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dimanche 24 mai 2026

0005 HPI et autisme

0005 Haut Potentiel Intellectuel et Trouble du Spectre de l'Autisme :

Intersections, Masquage et Enjeux Cliniques

Article de synthèse clinique — 2026

Mots-clés : HPI, haut potentiel intellectuel, TSA, autisme, twice exceptional, double exceptionnalité, masquage, camouflage,


diagnostic différentiel, neurodiversité

Résumé

Le Haut Potentiel Intellectuel (HPI) et le Trouble du Spectre de l'Autisme (TSA) constituent deux profils neurodéveloppementaux distincts mais fréquemment intriqués. La co-occurrence, documentée dans la littérature sous le terme de "double exceptionnalité" (twice exceptional ou 2e), représente un défi diagnostique et clinique majeur : le haut potentiel peut masquer les traits autistiques (phénomène de "camouflage"), et réciproquement, les particularités autistiques peuvent être confondues avec une simple intensité intellectuelle, retardant un diagnostic pourtant essentiel.

 

Cet article examine les définitions respectives du HPI et du TSA, leurs substrats neurobiologiques, les mécanismes d'interaction — en particulier le masquage cognitif et social — les outils d'évaluation différentielle, les profils cliniques spécifiques de la double exceptionnalité, et les implications pratiques pour la prise en charge. Il intègre les avancées récentes sur les profils féminins, souvent doublement masqués, et sur le concept de neurodiversité comme cadre de compréhension non pathologisant.

 

1. Définitions et cadres nosographiques

1.1 Le Haut Potentiel Intellectuel (HPI)

Le HPI, parfois appelé "douance", "précocité intellectuelle" ou "gifted" dans la littérature anglophone, désigne un fonctionnement cognitif significativement supérieur à la moyenne. La définition psychométrique classique correspond à un QI total supérieur à 130 (> 2 écarts-types au-dessus de la moyenne), ce qui concerne environ 2 % de la population générale. Cette définition reste cependant réductrice.

Des auteurs comme Renzulli (1978) ont proposé un modèle trilogique intégrant l'aptitude intellectuelle élevée, la créativité et l'engagement dans la tâche ("Three-Ring Model"). Gagné (2004) distingue la "dotation" (potentiel inné) du "talent" (compétence développée par l'entraînement). Terrassier (1994), pionnier de la recherche française, a décrit le concept de "dyssynchronie" : un développement inégal entre les sphères intellectuelle, affective, psychomotrice et sociale, créant des décalages internes et sociaux sources de souffrance.

Sur le plan neurobiologique, le HPI est associé à une connectivité cérébrale plus étendue et plus efficace, une maturation corticale plus lente (Shaw et al., 2006), une activité accrue du cortex préfrontal lors de tâches cognitives complexes, et une sensibilité plus grande du système nerveux aux stimulations environnementales (Dabrowski, 1964 ; Daniels & Piechowski, 2009).

 

1.2 Le Trouble du Spectre de l'Autisme (TSA)

Le TSA est un trouble du neurodéveloppement défini dans le DSM-5 (APA, 2013) par deux dimensions symptomatiques fondamentales : (1) des déficits persistants de la communication et des interactions sociales, et (2) des comportements, intérêts ou activités restreints et répétitifs. Le terme "spectre" souligne l'hétérogénéité clinique considérable de ce groupe, depuis les formes avec déficience intellectuelle associée jusqu'aux formes à haut niveau de fonctionnement (anciennement "syndrome d'Asperger" dans le DSM-IV).

Selon le rapport Cahuc (2021) et les données de l'HAS, la prévalence du TSA en France est estimée à environ 1 % de la population, soit environ 700 000 personnes. Les garçons sont diagnostiqués 3 à 4 fois plus souvent que les filles, mais cette asymétrie reflète en grande partie un biais diagnostique lié au phénomène de masquage plus intense chez les femmes (Bargiela et al., 2016 ; Lai et al., 2017).

Sur le plan neurobiologique, le TSA est associé à des anomalies de la connectivité fonctionnelle (hypo-connectivité longue portée, hyper-connectivité locale), des particularités de l'activité des neurones miroirs, une réponse amygdalienne atypique aux stimuli sociaux, et des profils sensoriels distinctifs (Marco et al., 2011 ; Just et al., 2012).

 

1.3 La double exceptionnalité (2e)

Le concept de "double exceptionnalité" (twice exceptional, 2e) désigne les individus présentant simultanément un HPI et un TND (TSA, TDA/H, TDC, dyslexie, etc.). Baum et Owen (2004) ont été parmi les premiers à théoriser ce profil. Dans le cas HPI + TSA, l'interaction entre les deux profils crée une complexité clinique particulière : le haut potentiel peut compenser certaines difficultés autistiques (masquage cognitif), tandis que les particularités autistiques peuvent freiner l'expression du potentiel intellectuel.

La prévalence exacte de la co-occurrence HPI + TSA est difficile à établir en raison des biais diagnostiques. Certaines études estiment que 5 à 10 % des personnes avec TSA présentent un QI supérieur à 130 (Foley-Nicpon et al., 2011), et que parmi les personnes identifiées HPI, la prévalence du TSA non diagnostiqué pourrait être significativement supérieure à celle de la population générale (Kalbfleisch, 2004).

 

2. Substrats neurobiologiques comparés

2.1 Points de convergence et de divergence

HPI et TSA partagent certains substrats neurobiologiques, ce qui contribue à leur intrication fréquente et explique certaines similitudes phénoménologiques. Les données de neuroimagerie et de génétique comportementale révèlent :

Dimension

HPI

TSA

Connectivité cérébrale

Hyper-connectivité frontale, réseaux plus étendus et efficaces

Hypo-connectivité longue portée, hyper-connectivité locale

Maturation corticale

Maturation plus lente, épaississement cortical progressif

Trajectoires atypiques variables, croissance cérébrale précoce accélérée

Traitement sensoriel

Sensibilité accrue, surexcitabilités (Dabrowski)

Hyper- ou hypo-sensibilités sensorielles (critère DSM-5)

Fonctions exécutives

Généralement élevées, flexibilité cognitive forte

Profil hétérogène : forces en systématisation, difficultés en flexibilité

Traitement social

Variable, souvent intact mais parfois atypique

Déficits persistants, traitement analytique plutôt qu'intuitif

Génétique

Polygénique, gènes impliqués dans synaptogenèse

Polygénique + de novo variants, chevauchements génétiques partiels avec HPI

 

2.2 Le profil sensoriel comme marqueur commun

Les surexcitabilités décrites par Dabrowski (1964) — psychomotrice, sensorielle, intellectuelle, imaginaire et psychique — et reconnues comme caractéristiques du HPI présentent un chevauchement phénoménologique important avec les particularités sensorielles du TSA. Cette convergence génère des confusions diagnostiques fréquentes : une hypersensibilité sensorielle intense peut être attribuée au "tempérament HPI" alors qu'elle relève en réalité du profil sensoriel autistique.

La distinction clinique essentielle réside dans la nature du traitement social : dans le HPI pur, les difficultés relationnelles sont généralement liées à la dyssynchronie (décalage avec les pairs d'âge) et restent fluides dans des contextes adaptés. Dans le TSA, elles reflètent une différence de traitement neurologique des informations sociales, présente même dans des contextes favorables.

 

3. Le masquage : mécanismes et conséquences

3.1 Définition et mécanismes du masquage

Le masquage ("camouflage" ou "masking" dans la littérature anglophone) désigne l'ensemble des stratégies conscientes ou inconscientes développées par les personnes autistes pour dissimuler leurs difficultés et paraître neurotypiques dans les contextes sociaux. Hull et al. (2017) ont identifié trois composantes principales :

       L'assimilation : adoption de comportements sociaux conformes aux normes, par imitation et apprentissage ;

       La compensation : développement de stratégies pour contourner les difficultés (ex. : scripts sociaux appris, règles explicites appliquées à l'intuition sociale) ;

       L'assimilation forcée : dissimulation active des comportements autistiques (stimming, intérêts spéciaux, difficultés sensorielles) pour éviter le rejet social.

Dans le profil 2e (HPI + TSA), le haut potentiel amplifie considérablement la capacité de masquage. L'intelligence élevée permet d'analyser consciemment les codes sociaux, d'apprendre à les imiter de manière convaincante, et de développer des compensations sophistiquées qui rendent les difficultés autistiques invisibles aux observateurs extérieurs — y compris aux professionnels.

 

3.2 Le coût invisible du masquage

Si le masquage permet une adaptation sociale apparente, son coût énergétique est considérable et documenté. Lai et al. (2017) et Hull et al. (2021) ont montré que le masquage chronique est associé à :

       Un épuisement sévère ("autistic burnout") : état de fatigue profonde, souvent déclenché après des années de masquage intense, marqué par une perte des capacités de compensation, un retrait social et une vulnérabilité psychiatrique accrue ;

       Un risque élevé de dépression et d'anxiété : les personnes autistes qui masquent davantage présentent significativement plus de troubles anxieux et dépressifs (Cassidy et al., 2018) ;

       Une identité fragmentée : l'écart chronique entre le "moi masqué" et le "moi autistique" génère des difficultés d'identité et un sentiment d'imposture ;

       Un retard diagnostique majeur : le masquage efficace peut retarder le diagnostic de 10 à 30 ans, notamment chez les femmes (Bargiela et al., 2016).

 

3.3 Le profil féminin : doublement masqué

Les femmes autistes présentent typiquement un masquage plus intense que les hommes (Lai et al., 2017 ; Bargiela et al., 2016). Cette différence, liée à la socialisation genrée et possiblement à des différences biologiques dans les stratégies adaptatives, génère un biais diagnostique documenté : les femmes reçoivent leur diagnostic en moyenne 3 à 5 ans plus tard que les hommes, et sont plus souvent orientées vers des diagnostics de troubles de la personnalité, de troubles anxieux ou de dépression avant que l'autisme ne soit identifié.

Chez les femmes HPI + TSA, ce double masquage est encore amplifié. L'intelligence élevée permet une imitation sociale très sophistiquée. Ces femmes sont souvent décrites comme "trop sensibles", "perfectionnistes", "anxieuses", "rigides" ou "exigeantes", sans que le substrat autistique ne soit identifié. Le diagnostic arrive fréquemment à l'âge adulte, souvent à la faveur d'un burn-out ou d'une décompensation.

 

4. Diagnostic différentiel : HPI, TSA et double exceptionnalité

4.1 Similitudes phénoménologiques sources de confusion

La confusion diagnostique entre HPI pur, TSA et double exceptionnalité est fréquente car ces trois profils partagent de nombreuses manifestations de surface :

Manifestation

HPI seul

TSA (avec ou sans HPI)

Intérêts intenses

Larges, changeants, passion intellectuelle diffuse

Circumscrits, durables, envahissants, système de connaissance spécialisé

Décalage avec les pairs

Dyssynchronie liée à la maturité intellectuelle précoce

Différence de traitement social neurologique, indépendante du niveau intellectuel

Sensibilité

Surexcitabilités Dabrowski, réactivité émotionnelle forte

Profil sensoriel distinctif, meltdown/shutdown en situation de surcharge

Raisonnement

Analogique, holistique, créatif, rapide

Souvent analytique, systématisant, fort en "bottom-up", difficultés en flexibilité

Communication

Verbeux, développé, parfois décalé par rapport aux pairs

Atypique en pragmatique sociale, littéral, prosodique, ou au contraire très formel

Rigidité

Perfectionnisme, exigence d'excellence

Besoin de prévisibilité, résistance au changement, routines fonctionnelles

 

4.2 Critères de distinction clinique

Plusieurs critères cliniques permettent d'orienter le diagnostic différentiel (Foley-Nicpon et al., 2011 ; Assouline et al., 2010) :

Réciprocité sociale : le HPI pur maintient généralement une réciprocité sociale intuitive, même si elle peut être décalée. Dans le TSA, la réciprocité est structurellement différente : elle doit être apprise et appliquée de manière consciente plutôt qu'intuitive.

Nature de la rigidité : le perfectionnisme HPI est lié à un idéal d'excellence et peut être modulé par l'intérêt. La rigidité TSA est fonctionnelle — elle réduit l'imprévisibilité — et provoque une détresse importante lorsqu'elle est contrariée.

Profil sensoriel : les particularités sensorielles du TSA sont plus intenses, plus pervasives, et génèrent typiquement des comportements d'évitement ou des crises de surcharge (meltdown). Les surexcitabilités HPI sont plus fluides et moins invalidantes dans les contextes ordinaires.

Lecture des émotions d'autrui : des difficultés persistantes à décoder les émotions, les intentions et les états mentaux des autres (déficits de théorie de l'esprit) orientent vers le TSA, même chez des personnes très intelligentes qui ont appris à compenser cognitivement.

 

4.3 Outils d'évaluation

L'évaluation de la double exceptionnalité HPI + TSA requiert un bilan pluridisciplinaire complet incluant :

       Évaluation du QI : WISC V (6-16 ans) ou WAIS-IV (adulte). Attention au profil dissocié : dans la double exceptionnalité, des index très élevés (ICV, IRP) peuvent coexister avec des index plus faibles (IMT, IVT), masquant le QI total réel. L'analyse des subtests est indispensable ;

       Outils spécifiques TSA : ADI-R (Autism Diagnostic Interview-Revised), ADOS-2 (Autism Diagnostic Observation Schedule), SRS-2 (Social Responsiveness Scale), AQ (Autism Spectrum Quotient) pour le dépistage adulte ;

       Évaluation des fonctions exécutives : BRIEF-2, tour de Londres, épreuves de flexibilité cognitive ;

       Évaluation du profil sensoriel : Sensory Profile 2 (Dunn, 2014) ;

       Échelles de masquage : CAT-Q (Camouflaging Autistic Traits Questionnaire, Hull et al., 2019) pour évaluer l'intensité des stratégies de camouflage ;

       Évaluation psychiatrique : screening systématique anxiété, dépression, PTSD (fréquent dans la double exceptionnalité).

 

5. Profils cliniques de la double exceptionnalité HPI + TSA

5.1 L'enfant 2e à l'école : invisible et incompris

L'enfant HPI + TSA présente souvent un paradoxe scolaire : des compétences intellectuelles très élevées dans certains domaines coexistent avec des difficultés importantes dans d'autres (écriture, travail en groupe, consignes orales multiples, transitions). Ce profil génère des incompréhensions systémiques.

L'enseignant observe soit la compétence intellectuelle et minimise les difficultés ("Il est tellement brillant, il ne fait pas d'efforts"), soit les difficultés comportementales et ignore le potentiel. Ni le soutien scolaire pour difficultés, ni l'enrichissement pour HPI ne sont adaptés seuls. C'est la combinaison aménagements + stimulation intellectuelle + soutien socio-émotionnel qui est efficace (Foley-Nicpon et al., 2011).

 

5.2 L'adolescent 2e : la crise du masquage

L'adolescence constitue souvent un point de rupture dans le profil 2e. Jusqu'alors, le haut potentiel permettait de compenser les difficultés autistiques par des stratégies cognitives élaborées. Mais à l'adolescence, la complexité sociale s'intensifie dramatiquement : les codes implicites se multiplient, les interactions deviennent plus subtiles, les enjeux identitaires et relationnels s'amplifient.

Le surcoût énergétique du masquage devient souvent insoutenable à cet âge, générant soit une décompensation anxieuse ou dépressive, soit un retrait social progressif, soit une "chute scolaire" inexpliquée alors que le niveau intellectuel est intact. C'est fréquemment à cette période que le diagnostic de TSA est enfin posé ou suspecté, trop souvent après une crise majeure.

 

5.3 L'adulte 2e : diagnostic tardif et burnout autistique

De nombreux adultes HPI + TSA arrivent à l'âge adulte sans diagnostic, ayant développé des compensations très sophistiquées. Ils exercent souvent des métiers intellectuellement exigeants où leur intelligence compense les difficultés sociales. Ils sont perçus comme "excentriques", "perfectionnistes", "asociaux" ou "anxieux" — rarement comme autistes.

Le burnout autistique survient fréquemment à un moment de surcharge cumulative (nouveau poste, parentalité, deuil, rupture) où les ressources de compensation s'effondrent. Il se manifeste par une fatigue profonde, une perte des capacités sociales habituelles, un retour des comportements autistiques non masqués, et souvent une dépression sévère. C'est dans ce contexte que le diagnostic tardif est posé, avec un impact psychologique ambivalent : soulagement de comprendre, mais deuil d'une identité construite sans ce cadre.

 

6. Lecture intégrative : le modèle biopsychosocial-écologique (BPS-E)

La double exceptionnalité HPI + TSA ne peut être réduite à une addition de deux profils. Elle génère une dynamique spécifique que le modèle biopsychosocial-écologique (Engel, 1977 ; Bronfenbrenner, 1986) permet de cartographier :

Dimension biologique : profil neurobiologique hybride (connectivités croisées HPI/TSA), profil sensoriel souvent très intense, régulation du système nerveux autonome atypique, vulnérabilité à l'épuisement.

Dimension psychologique : estime de soi fragilisée par l'expérience répétée de décalage, difficultés d'identité liées au masquage chronique, stratégies métacognitives très développées mais épuisantes, alexithymie fréquente.

Dimension nutritionnelle et mode de vie : hypersensibilités alimentaires souvent présentes (textures, odeurs), troubles du sommeil fréquents, sédentarité liée à l'évitement sensoriel moteur, importance de la régulation corporelle.

Dimension écologique et sociale : isolement social chronique, difficultés professionnelles liées au masquage, accès aux soins inadapté (peu de professionnels formés à la double exceptionnalité adulte), importance des communautés de pairs neurodivergents.

La théorie écosystémique de Bronfenbrenner rappelle que l'environnement est déterminant : un microsystème familial informé et bienveillant, un milieu scolaire adapté, et un macrosystème culturel accueillant la neurodiversité transforment radicalement le pronostic. Un enfant 2e dans un environnement rigide et non informé développera anxiété, burnout et dépression. Le même enfant dans un environnement adapté pourra exprimer son potentiel et trouver une place signifiante.

 

7. Prise en charge de la double exceptionnalité HPI + TSA

7.1 Principes directeurs

La prise en charge de la double exceptionnalité repose sur trois principes fondamentaux issus de la littérature (Foley-Nicpon et al., 2011 ; Assouline et al., 2010 ; Neihart, 2000) :

       Reconnaître et nommer les deux profils : le HPI et le TSA doivent tous deux être identifiés et pris en compte. Traiter uniquement l'un en ignorant l'autre conduit inévitablement à l'échec.

       Ne pas sacrifier l'un à l'autre : les stratégies d'enrichissement intellectuel et les aménagements pour les difficultés TSA doivent coexister. L'intelligence élevée n'exclut pas les besoins de soutien.

       Réduire le masquage, pas l'autisme : l'objectif n'est pas de rendre l'individu neurotypique, mais de réduire le coût énergétique du masquage pour lui permettre d'exprimer son potentiel sans s'épuiser.

 

7.2 Interventions spécifiques

Psychothérapie adaptée : les TCC classiques nécessitent des adaptations pour les profils autistiques (explicitation des implicites, travail sur les scripts sociaux, psychoéducation autistique). L'ACT (Acceptance and Commitment Therapy) montre de bons résultats pour réduire le masquage et développer l'auto-acceptation. La thérapie narrative peut aider à reconstruire une identité intégrant le profil TSA.

Groupes de pairs neurodivergents : la rencontre avec d'autres personnes 2e ou TSA à haut fonctionnement est souvent transformatrice. Elle réduit le sentiment d'isolement, valide l'expérience subjective, et offre un espace où le masquage n'est pas nécessaire.

Aménagements scolaires et professionnels : télétravail partiel, environnement sensoriel adapté (lumières, bruit), communication écrite privilégiée, délais explicites, réduction des imprévits. Un PAI ou PPRE adapté à l'école ; une convention de charte inclusivité en entreprise.

Guidance parentale et psychoéducation : les parents d'enfants 2e bénéficient d'un accompagnement spécifique pour comprendre les deux profils et ajuster leurs attentes. La psychoéducation autistique pour l'enfant lui-même — comprendre son propre fonctionnement — est un facteur protecteur majeur (Attwood, 2007).

Prévention du burnout : identification précoce des signes d'épuisement, stratégies de régulation du système nerveux (activité physique adaptée, temps de décompression sensorielle, gestion des transictions), acceptation des besoins de retrait.

 

7.3 Le cadre de la neurodiversité

Le concept de neurodiversité, introduit par Singer (1998) et popularisé par Armstrong (2010), propose de considérer les variations neurologiques — autisme, TDA/H, HPI, dyslexie — non comme des pathologies à corriger mais comme des variations naturelles du spectre humain, avec des forces spécifiques autant que des défis spécifiques. Ce cadre, adopté par de nombreuses associations de personnes autistes, influence profondément les approches thérapeutiques contemporaines.

Appliqué à la double exceptionnalité, il permet de sortir du paradigme exclusivement déficitaire : l'objectif n'est pas de "normaliser" la personne 2e mais de lui permettre de comprendre son fonctionnement, d'identifier ses forces, de réduire les obstacles environnementaux, et de construire une vie signifiante cohérente avec sa nature neurologique.

 

8. Conclusion

La double exceptionnalité HPI + TSA représente un profil clinique complexe, encore trop souvent méconnu des professionnels de santé, de l'éducation et des familles. Le haut potentiel et l'autisme ne s'annulent pas mutuellement : ils s'intriquent dans une dynamique spécifique marquée par le masquage cognitif et social, un épuisement progressif, et un risque élevé de diagnostic tardif avec ses conséquences sur la santé mentale.

La clé d'une prise en charge efficace est double : reconnaître et nommer les deux profils dans leur pleine dimension, et adopter une posture neurodiversité-friendly qui ne cherche pas à "normaliser" mais à soutenir l'expression du potentiel tout en réduisant le coût énergétique des compensations. Les avancées récentes sur le masquage, les profils féminins et le burnout autistique ouvrent des perspectives cliniques nouvelles qui transforment la compréhension et l'accompagnement de ces individus doublement exceptionnels.

La formule reste juste : ces individus ne sont pas "trop" ou "pas assez" — ils sont autrement, avec une richesse et des besoins qui méritent une attention à la hauteur de leur complexité.

 

Références bibliographiques

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