; on renforce la capacité inhibitoire (traiter la cause). On ne répète pas les consignes de plus en plus fort ; on restructure le système de mémoire de travail (traiter la cause).


 

5. La Science de la Remédiation Cognitive : Reconnecter le Réseau

5.1. La Neuroplasticité Cérébrale : Le Fondement

La neuroplasticité est la capacité du cerveau à se réorganiser fonctionnellement et structurellement suite à l'expérience—notamment l'entraînement cognitif intensif. Ce n'est pas une simple restauration de la fonction perdue ; c'est une réorganisation du réseau neuronal.



Lors d'un entraînement ciblé répété (par exemple, entraînement intensif de la mémoire de travail), trois processus se déclenchent :

(1) Renforcement synaptique (Hebb) : Les connexions neuronales activées ensemble se renforcent. « Fire together, wire together ». Chaque répétition consolide les connexions.

(2) Réorganisation corticale : Les régions corticales saines se réassignent pour compenser les zones endommagées ou déficitaires. Les circuits alternatifs s'établissent. C'est ce qui permet à certains enfants dyslexiques, après une rééducation intensive, de restructurer leur réseau de lecture.

(3) Création de nouvelles voies neuronales : La synaptogenèse (création de nouvelles synapses) et la neurogenèse hippocampique (création de nouveaux neurones) se produisent en réponse à l'apprentissage. Le cerveau littéralement grandit et se restructure.

La clé : L'entraînement doit être spécifique, intensif et progressif. Vague, générique, non-ciblé, l'entraînement ne suffit pas. Le cerveau change quand on lui demande de franchir un seuil de défi, puis on augmente le défi graduellement.

5.2. Deux Paradigmes de Reconnexion

La neuroplasticité opère selon deux mécanismes complémentaires :

Processus Bottom-Up (Ascendant) : Répétition intensive pour faciliter la réorganisation corticale. Objectif : Restauration directe de la fonction altérée. Cible : Activation reitérée des circuits déficitaires pour les renforcer. Outil : Entraînements répétés (ex: signaux d'alerte exogènes, jeux ciblés). Exemple : Entraîner 100 fois une réaction d'inhibition face à un stimulus spécifique jusqu'à ce que la réponse devienne automatique.

Processus Top-Down (Descendant) : Intériorisation des mécanismes de contrôle exécutif. Objectif : Compensation et auto-régulation. Cible : Activation des fonctions complexes pour réguler les processus inférieurs. Outil : Auto-instructions, Self Alert Training, Métacognition. Exemple : Ensigner à l'enfant à se dire intérieurement « Stop. Respire. Réfléchis » avant de réagir.

La Synthèse : Ni le bottom-up seul (répétition mécanique sans conscience) ni le top-down seul (enseigner la stratégie sans l'ancrer par la pratique) ne suffisent. L'entraînement efficace combine les deux : repetitive practice anchored by metacognitive awareness.

6. Boîte à Outils Analogique et Digitale : De la Théorie à la Clinique

6.1. Entraînement Spécifique Analogique

Trois exercices illustratifs ciblent directement les composantes déficitaires :



Mots à Mots (Cible : Boucle Phonologique) : Retenir une série de mots pour reconstruire de nouveaux mots via la première syllabe. Exemple : donner « MAISON, ROBOT, SOLEIL »; l'enfant crée « MARO-SOL ». Mécanisme : Renforce le stockage verbal, la manipulation phonémique et la fluidité verbale. Complexité progressive : De 2 à 10 mots, puis augmenter la longueur des mots, puis ajouter des contraintes phonétiques.

Carrés Magiques (Cible : Administrateur Central) : Stockage temporaire, réalisation de calculs mentaux et mise à jour constante lors des erreurs. Mécanisme : Force le triage d'informations multiples, l'inhibition des calculs erronés et la révision actuelle. C'est un entraînement au système central dans toute sa complexité.

Forme, Où es-tu ? (Cible : Calepin Visuo-spatial) : Mémorisation et restitution d'emplacements et d'orientations visuelles (photographie mentale). Mécanisme : Renforce la construction mentale d'objets, l'orientation spatiale, la manipulation visuelle. Critère : Progression de 4 emplacements à 20+, puis ajout de transformations spatiales.

Chaque exercice crée une « charge cognitive croissante » qui force le cerveau à renforcer ses connexions. C'est précisément cela qui produit la neuroplasticité.

6.2. Ajustement Automatique Digital : L'Adaptabilité Informatique

Les outils numériques offrent un avantage unique : l'ajustement interactif et continu de la difficulté en temps réel selon les capacités. Quatre outils illustrent ce concept :

RoboMemo : Entraînement intensif de la mémoire de travail (visuo-spatiale et verbale). L'algorithme augmente la charge au fur et à mesure que l'enfant réussit, maintenant un défi optimal sans surcharge ni plateau.

RehaCom : Modèles d'attention et résolution de problèmes. Transfère les gains à l'autonomie sociale—l'enfant apprend à travers le jeu comment gérer les problèmes réels.

Captain's Log : Habiletés attentionnelles et visuo-motrices. Cible précisément les composantes de l'attention sélective et de la coordination.

L'Attentionnel : Ciblage de l'alerte phasique, vigilance et attention partagée. Force l'enfant à maintenir un état d'alerte et de flexibilité attentionnelle.

La force : Ajustement continu. Le système augmente la difficulté sitôt que l'enfant la maîtrise. Jamais de frustration excessive ; jamais de plateau. C'est du Vygotsky numériquement orchestré : Zone Proximale de Développement automatisée.

6.3. Codage Multi-Modal : Robustesse du Réseau

Un principe fondamental : multiplier les sources d'encodage favorise la récupération. Plutôt qu'une seule étiquette (ex : « Le nom de la commande »), créer trois voies d'accès au même concept :

Encodage Sémantique (Prénom associé au repas) : Lier le concept à un contexte significatif. Ex : « Léa apprend la formule mathématique au dîner avec sa famille ».

Encodage Visuo-spatial (Emplacement de la table) : Lier à un contexte visuel-spatial. Ex : « La table était près de la fenêtre ».

Encodage Visuel (Visage et traits physiques) : Lier à une image visuelle. Ex : « Léa portait un pull rouge ».

Stratégie : Dans la peau d'un serveur. Multiplier les points d'ancrage rend le réseau robuste. Si une voie est oubliée, les deux autres rappellent le concept. C'est pourquoi la rééducation multi-sensorielle (visuelle, auditive, kinesthésique) surpasse la mono-sensorielle.


 

7. La Mécanique de l'Inhibition : Stop & Think

L'inhibition comportementale est le mécanisme de freinage du cerveau. Un déficit ici crée l'impulsivité. Surmonter ce déficit demande une réorganisation neurologique délibérée.

Mécanisme Normal : Stimulus → [Délai] → Réponse Évaluée.

Chez le déficitaire inhibitoire : Stimulus → [Délai échoué, trop court] → Réponse Impulsive Automatique.

Technique Stop & Think (Trois étapes) :

Step 1 : Interruption volontaire de l'action en cours. Au moment où l'enfant détecte le stimulus amorçant (« Quelqu'un a dit non »), il doit physiquement s'arrêter. Pas facile si le système inhibitoire est faible. Entraînement : Demander à l'enfant d'arrêter son action 100 fois jusqu'à ce que le délai s'automatise.

Step 2 : Rappel du but général de la conduite (Goal Management Training). « Qu'est-ce que j'essaie d'accomplir ? » Cela réengage le cortex préfrontal dorsolatéral (exécutif) au lieu de laisser l'amygdale réagir automatiquement.

Step 3 : Exécution d'une réponse de meilleure qualité basée sur les alternatives disponibles. Plutôt que la première réaction, l'enfant génère 2-3 alternatives et en choisit une de manière plus réfléchie.

Graphique : Le temps augmente, l'intensité d'erreur baisse. Au début, l'erreur est maximale (stimulus provoque réaction immédiate). Après entraînement, une « pause » émerge où l'enfant évalue. L'erreur diminue, l'action réussit.

C'est fondamental : Ce n'est pas « l'enfant fait un effort » ; c'est « les circuits inhibitoires se renormalisent par la répétition ».

8. La Métacognition : Le Superviseur du Système

La métacognition est la capacité à réfléchir à ses propres pensées. C'est le « superviseur interne » qui observe, évalue et corrige les processus cognitifs. Sans cela, même un cerveau bien entraîné reste rigide et context-dependent.



Trois composantes :

Connaissances Métacognitives : Ce que je sais de mon fonctionnement (ex : « Je sais que ma mémoire de travail est faible »). Cette conscience est la première étape du changement.

Expériences Métacognitives : Mon ressenti subjectif (ex : sentiment de comprendre vs frustration). Ces signaux internes guides régulation.

Stratégies Métacognitives : Les outils que j'utilise consciemment pour atteindre mon objectif (ex : Je me relis 3 fois pour détecter les erreurs »).

Cycle Métacognitif (Autorégulation Active) :

Proactive (Avant) : Réflexion & Planification. « Quel est mon résultat d'apprentissage ? Par quoi devrais-je commencer ? »

Interactive (Pendant) : Monitorage & Régulation. « Suis-je sur la bonne voie ? À qui pourrais-je demander de l'aide ? »

Retroactive (Après) : Autoévaluation. « Quelles stratégies ont été efficaces ? Qu'aurais-je pu faire pour mieux réussir ? »

L'enfant qui maîtrise ce cycle devient autonome : il ne dépend plus du clinicien ou du parent pour réguler ses comportements ; il le fait lui-même. C'est l'essence du transfert de compétence.

 


 

 

9. L'Adaptation Écologique : Soulager le Réseau

La remédiation clinique + les stratégies métacognitives ne suffisent pas si l'environnement continue de surcharger le cerveau déficitaire. L'adaptation écologique réduit la charge cognitive extrinsèque pour donner une chance au réseau de fonctionner.

Quatre leviers écologiques :

(1) Séquençage : Éviter les doubles tâches. Privilégier le traitement de tâches une par une. Un enfant avec mémoire de travail déficitaire face à 5 consignes d'un coup capitule. Donner 1 consigne, vérifier la compréhension, puis passer à la suivante. C'est « diviser pour régner » appliqué à la charge cognitive.

(2) Aides Externes : Référentiels visuels (tableaux de tâches), pauses obligatoires de réflexion, blocs-notes à portée de main. Ces outils externalisent la charge cognitive. Plutôt que « retenir 5 choses en tête », l'enfant en note 2, puis revient à la liste. Efficacité : Réduction immédiate de la surcharge perçue.

(3) Environnement : Espaces calmes désignés (zones de gestion de l'anxiété), signaux de communication discrets avec l'adulte (plutôt que des appels verbaux constants). L'environnement physique devient un allié, pas un adversaire.

(4) Externalisation : Répéter mentalement ou à voix haute pour engager la boucle articulatoire. Ex : Un enfant impulsif se dit à voix haute « Stop. Respire. Réfléchis ». L'articulation externe renforce le contrôle interne.

Résultat : L'enfant peut enfin utiliser les compétences qu'il a construites en rééducation. Sans adaptation écologique, les gains en clinique ne transfèrent pas à la maison ou l'école.

10. La Synthèse : Un Modèle de Soins Multimodal

Une approche globale, concertée et hiérarchisée est la seule voie pour transformer la rééducation neuronale en autonomie quotidienne. Trois piliers s'imbriquent :

Remédiation Clinique : Entraînement spécifique (logiciels, jeux) pour exploiter la plasticité neuronale et réparer les déficits de base. Mécanisme : Bottom-up, répétition intensive.

Stratégies Métacognitives : Enseignement explicite de l'autorégulation, du Stop & Think et des routines de résolution de problèmes. Mécanisme : Top-down, conscience active.

Adaptation Écologique : Aménagement de l'environnement (école/maison), formation des parents (PEHP) et sensibilisation des enseignants. Mécanisme : Réduction de la charge extrinsèque.



L'intégration de ces trois domaines crée une « synergie » où les gains en remédiation se transfèrent à l'écologie de la vie quotidienne. Chacun seul est incomplet. Ensemble, ils créent un système robuste et durable.

L'affirmation centrale : Une approche globale, concertée et hiérarchisée est la seule voie pour transformer la rééducation neuronale en autonomie quotidienne.


 

Conclusion

Le modèle du Réseau Reconnecté offre une vision intégrative de la remédiation cognitive. Plutôt que de fragmenter les fonctions cognitives et de les rééduquer isolément, nous reconnaissons le cerveau comme un système interconnecté où chaque composante affecte les autres.

Les troubles cognitifs—qu'ils soient liés au TDAH, à l'autisme, aux traumatismes crâniens ou aux maladies neurologiques—affectent le même réseau exécutif fondamental. Cela signifie que les stratégies d'intervention sont largement transposables, adaptées à la sévérité et au contexte.

Trois niveaux d'intervention—remédiation clinique ciblée, stratégies métacognitives d'autorégulation, et adaptation écologique réductrice de charge—doivent fonctionner de concert pour créer un changement durable.

Le cerveau peut se restructurer. La neuroplasticité est réelle. Mais elle demande spécificité, intensité, conscience et soutien écologique. C'est cela qui transforme une rééducation fragile et context-dependent en une autonomie véritable et durable.

 


 

Références

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