Pages

Affichage des articles dont le libellé est 0249 — Idées reçues en neurosciences et en psychiatrie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est 0249 — Idées reçues en neurosciences et en psychiatrie. Afficher tous les articles

samedi 29 août 2026

0249 — Idées reçues en neurosciences et en psychiatrie

 0249 — Idées reçues en neurosciences et en psychiatrie

Cerveau gauche/cerveau droit, plasticité cérébrale, « 10 % du cerveau », déséquilibre chimique et autres neuromythes : revue critique dans une perspective BPS-E



Dr. Claude Jean Paris  —  Psychiatre et Pédopsychiatre, Boulogne-Billancourt

Paris et al., 2026 | Revue critique appliquée au modèle BPS-E

RÉSUMÉ

Contexte. Les neurosciences et la psychiatrie sont, plus que d'autres disciplines biomédicales, exposées à la diffusion massive d'idées reçues — ou « neuromythes » — dans le grand public, les médias, le monde scolaire et parfois même chez les professionnels de santé. Cette porosité s'explique par l'attrait intuitif des explications faisant appel au cerveau et par la simplification nécessaire de résultats scientifiques complexes lors de leur vulgarisation.

Objectif. Recenser, analyser et contextualiser les principales idées reçues concernant le fonctionnement cérébral général (latéralisation, plasticité, usage du cerveau, styles d'apprentissage), la psychiatrie de l'adulte (déséquilibre chimique, électroconvulsivothérapie, addiction, stigmatisation) et la pédopsychiatrie (TDAH, troubles dys, autisme, trouble de la personnalité borderline), en confrontant chacune d'elles aux données actuelles de la littérature.

Méthode. Revue narrative structurée, organisée par grandes familles d'idées reçues, avec pour chacune l'origine historique du mythe, l'état des connaissances scientifiques actuelles, et les implications cliniques dans le cadre du modèle biopsychosocial-écologique (BPS-E, Paris et al., 2026).

Résultats. La majorité des neuromythes examinés reposent sur une extrapolation abusive d'un résultat scientifique réel mais circonscrit vers une généralisation non soutenue par les données ultérieures. En psychiatrie et en pédopsychiatrie, les idées reçues combinent simplification scientifique et stigmatisation sociale historique, avec des conséquences directes sur l'observance thérapeutique, l'alliance de soin et le parcours scolaire de l'enfant.

Discussion. La déconstruction de ces idées reçues ne relève pas d'un exercice académique isolé : elle constitue un enjeu de psychoéducation clinique de premier plan, directement mobilisable dans la dimension psychologique du modèle BPS-E, où les cognitions erronées du patient ou de sa famille sur le cerveau ou sur le trouble influencent directement l'adhésion aux soins.

 

Mots-clés : neuromythes ; idées reçues ; latéralisation cérébrale ; plasticité cérébrale ; styles d'apprentissage ; déséquilibre chimique ; TDAH ; autisme ; stigmatisation ; psychoéducation ; modèle BPS-E.

1. Introduction

1.1. Une porosité documentée entre science et croyance populaire

Les neurosciences occupent, dans l'imaginaire collectif, une place particulière : elles bénéficient d'un capital de crédibilité scientifique tout en se prêtant à une vulgarisation aisée, parfois au prix d'une distorsion importante des résultats originaux. Dekker et al. (2012) ont montré, dans une étude portant sur plus de 3000 enseignants de plusieurs pays, qu'environ deux tiers d'entre eux adhéraient à au moins un neuromythe majeur, notamment celui des styles d'apprentissage ou de la dichotomie cerveau gauche/cerveau droit. Ce constat n'épargne pas les professionnels de santé : Macdonald et al. (2017) ont observé que la formation universitaire en neurosciences réduisait l'adhésion aux neuromythes sans l'éliminer complètement, y compris chez des professionnels formés.

1.2. Enjeux cliniques pour le psychiatre et le pédopsychiatre

Pour le clinicien, la question des idées reçues n'est pas anecdotique. Un patient convaincu qu'il « n'utilise que 10 % de son cerveau » peut développer des attentes irréalistes vis-à-vis de dispositifs de neurostimulation ou de compléments cognitifs ; un parent persuadé que son enfant est « cerveau droit, donc pas fait pour les mathématiques » peut renoncer prématurément à un accompagnement pédagogique adapté ; un patient dépressif informé de longue date que sa souffrance résulte d'un simple « déséquilibre chimique » peut vivre la persistance de ses symptômes sous traitement comme un échec personnel plutôt que comme une information clinique à réévaluer. En pédopsychiatrie, ces enjeux sont redoublés : les idées reçues sur le TDAH, les troubles dys ou l'autisme retardent fréquemment le diagnostic et exposent l'enfant à une errance scolaire évitable.

1.3. Objectifs et portée de cet article

Cet article se propose de dresser un inventaire raisonné, non exhaustif mais représentatif, des idées reçues les plus fréquemment rencontrées en consultation, en distinguant trois grands ensembles : les neuromythes généraux sur le fonctionnement cérébral, indépendants de toute pathologie ; les idées reçues spécifiques à la psychiatrie de l'adulte ; et les idées reçues spécifiques à la pédopsychiatrie, particulièrement prégnantes dans le contexte scolaire et familial. Pour chaque idée reçue, l'objectif n'est pas seulement de la réfuter, mais de comprendre pourquoi elle s'est installée et comment sa déconstruction peut être mobilisée cliniquement dans le cadre du modèle BPS-E.

2. Cadre conceptuel et méthode

Un « neuromythe » se définit, selon la formulation retenue par l'OCDE dès 2002 puis reprise par Pasquinelli (2012), comme une conception erronée sur le fonctionnement cérébral, née d'une mauvaise interprétation, d'une généralisation excessive ou d'une déformation de résultats scientifiques établis, initialement diffusés à des fins pédagogiques ou de vulgarisation légitimes. Cette définition distingue le neuromythe de l'erreur scientifique pure : il conserve toujours un noyau de vérité scientifique authentique, ce qui explique en partie sa résistance à la réfutation.

La présente revue examine successivement quatre familles d'idées reçues. La première regroupe les neuromythes généraux sur le fonctionnement cérébral (latéralisation, styles d'apprentissage, cerveau triunique, effet Mozart, dimorphisme sexuel cérébral, latéralité manuelle, apprentissage pendant le sommeil). La deuxième porte spécifiquement sur la plasticité cérébrale, sujette à deux mythes en miroir. La troisième regroupe les idées reçues propres à la psychiatrie de l'adulte. La quatrième, enfin, est consacrée aux idées reçues spécifiques à la pédopsychiatrie. Pour chaque idée reçue, la structure d'analyse est constante : origine historique du mythe, réalité scientifique actuelle, et implication clinique.

3. Grandes idées reçues sur le fonctionnement cérébral

3.1. « On n'utilise que 10 % de son cerveau »

Cette affirmation, sans doute le neuromythe le plus universellement répandu, n'a aucune origine scientifique clairement identifiable ; elle est parfois attribuée, à tort, à William James ou à Albert Einstein. Or l'imagerie fonctionnelle moderne (TEP, IRMf) démontre que l'ensemble du volume cérébral est activé au cours d'une même journée, à des moments différents selon les tâches, et que même les lésions focales de petite taille entraînent des déficits fonctionnels mesurables — ce qui serait impossible si 90 % du tissu cérébral était fonctionnellement superflu (Beyerstein, 1999, in Della Sala, 1999). Sur le plan métabolique, le cerveau consomme à lui seul environ 20 % de l'énergie totale de l'organisme au repos ; un tel investissement énergétique serait incompatible, du point de vue de la sélection naturelle, avec l'entretien d'un tissu majoritairement inutilisé.

3.2. Cerveau gauche, cerveau droit et personnalité

L'idée que certaines personnes seraient « cerveau gauche » (rationnelles, analytiques) et d'autres « cerveau droit » (créatives, intuitives) constitue une extrapolation abusive des travaux de Roger Sperry sur les patients ayant subi une callosotomie (section chirurgicale du corps calleux) pour traiter une épilepsie réfractaire. Ces travaux, récompensés par le prix Nobel en 1981, ont authentiquement établi une spécialisation fonctionnelle relative des hémisphères — le langage étant typiquement latéralisé à gauche chez la majorité des droitiers — mais n'ont jamais démontré l'existence de « types de personnalité » hémisphériques. Nielsen et al. (2013), à partir de l'analyse de la connectivité fonctionnelle au repos chez plus de 1000 sujets, n'ont retrouvé aucune preuve d'une dominance globale d'un hémisphère sur l'autre corrélée à des traits de personnalité. La latéralisation cérébrale est réelle, mais elle concerne des fonctions spécifiques et circonscrites, non la personnalité globale de l'individu (Gazzaniga, 2005).

3.3. Les styles d'apprentissage (visuel, auditif, kinesthésique)

L'idée selon laquelle chaque apprenant posséderait un style d'apprentissage préférentiel, et que l'enseignement serait plus efficace lorsqu'il est adapté à ce style, jouit d'une popularité considérable dans le monde éducatif. La revue systématique de référence menée par Pashler, McDaniel, Rohrer et Bjork (2008) pour l'Association for Psychological Science n'a cependant trouvé aucune étude méthodologiquement rigoureuse démontrant qu'apparier la modalité d'enseignement au style d'apprentissage autoproclamé d'un élève améliore ses résultats scolaires. Ce qui est en revanche solidement établi est que certains contenus se prêtent mieux à certaines modalités de présentation (une carte géographique se transmet mieux visuellement qu'oralement), indépendamment du profil de l'apprenant.

3.4. Le « cerveau triunique » et le mythe du cerveau reptilien

Le modèle du cerveau triunique, proposé par Paul MacLean (1990), postule l'existence de trois strates cérébrales superposées au cours de l'évolution — un « cerveau reptilien » archaïque, siège des instincts, un « cerveau limbique » mammifère, siège des émotions, et un néocortex, siège de la raison, ce dernier venant idéalement « contrôler » les deux premiers. Ce modèle a connu un succès considérable en vulgarisation, notamment dans les approches de gestion des émotions et certaines pratiques éducatives. Il est aujourd'hui invalidé par la neuroanatomie comparée : Cesario, Johnson et Eisthen (2020) montrent que la plupart des structures qualifiées de « reptiliennes » existent, sous des formes homologues, chez l'ensemble des vertébrés, y compris les reptiles eux-mêmes, et que l'idée d'une superposition hiérarchique de strates évolutives successives ne correspond pas à la réalité du développement cérébral, qui procède par modification de structures préexistantes plutôt que par empilement de novo.

3.5. L'effet Mozart

L'étude princeps de Rauscher, Shaw et Ky (1993), publiée dans Nature, avait montré une amélioration transitoire et modeste de performances de raisonnement spatial chez des étudiants ayant écouté dix minutes d'une sonate de Mozart, comparativement à une condition de silence ou de relaxation. Cette observation, circonscrite à une tâche spécifique et à un effet de courte durée, a été transformée par la vulgarisation médiatique et le marketing en promesse d'une augmentation générale et durable du quotient intellectuel, y compris chez le nourrisson in utero. La méta-analyse de Pietschnig, Voracek et Formann (2010), portant sur plus de 3000 sujets à travers 39 études, ne retrouve qu'un effet minime et non spécifique à Mozart, attribuable à l'éveil et à l'humeur induits par une stimulation auditive agréable, quelle qu'en soit la nature.

3.6. « On naît avec tous les neurones qu'on aura » : le dogme de la neurogenèse figée

Le dogme neuroanatomique classique, hérité des travaux de Santiago Ramón y Cajal au tournant du XXe siècle, postulait qu'aucun neurone nouveau n'apparaissait après la maturation du système nerveux central. Ce dogme a été ébranlé par la mise en évidence d'une neurogenèse adulte dans le gyrus denté de l'hippocampe humain (Eriksson et al., 1998), suggérant une capacité de renouvellement neuronal tout au long de la vie. Ce résultat a lui-même été nuancé par des travaux plus récents : Sorrells et al. (2018) ne retrouvent pratiquement aucune neurogenèse hippocampique détectable chez l'adulte humain, tandis que Boldrini et al. (2018), utilisant une méthodologie différente, concluent au contraire à sa persistance tout au long du vieillissement. Cette controverse, non tranchée à ce jour, illustre la nécessité de maintenir une position scientifique prudente plutôt que de trancher précocement en faveur de l'une ou l'autre extrapolation médiatique.

3.7. « Le cerveau des hommes et celui des femmes seraient câblés différemment »

La littérature de vulgarisation continue de véhiculer l'idée de cerveaux masculins et féminins fondamentalement différents dans leur câblage, souvent pour justifier des différences de compétences ou de vocations. Joel et al. (2015), en analysant l'IRM structurelle de plus de 1400 cerveaux, montrent que l'immense majorité des cerveaux individuels constituent une mosaïque unique de caractéristiques statistiquement associées tantôt aux hommes, tantôt aux femmes, sans qu'il existe deux catégories cérébrales binaires et homogènes. Eliot (2019), dans une synthèse publiée dans Nature, souligne que les différences cérébrales moyennes entre les sexes, lorsqu'elles existent, sont de taille d'effet faible et très inférieures à la variabilité interindividuelle au sein de chaque sexe, ce qui invalide toute utilisation de ces différences moyennes pour prédire les capacités d'un individu donné.

3.8. « Les gauchers ont un cerveau organisé à l'envers »

La latéralité manuelle gauche continue d'alimenter des représentations erronées, allant de l'inversion complète supposée de l'organisation hémisphérique à des associations non fondées avec une créativité ou une intelligence supérieures. En réalité, la majorité des gauchers présentent, comme les droitiers, une latéralisation du langage à l'hémisphère gauche : les études d'imagerie fonctionnelle situent cette proportion autour de 70 à 75 % chez les gauchers, contre plus de 95 % chez les droitiers, la latéralisation atypique ou bilatérale restant minoritaire même dans cette population (Knecht et al., 2000). La latéralité manuelle et la latéralisation du langage sont donc partiellement mais non systématiquement corrélées, ce qui invalide l'idée d'une organisation cérébrale globalement « inversée » chez le gaucher.

3.9. « On peut apprendre pendant son sommeil »

L'idée d'un apprentissage passif pendant le sommeil, popularisée dès les années 1950 par les dispositifs commerciaux d'enregistrements audio diffusés durant la nuit, ressurgit régulièrement sous des formes actualisées (applications de méditation ou de langues « à écouter en dormant »). Si la recherche contemporaine confirme bien un rôle actif du sommeil, en particulier du sommeil lent profond et paradoxal, dans la consolidation mnésique d'apprentissages réalisés à l'état de veille (Rasch & Born, 2013), elle ne soutient en revanche aucunement la possibilité d'un encodage de nouvelles informations complexes, telles qu'un vocabulaire étranger, directement pendant le sommeil : la capacité du cerveau endormi à traiter une information nouvelle et à la mémoriser durablement demeure extrêmement limitée, contrairement au renforcement de traces mnésiques déjà encodées à l'état de veille.

Idée reçue

Origine du mythe

Réalité scientifique actuelle

« On n'utilise que 10 % du cerveau »

Attribution erronée, absence de source scientifique

Le cerveau entier est actif ; coût métabolique incompatible avec un tissu inutilisé

Cerveau gauche / cerveau droit = personnalité

Extrapolation des travaux de Sperry sur le cerveau divisé

Latéralisation réelle mais fonctionnelle et circonscrite, non globale ni liée à la personnalité

Styles d'apprentissage (VAK)

Théories pédagogiques des années 1970-1980

Aucune preuve qu'apparier enseignement et style déclaré améliore les résultats

Cerveau triunique / cerveau reptilien

Modèle de MacLean (1990)

Invalidé par la neuroanatomie comparée moderne

Effet Mozart

Étude Rauscher et al. (1993), résultat étroit

Effet minime, non spécifique à Mozart, lié à l'éveil général

Cerveaux « câblés » différemment selon le sexe

Généralisation de différences statistiques moyennes

Mosaïque individuelle ; variabilité intra-sexe très supérieure à la différence moyenne

Gauchers = cerveau inversé

Généralisation abusive de la latéralité manuelle

Latéralisation du langage à gauche chez 70-75 % des gauchers, non systématiquement inversée

On peut apprendre en dormant

Dispositifs commerciaux des années 1950

Le sommeil consolide des apprentissages déjà encodés, il n'encode pas d'information nouvelle complexe

 

4. La plasticité cérébrale : deux mythes en miroir

4.1. Le mythe du cerveau adulte figé

Symétriquement au dogme historique de la neurogenèse nulle, une conception longtemps dominante voulait que le cerveau adulte soit une structure anatomiquement figée, incapable de réorganisation au-delà d'une fenêtre développementale précoce. Cette conception, aujourd'hui obsolète, a été démentie par de multiples travaux en imagerie structurelle. Maguire et al. (2000) ont montré, chez des chauffeurs de taxi londoniens ayant mémorisé le plan complexe de la ville (« The Knowledge »), un volume de matière grise hippocampique postérieure significativement supérieur à celui de sujets contrôles, corrélé à l'ancienneté professionnelle. Draganski et al. (2004) ont documenté, par IRM longitudinale, une augmentation mesurable de matière grise dans les aires visuelles associées au mouvement chez des sujets ayant appris à jongler pendant trois mois, suivie d'une régression partielle après l'arrêt de la pratique. Ces travaux établissent solidement que le cerveau adulte demeure structurellement plastique en réponse à un apprentissage soutenu et répété.

4.2. Le mythe symétrique : la plasticité comme promesse marketing illimitée

À l'inverse du mythe du cerveau figé, la démonstration de la plasticité cérébrale a alimenté, depuis une quinzaine d'années, un marché commercial considérable de programmes de « musculation cérébrale » (brain training), promettant une amélioration générale de l'intelligence, de la mémoire ou de l'attention par la pratique quotidienne de jeux cognitifs. L'étude de grande envergure d'Owen et al. (2010), menée auprès de plus de 11 000 participants dans le cadre d'une émission de la BBC, a montré que l'entraînement cognitif améliorait significativement les performances aux tâches entraînées elles-mêmes, sans transfert mesurable vers des capacités cognitives générales non entraînées. La revue de Simons et al. (2016) pour Psychological Science in the Public Interest confirme cette absence de transfert généralisé et souligne les limites méthodologiques de nombreuses études commerciales invoquées par l'industrie du brain training — un constat qui a conduit la Federal Trade Commission américaine à sanctionner, en 2016, l'entreprise Lumosity pour publicité trompeuse.

4.3. Une plasticité réelle, mais contrainte et spécifique

La synthèse de ces données invite à une position clinique équilibrée : la plasticité cérébrale est un fait neurobiologique solidement établi, mobilisable en rééducation post-AVC, en apprentissage moteur, en psychothérapie et en réadaptation cognitive, mais elle demeure spécifique à la fonction entraînée, dépendante de la répétition structurée et de l'intensité de la pratique, et rarement transférable à des domaines cognitifs non directement sollicités. Cette nuance est essentielle en pratique clinique, où la promesse d'une plasticité « miracle » et rapide (« reprogrammez votre cerveau en 21 jours ») expose à des désillusions thérapeutiques, tandis que sa négation expose à un renoncement thérapeutique injustifié, notamment chez l'enfant ou après une lésion cérébrale acquise.

Repère BPS-E — Dimension biologique

Dans le modèle BPS-E, la plasticité cérébrale documente le potentiel de changement biologique sous-jacent à toute intervention thérapeutique — pharmacologique, rééducative ou psychothérapeutique. Elle légitime scientifiquement l'investissement clinique dans la rééducation et la psychothérapie, sans pour autant justifier des promesses commerciales non fondées de transformation cognitive rapide et généralisée.

 

5. Idées reçues en psychiatrie de l'adulte

5.1. « La dépression est due à un déséquilibre chimique »

L'hypothèse monoaminergique de la dépression, centrée sur un déficit de sérotonine, s'est diffusée dans le grand public à partir des années 1990 comme explication simple et déculpabilisante de la dépression, facilitant paradoxalement l'acceptation du traitement antidépresseur. Cette formulation, utile sur le plan de la communication clinique initiale, constitue cependant une simplification excessive du modèle scientifique actuel. La revue systématique en ombrelle de Moncrieff et al. (2022), synthétisant les méta-analyses disponibles sur l'activité et la concentration sérotoninergiques chez les patients déprimés, ne retrouve pas de preuve consistante d'un déficit sérotoninergique causal isolé. Cela ne remet nullement en cause l'efficacité clinique démontrée des traitements antidépresseurs dans les formes modérées à sévères, mais invite à présenter au patient un modèle explicatif plus proche des données actuelles : la dépression résulte d'une interaction complexe de facteurs neurobiologiques, psychologiques et environnementaux, conforme à la logique multidimensionnelle du modèle BPS-E.

5.2. « La schizophrénie, c'est le dédoublement de la personnalité »

La confusion entre schizophrénie et trouble dissociatif de l'identité (anciennement « personnalité multiple ») demeure l'une des idées reçues les plus répandues et les plus délétères en santé mentale, largement entretenue par un usage médiatique erroné du terme « schizophrène » pour désigner une contradiction ou une ambivalence. Or la schizophrénie est un trouble psychotique caractérisé par des altérations de la perception de la réalité (idées délirantes, hallucinations), de la pensée et du fonctionnement, sans dédoublement de la personnalité où deux identités distinctes coexisteraient chez un même individu. Cette confusion alimente une stigmatisation spécifique, associant à tort la schizophrénie à une dangerosité ou à une imprévisibilité comportementale majeure, alors que les données épidémiologiques montrent que les personnes atteintes de schizophrénie sont significativement plus souvent victimes que auteures de violence (Read et al., 2006).

5.3. « L'électroconvulsivothérapie est un traitement barbare qui détruit la mémoire »

L'image de l'électroconvulsivothérapie (ECT) dans l'imaginaire collectif demeure fortement marquée par les représentations cinématographiques des années 1970 et par les pratiques historiques antérieures à l'anesthésie générale et à la curarisation systématiques. L'ECT moderne, encadrée et pratiquée sous anesthésie générale de courte durée avec curarisation et monitorage, constitue aujourd'hui l'un des traitements les plus efficaces de la dépression sévère et résistante, avec des taux de réponse supérieurs à ceux de la plupart des alternatives pharmacologiques dans cette indication (UK ECT Review Group, 2003). Les effets sur la mémoire, réels, concernent principalement une amnésie rétrograde de la période péri-traitement, le plus souvent réversible en quelques semaines à quelques mois, et sont aujourd'hui minimisés par les techniques de positionnement unilatéral des électrodes et l'ajustement individualisé des paramètres de stimulation (Read & Bentall, 2010, pour une discussion nuancée des controverses persistantes sur les effets cognitifs à plus long terme).

5.4. « L'addiction, c'est un manque de volonté »

La conception moralisatrice de l'addiction comme défaut de caractère ou faiblesse de volonté demeure profondément ancrée, y compris chez certains professionnels de santé, en dépit de plusieurs décennies de recherche en neurobiologie de l'addiction. Le modèle de la « maladie cérébrale » de l'addiction, formalisé notamment par Volkow, Koob et McLellan (2016), documente des altérations mesurables des circuits de la récompense, du contrôle inhibiteur préfrontal et de la réactivité au stress chez les personnes présentant un trouble de l'usage de substances. Ce modèle fait cependant l'objet d'un débat scientifique actif : Heilig et al. (2016) appellent à réintégrer pleinement le contexte social, économique et relationnel dans la compréhension de l'addiction — logique pleinement compatible avec la dimension écologique et sociale du modèle BPS-E.

5.5. « La maladie mentale est une faiblesse de caractère »

Cette croyance, à l'origine d'une stigmatisation persistante, continue de retarder le recours aux soins pour de nombreux patients. Corrigan et Watson (2002) distinguent la stigmatisation publique, portée par la société, de l'auto-stigmatisation, intériorisée par le patient lui-même, cette dernière étant associée à une diminution de l'estime de soi, du sentiment d'auto-efficacité et, in fine, de la recherche d'aide. Read et al. (2006) apportent une nuance importante à la stratégie de déstigmatisation par le seul discours biomédical : cette approche, si elle réduit le sentiment de responsabilité du patient, ne réduit pas nécessairement la perception de dangerosité associée aux troubles psychiatriques les plus sévères, ce qui plaide pour des stratégies combinant information scientifique et contact social direct.

5.6. « Les médicaments psychiatriques changent la personnalité » et le mythe de la « camisole chimique »

La crainte qu'un traitement psychotrope, notamment antipsychotique, « change la personnalité » constitue un frein fréquent à l'observance thérapeutique. Cette crainte s'appuie sur une réalité clinique partielle — certains effets indésirables, en particulier sédatifs ou extrapyramidaux, peuvent effectivement être vécus comme une altération du ressenti subjectif — mais elle est souvent généralisée de façon excessive, notamment sous l'influence de représentations historiques des neuroleptiques de première génération à posologies élevées (Moncrieff, 2008). La pratique psychiatrique contemporaine vise précisément à minimiser ce risque tout en objectivant, avec le patient, la part de symptomatologie propre au trouble et la part imputable au traitement.

5.7. « La psychanalyse a expliqué scientifiquement l'esprit humain »

Si l'apport historique et clinique de la psychanalyse à la compréhension de la vie psychique demeure reconnu dans de nombreux courants de la psychiatrie contemporaine, l'idée reçue selon laquelle les théories freudiennes constitueraient un corpus scientifiquement validé au même titre que les données de neurosciences actuelles relève d'une confusion épistémologique largement documentée (Cioffi, 1998). De nombreux concepts psychanalytiques classiques, notamment la théorie du refoulement systématique des souvenirs traumatiques, ne trouvent pas de confirmation dans la littérature empirique contemporaine sur la mémoire traumatique, ce qui invite à situer précisément les apports cliniques légitimes de l'approche psychodynamique sans leur attribuer un statut de vérité scientifique établie.

Idée reçue

Réalité clinique actuelle

Dépression = déséquilibre chimique isolé

Modèle multifactoriel : neurotransmission, plasticité, axe du stress, facteurs psychosociaux

Schizophrénie = dédoublement de personnalité

Trouble psychotique distinct du trouble dissociatif de l'identité ; patients plus souvent victimes qu'auteurs de violence

ECT = traitement barbare

Traitement encadré, sous anesthésie, parmi les plus efficaces de la dépression résistante

Addiction = manque de volonté

Altérations mesurables des circuits de la récompense, à resituer dans le contexte psychosocial

Maladie mentale = faiblesse de caractère

Trouble multifactoriel ; stigmatisation à combattre par information ET contact social

Psychotropes = changement de personnalité

Effets indésirables réels mais spécifiques, à distinguer des symptômes du trouble lui-même

 

6. Idées reçues spécifiques à la pédopsychiatrie

6.1. « Le TDAH n'existe pas, c'est un problème d'éducation ou une invention moderne »

Le trouble déficit de l'attention/hyperactivité fait partie des diagnostics pédopsychiatriques les plus contestés dans le débat public, souvent présenté comme une pathologisation excessive de comportements enfantins normaux ou comme la conséquence d'un défaut d'autorité parentale. Or le TDAH est documenté depuis plus d'un siècle dans la littérature médicale, avec une prévalence internationale stable autour de 5 % chez l'enfant selon les méta-analyses (Faraone et al., 2021, cité dans la littérature BPS-E), et des corrélats neurobiologiques répliqués incluant des différences de volume et de maturation de plusieurs régions préfrontales et striatales ainsi qu'une héritabilité estimée entre 70 et 80 % dans les études de jumeaux. Ceci n'exclut naturellement pas une influence significative de l'environnement (qualité du sommeil, exposition aux écrans, style éducatif) sur l'expression et la sévérité des symptômes, sans que celle-ci ne remette en cause la réalité du trouble sous-jacent.

6.2. « Les troubles dys, c'est un manque d'effort »

Les troubles spécifiques des apprentissages (dyslexie, dyscalculie, dyspraxie) continuent d'être fréquemment interprétés par l'entourage scolaire ou familial comme un défaut de travail ou d'attention, retardant la mise en place d'aménagements pédagogiques adaptés (PAP, PPS). Les études en neuro-imagerie fonctionnelle mettent pourtant en évidence, chez les enfants dyslexiques, des différences reproductibles d'activation dans les réseaux temporo-pariétaux et occipito-temporaux impliqués dans le traitement phonologique et la reconnaissance visuelle des mots (Shaywitz & Shaywitz, 2005), indépendamment du niveau d'intelligence globale de l'enfant, qui est par définition préservé dans ces troubles. Cette base neurodéveloppementale n'élimine pas l'intérêt majeur des rééducations orthophoniques et pédagogiques, mais invalide la lecture moralisatrice de ces troubles comme un manque de volonté.

6.3. « L'autisme est causé par une mauvaise relation mère-enfant ou par les vaccins »

L'histoire de la pédopsychiatrie porte la trace de deux idées reçues particulièrement délétères concernant l'autisme. La première, portée notamment par la théorie dite de la « mère réfrigérateur » formulée par Bruno Bettelheim dans les années 1960, attribuait l'autisme à un défaut d'investissement affectif maternel — hypothèse aujourd'hui totalement invalidée et reconnue comme ayant causé une souffrance considérable aux familles concernées. La seconde, plus récente, repose sur l'article frauduleux de Wakefield et al. (1998), rétracté par The Lancet en 2010 pour fraude scientifique avérée, ayant prétendu établir un lien entre le vaccin ROR et l'autisme. De larges études de cohorte portant sur plusieurs millions d'enfants, notamment l'étude danoise de Hviid et al. (2019) portant sur plus de 650 000 enfants, n'ont retrouvé aucune association entre vaccination ROR et risque de trouble du spectre autistique. L'autisme est aujourd'hui reconnu comme un trouble neurodéveloppemental d'origine multifactorielle, à forte composante génétique.

6.4. « Un enfant hyperactif deviendra un adulte violent »

La crainte qu'un enfant présentant un TDAH ou des troubles du comportement soit inexorablement destiné à une trajectoire antisociale ou délinquante à l'âge adulte constitue une source d'anxiété fréquente chez les parents et peut, par un effet d'étiquetage négatif, contribuer paradoxalement à aggraver le pronostic. Les données de suivi longitudinal montrent en réalité une hétérogénéité considérable des trajectoires : si le TDAH non pris en charge est associé à un risque statistiquement majoré de difficultés scolaires, professionnelles et de comorbidités addictives à l'âge adulte, la majorité des enfants suivis et traités de façon adaptée ne développent aucun trouble du comportement antisocial, et l'intervention précoce (rééducation, psychoéducation familiale, traitement lorsqu'il est indiqué) modifie significativement cette trajectoire (Barkley, 2015).

6.5. « Le trouble de la personnalité borderline (limite), c'est un manipulateur »

Le terme « manipulateur », fréquemment associé au trouble de la personnalité borderline dans le langage courant et parfois même dans certains discours soignants, reflète une incompréhension du mécanisme sous-jacent aux comportements observés. La conceptualisation contemporaine du trouble borderline, notamment dans le modèle biosocial de Linehan (1993), situe ces comportements — menaces, gestes auto-agressifs, sollicitations répétées — non comme une stratégie délibérée de contrôle d'autrui, mais comme l'expression d'une dysrégulation émotionnelle intense chez une personne dont les stratégies de régulation adaptées ont été insuffisamment développées, souvent dans un contexte d'invalidation émotionnelle précoce. Cette reformulation clinique, loin d'excuser les comportements, permet une prise en charge fondée sur l'enseignement de compétences de régulation émotionnelle plutôt que sur une lecture moralisatrice contre-productive pour l'alliance thérapeutique.

Idée reçue pédopsychiatrique

Réalité clinique actuelle

Le TDAH n'existe pas / problème d'éducation

Trouble neurodéveloppemental documenté, héritabilité 70-80 %, corrélats cérébraux répliqués

Troubles dys = manque d'effort

Base neurodéveloppementale spécifique, intelligence globale préservée par définition

Autisme causé par la relation mère-enfant / les vaccins

Trouble neurodéveloppemental multifactoriel ; lien vaccinal formellement infirmé (fraude Wakefield)

Enfant hyperactif = futur adulte violent

Trajectoires hétérogènes ; prise en charge précoce modifie significativement le pronostic

Trouble borderline = manipulateur

Dysrégulation émotionnelle, non stratégie délibérée (modèle biosocial de Linehan)

 

7. Pourquoi les idées reçues résistent aux faits

7.1. La séduction de l'explication neuroscientifique

Weisberg, Keil, Goodstein, Rawson et Gray (2008) ont mis en évidence, dans une étude expérimentale devenue classique, que l'ajout d'une explication neuroscientifique non pertinente à une explication psychologique déjà correcte en augmentait la crédibilité perçue auprès de sujets non spécialistes — phénomène qualifié de « séduction de l'explication neuroscientifique ». Cette allure scientifique confère aux neuromythes une crédibilité supérieure à celle d'idées reçues d'autres domaines, précisément parce qu'ils s'appuient sur un vocabulaire technique perçu comme rigoureux, indépendamment de sa pertinence réelle pour l'argument avancé.

7.2. Le rôle du traitement médiatique

Racine, Bar-Ilan et Illes (2005) documentent une tendance systématique de la presse généraliste à sur-interpréter les résultats d'imagerie cérébrale, notamment en attribuant une signification causale directe à des corrélations d'activation observées en IRMf, tandis que Beck (2010) souligne l'attrait particulier du cerveau comme sujet médiatique, propice à des titres accrocheurs et des simplifications séduisantes. Ce phénomène est amplifié par la structure même de la diffusion de l'information scientifique : les résultats préliminaires ou circonscrits (comme l'étude Mozart de 1993) bénéficient d'une couverture médiatique disproportionnée par rapport aux études de réplication ou aux méta-analyses ultérieures, souvent plus nuancées et nettement moins relayées.

7.3. Le biais de confirmation et la résistance à la réfutation

Le biais de confirmation — tendance à retenir préférentiellement les informations confirmant une croyance préexistante — explique la résistance des neuromythes même face à une information correctrice explicite, un phénomène documenté de façon répétée dans la littérature sur le changement de croyance en contexte éducatif (Pasquinelli, 2012). Ce biais est renforcé, en contexte clinique et familial, par la fonction psychologique que remplit parfois l'idée reçue elle-même : attribuer une difficulté scolaire à un « style d'apprentissage » plutôt qu'à un trouble spécifique des apprentissages peut, temporairement, alléger la charge émotionnelle associée à un diagnostic, ce qui rend sa déconstruction clinique plus délicate qu'une simple correction factuelle.

7.4. Le marketing du préfixe « neuro »

Un dernier facteur de persistance des idées reçues tient à leur exploitation commerciale directe : programmes de « neuro-coaching », compléments alimentaires promettant une amélioration cognitive, applications de « neuro-apprentissage » ou dispositifs de neurofeedback commercialisés sans validation clinique suffisante s'appuient systématiquement sur la légitimité perçue du préfixe « neuro », entretenant ainsi activement la diffusion des neuromythes qu'ils exploitent à des fins commerciales, dans une dynamique auto-entretenue que la seule correction scientifique peine à endiguer.

8. Implications cliniques dans le cadre du modèle BPS-E

La déconstruction des idées reçues neuroscientifiques et psychiatriques ne constitue pas seulement un exercice de rigueur académique : elle représente un levier clinique directement mobilisable dans la pratique quotidienne du psychiatre et du pédopsychiatre. Dans la dimension psychologique du modèle BPS-E, les cognitions erronées du patient ou de sa famille sur le fonctionnement du cerveau ou sur la nature du trouble constituent un matériau clinique à part entière, qu'il convient d'explorer activement lors de l'anamnèse plutôt que de supposer implicitement correct.

Dans la dimension écologique et sociale, la stigmatisation alimentée par les idées reçues (schizophrénie, addiction, TDAH, autisme) constitue un déterminant social de la santé mentale à part entière, susceptible de retarder le recours aux soins, de fragiliser le réseau social du patient ou de l'enfant, et de compromettre son parcours scolaire ou professionnel. Une psychoéducation rigoureuse, fondée sur les données actuelles plutôt que sur des formulations simplificatrices dépassées, participe directement à la réduction de cette charge écologique.

Repère BPS-E — Dimension psychologique

L'exploration systématique des représentations du patient ou de la famille sur le trouble — modèle explicatif spontané, attentes vis-à-vis du traitement, croyances sur le cerveau — gagne à être intégrée dès l'anamnèse initiale. Une psychoéducation ajustée aux données actuelles, plutôt qu'aux formulations simplifiées historiques, renforce l'alliance thérapeutique et l'observance sans sacrifier la clarté du discours clinique.

 

9. Vignettes cliniques illustratives (cas fictifs)

⚠ Avertissement : les vignettes suivantes sont entièrement fictives. Toute ressemblance avec un patient réel serait fortuite.

9.1. Vignette adulte

Monsieur B., 29 ans, consulte pour un premier épisode dépressif caractérisé. Il rapporte avoir lu que sa souffrance provient d'un « manque de sérotonine » et se dit surpris, voire inquiet, que l'amélioration sous traitement antidépresseur ne soit pas immédiate : « si c'est chimique, ça devrait se corriger tout de suite, non ? » Il évoque également une réticence à envisager un accompagnement psychothérapeutique en parallèle, estimant que « si le problème est dans le cerveau, la parole n'y changera rien ». Le clinicien profite de cette consultation pour clarifier, sans disqualifier l'information initiale reçue par le patient, que la dépression résulte d'une interaction entre plusieurs dimensions — neurobiologique, cognitive, relationnelle et environnementale — et que le traitement pharmacologique agit notamment en favorisant des processus de plasticité neuronale se déployant sur plusieurs semaines. Cette reformulation permet d'introduire une indication de psychothérapie cognitivo-comportementale en complément, mieux acceptée une fois le modèle explicatif clarifié.

9.2. Vignette pédopsychiatrique

Les parents du jeune T., 8 ans, consultent après une orientation par l'enseignante pour suspicion de TDAH. Le père se montre réticent : « dans mon enfance, on nous appelait juste turbulents, on ne médicalisait pas tout, c'est un problème d'éducation ». La mère ajoute craindre qu'un diagnostic « change la personnalité » de son fils ou l'étiquette pour la vie. L'évaluation, structurée selon la grille BPS-E pédopsychiatrique, met en évidence un tableau compatible avec un TDAH de présentation combinée, avec un retentissement scolaire et une souffrance de l'estime de soi de l'enfant déjà mesurable. Le temps de psychoéducation consacré aux parents — origine neurodéveloppementale du trouble, données d'héritabilité, absence de lien avec un défaut éducatif, rôle possible mais non exclusif de l'environnement — permet de lever une partie des résistances initiales et d'orienter vers un bilan neuropsychologique complémentaire ainsi qu'un accompagnement psychoéducatif familial, sans que la question du traitement pharmacologique n'ait à être tranchée dès cette première consultation.

10. Recommandations pour la pratique clinique et la psychoéducation

Plusieurs principes pratiques se dégagent de cette revue pour guider la psychoéducation en consultation. Premièrement, explorer systématiquement le modèle explicatif spontané du patient ou de la famille concernant le trouble, avant d'y substituer ou d'y ajouter une information scientifique actualisée. Deuxièmement, éviter les formulations à visée simplificatrice qui, bien qu'utiles pour engager le dialogue initial, risquent de devenir des obstacles ultérieurs si elles ne sont pas nuancées à mesure que la relation thérapeutique se consolide. Troisièmement, s'appuyer sur des sources de vulgarisation scientifique fiables plutôt que sur des contenus non vérifiés. Quatrièmement, intégrer la déconstruction des idées reçues dans les actions de psychoéducation collective et de formation continue, notamment auprès des équipes pluridisciplinaires, des enseignants et des aidants familiaux, chez qui la prévalence des neuromythes reste comparable à celle du grand public (Dekker et al., 2012).

Type de ressource

Exemples

Usage recommandé en consultation

Institutionnel santé

Haute Autorité de Santé (HAS), Santé publique France

Documents de recommandation à remettre ou évoquer pour les troubles fréquents

Institutionnel recherche

INSERM, CNRS

Dossiers de vulgarisation validés scientifiquement, actualisés régulièrement

Associations de patients/familles

Associations dédiées TDAH, TSA, troubles dys, dépression

Soutien par les pairs, complément non substitutif à l'information médicale

Ouvrages de vulgarisation référencés

Ouvrages universitaires signés par des chercheurs identifiés

À privilégier par rapport aux contenus non sourcés des réseaux sociaux

 

11. Limites et perspectives de recherche

Cette revue narrative présente plusieurs limites méthodologiques. Elle ne constitue pas une revue systématique au sens strict et privilégie une sélection raisonnée des idées reçues les plus fréquemment rencontrées en pratique clinique française plutôt qu'un inventaire exhaustif. Certaines controverses évoquées, notamment celle relative à la neurogenèse hippocampique adulte ou aux mécanismes précis de l'hypothèse monoaminergique de la dépression, demeurent activement débattues dans la littérature et ne sauraient être présentées comme définitivement tranchées. Une perspective de recherche complémentaire consisterait à évaluer, au sein de la patientèle suivie dans le cadre du modèle BPS-E, la prévalence des principales idées reçues recensées dans cet article, ainsi que l'impact d'une intervention de psychoéducation ciblée sur l'observance thérapeutique et la qualité de l'alliance de soin — étude qui pourrait s'appuyer sur les items dédiés aux représentations de la maladie du questionnaire BPS-E 150 (QBE-150, Paris et al., 2026) et de la grille BPS-E pédopsychiatrique.

12. Idées reçues transversales : mémoire, intelligence et vieillissement cérébral

12.1. « Le QI est une mesure fixe et immuable de l'intelligence »

Le quotient intellectuel continue d'être perçu, dans les représentations populaires, comme une caractéristique biologique figée dès la naissance, déterminant de façon univoque le potentiel cognitif d'un individu pour l'ensemble de sa vie. Cette représentation méconnaît à la fois la nature composite du construct mesuré par les tests de QI — qui n'évaluent qu'un sous-ensemble des capacités cognitives, principalement le raisonnement logique et verbal — et sa sensibilité documentée aux facteurs environnementaux : l'effet Flynn, soit l'augmentation régulière des scores de QI moyens observée au cours du XXe siècle dans de nombreux pays, atteste de l'influence de facteurs éducatifs, nutritionnels et socio-économiques sur cette mesure, incompatible avec l'idée d'un déterminisme strictement biologique et figé.

12.2. « La mémoire fonctionne comme une caméra qui enregistre fidèlement le passé »

La conception intuitive de la mémoire comme un enregistrement fidèle et stable des événements vécus, consultable à l'identique des années plus tard, est contredite par un corpus de recherche considérable sur la reconstruction mnésique. Chaque acte de rappel réactive et peut modifier la trace mnésique originale, un phénomène qui rend la mémoire humaine fondamentalement reconstructive plutôt que reproductive. Cette caractéristique a des implications cliniques directes, notamment dans l'évaluation de la fiabilité des souvenirs rapportés en contexte traumatique, où la clinique doit composer avec une mémoire par nature malléable sans que cela ne remette en cause la réalité clinique de la souffrance associée au souvenir.

12.3. « Le cerveau décline inévitablement et uniformément avec l'âge »

Si le vieillissement cérébral normal s'accompagne effectivement d'une diminution progressive de certaines capacités, notamment la vitesse de traitement de l'information et la mémoire de travail, cette évolution n'est ni uniforme entre les fonctions cognitives, ni inéluctable dans son ampleur. Certaines capacités, notamment le vocabulaire et les connaissances cristallisées, continuent de progresser tard dans la vie, tandis que la réserve cognitive — construite par le niveau d'éducation, la stimulation intellectuelle et sociale continue, et l'activité physique régulière — module significativement l'expression clinique du vieillissement cérébral et le risque de démence à pathologie neurodégénérative égale, ce qui invite à une position clinique de prévention active plutôt que de fatalisme face au vieillissement.

12.4. « Les jeux vidéo violents rendent les enfants violents »

La question du lien entre exposition aux jeux vidéo violents et comportements agressifs demeure fréquemment posée par les familles en consultation pédopsychiatrique, souvent sur un mode de certitude causale non soutenue par les données actuelles. Les méta-analyses les plus rigoureuses sur le sujet retrouvent des effets de taille faible et hétérogène sur des mesures d'agressivité à court terme en laboratoire, sans qu'un lien causal robuste avec des comportements violents réels ait pu être établi en population générale, la American Psychological Association ayant elle-même révisé en 2020 ses conclusions antérieures pour souligner l'insuffisance des preuves reliant les jeux vidéo violents à la criminalité ou à la violence grave. Ceci n'exclut pas l'intérêt clinique d'une attention portée au temps d'écran global et à son retentissement sur le sommeil et la régulation émotionnelle de l'enfant, indépendamment du contenu spécifique des jeux concernés.

12.5. « L'hypnose fait perdre le contrôle de soi »

L'hypnose médicale continue de pâtir, dans les représentations populaires, d'une confusion avec l'hypnose de spectacle, alimentant la crainte d'une perte de contrôle ou d'une vulnérabilité à la suggestion d'actes contraires à la volonté du patient. Les données de neuro-imagerie fonctionnelle montrent au contraire que l'état hypnotique s'accompagne de modifications spécifiques de l'activité de réseaux cérébraux impliqués dans l'attention et la conscience de soi, sans suppression du contrôle volontaire ni altération du jugement moral du sujet, qui demeure en mesure de refuser une suggestion contraire à ses valeurs. L'hypnose médicale, utilisée notamment dans la prise en charge de la douleur, de l'anxiété procédurale et de certains troubles fonctionnels, s'appuie sur cette réalité clinique bien documentée, distincte de la mise en scène spectaculaire qui continue d'en façonner la perception publique.

Idée reçue transversale

Réalité scientifique actuelle

Le QI est fixe et immuable

Sensible aux facteurs environnementaux (effet Flynn) ; ne mesure qu'un sous-ensemble des capacités cognitives

La mémoire enregistre fidèlement le passé

Mémoire reconstructive, modifiée à chaque rappel

Le cerveau décline uniformément avec l'âge

Évolution hétérogène selon les fonctions ; réserve cognitive modulatrice

Jeux vidéo violents = enfants violents

Lien causal non établi en population générale ; effets de taille faible en laboratoire

L'hypnose fait perdre le contrôle de soi

Contrôle volontaire et jugement moral préservés ; distincte de l'hypnose de spectacle

 

13. Conclusion

Les idées reçues en neurosciences et en psychiatrie partagent une structure commune : elles s'enracinent presque toujours dans un résultat scientifique authentique, dont la portée a été progressivement déformée par la vulgarisation, les intérêts commerciaux ou la résonance intuitive de l'explication proposée. Qu'il s'agisse du mythe des 10 % du cerveau, de la dichotomie cerveau gauche/cerveau droit, des styles d'apprentissage, du cerveau triunique, ou en psychiatrie du déséquilibre chimique isolé, de la confusion entre schizophrénie et dédoublement de personnalité, ou en pédopsychiatrie de la négation du TDAH ou de la théorie de la « mère réfrigérateur » pour l'autisme, chacune de ces idées reçues continue d'influencer, souvent à l'insu du praticien lui-même, la relation de soin et l'adhésion thérapeutique.

Dans le cadre du modèle BPS-E, la déconstruction rigoureuse mais respectueuse de ces représentations constitue un acte clinique à part entière, relevant tout autant de la dimension psychologique — travail sur les cognitions et les croyances du patient et de sa famille — que de la dimension écologique et sociale — lutte contre la stigmatisation. Loin d'opposer rigueur scientifique et alliance thérapeutique, une psychoéducation actualisée et nuancée renforce l'une et l'autre, en offrant au patient et à sa famille un modèle explicatif à la fois honnête sur les incertitudes de la science et mobilisable dans le parcours de soin.

 

En accord avec la devise du modèle BPS-E : « évaluer pour comprendre, comprendre pour agir, agir en cohérence avec la complexité de la personne ».

 

Conflits d'intérêts : L'auteur déclare ne pas avoir de liens d'intérêts. Financement : aucun financement externe. Contribution : Dr. Claude Jean Paris — conception, revue de littérature et rédaction.

 

Références bibliographiques

Barkley, R. A. (2015). Attention-Deficit Hyperactivity Disorder: A Handbook for Diagnosis and Treatment (4th ed.). Guilford Press.

Beck, D. M. (2010). The appeal of the brain in the popular press. Perspectives on Psychological Science, 5(6), 762-766.

Beyerstein, B. L. (1999). Whence cometh the myth that we only use 10% of our brain? In S. Della Sala (Ed.), Mind Myths: Exploring Popular Assumptions About the Mind and Brain (pp. 3-24). Wiley.

Boldrini, M., Fulmore, C. A., Tartt, A. N., et al. (2018). Human hippocampal neurogenesis persists throughout aging. Cell Stem Cell, 22(4), 589-599.

Cesario, J., Johnson, D. J., & Eisthen, H. L. (2020). Your brain is not an onion with a tiny reptile inside. Current Directions in Psychological Science, 29(3), 255-260.

Cioffi, F. (1998). Freud and the Question of Pseudoscience. Open Court Publishing.

Corrigan, P. W., & Watson, A. C. (2002). Understanding the impact of stigma on people with mental illness. World Psychiatry, 1(1), 16-20.

Dekker, S., Lee, N. C., Howard-Jones, P., & Jolles, J. (2012). Neuromyths in education: Prevalence and predictors of misconceptions among teachers. Frontiers in Psychology, 3, 429.

Della Sala, S. (Ed.). (1999). Mind Myths: Exploring Popular Assumptions About the Mind and Brain. Wiley.

Draganski, B., Gaser, C., Busch, V., Schuierer, G., Bogdahn, U., & May, A. (2004). Neuroplasticity: Changes in grey matter induced by training. Nature, 427(6972), 311-312.

Eliot, L. (2019). Neurosexism: The myth that men and women have different brains. Nature, 566(7745), 453-454.

Eriksson, P. S., Perfilieva, E., Björk-Eriksson, T., et al. (1998). Neurogenesis in the adult human hippocampus. Nature Medicine, 4(11), 1313-1317.

Gazzaniga, M. S. (2005). Forty-five years of split-brain research and still going strong. Nature Reviews Neuroscience, 6(8), 653-659.

Haute Autorité de Santé (HAS). (2017). Patient présentant un épisode dépressif caractérisé : prise en charge en premier recours. Saint-Denis : HAS.

Haute Autorité de Santé (HAS). (2014). Trouble déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) : repérage, diagnostic et prise en charge chez l'enfant et l'adolescent. Saint-Denis : HAS.

Heilig, M., Epstein, D. H., Nader, M. A., & Shaham, Y. (2016). Time to connect: Bringing social context into addiction neuroscience. Nature Reviews Neuroscience, 17(9), 592-599.

Hviid, A., Hansen, J. V., Frisch, M., & Melbye, M. (2019). Measles, mumps, rubella vaccination and autism: A nationwide cohort study. Annals of Internal Medicine, 170(8), 513-520.

Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM). (2021). Dossier d'information : Cerveau, du neurone aux grandes fonctions. Paris : INSERM.

Jarrett, C. (2014). Great Myths of the Brain. Wiley-Blackwell.

Joel, D., Berman, Z., Tavor, I., et al. (2015). Sex beyond the genitalia: The human brain mosaic. Proceedings of the National Academy of Sciences, 112(50), 15468-15473.

Knecht, S., Dräger, B., Deppe, M., et al. (2000). Handedness and hemispheric language dominance in healthy humans. Brain, 123(12), 2512-2518.

Linehan, M. M. (1993). Cognitive-Behavioral Treatment of Borderline Personality Disorder. Guilford Press.

Macdonald, K., Germine, L., Anderson, A., Christodoulou, J., & McGrath, L. M. (2017). Dispelling the myth: Training in education or neuroscience decreases but does not eliminate beliefs in neuromyths. Frontiers in Psychology, 8, 1314.

MacLean, P. D. (1990). The Triune Brain in Evolution: Role in Paleocerebral Functions. Plenum Press.

Maguire, E. A., Gadian, D. G., Johnsrude, I. S., et al. (2000). Navigation-related structural change in the hippocampi of taxi drivers. Proceedings of the National Academy of Sciences, 97(8), 4398-4403.

Moncrieff, J. (2008). The Myth of the Chemical Cure: A Critique of Psychiatric Drug Treatment. Palgrave Macmillan.

Moncrieff, J., Cooper, R. E., Stockmann, T., Amendola, S., Hengartner, M. P., & Horowitz, M. A. (2022). The serotonin theory of depression: A systematic umbrella review of the evidence. Molecular Psychiatry, 28, 3243-3256.

Owen, A. M., Hampshire, A., Grahn, J. A., et al. (2010). Putting brain training to the test. Nature, 465(7299), 775-778.

Pashler, H., McDaniel, M., Rohrer, D., & Bjork, R. (2008). Learning styles: Concepts and evidence. Psychological Science in the Public Interest, 9(3), 105-119.

Pasquinelli, E. (2012). Neuromyths: Why do they exist and persist? Mind, Brain, and Education, 6(2), 89-96.

Pietschnig, J., Voracek, M., & Formann, A. K. (2010). Mozart effect–Shmozart effect: A meta-analysis. Intelligence, 38(3), 314-323.

Racine, E., Bar-Ilan, O., & Illes, J. (2005). fMRI in the public eye. Nature Reviews Neuroscience, 6(2), 159-164.

Rasch, B., & Born, J. (2013). About sleep's role in memory. Physiological Reviews, 93(2), 681-766.

Rauscher, F. H., Shaw, G. L., & Ky, K. N. (1993). Music and spatial task performance. Nature, 365(6447), 611.

Read, J., & Bentall, R. (2010). The effectiveness of electroconvulsive therapy: A literature review. Epidemiologia e Psichiatria Sociale, 19(4), 333-347.

Read, J., Haslam, N., Sayce, L., & Davies, E. (2006). Prejudice and schizophrenia: A review of the 'mental illness is an illness like any other' approach. Acta Psychiatrica Scandinavica, 114(5), 303-318.

Shaywitz, S. E., & Shaywitz, B. A. (2005). Dyslexia (specific reading disability). Biological Psychiatry, 57(11), 1301-1309.

Simons, D. J., Boot, W. R., Charness, N., et al. (2016). Do 'brain-training' programs work? Psychological Science in the Public Interest, 17(3), 103-186.

Sorrells, S. F., Paredes, M. F., Cebrian-Silla, A., et al. (2018). Human hippocampal neurogenesis drops sharply in children to undetectable levels in adults. Nature, 555(7696), 377-381.

UK ECT Review Group. (2003). Efficacy and safety of electroconvulsive therapy in depressive disorders: A systematic review and meta-analysis. The Lancet, 361(9360), 799-808.

Volkow, N. D., Koob, G. F., & McLellan, A. T. (2016). Neurobiologic advances from the brain disease model of addiction. New England Journal of Medicine, 374(4), 363-371.

American Psychological Association (APA). (2020). APA reaffirms position on violent video games and violent behavior. Washington, DC: APA.

Deary, I. J., Whalley, L. J., & Starr, J. M. (2009). A Lifetime of Intelligence: Follow-up Studies of the Scottish Mental Surveys of 1932 and 1947. American Psychological Association.

Flynn, J. R. (1987). Massive IQ gains in 14 nations: What IQ tests really measure. Psychological Bulletin, 101(2), 171-191.

Loftus, E. F. (2005). Planting misinformation in the human mind: A 30-year investigation of the malleability of memory. Learning & Memory, 12(4), 361-366.

Oakley, D. A., & Halligan, P. W. (2013). Hypnotic suggestion: Opportunities for cognitive neuroscience. Nature Reviews Neuroscience, 14(8), 565-576.

Stern, Y. (2012). Cognitive reserve in ageing and Alzheimer's disease. The Lancet Neurology, 11(11), 1006-1012.

Wakefield, A. J., et al. (1998). Ileal-lymphoid-nodular hyperplasia, non-specific colitis, and pervasive developmental disorder in children. The Lancet, 351(9103), 637-641. [Article rétracté par la revue en 2010]

Weisberg, D. S., Keil, F. C., Goodstein, J., Rawson, E., & Gray, J. R. (2008). The seductive allure of neuroscience explanations.