0072 l'esprit mathematique ou comment developper la bosse des maths
L'ÉCOSYSTÈME DE L'ESPRIT MATHÉMATIQUE
Déterminants cognitifs, neurobiologiques
et psychosociaux
de la réussite aux évaluations
mathématiques :
vers une pédagogie de remédiation
cognitive intégrée
Dr. Claude Jean PARIS
Psychiatre et Pédopsychiatre, Centre Médical Desfeux,
Boulogne-Billancourt
Cadre théorique : Modèle Biopsychosocial-Écologique
(BPS-E)
Résumé
La réussite en
mathématiques est souvent réduite à une question de QI ou de « don naturel ».
Cette conception, réfutée par les neurosciences contemporaines, ignore les
déterminants cognitifs, neurobiologiques et psychosociaux qui conditionnent
réellement la performance aux évaluations. En s'appuyant sur un modèle
intégrateur — l'Écosystème de l'Esprit Mathématique — cet article identifie
trois piliers fondamentaux : la Batterie Exécutive (capacités physiologiques et
attentionnelles), le Disjoncteur Logique (inhibition cognitive, Système 3
d'Olivier Houdé), et la Sécurité Relationnelle (Compétences Psychosociales,
CPS). Après une revue de la littérature scientifique, des protocoles de
remédiation cognitive spécifiques et directement applicables en classe ou en
consultation sont proposés pour chacune de ces dimensions.
Mots-clés : fonctions
exécutives, inhibition cognitive, anxiété mathématique, sommeil, compétences
psychosociales, remédiation cognitive, modèle BPS-E
1. Introduction : Au-delà du mythe du « don » mathématique
Les mathématiques
constituent l'une des disciplines scolaires où les écarts de performance sont
les plus importants et où les représentations déterministes — « je suis nul en
maths », « les maths c'est pour les surdoués » — sont les plus répandues. Ces croyances,
internalisées dès le primaire, génèrent des boucles de renforcement négatif
dont les effets sur la trajectoire scolaire et professionnelle sont bien
documentés (Dweck, 2006 ; Beilock, 2011).
Or, les neurosciences
cognitives des deux dernières décennies ont profondément revisité cette
conception. Dehaene (2010) a montré que le cerveau humain possède des circuits
numériques primitifs partagés par toutes les espèces, et que les difficultés
mathématiques relèvent davantage de déficits exécutifs, motivationnels ou
environnementaux que d'une « absence de bosse des maths ». Diamond (2013), dans
une synthèse majeure, souligne que les fonctions exécutives — inhibition,
flexibilité, mémoire de travail — constituent le carburant cognitif de tout
raisonnement mathématique élaboré.
C'est dans ce contexte
scientifique que s'inscrit le modèle de l'Écosystème de l'Esprit Mathématique,
développé selon le cadre Biopsychosocial-Écologique (BPS-E). Ce modèle postule
que la performance mathématique en situation d'évaluation est l'alignement
dynamique de trois forces interdépendantes :
•
La Batterie Exécutive : la capacité physiologique à
soutenir l'attention et à réguler le stress.
•
Le Disjoncteur Logique : la maîtrise de l'inhibition
cognitive pour bloquer les biais intuitifs.
•
La Sécurité Relationnelle : le déploiement des
Compétences Psychosociales (CPS) pour collaborer, modéliser et oser chercher.
L'objectif de cet article
est double : d'abord, étayer chacun de ces piliers par les données
scientifiques disponibles ; ensuite, proposer des exercices de remédiation
cognitive pratiques, directement utilisables par les enseignants, les
neuropsychologues et les pédopsychiatres.
2. Premier pilier : La Batterie Exécutive
2.1 Le rôle du sommeil dans la performance mathématique
Le sommeil est le premier
levier biologique de la performance cognitive. Gruber et al. (2013) ont mené
une étude longitudinale rigoureuse (Institut Douglas/McGill) auprès de 74
élèves de 7 à 11 ans, dans laquelle 12 heures d'éducation au sommeil ont généré
en moyenne 18,2 minutes de sommeil supplémentaires par nuit, mesurées par
actigraphie. Le résultat le plus frappant de cette étude est la spécificité de
l'effet : l'amélioration des notes concerne prioritairement les mathématiques
et l'anglais, et non les arts ou les sciences — ce qui suggère une
vulnérabilité particulière des tâches de calcul et de raisonnement abstrait au
manque de sommeil.
L'explication
neurobiologique est fournie par Diamond (2013) et Miyake & Friedman (2012)
: le manque de sommeil dégrade spécifiquement les fonctions exécutives —
planification, attention soutenue, flexibilité — qui constituent le substrat
exact de l'abstraction mathématique. Dewald et al. (2010) ont confirmé dans une
méta-analyse cette relation dose-dépendante entre qualité du sommeil et
performance académique.
|
Données clés — Sommeil et mathématiques |
|
Étude
McGill/Institut Douglas (Gruber, 2013) : +18,2 min de sommeil → amélioration
ciblée des notes en mathématiques. |
|
+100
minutes de sommeil par semaine sont associées à une amélioration
significative des fonctions exécutives et des notes en mathématiques. |
|
Mécanisme
: le manque de sommeil dégrade l'inhibition, la flexibilité et la mémoire de
travail — les trois « moteurs » du raisonnement mathématique. |
|
Les
adolescents sont particulièrement vulnérables au décalage circadien (Tarokh,
Saletin & Carskadon, 2016). |
2.2 La physiologie du stress en situation d'évaluation : défi versus menace
Vogel & Schwabe (2016)
ont montré que le cortisol, libéré lors d'une activation de l'axe HPA
(Hypothalamo-Hypophyso-Surrénalien), dégrade directement la mémoire de travail
et le raisonnement analytique. En situation d'examen, deux états physiologiques
distincts peuvent être observés :
|
État |
Caractéristiques cognitives et physiologiques |
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État de Défi (top-down) |
Évaluation : Ressources > Exigences.
Débit cardiaque optimisé pour oxygéner le cerveau. Inhibition préservée,
motivation d'approche. Mémoire de travail disponible. |
|
État de Menace (bottom-up) |
Évaluation : Ressources < Exigences.
Axe HPA activé, sécrétion de cortisol, vasoconstriction. Détérioration de
l'inhibition (précipitation), motivation d'évitement. |
L'état de menace génère ce
que Beilock (2011) nomme le « paradoxe de l'expert » : sous l'effet de
l'anxiété, l'élève — même compétent — mobilise sa mémoire de travail pour
réinvestir consciemment chaque étape d'un geste automatisé. L'action se
fragmente, l'automaticité disparaît, et le risque d'erreur augmente
considérablement. En condition normale, un élève expert exécute les calculs de
base en tâche de fond (mode automatique), libérant ainsi sa mémoire de travail
pour les raisonnements de haut niveau. Le stress inverse ce mécanisme
adaptatif.
2.3 Exercices de remédiation : Batterie Exécutive
Exercice 1 — Protocole de régulation physiologique pré-examen
|
Remédiation cognitive — Régulation
physiologique |
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Objectif
: Abaisser le cortisol et restaurer l'état de Défi avant l'évaluation. |
|
Durée
: 5 minutes, à pratiquer en amont de toute évaluation. |
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Étape
1 — Power Posing (1 minute) : Adopter une posture d'expansion corporelle
debout (bras écartés ou mains sur les hanches). Carney, Cuddy & Yap
(2010) ont montré que cette posture réduit le cortisol et augmente la
testostérone en moins de 2 minutes. Cadre scolaire : pratiquer collectivement
avant l'entrée en salle. |
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|
Étape
2 — Respiration 4-4-6 (4 cycles) : Inspiration pendant 4 secondes → Apnée 4
secondes → Expiration lente pendant 6 secondes. Noble & Hochman (2019)
ont démontré que l'allongement de l'expiration active le nerf vague et réduit
l'activation sympathique, prévenant la précipitation induite par le stress. |
|
|
|
Étape
3 — Recadrage cognitif : L'élève se dit intérieurement : « Mon cœur bat fort
: c'est mon corps qui se prépare. J'ai les ressources pour réussir. » Ce
recadrage verbalise l'état de Défi et inhibe la lecture de menace. |
Exercice 2 — Journal du sommeil mathématique (suivi 3 semaines)
Inspiré des travaux de
Gruber (2013), cet exercice invite l'élève à tenir un journal de bord quotidien
(5 minutes le matin) noté sur une fiche structurée : heure de coucher, qualité
subjective du sommeil (échelle 1-5), et auto-évaluation de la « fluidité du
calcul » lors des devoirs du soir. L'objectif est de rendre visible le lien
subjectif entre repos et performance cognitive, renforçant la motivation à
améliorer l'hygiène du sommeil.
3. Deuxième pilier : Le Disjoncteur Logique
3.1 Les trois systèmes de pensée en mathématiques
Le modèle cognitif
dominant en psychologie du raisonnement distingue deux modes de traitement
(Kahneman, 2011) : le Système 1 (rapide, intuitif, économe en énergie,
générateur de biais cognitifs) et le Système 2 (lent, analytique,
algorithmique, indispensable à la rigueur mathématique mais très coûteux en
énergie). Houdé (2019), dans ses travaux fondateurs sur l'inhibition cognitive,
a proposé l'existence d'un troisième système — le Système 3 ou « Disjoncteur »
— dont le rôle unique est de bloquer le Système 1 pour laisser le temps au
Système 2 de s'activer.
En mathématiques, ce
modèle a une portée clinique directe. Lorsqu'un élève lit un énoncé dont la
formulation contient un piège (par exemple : « un train part à 80 km/h...
combien de temps pour dépasser... »), le Système 1 propose instantanément une
réponse fausse par interférence proactive ou rétroactive. Sans l'activation du
Disjoncteur, l'élève confirme cette réponse intuitive sans la vérifier — c'est
le biais de confirmation. La compétence mathématique réelle ne réside donc pas
seulement dans la connaissance des règles, mais dans la capacité à inhiber les
intuitions erronées.
|
Système |
Rôle en mathématiques / Risque |
|
Système 1 (L'Automate) |
Calcul mental rapide, reconnaissance de
patterns. Risque : biais de cadrage, biais de confirmation, précipitation sur
les énoncés pièges. |
|
Système 2 (Le Logicien) |
Raisonnement algorithmique,
démonstration, vérification. Très coûteux en énergie — dégradé par le stress
et le manque de sommeil. |
|
Système 3 (Le Disjoncteur) |
Inhibe le Système 1 pour activer le
Système 2. Compétence clé en évaluation. Entraînable par des pratiques
spécifiques. |
3.2 Le processus d'inhibition en 4 étapes
Houdé (2019) décrit le
processus d'inhibition en situation d'énoncé piège selon quatre étapes
séquentielles :
•
Stimulus : lecture de l'énoncé piège.
•
Interférence : le Système 1 propose instantanément une
réponse fausse.
•
Filtrage/Inhibition : le Disjoncteur s'active,
ralentissant volontairement la pensée et rejetant l'impulsion.
•
Explicitation : activation du Système 2 par le
questionnement métacognitif (« Pourquoi utiliser cette règle ici ? »). La
logique prend le relais.
Ce qui est cliniquement
remarquable est que la capacité d'inhibition est directement dégradée par le
stress (axe HPA activé) et améliorable par l'entraînement. Owens et al. (2012),
dans une méta-analyse portant sur les relations entre anxiété et mémoire de
travail, ont confirmé que l'anxiété sature les ressources attentionnelles,
réduisant la disponibilité du Système 3.
3.3 Exercices de remédiation : Le Disjoncteur Logique
Exercice 3 — Les tâches Go/Nogo (entraînement neuronal)
|
Remédiation cognitive — Entraînement du
Disjoncteur |
|
Objectif
: Renforcer la capacité physiologique de freinage cognitif. |
|
Durée
: 10 minutes, 3 fois par semaine (idéalement en début de séance de
mathématiques). |
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Protocole
Go/Nogo mathématique : |
|
1)
L'enseignant affiche des cartes ou diapositives avec des opérations (Go) et
des « faux énoncés » visuellement similaires (Nogo). |
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Exemple
Go : « 7 × 8 = ? » → répondre. |
|
Exemple
Nogo : « 7 × 8 = 54 » → bloquer la réponse et signaler l'erreur. |
|
2)
Variante avancée : énoncés pièges de type biais d'ancrage. |
|
Exemple
: « Un fermier a 17 moutons. Tous sauf 9 meurent. Combien en reste-t-il ? »
(réponse intuitive erronée : 8 ; réponse correcte : 9, car l'énoncé dit 'all
but 9'). |
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3)
Débriefing : identifier explicitement le biais activé (ancrage, confirmation,
représentativité). |
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Mécanisme
: La répétition de l'inhibition volontaire renforce les connexions
préfrontales qui gouvernent le Système 3 (Diamond, 2013). |
Exercice 4 — La métacognition à voix haute (Nommer l'ennemi)
Inspiré des travaux de
Flavell (1979) et Efklides (2011) sur la métacognition, cet exercice consiste à
demander aux élèves d'identifier et de nommer explicitement le biais cognitif
qu'ils ont failli commettre, avant de corriger leur raisonnement. La verbalisation
forcée active le cortex préfrontal — siège du Système 3 — et transforme un
processus implicite en processus explicite contrôlable.
|
Protocole — Métacognition à voix haute |
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Étape
1 : L'élève résout un problème piège (erreur fréquente attendue). |
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Étape
2 : L'enseignant demande : « Quelle a été ta première intuition ? » |
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Étape
3 : L'élève formule à voix haute : « Attention, c'est un biais d'ancrage / de
représentativité... » |
|
Étape
4 : L'élève reformule sa démarche logique correcte en la verbalisant étape
par étape. |
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Exemples
de biais à identifier : |
|
•
Biais d'ancrage : se focaliser sur le premier chiffre de l'énoncé. |
|
•
Biais de représentativité : confondre probabilité et ressemblance. |
|
•
Biais de confirmation : interpréter l'énoncé dans le sens de sa première
réponse. |
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Effet
attendu : dès 8 séances, Houdé (2019) observe une amélioration mesurable sur
les tâches d'inhibition numérique. |
Exercice 5 — Les Rapémathiques (encodage par réseaux alternatifs)
Lorsque l'anxiété sature
la mémoire de travail, les canaux logico-visuels habituels sont bloqués.
L'utilisation de réseaux alternatifs — auditifs et rythmiques — permet d'ancrer
les règles mathématiques sans surcharger le canal central. Les « Rapémathiques
» consistent à créer des cartes mentales musicales ou des slams pour encoder
les propriétés (distributivité, priorités opératoires, règles de
trigonométrie). Ce format exploite les réseaux de traitement musical, distincts
des réseaux logiques saturés par le stress, pour assurer un accès de secours
aux connaissances procédurales.
4. Troisième pilier : La Sécurité Relationnelle et les CPS
4.1 Les Compétences Psychosociales comme infrastructure cognitive
Les Compétences
Psychosociales (CPS), définies par l'OMS (2020) comme l'ensemble des aptitudes
cognitives, émotionnelles et sociales permettant d'agir et d'interagir de façon
constructive, ne sont pas, à proprement parler, des compétences « molles » sans
lien avec les mathématiques. La méta-analyse de Durlak et al. (2011) portant
sur 213 programmes d'apprentissage socio-émotionnel (SEL) auprès de 270 000
élèves a montré une amélioration moyenne de 11 percentiles sur les performances
académiques — dont les mathématiques — pour les élèves bénéficiant d'une
formation aux CPS.
Le lien mécanistique est
précis : les CPS cognitives (maîtrise de soi, tolérance à l'incertitude) sont
directement liées au passage de l'état de Menace à l'état de Défi. Les CPS
émotionnelles (régulation du stress, conscience de ses émotions) protègent la
mémoire de travail. Les CPS sociales (savoir demander de l'aide, communication
efficace) favorisent la modélisation collaborative — un mode d'apprentissage
particulièrement efficace en mathématiques.
|
Famille de CPS (selon Santé Publique France) |
Application directe en mathématiques |
|
CPS Cognitives — Maîtrise de soi |
Inhiber les impulsions (Système 3).
Tolérer l'incertitude d'un problème sans solution immédiate. Gérer la
frustration de l'erreur sans abandon. |
|
CPS Cognitives — Pensée critique |
Questionner ses propres intuitions.
Évaluer la pertinence d'une stratégie de résolution. Détecter les biais de
l'énoncé. |
|
CPS Émotionnelles — Régulation |
Rester dans l'état de Défi. Empêcher la
saturation de la mémoire de travail par l'anxiété. Récupérer après un
blocage. |
|
CPS Sociales — Relations constructives |
Savoir demander de l'aide sans
percevoir cela comme un échec. Modéliser avec un pair. Expliquer une démarche
à voix haute (pédagogie de la transmission). |
4.2 La correspondance CPS / compétences mathématiques
Le programme mathématique
français distingue trois grandes compétences transversales : Chercher
(s'engager dans une démarche, tâtonner), Raisonner (organiser sa démarche,
bloquer les biais), Communiquer (expliquer une démarche, valider). Ces trois
compétences entretiennent une correspondance directe avec les CPS : Chercher
nécessite la Conscience de soi (tolérer l'incertitude sans paniquer) ;
Raisonner requiert la Pensée critique et la Maîtrise de soi (inhibition,
Système 3) ; Communiquer mobilise les Relations constructives (savoir demander
de l'aide).
Autrement dit, les
compétences psychosociales constituent l'infrastructure cognitive et
environnementale sans laquelle les compétences mathématiques ne peuvent se
déployer pleinement — particulièrement en situation d'évaluation.
4.3 Exercices de remédiation : La Sécurité Relationnelle
Exercice 6 — L'Exercice « En Rang ! » (Algorithmique sociale)
|
Remédiation cognitive — CPS sociales et
algorithmique |
|
Objectif
: Entraîner simultanément l'algorithmique de tri, la communication
non-verbale et la gestion de la frustration. |
|
Durée
: 15 minutes, idéal en début d'année pour créer la sécurité relationnelle. |
|
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Protocole
: |
|
•
La classe doit se ranger par date d'anniversaire dans un silence TOTAL en
moins de 5 minutes. |
|
•
Contrainte : aucune parole autorisée — uniquement communication non-verbale. |
|
|
|
Double
impact : |
|
•
Impact mathématique : algorithmique sociale, tri de données, essais/erreurs,
vérification du résultat. |
|
•
Impact CPS : gestion de la frustration, comportements prosociaux, tolérance à
l'erreur collective. |
|
|
|
Débriefing
(10 min) : Quelle stratégie avez-vous utilisée ? Comment avez-vous géré
l'incertitude ? Qui a pris l'initiative ? Qu'est-ce qui vous a bloqué ? |
Exercice 7 — La Pyramide Prénom (Géométrie dans l'espace et connaissance de
soi)
|
Remédiation cognitive — CPS cognitives
et modélisation 3D |
|
Objectif
: Allier géométrie dans l'espace (tétraèdre), connaissance de soi et demande
d'aide. |
|
Durée
: 2 séances de 45 minutes. |
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Protocole
: |
|
•
Chaque élève construit un tétraèdre en papier (patron fourni, échelle à
calculer) décoré de : |
|
— son prénom sur une face, |
|
— ses 3 qualités principales sur les
autres faces, |
|
— une notion mathématique qu'il maîtrise
et dont il est fier. |
|
|
|
•
Contrainte : le montage est complexe — l'élève DOIT demander de l'aide à au
moins un camarade. |
|
|
|
Double
impact : |
|
•
Impact mathématique : modélisation 3D, calcul de surfaces, géométrie dans
l'espace. |
|
•
Impact CPS : connaissance de soi, demander de l'aide comme stratégie (pas
comme échec), valorisation mutuelle. |
|
|
|
Variante
clinique : en remédiation individuelle, utiliser ce support pour évaluer
l'image de soi mathématique de l'élève. |
Exercice 8 — Le Bingo des Qualités (CPS et calcul mental)
Cet exercice hybride
combine calcul mental, prélèvement de données et valorisation mutuelle. Chaque
élève reçoit une grille de bingo remplie non de nombres mais de qualités
humaines (persévérant, curieux, rigoureux...). L'enseignant annonce des
critères mathématiques (« trouve quelqu'un dont le nombre de lettres dans le
prénom est premier ») — l'élève doit à la fois effectuer le calcul ET repérer
une qualité chez son camarade. L'objectif est de démontrer que la performance
mathématique est indissociable du contexte relationnel dans lequel elle
s'exerce.
5. Synthèse : L'intégration des trois piliers en situation clinique
Le modèle de l'Écosystème
de l'Esprit Mathématique propose une lecture intégrée de la performance en
évaluation. Un élève en réussite est un élève qui : a dormi suffisamment
(Batterie chargée), évalue l'examen comme un défi (ce qui protège sa mémoire de
travail), dispose de son Système 3 pour inhiber ses biais et activer la
logique, et évolue au sein d'un collectif sécurisant où demander de l'aide est
une stratégie, non un aveu d'échec.
Sur le plan de la
remédiation, ce modèle invite à une évaluation tridimensionnelle des
difficultés mathématiques. Face à un élève en échec, les questions cliniques
pertinentes ne sont pas seulement « Connaît-il la règle ? » mais :
•
Sa Batterie est-elle chargée ? (Sommeil, alimentation,
niveau de stress chronique)
•
Son Disjoncteur fonctionne-t-il ? (Capacité
d'inhibition, flexibilité cognitive, résistance aux biais)
•
Sa Sécurité Relationnelle est-elle établie ? (Relation
à l'erreur, au groupe, à l'enseignant)
|
Grille d'évaluation clinique BPS-E pour
les difficultés mathématiques |
|
DIMENSION
BIOLOGIQUE : Qualité du sommeil (< 8h/nuit ?), signes de fatigue
chronique, hyperactivation sympathique (anxiété somatique avant les
évaluations). |
|
DIMENSION
PSYCHOLOGIQUE COGNITIVE : Profil exécutif (inhibition, flexibilité, MT) —
évaluation BRIEF/CHEXI. Présence de biais cognitifs dominants (évaluation par
tâches Go/Nogo). Niveau de métacognition mathématique. |
|
DIMENSION
PSYCHOLOGIQUE ÉMOTIONNELLE : Anxiété mathématique (état de Menace chronique).
Croyances sur les capacités mathématiques (théorie de l'entité vs
incrémentielle, Dweck 2006). Niveau d'estime de soi scolaire. |
|
DIMENSION
PSYCHOSOCIALE : Sécurité relationnelle en classe. CPS développées (maîtrise
de soi, régulation émotionnelle, communication). Capacité à demander de
l'aide. |
|
DIMENSION
ÉCOLOGIQUE (Bronfenbrenner) : Représentations familiales des mathématiques.
Pression académique, statut socio-économique, accès aux ressources. |
6. Conclusion
Le présent article a
proposé une lecture biopsychosociale-écologique de la réussite mathématique,
articulée autour de trois déterminants dont la robustesse scientifique est bien
établie : les capacités physiologiques et exécutives (Batterie Exécutive), l'inhibition
cognitive (Disjoncteur Logique / Système 3) et les Compétences Psychosociales
(Sécurité Relationnelle). Ces trois dimensions sont indissociables : la
dégradation de l'une affecte les deux autres, en raison des boucles de
rétroaction neurobiologiques et psychologiques qui les relient.
Les implications pratiques
sont importantes pour les différents acteurs de l'écosystème scolaire. Pour les
enseignants : intégrer la régulation physiologique pré-examen, les tâches
Go/Nogo et les activités brise-glace mathématiques dans le curriculum ordinaire.
Pour les psychologues et neuropsychologues scolaires : utiliser la grille BPS-E
pour orienter les évaluations et les plans de remédiation. Pour les
pédopsychiatres : considérer les difficultés mathématiques persistantes comme
un symptôme potentiellement lié à des troubles exécutifs, anxieux ou
relationnels — et non comme une simple lacune de connaissances.
Enfin, le message
fondamental que ce modèle adresse aux élèves eux-mêmes est peut-être le plus
important : la réussite en mathématiques n'est pas un don immuable mais un
écosystème cultivable, dont chaque dimension est accessible à l'intervention et
à l'entraînement.
Références bibliographiques
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What the Secrets of the Brain Reveal About Getting It Right When You Have To.
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