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samedi 13 juin 2026

0165 Impulsivité, violence et anosognosie partielle :

 0165 Impulsivité, violence et anosognosie partielle :

L’apport du Questionnaire Harmoniné BPS-E pour une évaluation multidimensionnelle

Dr. Claude Jean Paris, Psychiatre et Pédopsychiatre — Boulogne-Billancourt

RÉSUMÉ

Les passages à l’acte violents et les comportements impulsifs constituent un défi clinique majeur en psychiatrie, particulièrement lorsque le patient présente une anosognosie partielle et des données anamnestiques pauvres. La séquence « je ne sais pas ce qui m’a pris » traduit une impossibilité métacognitive à anticiper, comprendre et verbaliser le débordement émotionnel. Le présent article montre en quoi le Questionnaire Harmoniné BPS-E (Paris et al., 2026), outil d’évaluation clinique intégré en quatre dimensions — psychologique, biologique, nutritionnelle/mode de vie et écologique/sociale — offre un cadre structuré permettant d’objectiver les facteurs de vulnérabilité multidimensionnels chez ces patients. La séquence clinique OPERA est proposée comme protocole d’entretien adapté. L’ensemble constitue une aide à la décision thérapeutique pluridisciplinaire.

Mots-clés : impulsivité ; violence ; anosognosie ; Questionnaire BPS-E ; régulation émotionnelle ; DBT ; cognition sociale ; multidimensionnel

1. Introduction : l’énigme de la violence sans mémoire

La pratique psychiatrique quotidienne confronte fréquemment le clinicien à une présentation déroutante : un patient — majoritairement de sexe masculin, mais pas exclusivement — qui a commis un acte violent (dispute conjugale, agression physique, explosion de colère au travail) et qui, quelques heures ou quelques jours après, dit simplement : « Je ne sais pas ce qui m’a pris. J’ai pété un câble. »[1,2]

Ce type de déclaration n’est pas nécessairement un mensonge ni une stratégie défensive. Il traduit une réalité neuropsychologique bien documentée : l’incapacité métacognitive à identifier les états internes précurseurs de l’explosion émotionnelle, couplée à une anosognosie partielle — c’est-à-dire une conscience du trouble insuffisante pour en anticiper la dynamique[3,4]. Le patient « se rend compte, mais pas totalement » : il reconnaît après coup l’acte comme problématique, mais reste incapable d’en saisir la génèse.

Cette présentation pose un problème méthodologique central : comment évaluer et orienter thérapeutiquement un patient dont les données anamnestiques sont pauvres, dont la métacognition est défaillante, et dont la motivation au changement n’est que partielle ? Les outils d’évaluation unimodaux — entretien clinique structuré, échelles de colonne vertosité ou d’impulsivité seules — s’avèrent insuffisants face à la complexité multifactorielle du phénomène.

Le présent article propose de démontrer l’intérêt du Questionnaire Harmoniné BPS-E[5] — outil d’évaluation clinique intégré en quatre dimensions — comme cadre structurant pour la prise en charge de ces patients. Il s’appuie sur les apports théoriques d’Engel[6], de Bronfenbrenner[7], de la thérapie comportementale dialectique (DBT) de Linehan[8], ainsi que des neurosciences affectives contemporaines.

2. Impulsivité, violence et anosognosie : éclairages théoriques

2.1 Le continüum impulsivité-violence

L’impulsivité est un construit multidimensionnel qui englobe l’urgence émotionnelle, le déficit de préméditation, le déficit de persévérance et la recherche de sensations[1,9]. Moeller et al.[10] la définissent comme « une prédisposition à des réactions rapides et non planifiées à des stimuli internes ou externes, sans égard pour les conséquences négatives de ces réactions ».

La violence impulsive se distingue de la violence prédatée (ou instrumentale) par l’absence de planification, la réactivité à un élément déclencheur perçu comme menaçant ou humiliant, et par l’intensité disproportionnée de la réponse [2,11]. Elle est fréquemment associée à des troubles de la personnalité (Borderline, Antisociale, Narcissique), à des troubles des conduites à l’adolescence, à des addictions et à des antécédents traumatiques [12].

La trajectoire type inclut quatre étapes[2] : (1) stimulation interne ou externe (frustration, menace identitaire, alcoolisation) ; (2) activation émotionnelle rapide avec réponse amygdalienne ; (3) défaillance du contrôle inhibiteur préfrontal ; (4) passage à l’acte avec amnistique partielle de la phase précurseure. C’est précisément cette phase précurseure que le patient alexithymique ou anosognosique ne peut pas rapporter.

2.2 L’anosognosie partielle : un obstacle clinique spécifique

L’anosognosie désigne classiquement le défaut de conscience d’un trouble neurologique. En psychiatrie, le terme est employé de manière plus large pour désigner une prise de conscience insuffisante ou déformée du trouble mental et de ses conséquences[3]. Chez le patient violent impulsif, elle se manifeste rarement comme une négation totale : le patient reconnaît généralement avoir « mal agi », mais minimise la fréquence, la gravité ou les conséquences, tout en externalisant la responsabilité (« c’est lui/elle qui m’a provoqué »)[4].

Cette anosognosie partielle est fonctionnellement liée à une déficience de la mentalisation[13] — capacité à comprendre ses propres états mentaux et ceux d’autrui — et à des déficits de métacognition[14]. Elle compromet l’alliance thérapeutique, réduit la motivation au changement, et complexifie l’anamnestique : le patient ne rapporte pas ce qu’il n’a pas consciemment enregistré.

2.3 Les facteurs de vulnérabilité multidimensionnels

La littérature convergente souligne le caractère multidéterminé des comportements violents impulsifs[6,7,12]. La dimension biologique inclut les facteurs génétiques (polymorphismes MAOA, 5-HTTLPR), les altérations de l’axe HPA, la neuroinflammation, et les déficits micronutritionnels [15,16]. La dimension psychologique intègre l’alexithymie, les biais d’attribution hostile, les schémas précoces inadaptés et les déficits de fonctions exécutives [9,17]. La dimension nutritionnelle et mode de vie comprend l’hypoglycémie réactionnelle, la consommation d’alcool, le manque de sommeil et la sédentarité [10,18]. La dimension écologique et sociale recouvre l’exposition aux événements adverses, le stress professionnel, l’isolement relationnel et la normalisation intrafamiliale de la violence [12,19].

3. Le Questionnaire Harmoniné BPS-E comme outil d’évaluation intégrée

3.1 Présentation du modèle BPS-E

Le modèle biopsychosocial-écologique (BPS-E) est une extension du modèle biopsychosocial d’Engel (1977)[6], enrichi par la théorie écosystémique de Bronfenbrenner (1986)[7] et l’approche par les capabilités de Sen (1999)[20]. Il postule que la santé mentale et les comportements dysfonctionnels ne peuvent être compris que comme la résultante d’interactions continues entre quatre dimensions interdipéndantes : biologique, psychologique, nutritionnelle/mode de vie, et écologique/sociale[5].

Le Questionnaire Harmoniné BPS-E[5] opérationnalise ce modèle à travers 49 items répartis en quatre dimensions : psychologique (19 items, max 76), biologique (10 items, max 40), nutritionnelle/mode de vie (12 items, max 48) et écologique/sociale (12 items, max 48). Chaque item est coté de 0 (état problématique maximal) à 4 (fonctionnement optimal). Les scores dimensionnels normalisés en pourcentage permettent une lecture à trois niveaux : Vert (≥ 75 %), Orange (50-74 %) et Rouge (< 50 %), guidant la priorisation des interventions.

3.2 Pertinence spécifique dans le profil violent-impulsif

Chez le patient à impulsivité débordante, le questionnaire BPS-E présente plusieurs avantages stratégiques. Premièrement, il ne repose pas sur l’introspection émotionnelle : les items biologiques, nutritionnels et écologiques sont remplis à partir de faits objectivables (durée du sommeil, fréquence d’alcoolisation, qualité du logement), contournant partiellement l’alexithymie et l’anosognosie[5]. Deuxièmement, il externalise l’évaluation : présenté comme un bilan de santé global, il réduit les résistances défensives du patient qui n’est pas stigmatisé d’emblée comme « violent ». Troisièmement, il produit un profil multidimensionnel qui révèle les vulnérabilités précipitantes même quand le patient ne peut les nommer.

Le tableau suivant synthétise la contribution de chaque dimension à la compréhension des comportements violents impulsifs :

 

Tableau 1. Facteurs de vulnérabilité par dimension BPS-E dans l’impulsivité violente

Dimension BPS-E

Facteurs de risque (score ≤ 2)

Manifestation clinique chez le patient violent

Item(s) BPS-E clé(s)

Psychologique

Régulation émotionnelle déficitaire, tolérance à la détresse faible, schémas précoces d'abandon/défectuosité, mentalisation pauvre

Explosion émotionnelle sans signal précurseur, alexithymie, attribution hostile, incapacité à nommer l'affect

Items 7, 9, 14, 18 [1,3]

Psychologique

Fonctions exécutives altérées, biais attentionnels, métacognition dysfonctionnelle

Difficultés d'inhibition comportementale, interprétation menaçante des signaux sociaux ambigus, anosognosie partielle

Items 4, 5, 18 [4,5]

Biologique

Axe HPA dysrégulé, neuroinflammation, antécédents familiaux

Réactivité au stress accrue, impulsivité organique (hypofrontalité), vulnérabilité génétique (MAOA, 5-HTTLPR)

Items 2, 1, 10 [6,7]

Biologique

Glycémie instable, déficits en micronutriments (magnésium, fer, vitamine D)

Irritabilité exacerbée en contexte hypoglycémique, fatigue cognitive favorisant le débordement émotionnel

Items 5, 6 [8]

Nutritionnel / Mode de vie

Mauvaise qualité du sommeil, sédentarité, consommation d'alcool

Seuil de tolérance à la frustration abaissé, désinhibition nocturne, comorbidité addictive facilitante

Items 7, 8, 9 [9,10]

Nutritionnel / Mode de vie

Déséquilibre oméga-6/oméga-3, microbiote altéré

Inflammation de bas grade pro-agressive, dysrégulation sérotoninergique intestinale

Items 3, 8, 10 [11]

Écologique / Social

Chômage ou harcèlement professionnel, insécurité du logement, isolement social

Stress chronique, sentiment d'injustice/humiliation, absence de régulation intersubjective externe

Items 3, 4, 6 [12,13]

Écologique / Social

Exposition aux événements adverses, discrimination, charge allostatique élevée

Trauma non élaboré, hyperréactivité latente, normalisation intrafamiliale de la violence

Items 9, 10, 11 [14]

 

3.3 Le système de cotation et ses seuils d’alerte

La cotation du questionnaire permet de calculer un score dimensionnel normalisé et un score global BPS-E. Chaque seuil a des implications directes pour la gestion du risque de violence impulsive :

 

Tableau 2. Seuils BPS-E et orientation thérapeutique dans l’impulsivité

Score BPS-E (% dim.)

Signification clinique

Orientation thérapeutique prioritaire

≥ 75 % (Vert)

Facteurs protecteurs prédominants — risque résiduel à surveiller

Psychoéducation, entretien motivationnel, plan de prévention des rechutes

50-74 % (Orange)

Vulnérabilités identifiées — décompensation possible sous stress aigu

Prise en charge ciblée (TCC, DBT-S, régulation somatique, bilan biologique)

< 50 % (Rouge)

Déséquilibre multidimensionnel — risque d'acte impulsif élevé

Plan pluridisciplinaire urgent : psychiatrique, somatique, social, judiciaire si nécessaire

 

Une configuration particulièrement alarante est l’association : score psychologique Rouge (< 50 %) + score nutritionnel Rouge (< 50 %) + score biologique Orange ou Rouge. Cette triade traduit un patient dont l’inhibition comportementale est biologiquement fragillisée, cognitivement inefficace, et dont les ressources somatiques quotidiennes sont insuffisantes pour éviter le débordement[10,15].

4. La séquence OPERA : un protocole d’entretien adapté aux patients anosognosiques

4.1 Rationale

Face à un patient dont le discours spontané est pauvre (« je ne sais pas », « ça m’a pris »), l’entretien clinique traditionnel centrené sur la narrativité du patient est particulièrement mis en échec. La séquence OPERA[5] est un protocole d’entretien clinique développé dans le cadre du modèle BPS-E, conçu pour ancrer l’évaluation dans des éléments factuels, contourner les défenses anosognosiques et préparer l’alliance thérapeutique.

4.2 Structure de la séquence

 

Tableau 3. Séquence OPERA : protocole d’entretien pour patients violents et anosognosiques

Étape OPERA

Acronyme

Question clinique

Lien BPS-E

1

O — Occurrence

Décrivez-moi le dernier épisode violent : que s'est-il passé exactement ?

Anamnèse comportementale directe — ancrage factuel pour patient anosognosique

2

P — Précurseurs

Qu'est-ce qui précédait juste avant ? Tensions corporelles, pensées, fatigue ?

Identification des signaux somatiques (Dim. Bio) et cognitifs (Dim. Psy)

3

E — Environnement

Contexte : où, avec qui, après quel événement ?

Triggers écologiques / sociaux — Dim. Éco

4

R — Régulation

Comment vous êtes-vous calmé ensuite ? Avez-vous pu y mettre fin seul ?

Evaluation de la tolérance à la détresse et auto-régulation (Dim. Psy)

5

A — Antécédents

Cela s'est déjà produit ? Dans votre famille ? Avez-vous été exposé à la violence ?

Antécédents familiaux, trauma, vulnérabilité biologique — Dim. Bio + Éco

 

La force de la séquence OPERA réside dans son orientation factuelle-comportementale : elle ne demande pas au patient comment il se sentait, mais ce qui s’est passé concrètement, reconstituant progressivement la chaîne de vulnérabilité même quand le patient ne peut l’identifier seul. Elle s’articule directement avec les dimensions du questionnaire BPS-E, permettant de contextualiser chaque score.

5. Vignette clinique fictive à visée illustrative

⚠️ Cas fictif à visée pédagogique exclusivement — Toute ressemblance avec des situations réelles est fortuite.

Monsieur K., 38 ans, est adressé en consultation psychiatrique par son médecin généraliste après un incident au domicile conjugal. Son épouse a appelé les secours après qu’il a brisé des objets et l’a bousculee lors d’une dispute. À la consultation, il présente une attitude altérnant entre culpabilité générique (« j’ai eu tort ») et externalisation (« elle pousse à bout »). L’anamnestique de l’épisode est extrêmement lacunaire.

L’application du Questionnaire Harmoniné BPS-E donne les résultats suivants :

 

Tableau 4. Profil BPS-E fictif de M. K. (vignette clinique pédagogique)

Dimension BPS-E

Score (items représentatifs)

% dimensionnel

Signaux d'alarme identifiés

Psychologique (max 76)

Régulation émotionnelle : 1 / Tolérance détresse : 1 / Mentalisation : 1 / Fonctions exécutives : 2

38 %  🔴

Alexithymie marquée, inhibition défaillante, mentalisation quasi absente — profil DBT prioritaire

Biologique (max 40)

Axe HPA : 1 / Microbiote : 2 / Antécédents familiaux : 1 / Glycémie : 2

44 %  🔴

Stress chronique non régulé, antécédent paternel de violence, bilan inflammatoire à prescrire

Nutritionnel / Mode de vie (max 48)

Sommeil : 1 / Alcool : 1 / Activité physique : 2 / Qualité lipidique : 2

46 %  🔴

Insomnie chronique, consommation alcool quotidienne — double désinhibition (pharmacologique + cognitive)

Écologique / Social (max 48)

Emploi : 2 / Réseau social : 1 / Événements adverses : 1 / Logement : 3

58 %  🟠

Isolement relationnel, trauma récent (licenciement abrupt), sentiment d'injustice persistant

Score global BPS-E

Moyenne des 4 dimensions

46,5 %  🔴

Prise en charge pluridisciplinaire urgente recommandée — orientation DBT + soutien social + bilan biologique

 

Ce profil fictif met en évidence une configuration à risque élevé : trois dimensions en zone Rouge, une en Orange. La séquence OPERA a permis d’identifier que l’épisode violent est survenu le vendredi soir, après une semaine de travail intense, une consommation de 4-5 verres d’alcool, et une discussion économique avec son épouse percue comme une remise en question de sa compétence. Le cadre BPS-E permet d’organiser cette information en facteurs précipitants identifiables et de proposer un plan thérapeutique cohérent.

5.1 Plan thérapeutique proposé (vignette fictive)

        Dimension psychologique : orientation vers un groupe DBT-Adaptée Violence (DBT-V)[8] — module régulation émotionnelle, tolérance à la détresse, mentalisation. Objectif à 8 semaines : identifier 3 signaux somatiques précurseurs personnels.

        Dimension biologique : prescription d’un bilan biologique ciblé (CRP, ferritine, vitamine D, glycémie à jeun, TSH). Consultation addictologie pour évaluation de la dépendance à l’alcool.

        Dimension nutritionnelle / mode de vie : prescription « sport sur ordonnance »[5] — 30 min marche rapide 5 jours/semaine ; hygiène du sommeil ; réduction progressive de la consommation d’alcool avec accompagnement.

        Dimension écologique / sociale : orientation vers médiation familiale ; évaluation des ressources communautaires de quartier ; contact avec l’assistant(e) social(e) du cabinet.

        Plan SMART à 6 semaines : objectif comportemental n°1 — ne pas consommer d’alcool les soirs de tension identifiée (lundi, jeudi, vendredi) ; objectif n°2 — appeler un « tiers régulateur » (ami, frère) plutôt que d’affronter la discussion en état de fatigue ou de désinhibition.

 

6. Discussion

6.1 Avantages du Questionnaire BPS-E dans ce contexte

Comparativement aux instruments unimodaux disponibles (Barratt Impulsiveness Scale[9], PCL-R[21], STAXI[22]), le questionnaire BPS-E présente trois avantages distinctifs pour le patient violent-impulsif avec anosognosie partielle.

Le premier avantage est sa tolérance à l’anosognosie : parce qu’il évalue des faits de vie concrets (sommeil, alimentation, emploi, logement) et non uniquement des états subjectifs, il permet d’obtenir des informations cliniquement pertinentes même quand le patient ne peut narrer ses états intérieurs[5]. Le deuxième avantage est sa valeur d’amorce thérapeutique : le fait de « dessiner » un profil multidimensionnel avec le patient, et de lui en présenter les résultats visuellement, peut constituer un levier motivationnel puissant chez un patient peu introspectif[23]. Le troisième avantage est sa valeur de communication pluridisciplinaire : le profil BPS-E produit un langage commun utilisable par le psychiatre, le médecin généraliste, le psychothérapeute, le travailleur social et le juge dans les situations où une injonction de soins est envisagée[24].

6.2 Limites et perspectives

Le questionnaire BPS-E n’est pas un outil de prédiction de la violence. Il ne remplace pas l’évaluation du risque criminologique (HCR-20[25], VRAG[26]) dans les contextes médico-légaux. Il n’évalue pas directement la présence de troubles de la personnalité antisociale ou de psychopathie. De plus, la cotation par le clinicien reste soumise à un biais d’information : dans un contexte de données pauvres, certains items biologiques et écologiques ne peuvent être évalués qu’avec une précision limitée.

Les développements futurs incluent : la validation psychométrique formelle du questionnaire sur des échantillons cliniques représentatifs ; le développement d’une version courte auto-administrée pour le dépistage en médecine générale ; et l’intégration dans des protocoles de recherche longitudinale sur la récidive violente.

6.3 Articulation avec les approches thérapeutiques existantes

Le profil BPS-E n’impose pas une thérapie unique. Il oriente vers les modalités les mieux indiquées : DBT[8] si la dimension psychologique est prédominante (régulation émotionnelle, tolérance à la détresse) ; thérapie centrée sur la mentaliàsation (MBT) de Fonagy & Bateman[13] si la dimension intersubjective est centrale ; approche des schémas (Young[17]) en cas de schémas précoces inadaptés bien identifiés ; interventions motivationnelles de Miller & Rollnick[23] pour les patients ambivalents ; ou prise en charge addictologique spécifique si la dimension alcool est prédominante[10].

7. Conclusion

Les patients consultant à la suite d’un épisode de violence impulsive représentent une population cliniquement complexe : combinant anosognosie partielle, alexithymie, données anamnestiques appauvries et résistances défensives. Les outils d’évaluation unimodaux se révèlent insuffisants pour saisir la multifactorialité du phénomène.

Le Questionnaire Harmoniné BPS-E[5] offre un cadre d’évaluation structuré, multidimensionnel et tolérant à l’anosognosie, qui permet d’identifier les vulnérabilités précipitantes même en l’absence de discours introspectif. Couplé à la séquence OPERA, il constitue un protocole clinique pratique, adaptable à des contextes variés — consultation psychiatrique, médecine générale, injonction de soins, groupe thérapeutique — et orientant vers des plans de soins pluridisciplinaires cohérents.

Cette approche intégrée rejoint la vision de la psychiatrie contemporaine telle que la formule le modèle BPS-E : « la maîtrise clinique ne réside plus dans le choix exclusif d’une école de pensée, mais dans la capacité à naviguer fluidement entre les échelles, de la neurobiologie de l’amygdale à la dynamique familiale complexe, tout en préservant l’humanité du soignant »[5,6].

 

Références

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Dr. Claude Jean Paris, Psychiatre et Pédopsychiatre — Boulogne-Billancourt — Modèle

0174 EXPLORATIONS FONCTIONNELLES CÉRÉBRALES ET BIOLOGIQUES EN PSYCHIATRIE

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