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samedi 13 juin 2026

0171 GUIDE PRATIQUE À L'USAGE DES PARENTS

 0171 GUIDE PRATIQUE À L'USAGE DES PARENTS

Attitudes éducatives et stratégies concrètes face aux principaux troubles de l'enfant et de l'adolescent

Dr. Claude Jean Paris, Psychiatre et Pédopsychiatre  —  Paris et al., 2026  —  Boulogne-Billancourt

 

 

Préambule : deux piliers universels

Avant toute stratégie spécifique, deux approches constituent le socle commun à toutes les situations évoquées dans ce guide. Il ne s'agit pas de méthodes théoriques : ce sont des postures qui s'apprennent et se pratiquent au quotidien.

 

La méthode Kazdin (Parent Management Training)

La Communication Non Violente — CNV (Rosenberg)

Développée par Alan Kazdin (Yale), fondée sur les principes comportementaux. Elle enseigne aux parents à renforcer les comportements positifs, à ignorer stratégiquement les comportements peu graves, et à donner des consignes claires et cohérentes. Validée dans de nombreux essais randomisés pour le TOP, le TDAH, les troubles du comportement.

Développée par Marshall Rosenberg, elle repose sur l'observation sans jugement, l'expression des sentiments et besoins, et la formulation de demandes claires. Elle transforme la relation parent-enfant de confrontation en coopération. Particulièrement utile dans l'opposition, les conflits chroniques et l'automutilation.

Principe clé : « Attraper l'enfant en train de bien faire » et le renforcer immédiatement, spécifiquement, et chaleureusement.

Formule de base : « Quand je vois/entends... je ressens... parce que j'ai besoin de... Pourrais-tu... ? »

 

 

 

1.  Dyspraxie et dysgraphie

La dyspraxie (Trouble Développemental de la Coordination — TDC) et la dysgraphie sont des troubles neurodéveloppementaux qui affectent la planification, l'automatisation et l'exécution des gestes. L'enfant n'est pas « maladroit par manque d'efforts » : son cerveau traite différemment les séquences motrices. Comprendre cela change radicalement l'attitude parentale.

 

✅  Attitudes à adopter

❌  Attitudes à éviter

💬  Phrase CNV / approche

Verbaliser les étapes d'une tâche motrice AVANT de la réaliser (« D'abord tu ouvres le cartable, puis tu sors le cahier »)

Dire « Fais attention » ou « Tu pourrais si tu voulais » — cela culpabilise sans aider

« Je vois que ça te demande beaucoup d'énergie. J'ai besoin de t'aider autrement. Qu'est-ce qui serait plus facile pour toi ? »

Autoriser et valoriser les outils compensatoires : ordinateur/tablette pour les devoirs, stylos ergonomiques, feuilles lignées plus espacées

Forcer à réécrire « proprement » — cela génère de l'échec répété et détruit l'estime de soi

« Ce n'est pas ta faute si l'écriture est difficile. Ton cerveau est construit différemment. On va trouver des outils pour toi. »

Fractionner les tâches longues en petites étapes avec pause active entre chaque (5 min de mouvement libre)

Interpréter l'évitement des tâches manuelles comme de la paresse ou de la mauvaise volonté

« Je remarque que tu bloques. De quoi tu aurais besoin là, maintenant ? »

Collaborer avec l'école pour obtenir un PAP/PPRE : tiers-temps, droit au secrétariat, copies tapées acceptées

Cacher le trouble à l'école par honte ou peur de la stigmatisation

« On va expliquer à tes professeurs comment tu fonctionnes. Ce n'est pas un secret, c'est une information utile. »

Valoriser les compétences non-motrices : mémoire verbale, créativité, curiosité intellectuelle, sens de l'humour

Comparer avec des frères/sœurs ou des camarades plus habiles manuellement

« Tu as des ressources incroyables. L'écriture, ce n'est qu'une façon d'exprimer ce que tu sais. »

 

Points d'alerte : quand consulter en urgence

      Refus scolaire complet lié à la honte des productions écrites — risque de décrochage

      Dépression masquée par évitement généralisé — irritabilité, isolement, perte de plaisir

      Automutilation liée à la frustration de ne pas « réussir comme les autres »

 

 

 

2.  Automutilation (scarification, griffures, chocs)

⚠️  L'automutilation chez l'enfant ou l'adolescent n'est presque jamais un acte suicidaire. C'est le plus souvent une stratégie de régulation émotionnelle — une façon de rendre une douleur psychique insupportable en douleur physique contrôlable. La réaction parentale est déterminante : la panique ou la punition aggravent le comportement.

 

✅  Attitudes à adopter

❌  Attitudes à éviter

💬  Phrase CNV / approche

Rester calme physiquement lors de la découverte : s'asseoir, respirer, ne pas crier ni pleurer (traiter ses émotions hors de la présence de l'enfant)

Réagir par la colère, la punition, la honte (« c'est dégueulasse », « tu fais ça pour me faire mal »)

« Je suis inquiet(e) pour toi, pas en colère. Je veux comprendre ce qui se passe pour toi. »

Soigner la blessure calmement, sans dramatiser, sans minimiser : « Je vois que tu as besoin de soins. Je suis là. »

Retirer tous les objets de la chambre (inutile, crée une atmosphère carcérale) ou surveiller en permanence

« Ton corps mérite d'être soigné. Dis-moi ce dont tu avais besoin quand c'est arrivé. »

Établir un « plan de crise » à froid, avec l'adolescent : liste de 3–5 alternatives au moment de l'envie (appeler un ami, écouter de la musique forte, frapper un coussin, glaçon dans la main, dessin intense)

Promettre de garder le secret « entre nous » — les parents doivent partager l'information avec l'équipe soignante

« Qu'est-ce qui pourrait t'aider dans ces moments-là ? On peut réfléchir ensemble. »

Nommer sans juger : « Je vois que tu souffres beaucoup. Je suis là même si je ne comprends pas tout. »

Proposer des solutions trop rapides (« tu n'as qu'à faire du sport ») ou minimiser (« c'est rien, tout le monde a des mauvais moments »)

« Qu'est-ce que tu ressens juste avant ? Est-ce que tu peux me le décrire ? »

Consulter rapidement un pédopsychiatre ou psychologue — la thérapie DBT-A (Dialectical Behavior Therapy adolescent) est le traitement de référence

Attendre que « ça passe tout seul » ou se contenter d'une promesse de l'adolescent d'arrêter

« Je t'aime et je ne peux pas gérer ça seul(e). On a besoin d'aide professionnelle. Ce n'est pas une punition. »

 

Alternatives concrètes à enseigner à l'adolescent (plan de crise)

Sensoriel immédiat

Glaçon tenu serré dans la main, eau froide sur le visage, élastique sur le poignet (sensation sans blessure)

Expression physique

Frapper un coussin, déchirer du papier, crier dans un oreiller, courir 5 min

Expression créative

Dessiner la douleur, écrire sans censure dans un carnet secret, peindre avec des couleurs intenses

Contact humain

Appeler une personne de confiance identifiée à l'avance, aller dans la pièce où se trouve un parent

Régulation respiratoire

Cohérence cardiaque 5-5-5 : inspirer 5 sec, retenir 5 sec, expirer 5 sec — répéter 6 fois

 

 

 

3.  Refus scolaire anxieux (phobie scolaire)

Le refus scolaire anxieux (RSA) n'est pas de la paresse ni de la manipulation. C'est une réaction de peur intense — souvent associée à une anxiété de séparation, une anxiété sociale, une anxiété généralisée ou un trouble panique. Plus l'absentéisme dure, plus la réintégration est difficile : l'intervention précoce est cruciale.

 

✅  Attitudes à adopter

❌  Attitudes à éviter

💬  Phrase CNV / approche

Maintenir un rituel de départ fixe et court (max 2 min de séparation à la porte — ne pas traîner, ne pas revenir)

Négocier le matin (« juste aujourd'hui tu restes »), rester dans la voiture 20 min, appeler l'école pour prévenir de l'absence dès que l'enfant dit qu'il ne se sent pas bien

« Je comprends que tu as peur. Et tu y vas quand même — parce que tu es courageux(se). Je serai là à 16h30. »

Créer une hiérarchie d'exposition progressive avec le thérapeute : présence devant l'école → entrée → cours de sport → demi-journée → journée complète

Maintenir l'enfant à la maison « jusqu'à ce qu'il aille mieux » — l'évitement entretient et renforce la peur

« Chaque petit pas que tu fais, c'est une victoire réelle. On avance à ton rythme, mais on avance. »

Traiter les symptômes somatiques (nausées, douleurs abdominales, maux de tête du matin) comme signal d'anxiété, pas comme maladie — soins de confort légers puis départ maintenu

Consulter aux urgences répétitivement pour des symptômes fonctionnels, ce qui renforce la conviction d'être malade

« Ton corps te dit qu'il a peur. C'est vrai, c'est réel. Et on sait que ça passe une fois à l'école. »

Maintenir une structure journalière à la maison les jours d'absence forcée : lever à heure fixe, pas de jeux vidéo/écrans, travail scolaire à table

Laisser l'enfant en pyjama, regarder des séries, avoir des activités plaisantes à la maison — cela renforce l'évitement

« À la maison c'est comme l'école : on travaille. Ce n'est pas une punition, c'est pour garder le rythme. »

Prévenir l'école, construire un plan de retour avec un référent identifié (CPE, infirmière, enseignant de confiance) pour accueillir l'enfant

Exiger un retour à temps plein dès le premier jour, sans préparation ni aménagement

« Ton professeur de [matière] sait que tu reviens. Il/elle t'attend. Tu n'es pas seul(e). »

 

 

 

4.  Conduites d'opposition (Trouble Oppositionnel avec Provocation — TOP)

Le TOP se caractérise par un pattern persistant de comportement négatif, défiant, désobéissant et hostile. Il ne s'agit pas d'un « mauvais caractère » mais d'un trouble neurodéveloppemental fréquemment associé au TDAH (60% des cas). La méthode Kazdin est ici le traitement parental de première ligne, validé par des centaines d'essais.

 

✅  Attitudes à adopter

❌  Attitudes à éviter

💬  Phrase CNV / approche

Donner des consignes courtes, directes, une seule à la fois : « Pose ton téléphone maintenant » — puis attendre 10 secondes sans répéter

Donner des consignes longues avec explications (« parce que je te l'ai dit, parce que c'est comme ça... ») — l'enfant TOP est expert à détourner sur le fond

Ton neutre, voix basse et assurée. La CNV vient APRÈS la compliance, jamais pendant le refus.

Système de renforcement positif immédiat : tableau de points, jetons, privilèges — récompenser spécifiquement la compliance dans les 30 secondes

Punir constamment sans jamais renforcer — l'enfant TOP reçoit plus d'attention pour ses comportements négatifs que positifs

« Quand tu fais ce que je demande, ça me rend vraiment heureux(se). J'aime être avec toi dans ces moments-là. »

Technique Time-Out correctement appliquée : 1 avertissement, 1 min par année d'âge dans un endroit neutre, retour calme sans lecture de la morale

Time-Out dans la chambre (si elle est attractive) ou suivi d'une longue discussion — le Time-Out doit être neutre et bref

Après le time-out, retour calme : « C'est fini. On reprend. »  Pas de discours.

Choisir ses batailles : identifier 2–3 comportements non négociables (sécurité, respect minimal) et ignorer le reste provisoirement

Entrer en guerre sur tout — les parents épuisés perdent toujours sur le long terme

« Il y a des choses importantes et des choses moins importantes. Je me bats pour les importantes. »

Donner des choix limités pour redonner un sentiment de contrôle : « Tu fais tes devoirs maintenant ou dans 10 minutes ? »

Les ultimatums impossibles (« si tu ne le fais pas tu n'iras jamais chez ton ami ») — non crédibles donc sans effet

« Je vois que tu as besoin d'avoir ton mot à dire. Voilà deux options — à toi de choisir. »

Maintenir des moments positifs quotidiens non conditionnels : 15–20 min d'activité choisie par l'enfant, sans consigne ni évaluation

Conditionner tout moment agréable à la bonne conduite — l'enfant TOP a besoin d'expériences positives inconditionnelles

« Ce moment est pour toi, juste parce que tu existes. »

 

 

 

5.  Enfant victime de maltraitance parentale

⚠️  IMPORTANT : Ce profil concerne les parents NON-maltraitants (secondaire parent, beau-parent, famille élargie, accueil) qui s'occupent d'un enfant qui a été victime. Si vous êtes le parent soignant, votre rôle est de PROTÉGER ET TÉMOIGNER. Si vous avez des doutes sur votre propre comportement, parlez-en à votre médecin ou à un psy — c'est un acte de courage, pas d'accusation.

 

✅  Attitudes à adopter

❌  Attitudes à éviter

💬  Phrase CNV / approche

Croire l'enfant sans réserve lorsqu'il parle — même partiellement, même de façon confuse. Lui dire clairement : « Je te crois. Ce n'est pas ta faute. »

Douter ouvertement, interroger de façon répétée ou confrontante (« tu es sûr ? », « il ne ferait pas ça »), minimiser

« Ce que tu m'as dit est très important. Je suis là pour te protéger. Tu as eu raison de me le dire. »

Signaler sans attendre — via le 119 (Allô Enfance en Danger), le médecin traitant ou le pédopsychiatre. Ne pas tenter de gérer seul.

Attendre « de voir comment ça évolue », gérer en interne dans la famille, promettre à l'enfant de ne rien dire

« Je vais en parler à des gens dont c'est le métier de protéger les enfants. Ils vont t'aider. »

Maintenir la stabilité du quotidien : repas, école, rituels de coucher — la prévisibilité est thérapeutique pour un enfant traumatisé

Modifier brutalement l'environnement, parler du traumatisme à répétition, encourager l'enfant à « tout dire » hors cadre thérapeutique

« Ici c'est sûr. Rien ne peut t'arriver. Tu peux me parler quand tu veux, mais je ne vais pas forcer. »

Reconnaître et nommer les émotions que l'enfant exprime ou n'exprime pas : colère, honte, tristesse, confusion. Toutes sont légitimes.

Demander à l'enfant d'oublier, de pardonner, d'être « fort(e) », de « ne plus y penser »

« C'est normal d'être en colère. C'est normal d'avoir peur. C'est normal de ne pas savoir quoi ressentir. »

Prendre soin de soi en tant que parent protecteur — les traumatismes par procuration existent. Consulter un psy pour soi.

Effondrement émotionnel visible devant l'enfant, surinvestissement anxieux, culpabilisation permanente

« Je prends soin de moi pour pouvoir mieux prendre soin de toi. »

 

 

 

6.  Comportements autistiques (TSA — Trouble du Spectre de l'Autisme)

Le TSA est un trouble neurodéveloppemental caractérisé par des particularités dans la communication sociale et des comportements répétitifs/intérêts restreints. L'objectif parental n'est pas de « normaliser » l'enfant mais de créer un environnement qui respecte son mode de fonctionnement tout en développant ses compétences adaptatives.

 

✅  Attitudes à adopter

❌  Attitudes à éviter

💬  Phrase CNV / approche

Utiliser des supports visuels pour structurer le temps : planning journalier illustré, minuteur visuel (type Time Timer), pictogrammes de transition

Changer les routines sans prévenir — les transitions imprévues sont une source majeure de crise chez les enfants TSA

« Dans 5 minutes, on arrête [activité] pour passer à [activité suivante]. Regarde le minuteur. »

Anticiper les transitions : prévenir 10–5–2 minutes avant. Créer des rituels de fin d'activité (phrase, geste, chanson)

Interpréter les stéréotypies ou les intérêts intenses comme des caprices ou des provocations

« Je sais que tu as besoin de plus de temps. On prend encore 5 minutes, et après on passe à la suite. »

Respecter et s'appuyer sur les intérêts intenses : les utiliser comme levier d'apprentissage, de récompense, de communication

Interdire les intérêts restreints par principe, forcer le contact visuel, imposer des câlins ou contacts physiques non désirés

« Je vois que tu aimes vraiment [sujet]. Dis-moi encore quelque chose que tu sais là-dessus. »

Identifier les déclencheurs sensoriels (bruit, lumière, texture, foule) et aménager l'environnement en conséquence : casque anti-bruit, vêtements doux, espaces de retrait autorisés

Forcer l'exposition aux stimuli aversifs pour « habituer » — cela génère de l'anxiété et des crises sans effet thérapeutique

« Qu'est-ce qui te dérange là ? Comment je peux t'aider à te sentir mieux ? »

En cas de crise (meltdown) : réduire les stimuli, rester calme, s'asseoir au sol si possible, ne pas toucher sans accord, attendre que la tempête passe

Parler, expliquer, raisonner pendant une crise — le cortex préfrontal est momentanément hors ligne

Voix très douce, peu de mots : « Je suis là. C'est calme. Tu es en sécurité. »  (répété calmement)

Demander une évaluation par une équipe spécialisée (CRA — Centre Ressource Autisme, CAMSP, SESSAD) pour accéder aux thérapies recommandées (ABA, TEACCH, Denver)

Se fier uniquement aux ressources internet non validées, arrêter les thérapies dès les premières difficultés

« On va chercher les meilleures aides possibles pour toi. On fait équipe. »

 

 

 

7.  Fugues et mauvaises fréquentations à l'adolescence

La fugue est rarement un acte anodin. Elle signale un niveau de souffrance ou de conflit qui dépasse les ressources de l'adolescent pour y faire face autrement. Les « mauvaises fréquentations » répondent souvent à un besoin d'appartenance, de reconnaissance ou de sensations non satisfait dans le cadre familial.

 

✅  Attitudes à adopter

❌  Attitudes à éviter

💬  Phrase CNV / approche

Après le retour d'une fugue : d'abord s'assurer que l'enfant est physiquement sauf. Accueillir sans punir dans les premières heures. Reparler le lendemain.

Accueillir la fugue retour avec une punition immédiate, une confrontation à chaud ou un discours de victimisation parentale

« Je suis soulagé(e) que tu sois en sécurité. Je t'aime. On va parler de ce qui s'est passé demain, quand on sera tous les deux calmes. »

Chercher à comprendre POURQUOI : qu'est-ce que l'adolescent fuyait ? Conflit familial ? Harcèlement ? Situation insupportable à la maison ? Demande d'aide ?

Se concentrer uniquement sur la punition ou la surveillance renforcée sans s'interroger sur les causes

« Qu'est-ce qui était si insupportable que tu devais partir ? Je veux comprendre, pas juste punir. »

Sur les fréquentations : rencontrer les amis (invitation à la maison, repas partagé), s'intéresser à leur groupe, ne pas diaboliser en bloc

Interdire brutalement toutes les fréquentations — cela renforce leur attrait et exclut le parent du réseau de l'adolescent

« Je voudrais connaître tes amis. Pas pour les juger — pour savoir qui est important pour toi. »

Maintenir un cadre clair (heure de retour, notification de lieu) tout en laissant une marge d'autonomie croissante selon la fiabilité observée

Choix binaire : liberté totale ou prison — les deux sont des échecs éducatifs

« Tu gagnes de la liberté en me montrant que tu peux être fiable. Je t'en donne plus à chaque fois que tu respectes nos accords. »

Signaler une fugue de plus de 12h à la police (enfant mineur). Contacter l'assistante sociale ou le pédopsychiatre si le comportement se répète.

Normaliser les fugues répétées, gérer seul sans recours aux institutions

« J'ai besoin d'aide pour t'aider. Ce n'est pas trahir — c'est chercher les meilleures ressources pour toi. »

 

 

 

8.  Consommation de substances (cannabis, alcool, écrans)

Note clinique : La consommation de substances chez l'adolescent est rarement hédonique pure. Elle est le plus souvent auto-thérapeutique — une tentative maladroite de réguler une anxiété, une dépression, un TDAH non traité, ou une souffrance relationnelle. Comprendre la fonction de la consommation est la clé de l'intervention.

 

✅  Attitudes à adopter

❌  Attitudes à éviter

💬  Phrase CNV / approche

Aborder le sujet sans accusation ni panique : « J'ai remarqué des changements chez toi. Je ne suis pas là pour te punir mais pour comprendre. »

Fouiller la chambre en secret, faire sentir l'adolescent ou le piéger — cela détruit la confiance sans réduire la consommation

« Je t'ai observé(e) ces dernières semaines. Je suis inquiet(e). Est-ce que tu peux me dire comment tu vas vraiment ? »

Utiliser les principes de l'Entretien Motivationnel (Miller & Rollnick) : explorer l'ambivalence, refléter sans juger, faire émerger les propres raisons de changement de l'adolescent

Les discours moralisateurs répétés, les « tu vas te détruire », les comparaisons — ils activent la réactance et renforcent la consommation

« Qu'est-ce que ça t'apporte, ce truc ? Qu'est-ce que tu perds à cause de ça ? »

Chercher ce que la substance compense : sommeil, anxiété, dépression, TDAH, douleur sociale — et traiter le trouble sous-jacent

Se concentrer uniquement sur la substance et ignorer la souffrance sous-jacente

« Qu'est-ce qui se passe dans ta tête ou dans ta vie que ça t'aide à supporter ? »

Maintenir les règles non négociables (pas de consommation à la maison, pas de conduite après consommation) avec conséquences claires et prévisibles

Fermer les yeux pour « garder le contact » ou au contraire mettre fin à toute relation

« Je n'accepte pas ça sous mon toit — ce n'est pas négociable. Et je reste ton parent quoi qu'il arrive. »

Orienter vers une consultation spécialisée : consultation jeunes consommateurs (CJC), CSAPA, pédopsychiatre — sans stigmatiser

Attendre que « ça passe avec l'âge » ou croire qu'on peut régler seul une dépendance installée

« Il y a des gens dont c'est le métier d'aider les jeunes dans cette situation. Viendrais-tu une fois pour voir ? »

 

 

 

Tableau de synthèse — Principes transversaux

 

Principe universel

Application concrète

Régulation émotionnelle du parent en premier

Vous ne pouvez pas réguler votre enfant si vous êtes vous-même en état de détresse. Règle des masques à oxygène : mettez le vôtre d'abord.

Cohérence et prévisibilité

Les enfants en difficulté ont besoin de cadres stables. Un parent imprévisible (tantôt permissif, tantôt punitif) aggrave tous les troubles.

Alliance avec l'école

L'école est votre alliée, pas votre adversaire. Partagez les informations utiles, construisez des plans conjointement (PAP, PPRE, ULIS, SEGPA selon les besoins).

Ne pas gérer seul

Chercher de l'aide (pédopsychiatre, psychologue, assistante sociale, groupes de parents) n'est pas un aveu d'échec — c'est un acte de responsabilité parentale.

Séparation trouble/personne

L'enfant n'est pas son trouble. Dire « tu as un TDAH » et non « tu es un TDAH ». Dire « tu as un comportement opposant » et non « tu es un enfant opposant ».

Maintien du lien inconditionnel

Quelle que soit la gravité du comportement, l'enfant doit sentir que le lien parental ne se rompt pas. On retire des privilèges, jamais l'amour.

Prendre soin de soi

Le burn-out parental est réel et fréquent dans ces situations. Consultez un professionnel pour vous-même. Les groupes de parole pour parents (type PACT, Groupes de Guidance Parentale) sont très efficaces.

 

 

 

Ressources et orientations recommandées

 

Situation

Ressource / Orientation

Contact / Accès

Urgence / danger immédiat

SAMU / Urgences pédiatriques

15 — 112 — Urgences CHU pédiatriques

Maltraitance suspectée

CRIP (Cellule de Recueil des Informations Préoccupantes)

119 (Allô Enfance en Danger, 24h/24)

Automutilation, crise suicidaire

Urgences pédopsychiatriques, numéro national prévention suicide

3114 (numéro national, 24h/24)

Refus scolaire, scolarisation aménagée

Médecin scolaire, MDPH, RASED

Via l'établissement scolaire ou inspection académique

TSA — diagnostic et prise en charge

CRA (Centre Ressource Autisme), CAMSP, SESSAD TSA

Annuaire CRA : www.autisme.gouv.fr

Addictions adolescents

CJC (Consultation Jeunes Consommateurs), CSAPA

www.drogues-info-service.fr — 0800 23 13 13 (gratuit)

Soutien aux parents

Guidance parentale, Groupes PACT, associations de parents

Selon département — orientation par médecin traitant ou pédopsychiatre

 

 

 

Références bibliographiques sélectives

Barkley, R. A. (2015). Attention-Deficit Hyperactivity Disorder: A Handbook for Diagnosis and Treatment (4th ed.). Guilford Press.

Kazdin, A. E. (2008). The Kazdin Method for Parenting the Defiant Child. Houghton Mifflin.

Kazdin, A. E. (2005). Parent management training: Treatment for oppositional, aggressive, and antisocial behavior in children and adolescents. Oxford University Press.

Linehan, M. M. (1993). Cognitive-Behavioral Treatment of Borderline Personality Disorder. Guilford Press. [Base de la DBT-A pour l'automutilation]

Miller, W. R., & Rollnick, S. (2013). Motivational Interviewing: Helping People Change (3rd ed.). Guilford Press.

Rosenberg, M. B. (2003). Nonviolent Communication: A Language of Life. PuddleDancer Press.

Kearney, C. A. (2008). School refusal behavior in youth: A functional approach to assessment and treatment. American Psychological Association.

Lord, C., Elsabbagh, M., Baird, G., & Veenstra-Vanderweele, J. (2018). Autism spectrum disorder. The Lancet, 392(10146), 508–520.

Lochman, J. E., Barry, T. D., & Pardini, D. A. (2003). Anger control training for aggressive youth. In A. E. Kazdin & J. R. Weisz (Eds.), Evidence-Based Psychotherapies for Children and Adolescents. Guilford Press.

Paris, C. J., & Collaborateurs. (2026). Questionnaire harmonisé BPS-E : Évaluation intégrative de la santé psychosociale selon le modèle biopsychosocial-écologique. Document clinique. Boulogne-Billancourt.

Haute Autorité de Santé (HAS). (2018). Troubles du neurodéveloppement — Repérage et orientation des enfants à risque. Recommandations de bonne pratique. Saint-Denis : HAS.

HAS. (2020). Autisme et autres troubles du spectre de l'autisme — Interventions et parcours de vie de l'adulte. Saint-Denis : HAS.

Olff, M. (2017). Sex and gender differences in post-traumatic stress disorder: An update. European Journal of Psychotraumatology, 8(sup4), 1361204.

Simonoff, E., Pickles, A., Charman, T., Chandler, S., Loucas, T., & Baird, G. (2008). Psychiatric disorders in children with autism spectrum disorders: Prevalence, comorbidity, and associated factors in a population-derived sample. Journal of the American Academy of Child & Adolescent Psychiatry, 47(8), 921–929.

Bronfenbrenner, U. (1986). Ecology of the family as a context for human development: Research perspectives. Developmental Psychology, 22(6), 723–742.

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