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mercredi 3 juin 2026

0072 l'esprit mathematique ou comment developper la bosse des maths

 0072 l'esprit mathematique  ou comment developper la bosse des maths 



L'ÉCOSYSTÈME DE L'ESPRIT MATHÉMATIQUE

Déterminants cognitifs, neurobiologiques et psychosociaux

de la réussite aux évaluations mathématiques :

vers une pédagogie de remédiation cognitive intégrée

 

Dr. Claude Jean PARIS

Psychiatre et Pédopsychiatre, Centre Médical Desfeux, Boulogne-Billancourt

Cadre théorique : Modèle Biopsychosocial-Écologique (BPS-E)

 

 


Résumé

La réussite en mathématiques est souvent réduite à une question de QI ou de « don naturel ». Cette conception, réfutée par les neurosciences contemporaines, ignore les déterminants cognitifs, neurobiologiques et psychosociaux qui conditionnent réellement la performance aux évaluations. En s'appuyant sur un modèle intégrateur — l'Écosystème de l'Esprit Mathématique — cet article identifie trois piliers fondamentaux : la Batterie Exécutive (capacités physiologiques et attentionnelles), le Disjoncteur Logique (inhibition cognitive, Système 3 d'Olivier Houdé), et la Sécurité Relationnelle (Compétences Psychosociales, CPS). Après une revue de la littérature scientifique, des protocoles de remédiation cognitive spécifiques et directement applicables en classe ou en consultation sont proposés pour chacune de ces dimensions.

 

Mots-clés : fonctions exécutives, inhibition cognitive, anxiété mathématique, sommeil, compétences psychosociales, remédiation cognitive, modèle BPS-E

 

1. Introduction : Au-delà du mythe du « don » mathématique

Les mathématiques constituent l'une des disciplines scolaires où les écarts de performance sont les plus importants et où les représentations déterministes — « je suis nul en maths », « les maths c'est pour les surdoués » — sont les plus répandues. Ces croyances, internalisées dès le primaire, génèrent des boucles de renforcement négatif dont les effets sur la trajectoire scolaire et professionnelle sont bien documentés (Dweck, 2006 ; Beilock, 2011).

Or, les neurosciences cognitives des deux dernières décennies ont profondément revisité cette conception. Dehaene (2010) a montré que le cerveau humain possède des circuits numériques primitifs partagés par toutes les espèces, et que les difficultés mathématiques relèvent davantage de déficits exécutifs, motivationnels ou environnementaux que d'une « absence de bosse des maths ». Diamond (2013), dans une synthèse majeure, souligne que les fonctions exécutives — inhibition, flexibilité, mémoire de travail — constituent le carburant cognitif de tout raisonnement mathématique élaboré.

C'est dans ce contexte scientifique que s'inscrit le modèle de l'Écosystème de l'Esprit Mathématique, développé selon le cadre Biopsychosocial-Écologique (BPS-E). Ce modèle postule que la performance mathématique en situation d'évaluation est l'alignement dynamique de trois forces interdépendantes :

        La Batterie Exécutive : la capacité physiologique à soutenir l'attention et à réguler le stress.

        Le Disjoncteur Logique : la maîtrise de l'inhibition cognitive pour bloquer les biais intuitifs.

        La Sécurité Relationnelle : le déploiement des Compétences Psychosociales (CPS) pour collaborer, modéliser et oser chercher.

L'objectif de cet article est double : d'abord, étayer chacun de ces piliers par les données scientifiques disponibles ; ensuite, proposer des exercices de remédiation cognitive pratiques, directement utilisables par les enseignants, les neuropsychologues et les pédopsychiatres.

 


2. Premier pilier : La Batterie Exécutive

2.1 Le rôle du sommeil dans la performance mathématique

Le sommeil est le premier levier biologique de la performance cognitive. Gruber et al. (2013) ont mené une étude longitudinale rigoureuse (Institut Douglas/McGill) auprès de 74 élèves de 7 à 11 ans, dans laquelle 12 heures d'éducation au sommeil ont généré en moyenne 18,2 minutes de sommeil supplémentaires par nuit, mesurées par actigraphie. Le résultat le plus frappant de cette étude est la spécificité de l'effet : l'amélioration des notes concerne prioritairement les mathématiques et l'anglais, et non les arts ou les sciences — ce qui suggère une vulnérabilité particulière des tâches de calcul et de raisonnement abstrait au manque de sommeil.

L'explication neurobiologique est fournie par Diamond (2013) et Miyake & Friedman (2012) : le manque de sommeil dégrade spécifiquement les fonctions exécutives — planification, attention soutenue, flexibilité — qui constituent le substrat exact de l'abstraction mathématique. Dewald et al. (2010) ont confirmé dans une méta-analyse cette relation dose-dépendante entre qualité du sommeil et performance académique.

 

Données clés — Sommeil et mathématiques

Étude McGill/Institut Douglas (Gruber, 2013) : +18,2 min de sommeil → amélioration ciblée des notes en mathématiques.

+100 minutes de sommeil par semaine sont associées à une amélioration significative des fonctions exécutives et des notes en mathématiques.

Mécanisme : le manque de sommeil dégrade l'inhibition, la flexibilité et la mémoire de travail — les trois « moteurs » du raisonnement mathématique.

Les adolescents sont particulièrement vulnérables au décalage circadien (Tarokh, Saletin & Carskadon, 2016).

 


2.2 La physiologie du stress en situation d'évaluation : défi versus menace

Vogel & Schwabe (2016) ont montré que le cortisol, libéré lors d'une activation de l'axe HPA (Hypothalamo-Hypophyso-Surrénalien), dégrade directement la mémoire de travail et le raisonnement analytique. En situation d'examen, deux états physiologiques distincts peuvent être observés :

 

État

Caractéristiques cognitives et physiologiques

État de Défi (top-down)

Évaluation : Ressources > Exigences. Débit cardiaque optimisé pour oxygéner le cerveau. Inhibition préservée, motivation d'approche. Mémoire de travail disponible.

État de Menace (bottom-up)

Évaluation : Ressources < Exigences. Axe HPA activé, sécrétion de cortisol, vasoconstriction. Détérioration de l'inhibition (précipitation), motivation d'évitement.

 

L'état de menace génère ce que Beilock (2011) nomme le « paradoxe de l'expert » : sous l'effet de l'anxiété, l'élève — même compétent — mobilise sa mémoire de travail pour réinvestir consciemment chaque étape d'un geste automatisé. L'action se fragmente, l'automaticité disparaît, et le risque d'erreur augmente considérablement. En condition normale, un élève expert exécute les calculs de base en tâche de fond (mode automatique), libérant ainsi sa mémoire de travail pour les raisonnements de haut niveau. Le stress inverse ce mécanisme adaptatif.



2.3 Exercices de remédiation : Batterie Exécutive

Exercice 1 — Protocole de régulation physiologique pré-examen

Remédiation cognitive — Régulation physiologique

Objectif : Abaisser le cortisol et restaurer l'état de Défi avant l'évaluation.

Durée : 5 minutes, à pratiquer en amont de toute évaluation.

 

Étape 1 — Power Posing (1 minute) : Adopter une posture d'expansion corporelle debout (bras écartés ou mains sur les hanches). Carney, Cuddy & Yap (2010) ont montré que cette posture réduit le cortisol et augmente la testostérone en moins de 2 minutes. Cadre scolaire : pratiquer collectivement avant l'entrée en salle.

 

Étape 2 — Respiration 4-4-6 (4 cycles) : Inspiration pendant 4 secondes → Apnée 4 secondes → Expiration lente pendant 6 secondes. Noble & Hochman (2019) ont démontré que l'allongement de l'expiration active le nerf vague et réduit l'activation sympathique, prévenant la précipitation induite par le stress.

 

Étape 3 — Recadrage cognitif : L'élève se dit intérieurement : « Mon cœur bat fort : c'est mon corps qui se prépare. J'ai les ressources pour réussir. » Ce recadrage verbalise l'état de Défi et inhibe la lecture de menace.

 

Exercice 2 — Journal du sommeil mathématique (suivi 3 semaines)

Inspiré des travaux de Gruber (2013), cet exercice invite l'élève à tenir un journal de bord quotidien (5 minutes le matin) noté sur une fiche structurée : heure de coucher, qualité subjective du sommeil (échelle 1-5), et auto-évaluation de la « fluidité du calcul » lors des devoirs du soir. L'objectif est de rendre visible le lien subjectif entre repos et performance cognitive, renforçant la motivation à améliorer l'hygiène du sommeil.

 

3. Deuxième pilier : Le Disjoncteur Logique

3.1 Les trois systèmes de pensée en mathématiques

Le modèle cognitif dominant en psychologie du raisonnement distingue deux modes de traitement (Kahneman, 2011) : le Système 1 (rapide, intuitif, économe en énergie, générateur de biais cognitifs) et le Système 2 (lent, analytique, algorithmique, indispensable à la rigueur mathématique mais très coûteux en énergie). Houdé (2019), dans ses travaux fondateurs sur l'inhibition cognitive, a proposé l'existence d'un troisième système — le Système 3 ou « Disjoncteur » — dont le rôle unique est de bloquer le Système 1 pour laisser le temps au Système 2 de s'activer.

En mathématiques, ce modèle a une portée clinique directe. Lorsqu'un élève lit un énoncé dont la formulation contient un piège (par exemple : « un train part à 80 km/h... combien de temps pour dépasser... »), le Système 1 propose instantanément une réponse fausse par interférence proactive ou rétroactive. Sans l'activation du Disjoncteur, l'élève confirme cette réponse intuitive sans la vérifier — c'est le biais de confirmation. La compétence mathématique réelle ne réside donc pas seulement dans la connaissance des règles, mais dans la capacité à inhiber les intuitions erronées.

 

Système

Rôle en mathématiques / Risque

Système 1 (L'Automate)

Calcul mental rapide, reconnaissance de patterns. Risque : biais de cadrage, biais de confirmation, précipitation sur les énoncés pièges.

Système 2 (Le Logicien)

Raisonnement algorithmique, démonstration, vérification. Très coûteux en énergie — dégradé par le stress et le manque de sommeil.

Système 3 (Le Disjoncteur)

Inhibe le Système 1 pour activer le Système 2. Compétence clé en évaluation. Entraînable par des pratiques spécifiques.

 


3.2 Le processus d'inhibition en 4 étapes

Houdé (2019) décrit le processus d'inhibition en situation d'énoncé piège selon quatre étapes séquentielles :

        Stimulus : lecture de l'énoncé piège.

        Interférence : le Système 1 propose instantanément une réponse fausse.

        Filtrage/Inhibition : le Disjoncteur s'active, ralentissant volontairement la pensée et rejetant l'impulsion.

        Explicitation : activation du Système 2 par le questionnement métacognitif (« Pourquoi utiliser cette règle ici ? »). La logique prend le relais.

Ce qui est cliniquement remarquable est que la capacité d'inhibition est directement dégradée par le stress (axe HPA activé) et améliorable par l'entraînement. Owens et al. (2012), dans une méta-analyse portant sur les relations entre anxiété et mémoire de travail, ont confirmé que l'anxiété sature les ressources attentionnelles, réduisant la disponibilité du Système 3.



3.3 Exercices de remédiation : Le Disjoncteur Logique



Exercice 3 — Les tâches Go/Nogo (entraînement neuronal)

Remédiation cognitive — Entraînement du Disjoncteur

Objectif : Renforcer la capacité physiologique de freinage cognitif.

Durée : 10 minutes, 3 fois par semaine (idéalement en début de séance de mathématiques).

 

Protocole Go/Nogo mathématique :

1) L'enseignant affiche des cartes ou diapositives avec des opérations (Go) et des « faux énoncés » visuellement similaires (Nogo).

Exemple Go : « 7 × 8 = ? » → répondre.

Exemple Nogo : « 7 × 8 = 54 » → bloquer la réponse et signaler l'erreur.

2) Variante avancée : énoncés pièges de type biais d'ancrage.

Exemple : « Un fermier a 17 moutons. Tous sauf 9 meurent. Combien en reste-t-il ? » (réponse intuitive erronée : 8 ; réponse correcte : 9, car l'énoncé dit 'all but 9').

3) Débriefing : identifier explicitement le biais activé (ancrage, confirmation, représentativité).

 

Mécanisme : La répétition de l'inhibition volontaire renforce les connexions préfrontales qui gouvernent le Système 3 (Diamond, 2013).

 

Exercice 4 — La métacognition à voix haute (Nommer l'ennemi)

Inspiré des travaux de Flavell (1979) et Efklides (2011) sur la métacognition, cet exercice consiste à demander aux élèves d'identifier et de nommer explicitement le biais cognitif qu'ils ont failli commettre, avant de corriger leur raisonnement. La verbalisation forcée active le cortex préfrontal — siège du Système 3 — et transforme un processus implicite en processus explicite contrôlable.

Protocole — Métacognition à voix haute

Étape 1 : L'élève résout un problème piège (erreur fréquente attendue).

Étape 2 : L'enseignant demande : « Quelle a été ta première intuition ? »

Étape 3 : L'élève formule à voix haute : « Attention, c'est un biais d'ancrage / de représentativité... »

Étape 4 : L'élève reformule sa démarche logique correcte en la verbalisant étape par étape.

 

Exemples de biais à identifier :

• Biais d'ancrage : se focaliser sur le premier chiffre de l'énoncé.

• Biais de représentativité : confondre probabilité et ressemblance.

• Biais de confirmation : interpréter l'énoncé dans le sens de sa première réponse.

 

Effet attendu : dès 8 séances, Houdé (2019) observe une amélioration mesurable sur les tâches d'inhibition numérique.

 

Exercice 5 — Les Rapémathiques (encodage par réseaux alternatifs)

Lorsque l'anxiété sature la mémoire de travail, les canaux logico-visuels habituels sont bloqués. L'utilisation de réseaux alternatifs — auditifs et rythmiques — permet d'ancrer les règles mathématiques sans surcharger le canal central. Les « Rapémathiques » consistent à créer des cartes mentales musicales ou des slams pour encoder les propriétés (distributivité, priorités opératoires, règles de trigonométrie). Ce format exploite les réseaux de traitement musical, distincts des réseaux logiques saturés par le stress, pour assurer un accès de secours aux connaissances procédurales.

 


4. Troisième pilier : La Sécurité Relationnelle et les CPS

4.1 Les Compétences Psychosociales comme infrastructure cognitive

Les Compétences Psychosociales (CPS), définies par l'OMS (2020) comme l'ensemble des aptitudes cognitives, émotionnelles et sociales permettant d'agir et d'interagir de façon constructive, ne sont pas, à proprement parler, des compétences « molles » sans lien avec les mathématiques. La méta-analyse de Durlak et al. (2011) portant sur 213 programmes d'apprentissage socio-émotionnel (SEL) auprès de 270 000 élèves a montré une amélioration moyenne de 11 percentiles sur les performances académiques — dont les mathématiques — pour les élèves bénéficiant d'une formation aux CPS.

Le lien mécanistique est précis : les CPS cognitives (maîtrise de soi, tolérance à l'incertitude) sont directement liées au passage de l'état de Menace à l'état de Défi. Les CPS émotionnelles (régulation du stress, conscience de ses émotions) protègent la mémoire de travail. Les CPS sociales (savoir demander de l'aide, communication efficace) favorisent la modélisation collaborative — un mode d'apprentissage particulièrement efficace en mathématiques.




 

Famille de CPS (selon Santé Publique France)

Application directe en mathématiques

CPS Cognitives — Maîtrise de soi

Inhiber les impulsions (Système 3). Tolérer l'incertitude d'un problème sans solution immédiate. Gérer la frustration de l'erreur sans abandon.

CPS Cognitives — Pensée critique

Questionner ses propres intuitions. Évaluer la pertinence d'une stratégie de résolution. Détecter les biais de l'énoncé.

CPS Émotionnelles — Régulation

Rester dans l'état de Défi. Empêcher la saturation de la mémoire de travail par l'anxiété. Récupérer après un blocage.

CPS Sociales — Relations constructives

Savoir demander de l'aide sans percevoir cela comme un échec. Modéliser avec un pair. Expliquer une démarche à voix haute (pédagogie de la transmission).

 

4.2 La correspondance CPS / compétences mathématiques

Le programme mathématique français distingue trois grandes compétences transversales : Chercher (s'engager dans une démarche, tâtonner), Raisonner (organiser sa démarche, bloquer les biais), Communiquer (expliquer une démarche, valider). Ces trois compétences entretiennent une correspondance directe avec les CPS : Chercher nécessite la Conscience de soi (tolérer l'incertitude sans paniquer) ; Raisonner requiert la Pensée critique et la Maîtrise de soi (inhibition, Système 3) ; Communiquer mobilise les Relations constructives (savoir demander de l'aide).

Autrement dit, les compétences psychosociales constituent l'infrastructure cognitive et environnementale sans laquelle les compétences mathématiques ne peuvent se déployer pleinement — particulièrement en situation d'évaluation.




4.3 Exercices de remédiation : La Sécurité Relationnelle

Exercice 6 — L'Exercice « En Rang ! » (Algorithmique sociale)

Remédiation cognitive — CPS sociales et algorithmique

Objectif : Entraîner simultanément l'algorithmique de tri, la communication non-verbale et la gestion de la frustration.

Durée : 15 minutes, idéal en début d'année pour créer la sécurité relationnelle.

 

Protocole :

• La classe doit se ranger par date d'anniversaire dans un silence TOTAL en moins de 5 minutes.

• Contrainte : aucune parole autorisée — uniquement communication non-verbale.

 

Double impact :

• Impact mathématique : algorithmique sociale, tri de données, essais/erreurs, vérification du résultat.

• Impact CPS : gestion de la frustration, comportements prosociaux, tolérance à l'erreur collective.

 

Débriefing (10 min) : Quelle stratégie avez-vous utilisée ? Comment avez-vous géré l'incertitude ? Qui a pris l'initiative ? Qu'est-ce qui vous a bloqué ?

 

Exercice 7 — La Pyramide Prénom (Géométrie dans l'espace et connaissance de soi)

Remédiation cognitive — CPS cognitives et modélisation 3D

Objectif : Allier géométrie dans l'espace (tétraèdre), connaissance de soi et demande d'aide.

Durée : 2 séances de 45 minutes.

 

Protocole :

• Chaque élève construit un tétraèdre en papier (patron fourni, échelle à calculer) décoré de :

   — son prénom sur une face,

   — ses 3 qualités principales sur les autres faces,

   — une notion mathématique qu'il maîtrise et dont il est fier.

 

• Contrainte : le montage est complexe — l'élève DOIT demander de l'aide à au moins un camarade.

 

Double impact :

• Impact mathématique : modélisation 3D, calcul de surfaces, géométrie dans l'espace.

• Impact CPS : connaissance de soi, demander de l'aide comme stratégie (pas comme échec), valorisation mutuelle.

 

Variante clinique : en remédiation individuelle, utiliser ce support pour évaluer l'image de soi mathématique de l'élève.

 


Exercice 8 — Le Bingo des Qualités (CPS et calcul mental)

Cet exercice hybride combine calcul mental, prélèvement de données et valorisation mutuelle. Chaque élève reçoit une grille de bingo remplie non de nombres mais de qualités humaines (persévérant, curieux, rigoureux...). L'enseignant annonce des critères mathématiques (« trouve quelqu'un dont le nombre de lettres dans le prénom est premier ») — l'élève doit à la fois effectuer le calcul ET repérer une qualité chez son camarade. L'objectif est de démontrer que la performance mathématique est indissociable du contexte relationnel dans lequel elle s'exerce.

 


5. Synthèse : L'intégration des trois piliers en situation clinique

Le modèle de l'Écosystème de l'Esprit Mathématique propose une lecture intégrée de la performance en évaluation. Un élève en réussite est un élève qui : a dormi suffisamment (Batterie chargée), évalue l'examen comme un défi (ce qui protège sa mémoire de travail), dispose de son Système 3 pour inhiber ses biais et activer la logique, et évolue au sein d'un collectif sécurisant où demander de l'aide est une stratégie, non un aveu d'échec.

Sur le plan de la remédiation, ce modèle invite à une évaluation tridimensionnelle des difficultés mathématiques. Face à un élève en échec, les questions cliniques pertinentes ne sont pas seulement « Connaît-il la règle ? » mais :

        Sa Batterie est-elle chargée ? (Sommeil, alimentation, niveau de stress chronique)

        Son Disjoncteur fonctionne-t-il ? (Capacité d'inhibition, flexibilité cognitive, résistance aux biais)

        Sa Sécurité Relationnelle est-elle établie ? (Relation à l'erreur, au groupe, à l'enseignant)

 

Grille d'évaluation clinique BPS-E pour les difficultés mathématiques

DIMENSION BIOLOGIQUE : Qualité du sommeil (< 8h/nuit ?), signes de fatigue chronique, hyperactivation sympathique (anxiété somatique avant les évaluations).

DIMENSION PSYCHOLOGIQUE COGNITIVE : Profil exécutif (inhibition, flexibilité, MT) — évaluation BRIEF/CHEXI. Présence de biais cognitifs dominants (évaluation par tâches Go/Nogo). Niveau de métacognition mathématique.

DIMENSION PSYCHOLOGIQUE ÉMOTIONNELLE : Anxiété mathématique (état de Menace chronique). Croyances sur les capacités mathématiques (théorie de l'entité vs incrémentielle, Dweck 2006). Niveau d'estime de soi scolaire.

DIMENSION PSYCHOSOCIALE : Sécurité relationnelle en classe. CPS développées (maîtrise de soi, régulation émotionnelle, communication). Capacité à demander de l'aide.

DIMENSION ÉCOLOGIQUE (Bronfenbrenner) : Représentations familiales des mathématiques. Pression académique, statut socio-économique, accès aux ressources.

 


6. Conclusion

Le présent article a proposé une lecture biopsychosociale-écologique de la réussite mathématique, articulée autour de trois déterminants dont la robustesse scientifique est bien établie : les capacités physiologiques et exécutives (Batterie Exécutive), l'inhibition cognitive (Disjoncteur Logique / Système 3) et les Compétences Psychosociales (Sécurité Relationnelle). Ces trois dimensions sont indissociables : la dégradation de l'une affecte les deux autres, en raison des boucles de rétroaction neurobiologiques et psychologiques qui les relient.

Les implications pratiques sont importantes pour les différents acteurs de l'écosystème scolaire. Pour les enseignants : intégrer la régulation physiologique pré-examen, les tâches Go/Nogo et les activités brise-glace mathématiques dans le curriculum ordinaire. Pour les psychologues et neuropsychologues scolaires : utiliser la grille BPS-E pour orienter les évaluations et les plans de remédiation. Pour les pédopsychiatres : considérer les difficultés mathématiques persistantes comme un symptôme potentiellement lié à des troubles exécutifs, anxieux ou relationnels — et non comme une simple lacune de connaissances.

Enfin, le message fondamental que ce modèle adresse aux élèves eux-mêmes est peut-être le plus important : la réussite en mathématiques n'est pas un don immuable mais un écosystème cultivable, dont chaque dimension est accessible à l'intervention et à l'entraînement.

 


Références bibliographiques

 

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0174 EXPLORATIONS FONCTIONNELLES CÉRÉBRALES ET BIOLOGIQUES EN PSYCHIATRIE

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