0165 Impulsivité, violence et anosognosie partielle :
L’apport du Questionnaire Harmoniné
BPS-E pour une évaluation multidimensionnelle
Dr. Claude Jean Paris, Psychiatre et Pédopsychiatre —
Boulogne-Billancourt
RÉSUMÉ
Les
passages à l’acte violents et les comportements impulsifs constituent un défi
clinique majeur en psychiatrie, particulièrement lorsque le patient présente
une anosognosie partielle et des données anamnestiques pauvres. La séquence «
je ne sais pas ce qui m’a pris » traduit une impossibilité métacognitive à
anticiper, comprendre et verbaliser le débordement émotionnel. Le présent
article montre en quoi le Questionnaire Harmoniné BPS-E (Paris et al., 2026),
outil d’évaluation clinique intégré en quatre dimensions — psychologique,
biologique, nutritionnelle/mode de vie et écologique/sociale — offre un cadre
structuré permettant d’objectiver les facteurs de vulnérabilité
multidimensionnels chez ces patients. La séquence clinique OPERA est proposée
comme protocole d’entretien adapté. L’ensemble constitue une aide à la décision
thérapeutique pluridisciplinaire.
Mots-clés : impulsivité ; violence ; anosognosie ; Questionnaire
BPS-E ; régulation émotionnelle ; DBT ; cognition sociale ; multidimensionnel
1. Introduction : l’énigme de la violence
sans mémoire
La pratique
psychiatrique quotidienne confronte fréquemment le clinicien à une présentation
déroutante : un patient — majoritairement de sexe masculin, mais pas
exclusivement — qui a commis un acte violent (dispute conjugale, agression
physique, explosion de colère au travail) et qui, quelques heures ou quelques
jours après, dit simplement : « Je ne sais pas ce qui m’a pris. J’ai pété un
câble. »[1,2]
Ce type de
déclaration n’est pas nécessairement un mensonge ni une stratégie défensive. Il
traduit une réalité neuropsychologique bien documentée : l’incapacité
métacognitive à identifier les états internes précurseurs de l’explosion
émotionnelle, couplée à une anosognosie partielle — c’est-à-dire une conscience
du trouble insuffisante pour en anticiper la dynamique[3,4]. Le patient « se rend compte, mais pas totalement » : il reconnaît
après coup l’acte comme problématique, mais reste incapable d’en saisir la
génèse.
Cette
présentation pose un problème méthodologique central : comment évaluer et
orienter thérapeutiquement un patient dont les données anamnestiques sont
pauvres, dont la métacognition est défaillante, et dont la motivation au
changement n’est que partielle ? Les outils d’évaluation unimodaux — entretien
clinique structuré, échelles de colonne vertosité ou d’impulsivité seules —
s’avèrent insuffisants face à la complexité multifactorielle du phénomène.
Le présent
article propose de démontrer l’intérêt du Questionnaire Harmoniné BPS-E[5]
— outil d’évaluation clinique intégré en quatre dimensions — comme cadre
structurant pour la prise en charge de ces patients. Il s’appuie sur les
apports théoriques d’Engel[6], de Bronfenbrenner[7], de la thérapie
comportementale dialectique (DBT) de Linehan[8], ainsi que des
neurosciences affectives contemporaines.
2. Impulsivité, violence et anosognosie :
éclairages théoriques
2.1 Le continüum impulsivité-violence
L’impulsivité est
un construit multidimensionnel qui englobe l’urgence émotionnelle, le déficit
de préméditation, le déficit de persévérance et la recherche de sensations[1,9]. Moeller et al.[10] la définissent comme « une prédisposition à des réactions
rapides et non planifiées à des stimuli internes ou externes, sans égard pour
les conséquences négatives de ces réactions ».
La violence
impulsive se distingue de la violence prédatée (ou instrumentale) par l’absence
de planification, la réactivité à un élément déclencheur perçu comme menaçant
ou humiliant, et par l’intensité disproportionnée de la réponse [2,11]. Elle est fréquemment associée à des troubles de la
personnalité (Borderline, Antisociale, Narcissique), à des troubles des
conduites à l’adolescence, à des addictions et à des antécédents
traumatiques [12].
La trajectoire
type inclut quatre étapes[2] : (1) stimulation interne ou externe (frustration, menace
identitaire, alcoolisation) ; (2) activation émotionnelle rapide avec réponse
amygdalienne ; (3) défaillance du contrôle inhibiteur préfrontal ; (4) passage
à l’acte avec amnistique partielle de la phase précurseure. C’est précisément
cette phase précurseure que le patient alexithymique ou anosognosique ne peut
pas rapporter.
2.2 L’anosognosie partielle : un obstacle clinique spécifique
L’anosognosie
désigne classiquement le défaut de conscience d’un trouble neurologique. En
psychiatrie, le terme est employé de manière plus large pour désigner une prise
de conscience insuffisante ou déformée du trouble mental et de ses conséquences[3].
Chez le patient violent impulsif, elle se manifeste rarement comme une négation
totale : le patient reconnaît généralement avoir « mal agi », mais minimise la
fréquence, la gravité ou les conséquences, tout en externalisant la
responsabilité (« c’est lui/elle qui m’a provoqué »)[4].
Cette anosognosie
partielle est fonctionnellement liée à une déficience de la mentalisation[13]
— capacité à comprendre ses propres états mentaux et ceux d’autrui — et à des
déficits de métacognition[14]. Elle compromet l’alliance thérapeutique, réduit la
motivation au changement, et complexifie l’anamnestique : le patient ne
rapporte pas ce qu’il n’a pas consciemment enregistré.
2.3 Les facteurs de vulnérabilité multidimensionnels
La littérature
convergente souligne le caractère multidéterminé des comportements violents
impulsifs[6,7,12]. La dimension biologique inclut les facteurs génétiques
(polymorphismes MAOA, 5-HTTLPR), les altérations de l’axe HPA, la
neuroinflammation, et les déficits micronutritionnels [15,16]. La dimension psychologique intègre l’alexithymie, les
biais d’attribution hostile, les schémas précoces inadaptés et les déficits de
fonctions exécutives [9,17]. La dimension nutritionnelle et mode de vie comprend l’hypoglycémie
réactionnelle, la consommation d’alcool, le manque de sommeil et la
sédentarité [10,18]. La dimension écologique et sociale recouvre l’exposition
aux événements adverses, le stress professionnel, l’isolement relationnel et la
normalisation intrafamiliale de la violence [12,19].
3. Le Questionnaire Harmoniné BPS-E comme
outil d’évaluation intégrée
3.1 Présentation du modèle BPS-E
Le modèle
biopsychosocial-écologique (BPS-E) est une extension du modèle biopsychosocial
d’Engel (1977)[6], enrichi par la théorie écosystémique de Bronfenbrenner
(1986)[7] et l’approche par les capabilités de Sen (1999)[20].
Il postule que la santé mentale et les comportements dysfonctionnels ne peuvent
être compris que comme la résultante d’interactions continues entre quatre
dimensions interdipéndantes : biologique, psychologique, nutritionnelle/mode de
vie, et écologique/sociale[5].
Le Questionnaire
Harmoniné BPS-E[5] opérationnalise ce modèle à travers 49 items répartis en
quatre dimensions : psychologique (19 items, max 76), biologique (10 items, max
40), nutritionnelle/mode de vie (12 items, max 48) et écologique/sociale (12
items, max 48). Chaque item est coté de 0 (état problématique maximal) à 4
(fonctionnement optimal). Les scores dimensionnels normalisés en pourcentage
permettent une lecture à trois niveaux : Vert (≥ 75 %), Orange (50-74 %) et
Rouge (< 50 %), guidant la priorisation des interventions.
3.2 Pertinence spécifique dans le profil violent-impulsif
Chez le patient à
impulsivité débordante, le questionnaire BPS-E présente plusieurs avantages
stratégiques. Premièrement, il ne repose pas sur l’introspection émotionnelle :
les items biologiques, nutritionnels et écologiques sont remplis à partir de
faits objectivables (durée du sommeil, fréquence d’alcoolisation, qualité du
logement), contournant partiellement l’alexithymie et l’anosognosie[5].
Deuxièmement, il externalise l’évaluation : présenté comme un bilan de santé
global, il réduit les résistances défensives du patient qui n’est pas
stigmatisé d’emblée comme « violent ». Troisièmement, il produit un profil
multidimensionnel qui révèle les vulnérabilités précipitantes même quand le
patient ne peut les nommer.
Le tableau
suivant synthétise la contribution de chaque dimension à la compréhension des
comportements violents impulsifs :
Tableau 1. Facteurs de vulnérabilité par
dimension BPS-E dans l’impulsivité violente
|
Dimension
BPS-E |
Facteurs de
risque (score ≤ 2) |
Manifestation
clinique chez le patient violent |
Item(s)
BPS-E clé(s) |
|
Psychologique |
Régulation
émotionnelle déficitaire, tolérance à la détresse faible, schémas précoces
d'abandon/défectuosité, mentalisation pauvre |
Explosion
émotionnelle sans signal précurseur, alexithymie, attribution hostile,
incapacité à nommer l'affect |
Items 7, 9, 14,
18 [1,3] |
|
Psychologique |
Fonctions
exécutives altérées, biais attentionnels, métacognition dysfonctionnelle |
Difficultés
d'inhibition comportementale, interprétation menaçante des signaux sociaux
ambigus, anosognosie partielle |
Items 4, 5, 18 [4,5] |
|
Biologique |
Axe HPA
dysrégulé, neuroinflammation, antécédents familiaux |
Réactivité au
stress accrue, impulsivité organique (hypofrontalité), vulnérabilité
génétique (MAOA, 5-HTTLPR) |
Items 2, 1, 10 [6,7] |
|
Biologique |
Glycémie
instable, déficits en micronutriments (magnésium, fer, vitamine D) |
Irritabilité
exacerbée en contexte hypoglycémique, fatigue cognitive favorisant le
débordement émotionnel |
Items 5, 6 [8] |
|
Nutritionnel
/ Mode de vie |
Mauvaise qualité
du sommeil, sédentarité, consommation d'alcool |
Seuil de
tolérance à la frustration abaissé, désinhibition nocturne, comorbidité
addictive facilitante |
Items 7, 8, 9 [9,10] |
|
Nutritionnel
/ Mode de vie |
Déséquilibre
oméga-6/oméga-3, microbiote altéré |
Inflammation de
bas grade pro-agressive, dysrégulation sérotoninergique intestinale |
Items 3, 8, 10 [11] |
|
Écologique /
Social |
Chômage ou
harcèlement professionnel, insécurité du logement, isolement social |
Stress
chronique, sentiment d'injustice/humiliation, absence de régulation
intersubjective externe |
Items 3, 4, 6 [12,13] |
|
Écologique /
Social |
Exposition aux
événements adverses, discrimination, charge allostatique élevée |
Trauma non
élaboré, hyperréactivité latente, normalisation intrafamiliale de la violence |
Items 9, 10, 11 [14] |
3.3 Le système de cotation et ses seuils d’alerte
La cotation du
questionnaire permet de calculer un score dimensionnel normalisé et un score
global BPS-E. Chaque seuil a des implications directes pour la gestion du
risque de violence impulsive :
Tableau 2. Seuils BPS-E et orientation
thérapeutique dans l’impulsivité
|
Score BPS-E
(% dim.) |
Signification
clinique |
Orientation
thérapeutique prioritaire |
|
≥ 75 % (Vert) |
Facteurs
protecteurs prédominants — risque résiduel à surveiller |
Psychoéducation,
entretien motivationnel, plan de prévention des rechutes |
|
50-74 %
(Orange) |
Vulnérabilités
identifiées — décompensation possible sous stress aigu |
Prise en charge
ciblée (TCC, DBT-S, régulation somatique, bilan biologique) |
|
< 50 %
(Rouge) |
Déséquilibre
multidimensionnel — risque d'acte impulsif élevé |
Plan
pluridisciplinaire urgent : psychiatrique, somatique, social, judiciaire si
nécessaire |
Une configuration
particulièrement alarante est l’association : score psychologique Rouge (<
50 %) + score nutritionnel Rouge (< 50 %) + score biologique Orange ou
Rouge. Cette triade traduit un patient dont l’inhibition comportementale est
biologiquement fragillisée, cognitivement inefficace, et dont les ressources
somatiques quotidiennes sont insuffisantes pour éviter le débordement[10,15].
4. La séquence OPERA : un protocole
d’entretien adapté aux patients anosognosiques
4.1 Rationale
Face à un patient
dont le discours spontané est pauvre (« je ne sais pas », « ça m’a pris »),
l’entretien clinique traditionnel centrené sur la narrativité du patient est
particulièrement mis en échec. La séquence OPERA[5]
est un protocole d’entretien clinique développé dans le cadre du modèle BPS-E,
conçu pour ancrer l’évaluation dans des éléments factuels, contourner les
défenses anosognosiques et préparer l’alliance thérapeutique.
4.2 Structure de la séquence
Tableau 3. Séquence OPERA : protocole
d’entretien pour patients violents et anosognosiques
|
Étape OPERA |
Acronyme |
Question
clinique |
Lien BPS-E |
|
1 |
O —
Occurrence |
Décrivez-moi le
dernier épisode violent : que s'est-il passé exactement ? |
Anamnèse
comportementale directe — ancrage factuel pour patient anosognosique |
|
2 |
P —
Précurseurs |
Qu'est-ce qui
précédait juste avant ? Tensions corporelles, pensées, fatigue ? |
Identification
des signaux somatiques (Dim. Bio) et cognitifs (Dim. Psy) |
|
3 |
E —
Environnement |
Contexte : où,
avec qui, après quel événement ? |
Triggers
écologiques / sociaux — Dim. Éco |
|
4 |
R —
Régulation |
Comment vous
êtes-vous calmé ensuite ? Avez-vous pu y mettre fin seul ? |
Evaluation de la
tolérance à la détresse et auto-régulation (Dim. Psy) |
|
5 |
A —
Antécédents |
Cela s'est déjà
produit ? Dans votre famille ? Avez-vous été exposé à la violence ? |
Antécédents
familiaux, trauma, vulnérabilité biologique — Dim. Bio + Éco |
La force de la
séquence OPERA réside dans son orientation factuelle-comportementale : elle ne
demande pas au patient comment il se sentait, mais ce qui s’est passé
concrètement, reconstituant progressivement la chaîne de vulnérabilité même
quand le patient ne peut l’identifier seul. Elle s’articule directement avec
les dimensions du questionnaire BPS-E, permettant de contextualiser chaque
score.
5. Vignette clinique fictive à visée
illustrative
⚠️ Cas fictif à visée pédagogique exclusivement — Toute
ressemblance avec des situations réelles est fortuite.
Monsieur K., 38
ans, est adressé en consultation psychiatrique par son médecin généraliste
après un incident au domicile conjugal. Son épouse a appelé les secours après
qu’il a brisé des objets et l’a bousculee lors d’une dispute. À la
consultation, il présente une attitude altérnant entre culpabilité générique («
j’ai eu tort ») et externalisation (« elle pousse à bout »). L’anamnestique de
l’épisode est extrêmement lacunaire.
L’application du
Questionnaire Harmoniné BPS-E donne les résultats suivants :
Tableau 4. Profil BPS-E fictif de M. K.
(vignette clinique pédagogique)
|
Dimension
BPS-E |
Score
(items représentatifs) |
%
dimensionnel |
Signaux
d'alarme identifiés |
|
Psychologique
(max 76) |
Régulation
émotionnelle : 1 / Tolérance détresse : 1 / Mentalisation : 1 / Fonctions
exécutives : 2 |
38 %
🔴 |
Alexithymie
marquée, inhibition défaillante, mentalisation quasi absente — profil DBT
prioritaire |
|
Biologique
(max 40) |
Axe HPA : 1 /
Microbiote : 2 / Antécédents familiaux : 1 / Glycémie : 2 |
44 %
🔴 |
Stress chronique
non régulé, antécédent paternel de violence, bilan inflammatoire à prescrire |
|
Nutritionnel
/ Mode de vie (max 48) |
Sommeil : 1 /
Alcool : 1 / Activité physique : 2 / Qualité lipidique : 2 |
46 %
🔴 |
Insomnie
chronique, consommation alcool quotidienne — double désinhibition
(pharmacologique + cognitive) |
|
Écologique /
Social (max 48) |
Emploi : 2 /
Réseau social : 1 / Événements adverses : 1 / Logement : 3 |
58 %
🟠 |
Isolement
relationnel, trauma récent (licenciement abrupt), sentiment d'injustice
persistant |
|
Score global
BPS-E |
Moyenne des 4
dimensions |
46,5 %
🔴 |
Prise en charge
pluridisciplinaire urgente recommandée — orientation DBT + soutien social +
bilan biologique |
Ce profil fictif
met en évidence une configuration à risque élevé : trois dimensions en zone
Rouge, une en Orange. La séquence OPERA a permis d’identifier que l’épisode
violent est survenu le vendredi soir, après une semaine de travail intense, une
consommation de 4-5 verres d’alcool, et une discussion économique avec son
épouse percue comme une remise en question de sa compétence. Le cadre BPS-E
permet d’organiser cette information en facteurs précipitants identifiables et
de proposer un plan thérapeutique cohérent.
5.1 Plan thérapeutique proposé (vignette fictive)
•
Dimension psychologique
: orientation vers un groupe DBT-Adaptée Violence (DBT-V)[8] — module régulation émotionnelle, tolérance à la détresse,
mentalisation. Objectif à 8 semaines : identifier 3 signaux somatiques
précurseurs personnels.
•
Dimension biologique :
prescription d’un bilan biologique ciblé (CRP, ferritine, vitamine D, glycémie
à jeun, TSH). Consultation addictologie pour évaluation de la dépendance à
l’alcool.
•
Dimension nutritionnelle
/ mode de vie : prescription « sport sur ordonnance »[5] — 30 min marche rapide 5 jours/semaine ; hygiène du sommeil ;
réduction progressive de la consommation d’alcool avec accompagnement.
•
Dimension écologique /
sociale : orientation vers médiation familiale ; évaluation des ressources
communautaires de quartier ; contact avec l’assistant(e) social(e) du cabinet.
•
Plan SMART à 6 semaines
: objectif comportemental n°1 — ne pas consommer d’alcool les soirs de tension
identifiée (lundi, jeudi, vendredi) ; objectif n°2 — appeler un « tiers
régulateur » (ami, frère) plutôt que d’affronter la discussion en état de fatigue
ou de désinhibition.
6. Discussion
6.1 Avantages du Questionnaire BPS-E dans ce contexte
Comparativement
aux instruments unimodaux disponibles (Barratt Impulsiveness Scale[9],
PCL-R[21], STAXI[22]), le questionnaire BPS-E présente trois avantages
distinctifs pour le patient violent-impulsif avec anosognosie partielle.
Le premier
avantage est sa tolérance à l’anosognosie : parce qu’il évalue des faits de vie
concrets (sommeil, alimentation, emploi, logement) et non uniquement des états
subjectifs, il permet d’obtenir des informations cliniquement pertinentes même
quand le patient ne peut narrer ses états intérieurs[5].
Le deuxième avantage est sa valeur d’amorce thérapeutique : le fait de «
dessiner » un profil multidimensionnel avec le patient, et de lui en présenter
les résultats visuellement, peut constituer un levier motivationnel puissant
chez un patient peu introspectif[23]. Le troisième
avantage est sa valeur de communication pluridisciplinaire : le profil BPS-E
produit un langage commun utilisable par le psychiatre, le médecin généraliste,
le psychothérapeute, le travailleur social et le juge dans les situations où
une injonction de soins est envisagée[24].
6.2 Limites et perspectives
Le questionnaire
BPS-E n’est pas un outil de prédiction de la violence. Il ne remplace pas
l’évaluation du risque criminologique (HCR-20[25],
VRAG[26]) dans les contextes médico-légaux. Il n’évalue pas
directement la présence de troubles de la personnalité antisociale ou de
psychopathie. De plus, la cotation par le clinicien reste soumise à un biais
d’information : dans un contexte de données pauvres, certains items biologiques
et écologiques ne peuvent être évalués qu’avec une précision limitée.
Les
développements futurs incluent : la validation psychométrique formelle du
questionnaire sur des échantillons cliniques représentatifs ; le développement
d’une version courte auto-administrée pour le dépistage en médecine générale ;
et l’intégration dans des protocoles de recherche longitudinale sur la récidive
violente.
6.3 Articulation avec les approches thérapeutiques existantes
Le profil BPS-E
n’impose pas une thérapie unique. Il oriente vers les modalités les mieux
indiquées : DBT[8] si la dimension psychologique est prédominante (régulation
émotionnelle, tolérance à la détresse) ; thérapie centrée sur la mentaliàsation
(MBT) de Fonagy & Bateman[13] si la dimension
intersubjective est centrale ; approche des schémas (Young[17])
en cas de schémas précoces inadaptés bien identifiés ; interventions
motivationnelles de Miller & Rollnick[23] pour les
patients ambivalents ; ou prise en charge addictologique spécifique si la
dimension alcool est prédominante[10].
7. Conclusion
Les patients
consultant à la suite d’un épisode de violence impulsive représentent une
population cliniquement complexe : combinant anosognosie partielle,
alexithymie, données anamnestiques appauvries et résistances défensives. Les
outils d’évaluation unimodaux se révèlent insuffisants pour saisir la
multifactorialité du phénomène.
Le Questionnaire
Harmoniné BPS-E[5] offre un cadre d’évaluation structuré, multidimensionnel
et tolérant à l’anosognosie, qui permet d’identifier les vulnérabilités
précipitantes même en l’absence de discours introspectif. Couplé à la séquence
OPERA, il constitue un protocole clinique pratique, adaptable à des contextes
variés — consultation psychiatrique, médecine générale, injonction de soins,
groupe thérapeutique — et orientant vers des plans de soins pluridisciplinaires
cohérents.
Cette approche
intégrée rejoint la vision de la psychiatrie contemporaine telle que la formule
le modèle BPS-E : « la maîtrise clinique ne réside plus dans le choix exclusif
d’une école de pensée, mais dans la capacité à naviguer fluidement entre les
échelles, de la neurobiologie de l’amygdale à la dynamique familiale complexe,
tout en préservant l’humanité du soignant »[5,6].
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