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dimanche 5 juillet 2026

0217 Les thérapeutiques psychologiques

 

ARTICLE N° 0217

Les thérapeutiques psychologiques : psychanalyse, TCC (2ᵉ et 3ᵉ générations), relaxation, thérapies familiales et médiations artistiques

Une lecture intégrative selon le modèle biopsychosocial-écologique (BPS-E)

 

Dr. Claude Jean Paris

Psychiatre et Pédopsychiatre — Boulogne-Billancourt

Résumé structuré

Contexte. Les psychothérapies constituent, aux côtés des interventions pharmacologiques et psychosociales, un pilier du soin en santé mentale. Leur foisonnement (plusieurs centaines de dénominations) impose au clinicien une cartographie rationnelle, appuyée sur les données probantes et articulée à un cadre de compréhension global.

Objectif. Proposer une revue clinique structurée des grandes familles thérapeutiques — psychanalytiques et psychodynamiques, cognitivo-comportementales (en distinguant explicitement les 2ᵉ et 3ᵉ générations), relaxation thérapeutique, thérapies familiales et systémiques, psychothérapies à médiation artistique — et de leurs indications, puis d'en proposer une intégration au sein du modèle BPS-E (Paris et al., 2026).

Méthode. Synthèse narrative fondée sur les sources françaises de référence (expertise collective INSERM, 2004 ; recommandations HAS ; ouvrages de Cottraux, Elkaïm, Klein, Bergès) et sur la littérature internationale fondatrice.

Conclusion. Aucune modalité n'est universellement supérieure : l'indication se construit selon le trouble, l'âge, le stade de changement et les préférences du patient. Le modèle BPS-E offre une grille d'articulation qui situe chaque approche sur les dimensions qu'elle mobilise préférentiellement.

 


Mots-clés : psychothérapie ; psychanalyse ; thérapies cognitivo-comportementales ; troisième vague ; pleine conscience ; relaxation ; thérapie familiale systémique ; art-thérapie ; modèle biopsychosocial-écologique.

1.  Introduction : cartographier un champ pluriel

Sous le terme générique de psychothérapie se rangent des pratiques hétérogènes par leurs fondements théoriques, leurs techniques et leurs visées. Toutes partagent néanmoins une définition minimale : un traitement des troubles psychiques et de la souffrance par des moyens psychologiques, dans le cadre d'une relation intersubjective réglée, conduit par un praticien formé. L'expertise collective de l'INSERM (2004) a retenu, comme critères de scientificité, l'ancienneté et la solidité de la conceptualisation, l'existence de formations spécifiques et une diffusion large dans le soin.

Trois grandes approches y furent évaluées — psychodynamique (psychanalytique), cognitivo-comportementale, familiale et de couple — au terme de l'analyse d'environ un millier d'études internationales. Ce rapport, autant que les controverses qu'il a suscitées, a durablement structuré le débat français sur l'efficacité comparée des psychothérapies (INSERM, 2004). Depuis, les recommandations de la Haute Autorité de Santé positionnent la psychothérapie comme prise en charge de première intention dans nombre de troubles, seule dans les formes légères à modérées, ou en association aux traitements médicamenteux dans les formes sévères (HAS, 2017).

Le présent article propose une revue clinique de ces grandes familles, en accordant, conformément à la demande de terrain, une attention particulière à la distinction entre thérapies comportementales et cognitives de deuxième et de troisième génération, à la relaxation thérapeutique et à ses méthodes, aux indications des thérapies familiales, et aux psychothérapies à médiation artistique. Chaque famille est ensuite resituée dans le modèle biopsychosocial-écologique (BPS-E ; Paris et al., 2026), qui étend le modèle biopsychosocial d'Engel (1977) aux dimensions nutritionnelle/mode de vie et écologique/sociale.

Repère — Le modèle BPS-E en une phrase

Le modèle biopsychosocial-écologique (BPS-E) articule quatre dimensions — psychologique (violet), biologique (bleu), nutritionnelle et mode de vie (vert), écologique et sociale (orange) — dont l'évaluation conjointe oriente le choix et la combinaison des thérapeutiques (Paris et al., 2026).

2.  Les thérapies psychanalytiques et psychodynamiques

2.1  Fondements

Issues de l'œuvre de Freud, les thérapies psychanalytiques postulent l'existence d'un psychisme partiellement inconscient, dont les conflits, refoulés et réactivés dans le présent, s'expriment sous forme de symptômes, de rêves, de lapsus et de répétitions. Le travail thérapeutique vise à rendre accessible ce matériel par l'association libre, l'analyse du transfert (déplacement sur le thérapeute des affects liés aux figures antérieures) et du contre-transfert, dans une neutralité bienveillante (Freud, 1904/2007).

2.2  De la cure-type aux thérapies d'inspiration analytique

La cure-type classique (plusieurs séances hebdomadaires, divan, durée longue) coexiste aujourd'hui avec un large éventail de psychothérapies psychodynamiques : en face-à-face, à fréquence réduite, et surtout des formats brefs et focalisés. Ces thérapies psychodynamiques brèves, structurées autour d'un foyer conflictuel identifié et d'une durée limitée, ont fait l'objet d'évaluations méthodologiquement robustes.

2.3  Indications et données d'efficacité

Les méta-analyses contemporaines soutiennent une efficacité des psychothérapies psychodynamiques, avec des tailles d'effet modérées à importantes, notamment dans la dépression, les troubles anxieux et certains troubles de la personnalité ; des bénéfices s'accroissant parfois après la fin du traitement ont été décrits (Shedler, 2010 ; Leichsenring & Rabung, 2008). L'expertise INSERM (2004) soulignait toutefois l'hétérogénéité méthodologique et le nombre restreint d'essais contrôlés dans ce champ, à la différence des TCC.

Indications préférentielles — approche psychodynamique

• Souffrance liée à des conflits internes répétitifs, à des difficultés relationnelles anciennes ou à une quête de sens ;

• Certains troubles dépressifs et anxieux, troubles de la personnalité (dans des formats structurés) ;

• Demande d'un travail en profondeur, patient disposant de capacités d'élaboration et de mentalisation.

Prudence : formes aiguës nécessitant une action rapide (risque suicidaire élevé, décompensation psychotique), où d'autres modalités priment ou s'associent.

2.4  Repères de protocole

Si la cure-type demeure peu protocolisée par principe, plusieurs formats psychodynamiques structurés se sont dotés de cadres reproductibles et évaluables.

●       Psychothérapie psychodynamique brève (PPB) : 12 à 25 séances hebdomadaires en face-à-face, organisées autour d'un foyer conflictuel unique identifié lors des entretiens préliminaires ; travail actif du transfert dans l'ici-et-maintenant, avec échéance de fin annoncée dès le départ (mobilisatrice) ;

●       Thérapie basée sur la mentalisation (MBT) : indiquée dans le trouble borderline ; vise à restaurer la capacité à percevoir les états mentaux (les siens, ceux d'autrui) ; associe séances individuelles et de groupe, posture de « non-savoir » du thérapeute et travail des ruptures de mentalisation en séance ;

●       Cadre commun : régularité, neutralité bienveillante, attention au transfert/contre-transfert, et co-construction progressive du sens plutôt que prescription de tâches.

Protocole-type — Psychothérapie psychodynamique brève

1. Phase d'évaluation (1 à 4 entretiens) : histoire, repérage du conflit central répétitif, évaluation des capacités d'élaboration, alliance ;

2. Contrat : nombre de séances défini, fréquence, foyer de travail explicité, date de fin ;

3. Phase de travail : associations libres autour du foyer, interprétation des résistances et du transfert, mise en lien passé / présent / relation thérapeutique ;

4. Phase de séparation : élaboration de la fin comme expérience à part entière (perte, autonomie) ;

5. Suivi éventuel espacé.

3.  Les thérapies comportementales et cognitives (TCC)

3.1  Origines et principes

Les TCC se sont construites en trois vagues successives, sédimentées plutôt que substituées. La première vague, comportementale, applique les lois de l'apprentissage — conditionnement classique (Pavlov), conditionnement opérant (Skinner) — au traitement des troubles : ainsi la désensibilisation systématique et l'inhibition réciproque de Wolpe (1958). La deuxième vague, cognitive, introduit le rôle des pensées et des croyances dans la genèse des émotions (Beck, 1976 ; Ellis, 1962). La troisième vague, contextuelle, déplace l'accent de la modification du contenu des pensées vers la relation que le sujet entretient avec elles (Cottraux, 2007, 2017).

Toutes les TCC partagent une démarche : analyse fonctionnelle du problème (antécédents, comportement, conséquences), objectifs opérationnels co-construits, techniques actives, évaluation continue par des échelles, et transfert des acquis dans la vie quotidienne.

3.2  TCC de deuxième génération (cognitivo-comportementales « classiques »)

On regroupe sous cette appellation les protocoles nés de la synthèse des vagues comportementale et cognitive, aujourd'hui les plus documentés. Leur logique est celle du changement direct des comportements-problèmes et des cognitions dysfonctionnelles.

●       Exposition graduée et prévention de la réponse, avec ou sans exposition en imagination ou en réalité virtuelle (phobies, TOC, état de stress post-traumatique) ;

●       Restructuration cognitive : repérage des pensées automatiques, des distorsions et des schémas, mise à l'épreuve par le questionnement socratique et les expériences comportementales ;

●       Techniques comportementales : activation comportementale dans la dépression, entraînement aux habiletés sociales, résolution de problèmes, gestion du stress et relaxation associée ;

●       Thérapie des schémas (Young et al., 2003), à la charnière avec la 3ᵉ vague, ciblant les schémas précoces inadaptés dans les troubles de la personnalité.

L'expertise INSERM (2004) et les recommandations HAS (2017) accordent aux TCC de deuxième génération un niveau de preuve élevé dans les troubles anxieux, la dépression, les TOC et l'état de stress post-traumatique, avec des taux de réponse souvent supérieurs, à court terme, à ceux d'autres modalités.

Protocoles-types de deuxième génération

Ces protocoles suivent une trame commune — analyse fonctionnelle, psychoéducation, technique active, tâches inter-séances, évaluation par échelles — déclinée selon le trouble.

Trouble panique et agoraphobie

1. Psychoéducation sur le cercle vicieux panique (interprétation catastrophiste des sensations → hypervigilance → amplification) ;

2. Restructuration des cognitions catastrophistes (« je vais mourir », « je perds le contrôle ») ;

3. Exposition intéroceptive : provocation contrôlée des sensations redoutées (hyperventilation, effort) pour les décatastrophiser ;

4. Exposition graduée in vivo aux situations évitées, avec hiérarchie ;

5. Prévention de la rechute et arrêt des comportements sécurisants.

 

TOC — Exposition avec prévention de la réponse (EPR)

1. Analyse des obsessions, compulsions et évitements ; hiérarchisation par niveau d'anxiété (0–100) ;

2. Psychoéducation : la compulsion soulage à court terme mais entretient le trouble ;

3. Exposition graduée au déclencheur (p. ex. contact avec un objet « contaminé ») ;

4. Prévention de la réponse : ne pas exécuter le rituel, laisser l'anxiété décroître spontanément (habituation) ;

5. Progression dans la hiérarchie, généralisation, tâches à domicile.

 

Dépression — Activation comportementale

1. Auto-observation des activités et de l'humeur associée (monitoring) ;

2. Identification du cercle « repli → perte de renforcements → aggravation de l'humeur » ;

3. Programmation graduée d'activités plaisantes et de maîtrise, en indépendance de la motivation (agir d'abord) ;

4. Résolution de problèmes et réduction des ruminations et de l'évitement ;

5. Bilan hebdomadaire et ajustement.

 

État de stress post-traumatique (ESPT)

Approches recommandées, centrées sur le trauma : exposition prolongée (récit répété du souvenir + exposition in vivo aux rappels), thérapie de traitement cognitif (travail des cognitions de culpabilité, de danger, de confiance), et EMDR. Cadre progressif, sécurisant, avec stabilisation préalable si dissociation marquée.

3.3  TCC de troisième génération (thérapies de la « troisième vague »)

Émergées au tournant des années 2000, ces approches contextuelles et expérientielles ne cherchent plus prioritairement à corriger le contenu des pensées, mais à modifier le rapport du sujet à son expérience interne : accueil, distanciation (défusion), pleine conscience, valeurs et engagement dans l'action. Elles intègrent des éléments issus des traditions contemplatives et de la psychologie positive (Cottraux, 2007).

●       Thérapie d'acceptation et d'engagement (ACT) : Hayes et al. (1999) — flexibilité psychologique, acceptation, action guidée par les valeurs ;

●       Thérapie comportementale dialectique (TCD/DBT) : Linehan (1993) — régulation émotionnelle et tolérance à la détresse dans le trouble de la personnalité borderline ;

●       Thérapie cognitive basée sur la pleine conscience (MBCT) : Segal, Williams & Teasdale (2002) — prévention des rechutes dépressives ; et réduction du stress (MBSR, Kabat-Zinn, 1990) ;

●       Thérapie fondée sur la compassion et psychologie positive , diffusées en France notamment par les travaux et ouvrages de vulgarisation de Christophe André (2011).

À retenir — pourquoi distinguer 2ᵉ et 3ᵉ générations ?

La 2ᵉ génération vise à changer ce que l'on pense (contenu des cognitions) et ce que l'on fait (comportements). La 3ᵉ génération vise à changer la façon dont on se rapporte à ce que l'on pense et ressent (processus). Les deux sont complémentaires : la 3ᵉ vague est souvent proposée en relais ou en association lorsque l'évitement expérientiel, la rumination ou la dysrégulation émotionnelle dominent le tableau.

Protocoles-types de troisième génération

En ACT, le travail s'organise autour de six processus (le « hexaflex ») : acceptation, défusion cognitive, contact avec l'instant présent, soi-comme-contexte, clarification des valeurs et action engagée. Le thérapeute recourt largement aux métaphores et aux exercices expérientiels plutôt qu'à l'argumentation.

La DBT (trouble borderline) combine une thérapie individuelle hebdomadaire, un groupe d'entraînement aux compétences, une disponibilité téléphonique de crise et une supervision d'équipe. L'entraînement aux compétences se structure en quatre modules.

 

Module DBT

Compétences travaillées

Pleine conscience

Observer, décrire, participer ; « esprit sage » ; sans jugement

Tolérance à la détresse

Traverser la crise sans aggraver (TIPP, distraction, acceptation radicale)

Régulation émotionnelle

Identifier et nommer les émotions, action opposée, réduire la vulnérabilité

Efficacité interpersonnelle

Formuler une demande, poser une limite, préserver la relation et le respect de soi

 

MBCT — Programme structuré en 8 séances

Programme de groupe (8 séances hebdomadaires d'environ 2 heures + une journée de pratique), indiqué en prévention des rechutes dépressives.

• Séances 1–4 : sortir du pilote automatique, attention au corps (scan corporel), reconnaître l'aversion et la dispersion mentale ;

• Séances 5–8 : accueillir l'expérience difficile, « les pensées ne sont pas des faits », élaborer un plan d'action face aux signaux de rechute, pérenniser la pratique.

Prérequis : engagement dans une pratique méditative quotidienne guidée entre les séances.

3.4  Tableau comparatif synthétique

 

Critère

TCC de 2ᵉ génération

TCC de 3ᵉ génération

Cible principale

Contenu des cognitions et comportements observables

Relation à l'expérience interne (processus, contexte)

Posture face aux pensées

Contester, corriger, restructurer

Observer, accueillir, défusionner

Techniques phares

Exposition, restructuration cognitive, activation

Pleine conscience, acceptation, clarification des valeurs

Figures/modèles

Beck, Ellis, Wolpe ; thérapie des schémas (Young)

ACT (Hayes), DBT (Linehan), MBCT (Segal et al.)

Indications de choix

Troubles anxieux, TOC, dépression, ESPT

Rechutes dépressives, borderline, douleur/stress chroniques

Niveau de preuve

Élevé, largement établi

Croissant et solide sur des indications ciblées

 

Note. Cette distinction est pédagogique : en pratique, les protocoles combinent fréquemment des outils des deux générations au sein d'un même suivi.

4.  La relaxation thérapeutique et ses méthodes

La relaxation thérapeutique désigne un ensemble de méthodes psychocorporelles visant, par la détente neuromusculaire et l'attention au corps, une régulation du tonus, de l'anxiété et des manifestations neurovégétatives du stress. Loin d'un simple confort, elle constitue une intervention à part entière, aisément associée aux TCC et particulièrement précieuse en pédopsychiatrie.

4.1  Le training autogène de Schultz

Méthode d'auto-hypnose douce fondée sur des inductions verbales de pesanteur et de chaleur des membres, de régulation cardiaque et respiratoire, aboutissant à un état de « déconnexion » réparateur. Le sujet apprend progressivement à générer lui-même cet état (Schultz, 1958).

4.2  La relaxation musculaire progressive de Jacobson

Technique de contraction-relâchement systématique des groupes musculaires, qui apprend à discriminer tension et détente et à réduire l'activation musculaire résiduelle. Elle sous-tend de nombreux protocoles de gestion du stress et d'exposition en TCC (Jacobson, 1938).

4.3  La sophrologie

Développée par Alfonso Caycedo à partir de 1960, la sophrologie combine relaxation, respiration contrôlée et visualisations positives dans une visée d'harmonisation du corps et de l'esprit. Largement diffusée en France, elle est utilisée en accompagnement (préparation à l'accouchement, gestion de la douleur, anxiété de performance), sa base de preuves restant plus hétérogène que celle des méthodes précédentes.

4.4  La relaxation thérapeutique chez l'enfant

Les travaux français de Jean Bergès et Maryse Bounes ont adapté la relaxation à l'enfant, en articulant détente corporelle, image du corps et dimension relationnelle. Cette approche, sensible au développement psychomoteur, s'adresse notamment à l'instabilité, aux troubles anxieux, aux difficultés psychomotrices et aux manifestations psychosomatiques (Bergès & Bounes, 2008).

4.5  Méthodes apparentées : biofeedback et cohérence cardiaque

Le biofeedback (rétroaction sur des paramètres physiologiques) et les exercices de respiration en cohérence cardiaque prolongent aujourd'hui ces approches en objectivant, pour le patient, l'effet de sa régulation. Ils s'inscrivent volontiers dans les protocoles de 3ᵉ vague et de gestion du stress.

4.6  Repères de protocole

Le training autogène de Schultz repose sur l'apprentissage progressif de six exercices standards, pratiqués quotidiennement en position allongée ou assise, à raison de quelques minutes.

 

Exercice standard

Induction (représentation guidée)

1. Pesanteur

« Mon bras est lourd » — relâchement musculaire, étendu à tout le corps

2. Chaleur

« Mon bras est chaud » — vasodilatation, détente circulatoire

3. Cœur

« Mon cœur bat calme et régulier »

4. Respiration

« Ma respiration est calme », « ça respire en moi »

5. Plexus solaire

« Mon plexus solaire est chaud » — détente abdominale

6. Front frais

« Mon front est agréablement frais » — clarté, apaisement

 

Relaxation progressive de Jacobson — séquence

Pour chaque groupe musculaire (mains et avant-bras, bras, visage, cou, épaules, tronc, abdomen, jambes, pieds) : contracter 5 à 7 secondes, puis relâcher 20 à 30 secondes en portant l'attention sur la sensation de détente. Progression du haut vers le bas, puis version abrégée une fois la discrimination tension/détente acquise.

 

Cohérence cardiaque — repère pratique « 3-6-5 »

Trois fois par jour, six respirations par minute (environ 5 s d'inspiration / 5 s d'expiration), pendant cinq minutes. Objectif : synchroniser rythme respiratoire et variabilité cardiaque pour réduire l'activation sympathique. À proposer comme outil d'autorégulation intercritique.

 

Indications de la relaxation thérapeutique

• Troubles anxieux et manifestations somatiques du stress ; troubles du sommeil ;

• Douleurs chroniques, préparation à des soins ou examens anxiogènes ;

• En pédopsychiatrie : anxiété, instabilité psychomotrice, troubles psychosomatiques, appui à la régulation émotionnelle ;

• En association : composante de nombreux protocoles TCC et de 3ᵉ génération.

5.  Les thérapies familiales et systémiques

5.1  Fondements systémiques

Nées de l'école de Palo Alto et des travaux de Bateson, les thérapies familiales appliquent la pensée systémique et cybernétique à la famille conçue comme un système : le symptôme d'un membre y est lu comme l'expression d'un dysfonctionnement des interactions et de la communication plutôt que comme la seule pathologie d'un individu. Watzlawick et ses collègues ont formalisé les axiomes de la communication qui sous-tendent cette lecture (Watzlawick, Beavin & Jackson, 1967/1972).

5.2  Principales écoles

●       Approche structurale (Minuchin, 1974) : cartographie des frontières, sous-systèmes et hiérarchies familiales, restructurées en séance ;

●       École de Milan (Selvini Palazzoli et al.) : hypothèses systémiques, questionnement circulaire, prescriptions paradoxales ;

●       Approche intergénérationnelle (Bowen) : différenciation du soi et transmission transgénérationnelle ;

●       Approches francophones : Mony Elkaïm a renouvelé le champ avec le concept de résonance, articulant le vécu du thérapeute au système familial (Elkaïm, 1989, 1995).

5.3  Indications

Les thérapies familiales trouvent des indications privilégiées lorsque le trouble s'inscrit dans, ou entretient, un dysfonctionnement des interactions. L'expertise INSERM (2004) a spécifiquement analysé cette approche pour l'adulte comme pour l'enfant et l'adolescent.

●       Anorexie mentale de l'adolescent : la thérapie familiale (notamment le modèle de type Maudsley) fait partie des interventions de première ligne recommandées ;

●       Troubles du comportement, troubles émotionnels et difficultés relationnelles de l'enfant et de l'adolescent ;

●       Schizophrénie : les interventions familiales psychoéducatives, en réduisant l'émotion exprimée, diminuent le risque de rechute en complément du traitement ;

●       Addictions, troubles de l'humeur dans un contexte conjugal ou familial conflictuel ; thérapies de couple pour la détresse conjugale.

5.4  Repères de protocole

Le cadre systémique privilégie des séances réunissant plusieurs membres de la famille, à un rythme espacé (souvent bi-mensuel à mensuel), avec fréquemment un co-thérapeute et, selon les écoles, une équipe derrière un miroir sans tain. Deux protocoles illustrent la variété des visées.

Thérapie familiale de l'anorexie mentale (modèle de type Maudsley / FBT)

Phase 1 — Restauration pondérale : les parents reprennent temporairement le contrôle de l'alimentation, soutenus et déculpabilisés ; le trouble est externalisé (séparé de l'identité de l'adolescent) ;

Phase 2 — Restitution du contrôle à l'adolescent : à mesure que le poids se stabilise, l'autonomie alimentaire est progressivement rendue ;

Phase 3 — Enjeux développementaux : travail des questions d'adolescence et de fonctionnement familial, prévention de la rechute.

 

Intervention familiale psychoéducative (schizophrénie, troubles sévères)

1. Alliance avec la famille et évaluation des besoins ; 2. Psychoéducation sur le trouble et le traitement ; 3. Amélioration de la communication (réduction de l'émotion exprimée : critique, hostilité, sur-implication) ; 4. Entraînement à la résolution de problèmes ; 5. Gestion des situations de crise. Objectif : réduire le risque de rechute en complément du traitement pharmacologique.

 

Perspective BPS-E

Les thérapies familiales et systémiques mobilisent au premier chef la dimension écologique et sociale (orange) du modèle BPS-E : elles agissent sur l'environnement relationnel proche, matrice du symptôme et ressource du rétablissement (Paris et al., 2026).

6.  Les psychothérapies à médiation artistique (art-thérapie)

6.1  Définition et principes

L'art-thérapie et la médiation artistique consistent en un accompagnement de personnes en difficulté psychologique, physique, sociale ou existentielle, mises en position de création à travers des productions plastiques, sonores, théâtrales, corporelles ou littéraires. Comme le formule Jean-Pierre Klein, pionnier français du champ, ce travail « prend les vulnérabilités comme matériau » et cherche moins à dévoiler les significations inconscientes des productions qu'à permettre au sujet de se recréer dans un parcours symbolique, de création en création (Klein, 2012, 2019). L'objet médiateur — l'œuvre — ouvre un espace tiers, moins frontal que la parole directe.

La médiation artistique a par ailleurs une histoire propre au sein de la psychothérapie psychanalytique, où elle a été théorisée comme dispositif de symbolisation (Brun, 2005).

6.2  Modalités

●       Arts plastiques (dessin, peinture, modelage, collage) ;

●       Musicothérapie, réceptive ou active ;

●       Dramathérapie et théâtre ; danse-mouvement-thérapie ;

●       Écriture et médiations littéraires ; contes et marionnettes chez l'enfant.

6.3  Le dispositif : repères de protocole

Au-delà de la diversité des médiums, la séance de médiation artistique obéit à un dispositif relativement stable, garant de sa fonction thérapeutique et distinct de l'atelier de loisir.

Séquence-type d'une séance

1. Cadre : lieu, régularité, confidentialité, matériel disponible — le cadre fait tiers ;

2. Consigne / proposition ouverte, laissant place à la création singulière (sans visée esthétique ni performance) ;

3. Temps de création : le sujet est acteur ; le thérapeute accompagne sans interpréter à la place ;

4. Mise en jeu et en sens : échange autour de la production, non pour « décoder » mais pour ouvrir de nouvelles créations (« parcours de création en création ») ;

5. Continuité d'une séance à l'autre : la trajectoire des œuvres fait récit.

6.4  Indications

La médiation artistique est particulièrement indiquée lorsque l'accès direct à la parole est entravé : chez l'enfant, chez les personnes présentant des troubles de la communication, dans les états psychotiques, les troubles neurocognitifs (démences), le handicap, les situations de trauma et les soins palliatifs. Elle s'exerce en secteur hospitalier, médico-social, scolaire, carcéral comme en libéral.

6.5  Données probantes et limites

Le corpus d'évaluation, en progression, reste plus hétérogène que celui des TCC, en raison de la diversité des pratiques et de la difficulté à standardiser l'intervention. La médiation artistique se conçoit le plus souvent comme complément d'un dispositif de soin global plutôt que comme traitement isolé d'un trouble caractérisé.


 

7.  Synthèse intégrative : articuler les thérapeutiques dans le modèle BPS-E

Aucune des familles présentées n'est universellement supérieure. L'indication se construit à partir du trouble et de sa sévérité, de l'âge et du stade développemental, du stade de changement, du fonctionnement relationnel et des préférences du patient — principe repris par la HAS, qui recommande de choisir la psychothérapie selon les symptômes et les préférences (HAS, 2017). Le modèle BPS-E fournit une grille qui situe chaque approche sur la ou les dimensions qu'elle mobilise préférentiellement, et invite à combiner les leviers plutôt qu'à les opposer (Paris et al., 2026).

 

Dimension BPS-E

Thérapeutiques privilégiées

Cibles cliniques typiques

Psychologique

Psychanalyse / psychodynamique ; TCC (2ᵉ et 3ᵉ gén.) ; médiations artistiques

Conflits internes, cognitions, émotions, quête de sens

Biologique

Relaxation, biofeedback, cohérence cardiaque (en appui aux traitements)

Activation neurovégétative, sommeil, douleur

Nutritionnelle / mode de vie

Activation comportementale, hygiène de vie, pleine conscience appliquée

Rythmes, comportements de santé, régulation

Écologique / sociale

Thérapies familiales et systémiques ; interventions de couple

Interactions familiales, émotion exprimée, soutien social

 

Lecture. Une même situation clinique mobilise souvent plusieurs dimensions : par exemple, un épisode dépressif de l'adolescent peut relever d'une TCC (psychologique), d'une intervention familiale (écologique/sociale) et d'un travail sur le sommeil et les rythmes (biologique et mode de vie), coordonnés au sein d'un projet de soin unique.

8.  Vignettes cliniques

Avertissement

Les vignettes suivantes sont des cas composites fictifs, construits à visée pédagogique. Toute ressemblance avec des personnes réelles serait fortuite.

 

Vignette 1 — Trouble anxieux : de la 2ᵉ à la 3ᵉ génération

« Léa », 29 ans, consulte pour des attaques de panique et un évitement des transports. Une TCC de deuxième génération est engagée : psychoéducation, exposition graduée aux situations redoutées et restructuration des interprétations catastrophistes des sensations corporelles. Les crises régressent. Persistent une rumination anticipatoire et une lutte épuisante contre les pensées. Un module de troisième génération (pleine conscience, acceptation, clarification des valeurs) est alors introduit, déplaçant l'objectif : non plus supprimer l'anxiété, mais agir selon ce qui compte malgré elle. L'articulation des deux générations illustre leur complémentarité.

Vignette 2 — Adolescente et famille : indication systémique

« Inès », 15 ans, présente une restriction alimentaire préoccupante. Au-delà du suivi somatique et individuel indispensable, une thérapie familiale est indiquée : elle mobilise les parents comme ressources, travaille les interactions autour des repas et déplace la focale du symptôme individuel vers le système. Une médiation artistique (atelier d'expression plastique) offre par ailleurs un espace tiers où déposer ce qui ne se dit pas. Le dispositif combine dimensions psychologique, biologique et écologique/sociale du modèle BPS-E.

9.  Conclusion

Le paysage des thérapeutiques psychologiques n'est pas un champ de rivalités, mais une palette. Psychanalyse et thérapies psychodynamiques éclairent le sens et l'histoire ; les TCC de deuxième génération offrent des protocoles puissants et validés sur les cognitions et les comportements ; celles de troisième génération enrichissent la clinique du rapport à l'expérience ; la relaxation régule le corps ; les thérapies familiales agissent sur le tissu relationnel ; les médiations artistiques ouvrent un accès symbolique lorsque la parole fait défaut. Le rôle du clinicien est d'indiquer, de combiner et de séquencer ces leviers au service d'un patient singulier. Le modèle BPS-E propose, à cet égard, non une hiérarchie, mais une grammaire de l'articulation (Paris et al., 2026).

Déclaration de liens d'intérêt

L'auteur déclare n'avoir aucun conflit d'intérêts en relation avec cet article.

10.  Références

André, C. (2011). Méditer, jour après jour : 25 leçons pour vivre en pleine conscience. L'Iconoclaste.

Beck, A. T. (1976). Cognitive therapy and the emotional disorders. International Universities Press.

Bergès, J., & Bounes, M. (2008). La relaxation thérapeutique chez l'enfant (2ᵉ éd.). Masson.

Brun, A. (2005). Historique de la médiation artistique dans la psychothérapie psychanalytique. Psychologie clinique et projective, 11, 323–344.

Cottraux, J. (2007). Thérapie cognitive et émotions : la troisième vague. Masson.

Cottraux, J. (2017). Les psychothérapies cognitives et comportementales (7ᵉ éd.). Elsevier Masson.

Elkaïm, M. (1989). Si tu m'aimes, ne m'aime pas : approche systémique et psychothérapie. Éditions du Seuil.

Elkaïm, M. (dir.). (1995). Panorama des thérapies familiales. Éditions du Seuil.

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