53 Au-Delà de la Fluidité Le Silence et l'Onde : Comprendre le Bégaiement
0053 Au-Delà de la
Fluidité
Le Silence et
l'Onde : Comprendre le Bégaiement
Dr.
Claude Jean Paris,
Résumé
Le bégaiement affecte environ 5 % des
enfants et persiste chez 1 % de la population adulte. Longtemps considéré comme
un trouble psychologique ou un manque de volonté, les avancées
neuroscientifiques des deux dernières décennies ont radicalement transformé
notre compréhension de ce phénomène complexe. Le bégaiement n'est ni une
fatalité psychologique ni une anomalie musculaire buccale. C'est une
architecture neurologique unique où le cerveau court-circuite ses processus
normaux de fluence sous la pression sociale.
Cet article propose une cartographie systématique du bégaiement, distinguant la
partie émergée (les symptômes auditibles) de la partie immergée (les mécanismes
neurobiologiques invisibles). Nous examinerons : (1) la distinction entre
bégaiement développemental et bégaiement acquis, (2) le diagnostic différentiel
entre bégaiement et bredouillement, (3) l'architecture génétique (48 gènes, 57
loci identifiés), (4) le rôle du cerveau compensateur et du circuit moteur
court-circuité, (5) l'incertitude orale et le piège de la méthode de tension,
(6) le mécanisme de la double voie motrice et l'effet choral libérateur, (7)
les biomarqueurs cognitifs et comportementaux, et (8) les stratégies
thérapeutiques intégrées (orthophonie précoce, TCC, double voie motrice,
environnement bienveillant).
L'affirmation centrale : le bégaiement n'est pas un trait de caractère. C'est
une architecture génétique unique qui, sous la pression sociale, crée une
boucle d'anticipation-tension-échec. La récupération spontanée (70-80 % des cas
avant l'âge adulte) et l'accompagnement structuré offrent des horizons
concrets.
Mots-clés : bégaiement, fluidité orale, neurobiologie, génétique, incertitude
orale, méthode de tension, double voie motrice, TCC, orthophonie, résilience.
1. Introduction : Au-Delà des Idées Reçues
Le bégaiement est l'un des troubles du
langage les plus mal compris et les plus stigmatisés. Historiquement, il a été
attribué à des causes aussi variées que le « manque de confiance », la «
timidité », voire l'« influence de la mère ». Ces explications psychologiques
persistantes masquent une réalité biologique profonde.
Les trois dernières décennies de neuroscience ont transformé notre
compréhension. Nous savons maintenant que :
(1) Le bégaiement a une forte composante génétique : 48 gènes sur 57 loci identifiés,
dont 60 % des personnes qui bégaient ont un antécédent familial.
(2) Le bégaiement n'est pas une anomalie musculaire buccale, mais un
court-circuit du réseau neural qui gère la fluence motrice.
(3) Le bégaiement n'est ni une fatalité psychologique ni un manque de volonté.
C'est une architecture neurologique qui se déclenche sous la pression sociale.
(4) 70 à 80 % des enfants qui bégaient à l'âge précoce (2-5 ans) récupèrent
spontanément avant l'âge adulte. La clé : détection précoce et environnement
bienveillant.
Cet article propose une exploration systématique du bégaiement—de sa partie
visible (les répétitions, les prolongations, les blocages) à sa partie
invisible (l'anticipation anxieuse, l'hypervigilance, les mécanismes
génétiques), offrant une carte clinique intégrée pour comprendre, diagnostiquer
et accompagner.
2. L'Iceberg du Bégaiement : Visible vs Invisible
2.1. La Partie Émergée (La Surface)
Ce qui est audible et observable :
Répétitions de Syllabes ou de Sons : « P-p-p-pardon » (blocage sur la première
consonne).
Prolongations Audibles : « Sssssalut » (allongement du son).
Blocages Silencieux et Tensions Musculaires Visibles : Crispation du visage,
tension du cou, effort visible pour « forcer » la parole.
Ces symptômes sont variables et ralentis par les blocages. La severité
apparente (légère vs très sévère) reflète le nombre et l'intensité de ces
disflucucences.
2.2. La Partie Immergée (La Profondeur)
Ce qui est invisible mais déterminant :
Peur Anticipatoire et Incertitude Orale : Avant même de parler, la personne
anticipe un blocage. Cette anticipation renforce la tension physique et la
probabilité que le blocage survienne.
Anxiété Sociale et Stratégies d'Évitement : Évitement de certains mots,
substitution par d'autres termes, refus de parler en public. La vie sociale se
rétrécit.
Sentiment de Honte et Altération de l'Image de Soi : Le bégaiement crée une
dissociation : « Ce n'est pas moi qui parle. C'est mon trouble qui parle. »
Mécanismes Neurobiologiques et Génétiques Invisibles : Architecture neurale
unique, hyperactivation des noyaux gris centraux, excès de dopamine,
déconnexion de l'opercule rolandique.
Affirmation Centrale : « Ce que l'on entend n'est qu'une fraction de ce qui est
vécu. »
3. Distinction Développementale : Quand et Pourquoi le
Bégaiement Émerge
Le bégaiement suit une trajectoire
développementale précise, distinguant nettement l'hésitation normale de
l'alerte clinique.
3.1. Âge 3 Ans : Évolution Normale vs Alerte Clinique
Évolution Normale : Hésitations et
répétitions de mots entiers (« Je veux, je veux aller jouer »). Construction
rapide du langage. L'enfant teste les sons sans tension physique apparente.
Alerte Clinique : Répétitions fréquentes de syllabes isolées (« P-p-p-papa »),
blocages avec tension physique visible. Âge de consultation recommandé pour
évaluation.
Distinction Clé : Les répétitions normales sont de mots entiers ; les
répétitions pathologiques sont de syllabes isolées avec tension.
3.2. Âge 4 Ans : Cristallisation ou Rémission
Évolution Normale : Le langage se structure
et la fluidité s'installe. Les hésitations deviennent rares.
Alerte Clinique : Le langage devient marqué par des blocages et de la
frustration face à la parole. La conscience du trouble émerge. L'enfant réalise
que « quelque chose ne va pas ». Âge clé de consultation.
Point Critique : Entre 3 et 4 ans, le bégaiement peut se consolider ou
disparaître. L'intervention précoce augmente les chances de rémission.
3.3. Âge 5 Ans et Au-Delà : Bilan Indispensable
Au-delà de 5 ans, si le trouble persiste,
un bilan orthophonique et psychologique est indispensable. Le trouble s'est
installé et gène la vie scolaire. Confiance en soi affectée.
Découverte Clé : 70 à 80 % des enfants qui bégaient avant l'âge de 5 ans
récupèrent spontanément avant l'âge adulte. Mais sans accompagnement adéquat,
le bégaiement peut se consolider et engendrer des troubles anxieux secondaires.
4. Diagnostic Différentiel : Bégaiement vs Bredouillement
La distinction entre bégaiement et
bredouillement est cliniquement cruciale. Ces deux troubles partagent une
présentation superficielle similaire (disfluence orale) mais ont des origines
et des trajectoires complètement différentes.
|
Dimension |
Bégaiement |
Bredouillement |
|
Vitesse
d'Élocution |
Variable,
ralentie par les blocages |
Anormalement
rapide (jusqu'à 12 syllabes/sec) |
|
Conscience du Trouble |
Très élevée (hyper-conscience engendrant peur) |
Faible ou absente (effort attentionnel relâché) |
|
Type de
Disfluence |
Répétitions
tendues, prolongations, blocages |
Télescopages
de mots, reprises, sans tension |
|
Relation Pensée/Parole |
Pensée claire, exécution motrice entravée |
Désynchronisation ; la pensée va plus vite |
|
Âge de
Diagnostic |
Précoce (2
à 6 ans) |
Plus tardif
(7 à 8 ans, exigences scolaires) |
|
Implication Clinique |
Origine neurobiologique + facteur anxieux |
Trouble d'organisation motrice de la parole |
Affirmation Critique : « Identifier le
trouble précis est essentiel pour adapter l'intervention. Un bredouillement ne
se traite pas comme un bégaiement. »
5. L'Origine du Trouble : Développemental vs Acquis
5.1. Bégaiement Développemental
Origine : Apparaît durant l'enfance,
généralement entre 2 et 5 ans.
Distribution : Les blocages sont plus forts en début d'énoncé (« Ou-ou-où
vas-tu ? »).
Réaction Clé : Le bégaiement disparaît totalement lors du chant, ce qui révèle
que ce n'est pas un problème musculaire, mais un problème de circuit neural
spécifique à la parole volontaire.
Mécanisme Sous-Jacent : Une architecture génétique unique prédispose au
trouble. Sous certaines conditions (pression sociale, stress, demandes
linguistiques accrues), le circuit défaillant s'active.
5.2. Bégaiement Acquis (Neurologique)
Origine : Apparaît à l'âge adulte suite à
une lésion neurologique (AVC, traumatisme crânien, maladie neurodégénérative).
Distribution : Les disfluences sont réparties de manière uniforme dans le
discours (contrairement au pattern développemental).
Réaction Clé : Le bégaiement persiste même lors du chant ou dans les situations
relaxantes. C'est un symptôme neurologique persistant.
Implication : L'lésion a endommagé les circuits moteurs de la parole. Pas de
récupération spontanée. Traitement prolongé.
Test du Chant : Le test du chant (La personne chante une phrase avec
bégaiement) est le test diagnostic le plus fiable pour distinguer
développemental (disparaît au chant) d'acquis (persiste au chant).
6. L'Architecture Génétique du Bégaiement
Le bégaiement n'est pas un trait de
caractère. C'est une architecture génétique complexe.
Données Génomiques Majeures :
1 Million+ d'ADN analysés (dont 100 000 personnes qui bégaient).
57 loci (zones précises du génome) identifiés.
48 gènes impliqués.
Insight Clé : C'est faux de croire au stress ou à la timidité comme cause
originelle. Le stress n'est qu'un aggravant. Le stress ne crée pas le
bégaiement ; il l'exacerbe chez ceux ayant la prédisposition génétique.
Modèle Polygénique : Le bégaiement résulte d'une combinaison complexe de gènes,
dont certains contrôlent les lysosomes (chromosome 12) et sont liés au rythme,
à l'humeur et à la coordination. Environ 60 % des enfants qui bégaient ont un
antécédent familial.
Implication Clinique : La génétique explique pourquoi deux enfants exposés à
des environnements identiques—l'un bégaie, l'autre pas. Ce n'est pas une
question de « volonté » ou de « confiance ». C'est une question d'architecture
neurale innée.
7. Le Cerveau Compensateur : Court-Circuit et
Hypercompensation
7.1. Le Déficit à Gauche : Noyaux Gris Centraux
Mécanisme Principal : Une déconnexion
fibreuse au niveau de l'opercule rolandique (aire motrice du langage) et une
faiblesse des noyaux gris centraux, responsables de l'enchaînement automatique
des mouvements.
Conséquence : Parler demande un effort neural intense. C'est un court-circuit
moteur, non une anomalie des muscles buccaux.
Réalité Neurophysiologique : C'est un problème de court-circuit moteur, non une
anomalie des muscles buccaux.
7.2. L'Hypercompensation à Droite : Effort Massif
Réaction du Cerveau : Pour pallier le
déficit à gauche, le cerveau bégue déploie un effort massif en recrutant
excessivement l'hémisphère droit (hémisphère non-dominant).
Résultat Physiologique : Parler demande un effort neuronal intense. C'est un
court-circuit moteur, pas une anomalie musculaire. L'anomalie est un
court-circuit moteur.
Observation Clinique : L'effort conscient aggrave le problème. Plus l'enfant
essaie de « ne pas bégayer », plus il bégaie. C'est le paradoxe du contrôle :
la tension augmente avec la tentative consciente.
7.3. Le Facteur Dopamine
Découverte Pharmacologique Récente : Un
excès de dopamine dans les zones motrices explique pourquoi certaines pistes
pharmacologiques (bloqueurs de dopamine comme l'Ecopipam ou le Pagoclone)
bloquent les récepteurs D2 et réduisent l'intensité du bégaiement chez certains
patients.
Caveat : Ces traitements restent au stade expérimental ou sont utilisés au cas
par cas sous stricte surveillance, en raison des effets secondaires
neurologiques potentiels.
Implication : Comprendre le rôle de la dopamine ouvre des horizons
thérapeutiques futurs, mais l'orthophonie et les TCC restent le socle
indispensable.
8. L'Incertitude Orale et le Piège de la Méthode de
Tension
8.1. Le Cœur Psychologique : Anticipation, Tension, Échec
Cycle Autoperpetuant :
(1) Anticipation : Avant même de parler, la personne anticipe un blocage. Cette
anticipation est fondée sur l'expérience répétée de blocages antérieurs.
(2) Renforcement de la Peur : L'anticipation constante d'un blocage active les
circuits d'anxiété.
(3) Tension Physique : La peur génère une contraction musculaire involontaire.
Le corps « se prépare au pire ».
(4) Échec Perçu : Inévitablement, le blocage survient. Et cela renforce la
conviction « Je vais bégayer ».
Résultat : Une boucle d'auto-renforcement négative. Plus l'enfant essaie de ne
pas bégayer, plus l'anxiété monte, plus la tension augmente, plus le bégaiement
s'aggrave.
Paradoxe du Contrôle : « Plus la personne essaie consciemment de ne pas bégayer
en société, plus l'anxiété verrouille le circuit moteur gauche, aggravant le
blocage. »
8.2. La Méthode de Tension : Une Stratégie Infantile
Contre-Productive
Définition : L'enfant développe une
stratégie infantile pour « forcer » l'air hors de la poitrine, pensant que «
plus de force = plus de fluidité ».
Conséquence Paradoxale : Cette hyper-contrôle aggrave le problème. Les muscles
se tendent excessivement. Le ton devient non-naturel. L'air est forcé de
manière saccadée. L'enfant développe un conditionnement physique du bégaiement
comme une « lutte ».
Résultat : Muscles tendus, ton non naturel, manque d'air, et conditionnement de
la parole comme une lutte physique.
Insight Clinique : La solution n'est pas de « forcer » plus, mais d'apprendre à
parler avec un ton naturel, sans effort conscient, en contournant les circuits
défaillants.
9. La Double Voie Motrice : Pourquoi le Chant Libère la
Voix
9.1. Le Mystère du Chant
Observation Clinique Universelle : Une
personne qui bégaie parle parfaitement fluide quand elle chante, parle toute
seule, ou s'adresse à un animal. Dès qu'elle se sent écoutée, le bégaiement
revient.
Cela révèle que le problème n'est pas musculaire. Les muscles fonctionnent
parfaitement bien. C'est le circuit neural qui change.
9.2. L'Architecture du Système Prémoteur Double
La Voie Interne (Défaillante) : Gérée par
les noyaux gris centraux, utilisée pour la parole spontanée sociale. Elle
court-circuite.
La Voie Alternative (Intacte) : Un deuxième circuit qui contourne les noyaux
gris. Utilisée pour le chant, la parole en solitude, la parole avec un animal.
Ce circuit fonctionne normalement.
Découverte Clé : Le bégaiement affecte un circuit neural spécifique, pas
l'ensemble du système moteur de la parole. Il existe une voie de contournement
intacte.
Implication Thérapeutique : Si le chant libère la voix, c'est que la Voie
Alternative peut être « activée » délibérément et utilisée comme levier
thérapeutique.
9.3. L'Effet Choral et le Retour Auditif Modifié (FAF)
L'Illusion d'Unisson : Quand une personne
qui bégaie parle en unisson avec une autre (ou en choeur), le bégaiement
disparaît souvent. Pourquoi ? Parce que le cerveau perçoit cette voix comme une
« seconde personne » exactement en même temps, ce qui trompe les circuits
d'anticipation anxieuse.
Appareil FAF (Frequency Alteration Feedback) : L'appareil capture la voix en
temps réel, altère légèrement sa fréquence, et la renvoie instantanément à
l'oreille. Le cerveau perçoit une « illusion d'unisson »—comme si une seconde
personne parlait exactement en même temps.
Résultat Neurologique : Cette boucle active mécaniquement la Voie Alternative
(contournant les noyaux gris) et produisant une fluidité sans effort conscient.
Implication : L'effet choral et le FAF démontrent que le bégaiement peut être «
contourné » techniquement si on désactive les circuits anxieux.
10. Les Biomarqueurs Cliniques : Mesurer l'Audible et
Comprendre l'Invisible
10.1. Évaluation Traditionnelle : Degré de Sévérité
Système d'Évaluation Classique (4-Tière
Répétition) :
Degré 1 (Léger) : Quelques accidents, communication fluide maintenue.
Degré 2 (Marqué) : Tremblements, interruptions de l'échange, mais communication
possible.
Degré 3 (Sévère) : Spasmes respiratoires, communication suivie impossible.
Degré 4 (Très Sévère) : Chaque essai de parole voué à l'échec.
10.2. La Nuance Cruciale : L'Index du Handicap
Découverte Clinique Majeure : La sévérité
apparente ne reflète PAS la souffrance immergée.
Exemple : Un enfant avec un bégaiement « léger » (Degré 1) peut être
profondément handicapé si :
- Il s'isole socialement
- Il passe sa vie à remplacer des mots pour cacher son trouble
- Il vit une honte permanente
- Son image de soi est fracturée
Inversement : Un enfant avec un bégaiement « sévère » (Degré 4) peut être
étonnamment résilient si :
- Il a un environnement bienveillant
- Il ne développe pas de honte secondaire
- Il a accès à des groupes d'entraide
Affirmation Critique : « La sévérité apparente n'est PAS égale au handicap
réel. L'Index du Handicap mesure l'impact psycho-social, pas juste la fréquence
des blocages. »
11. Stratégies Thérapeutiques Intégrées
11.1. Orthophonie Précoce : Le Socle Indispensable
Recommandation Clinique : Bilan
orthophonique dès les premiers signes d'alerte (3 ans minimum).
Objectifs Orthophoniques :
- Identifier les patterns de disfluence
- Évaluer la conscience et l'anxiété
- Mettre en place des stratégies de détente vocale
- Réduire les comportements d'évitement et de tension compensatrice
Efficacité : L'intervention précoce (avant 5 ans) augmente significativement
les chances de fluence complète avant l'adolescence.
11.2. Thérapies Cognitivo-Comportementales (TCC)
Objectif : Briser le cycle
anticipation-tension-échec en reprogrammant les associations entre parole et
danger.
Quatre Composantes :
(1) Analyse Fonctionnelle : Identifier les comportements problèmes
(antécédents, conséquences, où la peur frappe le plus fort).
(2) Restructuration Cognitive : Modifier les pensées automatiques
catastrophiques (« Je vais me ridiculiser ») par une évaluation objective («
J'ai parlé dans la cour et j'ai eu quelques blocages. Ce n'est pas une
catastrophe »).
(3) Exposition Graduelle : Affronter graduellement les stimuli phobogènes
(hiérarchie des peurs de 0 à 10 : imagination puis in vivo).
(4) Techniques Comportementales : Entraînement aux habiletés sociales,
biofeedback, résolution de problèmes.
Efficacité : Les TCC réduisent l'anxiété associée au bégaiement et diminuent
l'intensité des blocages.
11.3. La Double Voie Motrice : Activer le Contournement
Principe : Si le chant fonctionne,
utilisons-le comme levier thérapeutique.
Techniques Pratiques :
- Chanter des phrases (progressivement vers la parole)
- Utiliser des jeux rythmés pour activer la Voie Alternative
- Appareils FAF pour créer l'illusion d'unisson
- Parler avec musique de fond pour réduire l'anticipation anxieuse
Objectif : Habituer progressivement le cerveau à utiliser la Voie Alternative
de manière consciente jusqu'à ce qu'elle devienne automatique.
11.4. Environnement Bienveillant : L'Attitude
Facilitatrice
Points Essentiels :
À Faire :
- Laisser le temps de parler sans interruption
- Privilégier l'écoute du fond plutôt que la forme
- Adapter les oraux scolaires en privé si nécessaire
- Montrer que la personne est acceptée, blocages inclus
À Éviter Absolument :
- Dire « calme-toi » ou « respire » (augmente la pression)
- Finir les phrases à la place de la personne
- Corriger constamment
- Montrer de l'impatience
Aides Institutionnelles :
- Reconnaissance MDPH du bégaiement sévère comme handicap
- Dispositifs d'État : Ligne « Aide Handicap École » (0805 805 110)
- Plateforme « Cap École Inclusive » pour former les enseignants
Impact Transformateur : Un environnement bienveillant peut réduire l'anxiété de
50 % et augmenter les chances de fluence.
12. Horizons Biomédicaux : La Piste de la Dopamine
Au-delà de l'orthophonie et des TCC, la
recherche pharmacologique explore le rôle de la dopamine.
Le Traitement de Référence : L'orthophonie et les TCC restent le socle
indispensable. Il n'existe pas de « pilule magique » guérissant le bégaiement.
La Recherche Pharmacologique : La science a mis en évidence le rôle d'un excès
de dopamine (récepteurs D2) dans les zones motrices. Des essais avec des
bloqueurs de dopamine (ex: Ecopipam, Pagoclone) ont montré des améliorations de
la fluidité chez certains patients.
Principe de Prudence : Ces traitements restent au stade expérimental ou sont
utilisés au cas par cas sous stricte surveillance médicale, en raison des
effets secondaires neurologiques potentiels (parkinsonisme, dyskinésie).
Horizon Futur : La recherche pharmacologique pourrait offrir un soutien
complémentaire, jamais un remplacement de l'orthophonie et des stratégies
psycho-sociales.
13. Conclusion : De la Lutte à la Fluidité
Le bégaiement n'est ni une fatalité
psychologique ni un manque de volonté. C'est une architecture neurologique
unique où le cerveau court-circuite ses processus normaux de fluence sous la
pression sociale.
Trois Réalités Clés :
(1) Le Bégaiement est Développemental, Pas Permanent : 70 à 80 % des enfants
qui bégaient avant l'âge de 5 ans récupèrent spontanément. Un bilan précoce et
un environnement bienveillant multiplient les chances de fluence.
(2) C'est une Architecture Neurologique, Pas une Anomalie Psychologique : 48
gènes, 57 loci identifiés. Le stress aggrave, mais ne crée pas. La génétique
prédispose.
(3) La Fluence est Accessible : Orthophonie précoce, TCC, double voie motrice,
et environnement bienveillant offrent des horizons concrets. Pas d'attendre
passif. De l'action concrète.
Message Final : Ce qui compte, ce n'est pas d'attendre. C'est de comprendre.
Découvrez les groupes d'entraide (APB—Association des Parents Bègues,
Stuttering Society) et initiez l'accompagnement dès l'alerte clinique.
La science a progressé. Les stigmates culturels doivent progresser aussi.
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