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dimanche 28 juin 2026

0202 LES TRAITEMENTS BIOLOGIQUES EN PSYCHIATRIE

 0202 LES TRAITEMENTS BIOLOGIQUES EN PSYCHIATRIE

 

Pharmacopée psychiatrique contemporaine : indications, posologies et modalités de prescription

 

dans le respect des autorisations de mise sur le marché (AMM)

 

Dr. Claude Jean Paris

Psychiatre et Pédopsychiatre, Boulogne-Billancourt

Paris et al., 2026  |  Version 1.0

 

RÉSUMÉ

Contexte. La pharmacopée psychiatrique française constitue l'un des arsenaux thérapeutiques biologiques les plus complexes de la médecine. Elle recouvre des antidépresseurs, des thymorégulateurs, des antipsychotiques, des anxiolytiques, des hypnotiques, des médicaments des démences, des psychostimulants, des médicaments des addictions et des thérapeutiques de neuromodulation. Sa maîtrise exige une connaissance précise des AMM, des posologies, des interactions médicamenteuses et des protocoles de surveillance.

Objectif. Proposer une revue synthétique et à jour de l'ensemble des traitements biologiques utilisés dans les principales catégories nosologiques psychiatriques, strictement dans le cadre des AMM françaises en vigueur, à l'usage du médecin praticien.

Mots-clés : antidépresseurs ; antipsychotiques ; thymorégulateurs ; anxiolytiques ; hypnotiques ; TDAH ; démences ; addictions ; neuromodulation ; AMM ; psychiatrie biologique.

 


⚕  AVERTISSEMENT RÉGLEMENTAIRE : Toutes les indications, posologies et modalités de prescription mentionnées dans cet article respectent strictement les Autorisations de Mise sur le Marché (AMM) délivrées par l'ANSM et/ou l'EMA, en vigueur en France à la date de rédaction (2026). Cet article ne constitue pas un guide de prescription individuel. Toute prescription doit s'appuyer sur l'évaluation clinique du patient, les contre-indications, les interactions médicamenteuses et les mises à jour régulières des Résumés des Caractéristiques du Produit (RCP). Prescriptions hors AMM non abordées.

 

1. Introduction : la place des traitements biologiques en psychiatrie contemporaine

La psychiatrie biologique constitue l'une des branches les plus dynamiques de la médecine. Depuis la découverte fortuite de l'effet antipsychotique de la chlorpromazine par Delay et Deniker en 1952, et celle de l'effet antidépresseur de l'imipramine par Kuhn en 1957, la pharmacopée psychiatrique n'a cessé de s'enrichir, d'affiner ses cibles moléculaires et d'améliorer son profil de tolérance.

En France, la consommation d'antidépresseurs a augmenté de 30 % en 10 ans (ANSM, 2023). Les anxiolytiques benzodiazépiniques demeurent les médicaments les plus prescrits en médecine générale malgré leurs risques de dépendance. Les antipsychotiques de deuxième génération ont profondément reconfiguré la prise en charge de la schizophrénie. Les thymorégulateurs constituent la pierre angulaire du traitement du trouble bipolaire. La psychostimulation par méthylphénidate, longtemps réservée à l'enfant, est désormais étendue à l'adulte.

Cet article propose une cartographie exhaustive de l'arsenal thérapeutique biologique disponible dans le respect strict des AMM françaises, organisée par grandes catégories nosologiques, à l'usage du médecin psychiatre et du médecin généraliste.

 

2. Les antidépresseurs

2.1 Mécanismes d'action et classification

Les antidépresseurs constituent la classe médicamenteuse la plus prescrite en psychiatrie. Leur mécanisme commun repose sur l'augmentation de la neurotransmission monoaminergique (sérotonine, noradrénaline, dopamine) au niveau des synapses du système limbique et du cortex préfrontal. La classification retenue est celle des mécanismes d'action moléculaire, conforme aux recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS, 2024).

 

2.2 Inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS)

Les ISRS constituent la classe de première intention dans la majorité des indications antidépressives, en raison de leur profil de tolérance favorable et de l'absence de risque létal en cas de surdosage isolé.

 

DCI (Spécialité®)

Classe pharmacologique

Indication AMM principale

Posologie usuelle

Surveillance / EI principaux

Fluoxétine (Prozac®, gén.)

ISRS

Dépression, TOC, boulimie nerveuse, trouble panique, TSPT

20-60 mg/j (dépression) ; 60 mg/j (boulimie)

Allongement QTc, syndrome sérotoninergique, saignements. Demi-vie longue (1-4 sem.) : wash-out IMAO 5 semaines

Sertraline (Zoloft®, gén.)

ISRS

Dépression, TOC, trouble panique, TSPT, phobie sociale, TAG

50-200 mg/j

Interactions médicamenteuses limitées. Référence en grossesse. Surveillance QTc

Escitalopram (Lexapro®, gén.)

ISRS

Dépression, TAG, phobie sociale, trouble panique, TOC

10-20 mg/j (max 10 mg ≥65 ans)

Allongement QTc dose-dépendant : ECG si cardiopathie. Max 10 mg/j si IR/IH sévère

Citalopram (Seropram®, gén.)

ISRS

Dépression épisodique

20-40 mg/j (max 20 mg ≥65 ans, IR/IH)

Allongement QTc : ECG recommandé. Interactions CYP2C19

Paroxétine (Deroxat®, gén.)

ISRS

Dépression, TOC, trouble panique, TSPT, phobie sociale, TAG

20-50 mg/j

Puissant inhibiteur CYP2D6. Syndrome de sevrage +++. Éviter grossesse

Fluvoxamine (Floxyfral®)

ISRS

TOC, dépression

100-300 mg/j

Puissant inhibiteur CYP1A2. Interactions nombreuses (théophylline, clozapine, warfarine)

Tableau 1. Inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) — AMM France 2026

 

2.3 Inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (IRSNa)

DCI (Spécialité®)

Classe pharmacologique

Indication AMM principale

Posologie usuelle

Surveillance / EI principaux

Venlafaxine (Effexor®, gén.)

IRSNa

Dépression, TAG, trouble panique, phobie sociale

75-225 mg/j (LP)

Hypertension dose-dépendante : TA à chaque visite. Syndrome de sevrage. Allongement QTc. CI : IMAO

Duloxétine (Cymbalta®, gén.)

IRSNa

Dépression, TAG, douleurs neuropathiques diabétiques, fibromyalgie

60-120 mg/j

Hépatotoxicité : bilan hépatique. TA. Interactions CYP1A2/CYP2D6. CI : alcoolisme, IR sévère

Milnacipran (Ixel®)

IRSNa

Dépression

100 mg/j (2 prises)

Tachycardie, HTA. Ajustement si IR. Moins d'interactions CYP que venlafaxine

Desvenlafaxine (Pristiq®)

IRSNa

Dépression

50 mg/j

Métabolite actif venlafaxine. Profil similaire. Ajustement si IR/IH sévère

Tableau 2. Inhibiteurs de la recapture de la sérotonine-noradrénaline (IRSNa) — AMM France 2026

 

2.4 Antidépresseurs noradrénergiques et sérotoninergiques spécifiques (NaSSA)

DCI (Spécialité®)

Classe pharmacologique

Indication AMM principale

Posologie usuelle

Surveillance / EI principaux

Mirtazapine (Norset®, gén.)

NaSSA — α2 antagoniste

Dépression

15-45 mg/j (prise nocturne)

Sédation, prise de poids, agranulocytose rare. Utile si insomnie et anorexie comorbides. Peu d'interactions

Tableau 3. NaSSA — AMM France 2026

 

2.5 Antidépresseurs tricycliques (ATC) et apparentés

Les ATC demeurent indiqués dans les dépressions résistantes et certaines dépressions mélancoliques, mais leur profil de tolérance (cardiotoxicité, atropinisme) et leur dangerosité en surdosage en limitent l'usage de première intention.

 

DCI (Spécialité®)

Classe pharmacologique

Indication AMM principale

Posologie usuelle

Surveillance / EI principaux

Amitriptyline (Laroxyl®, gén.)

ATC — inhibiteur recapture 5-HT/NA

Dépression, douleurs neuropathiques

75-150 mg/j (dépression) ; 10-75 mg/j (douleurs)

ECG obligatoire. Cardiotoxique en surdosage. Atropinisme. CI : glaucome, RAU, IDM récent

Clomipramine (Anafranil®, gén.)

ATC — inhibiteur recapture 5-HT prédominant

Dépression, TOC, trouble panique, cataplexie

75-250 mg/j

ECG. Seuil épileptogène. Atropinisme. Sédation. Référence TOC sévère

Imipramine (Tofranil®)

ATC

Dépression, énurésie (enfant)

75-200 mg/j (adulte) ; 25-50 mg/j (énurésie)

ECG obligatoire. Cardiotoxique

Dosulépine (Prothiaden®)

ATC

Dépression

75-150 mg/j

Cardiotoxique +++. Utilisation très limitée aujourd'hui

Miansérine (Athymil®, gén.)

Tétra-ATC

Dépression

30-90 mg/j

Agranulocytose : NFS mensuelle 1er trimestre. Sédation. Moins cardiotoxique que ATC classiques

Maprotiline (Ludiomil®)

Tétra-ATC — inhibiteur recapture NA

Dépression

75-150 mg/j

Abaissement seuil épileptique +++. Photodermatose. ECG

Tableau 4. Antidépresseurs tricycliques et apparentés — AMM France 2026

 

2.6 Autres antidépresseurs — mécanismes atypiques

DCI (Spécialité®)

Classe pharmacologique

Indication AMM principale

Posologie usuelle

Surveillance / EI principaux

Agomélatine (Valdoxan®)

Agoniste MT1/MT2, antagoniste 5-HT2C

Dépression

25-50 mg/j (prise nocturne)

Hépatotoxicité : ALAT avant traitement, à 3, 6, 12 et 24 sem. CI si ALAT > 3N

Vortioxétine (Trintellix®)

Modulateur sérotoninergique multimodal

Dépression

10-20 mg/j

Nausées fréquentes. Allongement QTc modéré. Effets pro-cognitifs documentés

Tianeptine (Stablon®)

Modulateur glutamate/opioïde — AMM France unique

Dépression

37,5 mg/j (3 x 12,5)

Réduire si ≥70 ans (25 mg/j). Risque d'abus signalé. Arrêt progressif obligatoire

Moclébémide (Moclamine®)

IMAO-A réversible (RIMA)

Dépression

300-600 mg/j

Régime tyramine non nécessaire aux doses thérapeutiques. Interactions 5-HT. Wash-out 24h avant ISRS

Escéitalopram intranasal (Spravato® — ésketamine)

Antagoniste NMDA

Dépression résistante (≥2 AD échec), urgence suicidaire

56-84 mg/séance (2x/sem. puis dégressif)

AMM stricte : administration en milieu médical supervisé. Dissociation, HTA péri-séance. REMS requis

Tableau 5. Antidépresseurs à mécanismes atypiques — AMM France 2026

 

Note BPS-E : Tous les antidépresseurs cités s'inscrivent dans la dimension Biologique du modèle BPS-E (Paris et al., 2026). Leur efficacité est optimisée par l'intégration des dimensions Psychologique (psychothérapie concomitante), Nutritionnelle (sommeil, activité physique, oméga-3 adjuvants) et Écologique (soutien social, réduction des stresseurs environnementaux). La durée minimale de traitement pour un premier épisode dépressif est de 6 mois après rémission (HAS, 2024).

 

2.7 Règles de prescription et surveillances transversales

Plusieurs principes de prescription sont communs à l'ensemble des antidépresseurs :

•       Délai d'action : 2 à 4 semaines pour l'effet antidépresseur complet. Effet sur l'anxiété et le sommeil souvent plus précoce (1 semaine).

•       Durée minimale : 6 mois après rémission d'un premier épisode ; 2 ans après récidive ; traitement continu discuté après le 3e épisode.

•       Arrêt progressif obligatoire : toujours par paliers sur 4-8 semaines minimum pour éviter le syndrome de discontinuation (paroxétine et venlafaxine en particulier).

•       Risque suicidaire à l'initiation : vigilance accrue durant les 2-4 premières semaines, notamment chez l'adulte jeune (< 25 ans) et l'adolescent (Black Box Warning FDA).

•       Syndrome sérotoninergique : urgence médicale en cas d'association ISRS + IMAO, triptans, tramadol, lithium, linézolide. Symptômes : hyperthermie, agitation, myoclonies, diarrhée.

 

3. Les thymorégulateurs (normothymiques)

3.1 Lithium

Le lithium demeure, 75 ans après sa découverte par Cade (1949), le thymorégulateur de référence dans le trouble bipolaire. Son efficacité antimaniacale, prophylactique et antisuicidaire est la mieux documentée de sa classe. Son index thérapeutique étroit impose une lithiémie régulière.

 

DCI (Spécialité®)

Classe pharmacologique

Indication AMM principale

Posologie usuelle

Surveillance / EI principaux

Lithium (Téralithe®, Téralithe LP®)

Sel inorganique — mécanisme multiple (IP3, GSK-3β)

Accès maniaques et hypomaniaques, prophylaxie trouble bipolaire, potentialisation antidépresseurs en dépression résistante

Téralithe LP : 400-1200 mg/j (lithiémie cible : 0,6-1,0 mEq/L en prophylaxie ; 0,8-1,2 en manie)

Lithiémie à J5, puis mensuelle (stable) → trimestrielle. Fonction rénale + TSH annuelles. Tératogène (anomalie Ebstein) : contraception obligatoire. CI : insuffisance rénale sévère, syndrome de Brugada

 

⚠  LITHIUM — INTOXICATION : Lithiémie > 1,5 mEq/L = toxicité. > 2,0 = urgence vitale. Signes : tremblement grossier, syndrome cérébelleux, confusion, convulsions. Facteurs précipitants : déshydratation, régime sans sel, AINS, IEC/ARA2, diurétiques thiazidiques. Toujours avertir le patient de s'hydrater et de consulter en cas de fièvre ou diarrhée.

 

3.2 Anticonvulsivants thymorégulateurs

DCI (Spécialité®)

Classe pharmacologique

Indication AMM principale

Posologie usuelle

Surveillance / EI principaux

Valproate / Valpromide (Dépakote®, Dépamide®)

Anticonvulsivant — GABA-ergique + inhibition GSK-3β

Accès maniaques (Dépakote) ; épisodes maniaques du TB (Dépamide)

750-1500 mg/j (valproate) ; taux plasmatique 50-100 mg/L

TERATOGENE MAJEUR : contre-indiqué chez toute femme en âge de procréer sauf contraception efficace certaine + Programme de prévention grossesse (PPG ANSM obligatoire). NFS, bilan hépatique. Pancreatite

Lamotrigine (Lamictal®, gén.)

Anticonvulsivant — inhibiteur canaux Na+ / glutamate

Prévention épisodes dépressifs du TB type I (après stabilisation)

25-200 mg/j (titration lente obligatoire sur 6-8 sem.)

Syndrome de Stevens-Johnson si titration trop rapide (1/1000). Interactions valproate (doubler délai titration) et carbamazépine. Surveiller rash cutané

Carbamazépine (Tégrétol®, gén.)

Anticonvulsivant — inhibiteur canaux Na+

Accès maniaques (2e ligne)

400-1600 mg/j ; taux plasmatique 4-12 mg/L

Puissant inducteur CYP3A4 : interactions +++. Agranulocytose/aplasie : NFS. Rash. SIADH. Tératogène. Test HLA-B*1502 recommandé (origine asiatique)

Oxcarbazépine (Trileptal®, gén.)

Analogue carbamazépine

Accès maniaques (hors AMM principale, usage psychiatrique validé dans certains pays)

600-2400 mg/j

SIADH (hyponatrémie fréquente). Moins d'interactions que carbamazépine. Rash

Tableau 6. Thymorégulateurs anticonvulsivants — AMM France 2026

 

⚠  VALPROATE / VALPROMIDE — PROGRAMME DE PRÉVENTION GROSSESSE (PPG) : Obligation réglementaire ANSM. Aucune prescription sans formulaire de consentement annuel signé par la patiente ET le prescripteur. Risque de spina bifida (1-2 %), retard développemental (QI -10 pts), autisme. Substitution par lamotrigine ou lithium à envisager systématiquement chez toute femme en âge de procréer.

 

4. Les antipsychotiques

Les antipsychotiques constituent la classe médicamenteuse fondamentale dans la prise en charge des troubles psychotiques. Ils se divisent en deux générations selon leur profil de récepteurs et leur tolérance neurologique.

 

4.1 Antipsychotiques de première génération (AP1G) — « classiques »

Les AP1G agissent principalement par blocage des récepteurs dopaminergiques D2. Leur efficacité sur les symptômes positifs est établie mais s'accompagne de syndromes extrapyramidaux (SEP) significatifs et de dyskinésies tardives.

 

DCI (Spécialité®)

Classe pharmacologique

Indication AMM principale

Posologie usuelle

Surveillance / EI principaux

Halopéridol (Haldol®, gén.)

Butyrophénone — antagoniste D2 puissant

Schizophrénie, états maniaques aigus, agitation

5-20 mg/j (oral) ; 5-10 mg IM en urgence ; décanoate 50-200 mg/4 sem. (AP-LP)

SEP +++, dystonie aiguë, akathisie, dyskinésies tardives. ECG (QTc). Toujours associer correcteur anticholinergique en oral (bipéridène)

Chlorpromazine (Largactil®)

Phénothiazine — antagoniste D2 + H1 + α1

Schizophrénie, agitation, nausées réfractaires

25-800 mg/j

Très sédatif. Hypotension orthostatique. Photosensibilité. Rétinopathie (doses élevées longues)

Lévomépromazine (Nozinan®)

Phénothiazine

Schizophrénie, sédation (soins palliatifs)

25-300 mg/j

Très sédatif. Hypotension +++. Utilisé en soins palliatifs pour sédation palliative

Fluphénazine (Moditen®, Modécate® AP-LP)

Phénothiazine pipérazinée

Schizophrénie — forme LP : maintien traitement

LP : 12,5-100 mg / 2-4 sem.

SEP +++. Dyskinésies tardives. ECG

Zuclopenthixol (Clopixol®, Clopixol Acuphase®)

Thioxanthène

Schizophrénie, agitation psychotique aiguë (Acuphase)

Acuphase : 50-150 mg IM (action 2-3 j) ; LP 200-400 mg / 2-4 sem.

Acuphase utile pour agitation aiguë sans risque d'accumulation rapide. SEP. ECG

Pimozide (Orap®)

Butyrophénone

TOC résistants (augmentation ISRS), tics/Gilles de la Tourette

2-16 mg/j

Allongement QTc +++ : ECG obligatoire. Interactions CYP3A4 (kétoconazole, macrolides CI)

Perphénazine (Trilifan®)

Phénothiazine

Schizophrénie, agitation

8-24 mg/j

SEP modéré. Référence dans certains protocoles suédois (CATIE equivalent)

Tableau 7. Antipsychotiques de première génération — AMM France 2026

 

4.2 Antipsychotiques de deuxième génération (AP2G) — « atypiques »

Les AP2G se distinguent par leur profil d'antagonisme D2/5-HT2A et leur moindre risque de SEP, au prix d'effets métaboliques (syndrome métabolique, diabète, dyslipidémies) qui imposent une surveillance biologique régulière.

 

DCI (Spécialité®)

Classe pharmacologique

Indication AMM principale

Posologie usuelle

Surveillance / EI principaux

Clozapine (Leponex®)

AP2G — antagoniste D4 > D2, 5-HT2A, H1, M1

Schizophrénie résistante (≥ 2 AP2G échec)

150-450 mg/j (titration progressive, 2-3 prises)

AGRANULOCYTOSE (1-2 %) : NFS hebdomadaire 18 sem. puis mensuelle à VIE (registre obligatoire Leponex). Sédation, sialorrhée, convulsions (> 600 mg), cardiomyopathie. Bilan métabolique

Olanzapine (Zyprexa®, gén.)

AP2G — D2/5-HT2A + H1 + M1

Schizophrénie, TB (épisodes maniaques, maintien)

5-20 mg/j ; LP IM : 150-300 mg / 2-4 sem.

Prise de poids +++, diabète, dyslipidémies. Bilan lipidique + glycémie. Sédation

Rispéridone (Risperdal®, gén.)

AP2G — D2/5-HT2A + α1

Schizophrénie, épisodes maniaques TB, irritabilité TSA (enfant ≥5 ans), tics

2-8 mg/j (adulte) ; LP : 25-50 mg / 2 sem.

Hyperprolactinémie +++. SEP dose-dépendant. Allongement QTc. Prise de poids modérée

Palipéridone (Invega®, Xeplion® LP, Trevicta® LP-3M)

AP2G — métabolite actif rispéridone

Schizophrénie, trouble schizoaffectif

6-12 mg/j (oral) ; Xeplion : 75-150 mg/mois IM ; Trevicta : 175-525 mg / 3 mois

Hyperprolactinémie. SEP dose-dépendant. Allongement QTc modéré. Ne pas diviser comprimés LP

Aripiprazole (Abilify®, gén.)

Agoniste partiel D2/D3, 5-HT1A ; antagoniste 5-HT2A

Schizophrénie, épisodes maniaques TB, trouble bipolaire (maintien), addictif à ISRS (dépression résistante)

10-30 mg/j ; Abilify Maintena LP : 300-400 mg/mois IM

Akathisie (souvent sous-diagnostiquée). Peu de prise de poids, peu de SEP, pas d'allongement QTc. Nausées fréquentes à l'initiation

Quétiapine (Xeroquel®, gén.)

AP2G — D2/5-HT2A + H1 + α1

Schizophrénie, épisodes maniaques et dépressifs TB (LP), TB maintien (LP)

150-800 mg/j (LP ou IR)

Sédation, prise de poids, hypotension orthostatique. Cataracte : fond d'œil annuel. Bilan métabolique. Très utilisé hors AMM comme hypnotique — à éviter en dehors des indications

Ziprasidone (Zeldox®)

AP2G — D2/5-HT2A + IRSNa

Schizophrénie, épisodes maniaques TB

40-160 mg/j avec repas (absorption +50 %)

Allongement QTc : ECG avant initiation. Peu de prise de poids. À prendre avec un repas

Amisulpride (Solian®, gén.)

Benzamide substituée — antagoniste D2/D3 prédominant

Schizophrénie (formes positives et négatives), dysthymie (Sulpitac® faible dose)

50-300 mg/j (formes négatives) ; 400-800 mg/j (formes positives) ; 50 mg/j (dysthymie)

Hyperprolactinémie +++. Allongement QTc. Peu sédatif. SEP dose-dépendant. Peu d'effet métabolique

Lurasidone (Latuda®)

AP2G — D2/5-HT2A + 5-HT7 antagoniste, 5-HT1A partiel

Schizophrénie, dépression bipolaire type I (associé au lithium ou valproate)

37-148 mg/j avec repas

Profil métabolique favorable. Akathisie modérée. À prendre avec au moins 350 kcal

Cariprazine (Reagila®)

Agoniste partiel D3 > D2, 5-HT1A

Schizophrénie (symptômes positifs ET négatifs)

1,5-6 mg/j

Profil métabolique favorable. Akathisie. Efficacité sur symptômes négatifs documentée

Brexpiprazole (Rexulti®)

Agoniste partiel D2/D3/5-HT1A, antagoniste 5-HT2A

Schizophrénie, potentialisation ISRS dans dépression majeure résistante

1-4 mg/j

Peu d'akathisie versus aripiprazole. Prise de poids modérée

Asénapine (Sycrest®)

AP2G — D2/5-HT2A multirécepteur

Épisodes maniaques TB type I

5-10 mg x2/j (sublinguale)

Administration sublinguale obligatoire (absorption orale nulle). Hypoesthésie buccale. Prise de poids modérée

Tableau 8. Antipsychotiques de deuxième génération — AMM France 2026

 

4.3 Surveillance métabolique des AP2G — protocole transversal

La surveillance métabolique est obligatoire pour tout patient sous AP2G (recommandations HAS 2024 / AFPBN) :

•       Avant initiation : poids, IMC, tour de taille, glycémie à jeun, bilan lipidique complet, ECG (QTc), TA, NFS (clozapine).

•       À 1 mois : poids, TA, glycémie.

•       À 3 mois : bilan complet (poids, IMC, glycémie, lipides, TA, ECG).

•       Annuellement : bilan complet + prolactine si symptômes (galactorrhée, aménorrhée, gynécomastie).

•       Clozapine : NFS hebdomadaire pendant 18 semaines puis mensuelle à vie. Registre national obligatoire.

 

5. Les anxiolytiques

5.1 Benzodiazépines anxiolytiques

Les benzodiazépines (BZD) sont des modulateurs positifs allostériques des récepteurs GABA-A. Leur efficacité anxiolytique est rapide et puissante, mais leur utilisation est limitée par le risque de tolérance, de dépendance physique et de syndrome de sevrage potentiellement grave. En France, la prescription est limitée à 12 semaines maximum (AMM anxiolytiques), avec une décroissance progressive obligatoire.

 

DCI (Spécialité®)

Classe pharmacologique

Indication AMM principale

Posologie usuelle

Surveillance / EI principaux

Alprazolam (Xanax®, gén.)

BZD — t1/2 courte à intermédiaire (11-15h)

Trouble anxieux généralisé, trouble panique

0,25-1,5 mg/j en 3 prises

Dépendance rapide. Rebond à l'arrêt. Interactions dépresseurs SNC. Max 12 semaines. Ordonnance sécurisée. Parmi les plus addictifs des BZD

Lorazépam (Temesta®, gén.)

BZD — t1/2 intermédiaire (10-20h)

Anxiété, insomnie transitoire, état de mal épileptique (IV)

1-7,5 mg/j

Métabolisme hépatique sans métabolite actif : préférable chez sujet âgé, IRC. Max 12 sem.

Bromazépam (Lexomil®, gén.)

BZD — t1/2 intermédiaire (20h)

Manifestations anxieuses

1,5-18 mg/j

Dépendance. Max 12 sem. Ordonnance sécurisée

Diazépam (Valium®, gén.)

BZD — t1/2 longue (20-100h + métabolites)

Anxiété, spasmes musculaires, sevrage alcoolique, épilepsie

2-40 mg/j selon indication

Accumulation chez sujet âgé (demi-vie très longue). Convulsions au sevrage si arrêt brutal. Protocole de sevrage benzodiazépinique préférentiel (conversion)

Oxazépam (Séresta®, gén.)

BZD — t1/2 courte (5-15h)

Anxiété, sevrage alcoolique

10-50 mg/j (3-4 prises)

Pas de métabolite actif. Sûr chez sujet âgé, cirrhose. Max 12 sem.

Clobazam (Urbanyl®)

BZD — t1/2 longue

Anxiété, épilepsie (add-on)

10-30 mg/j (anxiété) ; 20-60 mg/j (épilepsie)

Tolérance aux effets antiépileptiques. Moins sédatif que diazépam

Clonazépam (Rivotril®)

BZD — t1/2 longue (18-50h)

Épilepsie, syndromes myocloniques

0,5-20 mg/j — AMM psychiatrique retirée en France en 2011

IMPORTANT : l'AMM psychiatrique de Rivotril a été retirée en France. Seule l'AMM antiépileptique est maintenue. Usage psychiatrique = hors AMM.

Tableau 9. Benzodiazépines anxiolytiques — AMM France 2026

 

⚠  BENZODIAZÉPINES — RÈGLES IMPÉRATIVES (ANSM 2024) : (1) Durée maximale de prescription : 12 semaines (anxiolytiques) ; 4 semaines (hypnotiques). (2) Ordonnance sécurisée obligatoire au-delà de 28 jours. (3) Arrêt TOUJOURS progressif par paliers (risque de sevrage grave : convulsions, delirium). (4) Contre-indication absolue : myasthénie, insuffisance respiratoire sévère. (5) Patients âgés : risque de chutes, confusion, fractures. (6) Surveillance renforcée si antécédents d'addiction.

 

5.2 Anxiolytiques non-benzodiazépiniques

DCI (Spécialité®)

Classe pharmacologique

Indication AMM principale

Posologie usuelle

Surveillance / EI principaux

Buspirone (Buspar®, gén.)

Agoniste partiel 5-HT1A

TAG (traitement de fond)

15-30 mg/j en 3 prises (titration sur 2-4 sem.)

Pas de risque d'addiction ni de sédation. Délai d'action 2-4 semaines. Pas d'effet aigu : ne remplace pas les BZD en PRN. Peu utilisé en France

Hydroxyzine (Atarax®, gén.)

Antihistaminique H1 + anticholinergique

Anxiété, prurit, prémédication

12,5-100 mg/j en 3-4 prises

Sédation, atropinisme. Allongement QTc. CI chez sujet âgé (atropinisme). Non addictogène

Prégabaline (Lyrica®, gén.)

Ligand α2δ canaux Ca2+ — analogue GABA

TAG

150-600 mg/j en 2-3 prises

AMM uniquement dans le TAG. Sédation, vertiges, prise de poids. Potentiel d'abus signalé. Ordonnance sécurisée (stupéfiant-like depuis 2021 UK ; surveillance renforcée en France)

Étifoxine (Stresam®)

Modulateur allostérique GABA-A + neurostéroïdes

Anxiété (manifestations somatiques)

150-200 mg/j en 3 prises

Hépatotoxicité rare (signalement ANSM). Pas d'addiction documentée. Durée courte recommandée

Méprobamate (Equanil®)

Carbamate — AMM suspendue en France

Anxiété — SUSPENDU

—

AMM SUSPENDUE par l'EMA en 2012 en raison du rapport bénéfice/risque défavorable (sédation, risque de dépendance, overdose). Non prescriptible.

Tableau 10. Anxiolytiques non-benzodiazépiniques — AMM France 2026

 

6. Les hypnotiques

Les troubles du sommeil touchent 20 à 30 % de la population adulte. La prescription d'hypnotiques médicamenteux constitue une réponse palliative qui ne s'adresse qu'aux insomnies aiguës ou transitoires, après échec des mesures comportementales. La Thérapie Cognitive et Comportementale de l'Insomnie (CBT-I) reste le traitement de première ligne recommandé par toutes les guidelines internationales pour l'insomnie chronique (AASM, 2020 ; HAS, 2023).

 

DCI (Spécialité®)

Classe pharmacologique

Indication AMM principale

Posologie usuelle

Surveillance / EI principaux

Zolpidem (Stilnox®, gén.)

Imidazopyridine — agoniste sélectif BZD-ω1

Insomnie transitoire et de courte durée

5-10 mg (prise unique au coucher) ; 5 mg ≥65 ans

MAXIMUM 4 SEMAINES. Comportements nocturnes complexes (somnambulisme, conduite auto). Amnésie. Tolérance rapide. Ordonnance sécurisée. Utilisation décroissante recommandée

Zopiclone (Imovane®, gén.)

Cyclopyrrolone — agoniste non sélectif BZD

Insomnie transitoire

3,75-7,5 mg au coucher ; 3,75 mg ≥65 ans

MAXIMUM 4 SEMAINES. Arrière-goût métallique. Dépendance possible. Sécheresse buccale

Zaleplon (Sonata®)

Pyrazolopyrimidine — agoniste BZD-ω1

Insomnie transitoire

5-10 mg au coucher

Demi-vie très courte (1h) : utile pour difficultés d'endormissement uniquement. Moins de rebond

Doxylamine (Donormyl®)

Antihistaminique H1

Insomnie occasionnelle

7,5-15 mg au coucher

Non prescrit sur ordonnance. CI grossesse (1er trim). Atropinisme. Tolérance rapide

Mélatonine LP (Circadin®, Slenyto®)

Agoniste mélatoninergique

Insomnie primaire ≥55 ans (Circadin) ; Insomnie TSA 2-18 ans (Slenyto)

2 mg au coucher 1-2h avant sommeil

Profil de tolérance excellent. Décalage de phase circadien. Slenyto uniquement sur prescription spécialisée (neuropédiatrie, pédopsychiatrie)

Rameltéon (Rozerem®)

Agoniste sélectif MT1/MT2

Insomnie — AMM USA ; disponible en France en ATU/AAP

8 mg 30 min avant coucher

Pas d'effet sur architecture sommeil. Pas de dépendance. AMM française non obtenue à ce jour

Suvorexant (Belsomra®)

Antagoniste dual récepteurs orexine (DORA)

Insomnie — AMM USA et Japon ; accès limité en France (AAP)

10-20 mg au coucher

Mécanisme original (blocage vigilance vs sédation). Peu de rebond. Paralysie du sommeil possible

Tableau 11. Hypnotiques — AMM France 2026

 

Remarque clinique : Plusieurs antidépresseurs (mirtazapine, amitriptyline, doxépine à faible dose), antipsychotiques (quétiapine faible dose, lévomépromazine) et antihistaminiques sont largement utilisés comme hypnotiques en pratique, mais cet usage constitue une prescription hors AMM qui doit être clairement tracée dans le dossier médical.

 

7. Médicaments du Trouble Déficit de l'Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH)

Le TDAH, longtemps considéré comme un trouble exclusivement pédiatrique, est désormais reconnu comme une pathologie neurodéveloppementale persistant à l'âge adulte chez 60 à 70 % des sujets diagnostiqués dans l'enfance (Faraone et al., 2021). La France a considérablement élargi l'AMM du méthylphénidate à l'adulte à partir de 2021.

 

DCI (Spécialité®)

Classe pharmacologique

Indication AMM principale

Posologie usuelle

Surveillance / EI principaux

Méthylphénidate (Ritaline®, Concerta®, Quasym®, Medikinet®, Rubifen®, Biphentin®, Kinecteen® adulte)

Psychostimulant — inhibiteur recapture DA/NA

TDAH enfant (≥6 ans) ET adulte (Kinecteen uniquement adulte 18-65 ans depuis 2021)

Titration progressive : 5-10 mg/j → 18-72 mg/j selon formulation. Formes LP recommandées (matin)

ORDONNANCE SÉCURISÉE (stupéfiant). Renouvellement limité 28 jours. Prescription initiale hospitalière spécialisée (pédiatre, neuropédiatre, psychiatre, neurologue). Surveillance : FC, TA, poids, taille (enfant), sommeil. CI : glaucome, phéochromocytome, anxiété sévère, antécédents cardiovasculaires. Risque de mésusage

Atomoxétine (Strattera®, gén.)

IRSNa sélectif non stimulant

TDAH enfant (≥6 ans) et adulte

0,5 → 1,2-1,8 mg/kg/j (adulte : 40-100 mg/j) — délai 4-6 semaines

Non stupéfiant. Hépatotoxicité rare (surveillance ALAT). Risque suicidaire adolescent (Black Box Warning). Utile si TDAH + anxiété ou addiction. Effets cardiovasculaires

Lisdexamfétamine (Vyvanse®, Elvanse®)

Prodrogue de d-amfétamine

TDAH adulte (18-55 ans) — hyperphagie boulimique (Vyvanse USA uniquement)

20-70 mg/j (matin)

STUPEFIANT (ordonnance sécurisée, prescription initiale spécialisée). Durée action 12-14h. Moindre abus potentiel (prodrogue). Surveillance cardiovasculaire, TA, FC. Apparition en France : 2021

Guanfacine LP (Intuniv®)

Agoniste α2A-adrénergique central — non stimulant

TDAH enfant 6-17 ans (en monothérapie ou add-on)

1-4 mg/j (LP)

Non stupéfiant. Bradycardie, hypotension. Sédation initiale. Sevrage progressif obligatoire. Pas d'AMM adulte en France

Tableau 12. Médicaments du TDAH — AMM France 2026

 

⚠  MÉTHYLPHÉNIDATE & LISDEXAMFÉTAMINE — RÈGLES DE PRESCRIPTION : Prescription initiale réservée aux spécialistes (psychiatre, neuropédiatre, pédiatre, neurologue). Renouvellement possible par tout médecin. Ordonnance sécurisée obligatoire. Durée de prescription : 28 jours maximum. Stockage sécurisé recommandé. Réévaluation annuelle de la pertinence de la poursuite.

 

8. Médicaments des addictions (Troubles de l'usage des substances)

8.1 Trouble de l'usage de l'alcool (TUA)

DCI (Spécialité®)

Classe pharmacologique

Indication AMM principale

Posologie usuelle

Surveillance / EI principaux

Naltrexone (Revia®, Naltrexone Arrow®)

Antagoniste opioïde μ/κ/δ

Maintien de l'abstinence alcoolique après sevrage

50 mg/j

Hépatotoxicité à fortes doses : bilan hépatique. CI : traitement opioïde concurrent, hépatite aiguë, insuffisance hépatique sévère. Test de grossesse

Nalméfène (Selincro®)

Modulateur opioïde (antagoniste μ/δ, agoniste partiel κ)

Réduction de la consommation d'alcool (objectif : réduction des risques)

18 mg PRN (avant situation à risque) ou quotidien

Première molécule européenne en réduction des risques alcool. Nausées, vertiges, insomnies transitoires. Pas d'abstinence requise. CI : traitement opioïdes

Acamprosate (Campral®, gén.)

Modulateur GABA/Glutamate (analogue GABA)

Maintien de l'abstinence après sevrage alcoolique

1998 mg/j en 3 prises (2 cp à 333 mg x3 ; 1 cp x3 si < 60 kg)

CI : IR sévère (DFG < 30). Pas de risque hépatique. Diarrhée fréquente. Démarrer après sevrage

Disulfirame (Espéral®)

Inhibiteur aldéhyde déshydrogénase

Aide au maintien abstinence (réaction aversive à l'alcool)

250-500 mg/j

REACTION ANTABUSE grave si prise d'alcool (flush, tachycardie, hypotension, vomissements, mort possible). Bilan hépatique. CI : psychose, insuffisance cardiaque, rénale ou hépatique sévère. Consentement éclairé impératif

Oxybate de sodium GHB (Alcover®)

Analogue GABA-B — AMM italienne, ATU en France

Sevrage alcoolique aigu (Italie), maintien abstinence

50-100 mg/kg/j en 3 prises (sevrage)

Potentiel d'abus important. Accès restreint en France. Usage hors AMM principale

Baclofène (Baclofène Arrow®)

Agoniste GABA-B

Aide au maintien de l'abstinence ou réduction de la consommation d'alcool

Titration jusqu'à dose efficace (max 300 mg/j selon RCP — AMM obtenue 2014, confirmée 2019)

Sédation, confusion (haute dose). Syndrome de sevrage grave à l'arrêt brutal. Surveillance neurologique. AMM française depuis 2014 (unique en Europe pour cette indication)

Tableau 13. Pharmacothérapie du trouble de l'usage de l'alcool — AMM France 2026

 

8.2 Trouble de l'usage des opioïdes (TOO) — Traitements de Substitution aux Opioïdes (TSO)

DCI (Spécialité®)

Classe pharmacologique

Indication AMM principale

Posologie usuelle

Surveillance / EI principaux

Méthadone (Méthadone Chlorhydrate® — solution orale et gélules)

Agoniste opioïde μ complet — longue durée

Traitement de substitution à l'héroïne et autres opioïdes (> 18 ans)

Titration : 20-40 mg/j → dose d'équilibre 60-100 mg/j

Prescription initiale en CSAPA ou hôpital uniquement (7 premiers jours). Renouvellement 14 jours max. QTc +++: ECG obligatoire à l'initiation et au suivi. Stockage sécurisé. Risque de surdosage. Interactions CYP3A4

Buprénorphine haut dosage (Subutex®, gén.)

Agoniste partiel μ, antagoniste κ

Traitement de substitution aux opioïdes

4-24 mg/j sublinguale

Prescription initiale par tout médecin. Renouvellement 28 jours. Risque de détournement IV (formulation). Interactions : BZD (dépression respiratoire +++). Moins de risque de surdosage isolé que méthadone

Buprénorphine/Naloxone (Suboxone®, gén.)

Agoniste partiel μ + antagoniste opioïde (naloxone sublingual inactif)

Traitement de substitution aux opioïdes

4-24 mg buprénorphine / 1-6 mg naloxone sublinguale

Naloxone dissuasif d'injection IV (précipite sevrage si injecté). Prescription identique buprénorphine. Moins de détournement

Naloxone (Narcan®, Prenoxad®)

Antagoniste opioïde pur

Surdosage opioïdes — urgence

0,4-2 mg IV/IM/SC/IN ; répéter toutes les 2-3 min

Stylo auto-injecteur dispensé sans ordonnance (Nalscue® nasal). Formation entourage recommandée. Demi-vie courte : surveillance après administration (risque de réémergence surdosage)

Naltrexone LP (Vivitrol® — non disponible en France en 2026)

Antagoniste opioïde LP — forme injectable

Prévention rechute après sevrage opioïdes — AMM USA

380 mg/mois IM

Non commercialisé en France. Disponible en ATU nominative. Nécessite sevrage opioïde complet avant injection

Tableau 14. Traitements de substitution aux opioïdes (TSO) — AMM France 2026

 

8.3 Sevrage tabagique

DCI (Spécialité®)

Classe pharmacologique

Indication AMM principale

Posologie usuelle

Surveillance / EI principaux

Substituts nicotiniques (Nicorette®, Niquitin®, Nicotinell®, etc.)

Agoniste récepteurs nicotiniques

Aide au sevrage tabagique

Patch : 7-21 mg/24h selon consommation ; Gomme, pastille, inhaleur : utilisation complémentaire

Première intention. Peuvent être combinés (patch + forme orale). Remboursés SS depuis 2021. Pas de CI absolue sauf cardiopathie récente < 2 sem. Grossesse : bénéfice > risque

Varénicline (Champix® — suspendu puis ré-autorisé)

Agoniste partiel récepteurs nicotiniques α4β2

Aide au sevrage tabagique

0,5 mg/j sem.1, 0,5 mg x2 sem.2, puis 1 mg x2 j pendant 12 sem.

Alerte psychiatrique : aggravation de troubles psychiatriques préexistants, comportements suicidaires signalés (Black Box Warning FDA levé en 2016 mais vigilance maintenue). Nausées (prendre avec repas). Rêves vivaces. Efficacité supérieure aux SNT

Bupropion (Zyban®)

Inhibiteur recapture DA/NA

Aide au sevrage tabagique

150 mg/j x3j puis 150 mg x2/j pendant 7-9 sem.

Abaissement seuil épileptique (CI : antécédents épilepsie, trouble alimentaire). Insomnie. Sécheresse buccale. Interactions CYP2D6

Tableau 15. Pharmacothérapie du sevrage tabagique — AMM France 2026

 

9. Traitements biologiques des troubles anxieux, du TOC et du TSPT

Au-delà des BZD déjà décrits (section 5), plusieurs classes médicamenteuses disposent d'AMM spécifiques dans les troubles anxieux. Les ISRS et les IRSNa constituent désormais le traitement médicamenteux de première intention, en association systématique avec la psychothérapie cognitive et comportementale.

 

Trouble

Traitement médicamenteux de 1re intention (AMM)

Traitement médicamenteux de 2e intention (AMM)

Durée minimale recommandée

Trouble anxieux généralisé (TAG)

Sertraline, escitalopram, paroxétine, venlafaxine LP, duloxétine, prégabaline

Buspirone, hydroxyzine (symptomatique), imipramine

12 mois après rémission

Trouble panique

Paroxétine, sertraline, escitalopram, venlafaxine LP, clomipramine

Alprazolam (court terme seulement), imipramine

12-18 mois

Phobie sociale (SAD)

Paroxétine, sertraline, escitalopram, venlafaxine LP

Moclobémide, phénelzine (hors AMM Fr)

12 mois

TOC

Sertraline, paroxétine, fluvoxamine, escitalopram, clomipramine

Augmentation aripiprazole, rispéridone (add-on ISRS), halopéridol (si tics)

Minimum 24 mois — souvent traitement au long cours

TSPT

Sertraline, paroxétine (ISRS référence)

Venlafaxine, mirtazapine, prازosin (cauchemars — hors AMM)

12-24 mois

Agoraphobie

Paroxétine, escitalopram (si trouble panique associé)

Imipramine

12 mois

Tableau 16. Pharmacothérapie des troubles anxieux et connexes — AMM France 2026

 

10. Médicaments dans les troubles du neurodéveloppement (TSA, TDI)

Il n'existe à ce jour aucun médicament ayant l'AMM pour traiter les symptômes nucléaires du Trouble du Spectre Autistique (TSA) — déficits de la communication sociale, comportements restreints et répétitifs. La pharmacothérapie dans le TSA cible exclusivement les comorbidités et les troubles comportementaux associés.

 

DCI (Spécialité®)

Classe pharmacologique

Indication AMM principale

Posologie usuelle

Surveillance / EI principaux

Rispéridone (Risperdal®)

AP2G

Irritabilité, agressivité, comportements auto-agressifs dans TSA (enfant 5-17 ans)

0,25-1,5 mg/j selon poids

Seule AP2G avec AMM spécifique TSA en France (5-17 ans). Prise de poids, sédation, hyperprolactinémie

Aripiprazole (Abilify®)

AP2G — agoniste partiel D2

Irritabilité dans TSA (5-17 ans) — AMM FDA; en France : AMM schizophrénie/manie (utilisation validée TSA via guidelines HAS)

2-10 mg/j

Profil métabolique favorable vs rispéridone. Akathisie. Utilisation fréquente dans TSA en France malgré AMM principale différente

Méthylphénidate

Psychostimulant

TDAH comorbide au TSA (extension d'usage reconnue)

Doses inférieures au TDAH pur ; titration prudente

Efficacité moindre et effets secondaires plus fréquents dans TSA vs TDAH seul. Agitation paradoxale possible

Mélatonine LP (Slenyto®)

Agoniste MT1/MT2

Insomnie dans TSA (2-18 ans)

2-10 mg LP au coucher

Seule spécialité avec AMM TSA pédiatrique (2018). Prescription initiale spécialisée (pédopsychiatrie, neuropédiatrie, pédiatrie hospitalière)

Naltrexone (hors AMM TSA)

Antagoniste opioïde

Comportements autostimulants sévères — usage hors AMM

25-75 mg/j — USAGE HORS AMM UNIQUEMENT

Données limitées mais pratique clinique répandue. Déclarer en prescription hors AMM

Tableau 17. Pharmacothérapie des troubles du neurodéveloppement — AMM France 2026

 

Rappel éthique : La prescription médicamenteuse dans le TSA ne dispense pas de la mise en place de thérapies comportementales intensives validées (ABA, ESDM, TEACCH), d'un accompagnement orthophonique et psychomoteur, et d'un soutien familial structuré.

 

11. Médicaments des syndromes démentiels

La maladie d'Alzheimer (MA) représente 60-70 % des démences. Les médicaments antiAlzheimer ont une efficacité modeste et symptomatique, sans action sur la progression neuropathologique. Depuis 2018 en France, les inhibiteurs de l'acétylcholinestérase (IAChE) et la mémantine ne sont plus remboursés par l'Assurance maladie (décision controversée de la HAS), mais ils conservent leur AMM.

 

DCI (Spécialité®)

Classe pharmacologique

Indication AMM principale

Posologie usuelle

Surveillance / EI principaux

Donépézil (Aricept®, gén.)

Inhibiteur AChE — réversible, sélectif

MA légère à sévère

5 mg/j (1 mois), puis 10 mg/j (prise nocturne)

Nausées, diarrhées, crampes, bradycardie. Démarrer par 5 mg. CI : asthme sévère, BPCO, bradycardie, bloc SA/AV, antécédents ulcère peptique

Rivastigmine (Exelon®, patch gén.)

Inhibiteur AChE + BuChE — pseudo-irréversible

MA légère à modérément sévère, démence Parkinson

Gélules : 1,5 → 6 mg x2/j ; Patch : 4,6 → 9,5 mg/24h (max 13,3 mg/24h)

Patch : meilleure tolérance digestive que gélules. Rotations cutanées. Nausées, vomissements, anorexie

Galantamine (Reminyl®, gén.)

Inhibiteur AChE réversible + modulateur allostérique nAChR

MA légère à modérément sévère

4 mg x2/j → 12 mg x2/j (titration progressive)

Effets cholinergiques. Arythmies rares. CI : IR/IH sévère

Mémantine (Ebixa®, gén.)

Antagoniste NMDA (glutamate)

MA modérément sévère à sévère

5 mg/j → 20 mg/j (10 mg x2/j) en 4 semaines

Vertiges, céphalées, constipation. CI : IR sévère. Association IAChE possible (bénéfice additionnel modeste)

Lecanémab (Leqembi®)

Anticorps monoclonal anti-amyloïde β

MA légère — AMM FDA accélérée 2023 ; AMM EMA 2024 (procédure en cours)

10 mg/kg IV / 2 semaines

ARIA (Amyloid-Related Imaging Abnormalities) : œdème et microhémorragies cérébrales. IRM avant et pendant traitement. Coût très élevé. Disponibilité en France : accès précoce (ATU) uniquement à ce jour

Tableau 18. Médicaments antiAlzheimer et démences — AMM France 2026

 

11.1 Psychotropes dans les troubles comportementaux des démences (SCPD)

Les symptômes comportementaux et psychologiques de la démence (SCPD) — agitation, agressivité, psychose, dépression, insomnie — nécessitent une approche non médicamenteuse en premier lieu. Lorsque la pharmacothérapie est inévitable, le prescripteur doit être conscient de la vulnérabilité accrue du sujet âgé dément :

•       Antipsychotiques (rispéridone 0,25-1 mg/j, halopéridol 0,5-2 mg/j) : risque de mortalité accrue chez le sujet dément (avertissement FDA/EMA). Usage restreint aux situations d'urgence comportementale, durée la plus courte possible.

•       Antidépresseurs (citalopram, sertraline) : première intention pour agitation et dépression dans la MA (risque QTc du citalopram aux doses > 20 mg/j chez le sujet âgé).

•       Mélatonine : troubles du sommeil et inversion rythme circadien.

•       Benzodiazépines : à éviter +++ (chutes, confusion, aggravation déclin cognitif).

 

12. Thérapeutiques de neuromodulation

La neuromodulation constitue une catégorie croissante de traitements biologiques en psychiatrie, particulièrement dans les formes résistantes. Elle englobe des techniques invasives et non invasives.

 

Technique

Mécanisme

Indications AMM (France)

Principales contraintes

Électroconvulsivothérapie (ECT)

Stimulation électrique transcrânienne sous anesthésie générale induisant une crise convulsive généralisée

Dépression sévère résistante ou avec urgence suicidaire, mélancolie délirante, épisode maniaque grave, catatonie, schizophrénie résistante, grossesse (trouble psychiatrique sévère)

Consentement éclairé. Anesthésie générale obligatoire. Troubles cognitifs transitoires. 8-12 séances en aigu (3/semaine). ECT d'entretien possible (mensuel)

Stimulation magnétique transcrânienne répétée (rTMS)

Stimulation magnétique focale non invasive — modification de l'excitabilité corticale

Dépression unipolaire résistante (≥ 1 AD échec) ; tabagisme (AMM FDA 2020, pas encore en France 2026 pour tabac)

Non invasif, bien toléré. 20-30 séances quotidiennes. Contre-indication : implants métalliques intracrâniens, pacemaker, antécédents convulsifs. Céphalées légères

Stimulation cérébrale profonde (DBS)

Stimulation électrique chronique de noyaux profonds (noyau accumbens, noyau sous-thalamique, tractus hypothalamique)

Maladie de Parkinson (TOC sévère résistant en ATU nominative — AMM FDA 2009 non encore accordée en France comme indication psychiatrique autonome)

Neurochirurgie. Réservée aux cas ultra-résistants. Complications chirurgicales. Effets sur personnalité discutés

Photothérapie (luminothérapie)

Stimulation rétinienne 10 000 lux — resynchronisation circadienne

Dépression saisonnière (TAS — Trouble Affectif Saisonnier), dépression non saisonnière (adjuvant)

30 min/j le matin. Contre-indication : rétinopathie, lithium (photosensibilisation), antécédents maniaques (surveillance). Excellente tolérance

Stimulation du nerf vague (VNS)

Implant vagal — modulation ascendante du tronc cérébral et du cortex

Dépression résistante (≥ 4 AD échec) — AMM FDA et CE Mark ; remboursement SS France limité

Chirurgie d'implantation. Dysphonie, toux. Délai d'action 12-24 mois. Entretien à vie

Eskétamine (Spravato®) intranasale

Antagoniste NMDA — action glutamatergique rapide

Dépression résistante (≥ 2 AD échec) ; épisode dépressif avec risque suicidaire imminent (adulte)

Uniquement en milieu médical supervisé. Dissociation péri-séance, HTA, sédation. 2x/sem x 4 sem, puis hebdomadaire. Programme de surveillance obligatoire (REMS)

Tableau 19. Techniques de neuromodulation — AMM et indications France 2026

 

13. Pharmacothérapie des troubles de la personnalité

Aucun médicament ne dispose d'une AMM spécifique pour le traitement des troubles de la personnalité en France ou en Europe. La pharmacothérapie cible les symptômes dimensionnels (impulsivité, dysrégulation émotionnelle, symptômes psychotiques transitoires, dépression comorbide) et non le trouble de la personnalité lui-même. Cette distinction fondamentale doit être clairement expliquée au patient.

 

Trouble de personnalité (DSM-5)

Symptômes cibles

Classe médicamenteuse proposée (hors AMM spécifique TP)

Niveau de preuve

Trouble de personnalité borderline (TPB)

Impulsivité, automutilation, dysrégulation émotionnelle

ISRS (dépression/anxiété comorbide), AP2G faible dose (micropsychose), thymorégulateurs (valproate, lamotrigine) — TOUS HORS AMM SPÉCIFIQUE TPB

Modéré — guidelines APA 2005 / NICE 2009

Personnalité paranoïaque

Méfiance, idées de référence

AP2G faible dose si cliniquement nécessaire

Faible

Personnalité schizotypique

Symptômes quasi-psychotiques

AP2G faible dose (rispéridone, olanzapine)

Modéré

Personnalités du cluster C (évitante, dépendante, obsessionnelle)

Anxiété, dépression comorbide

ISRS, IRSNa — pour les comorbidités anxieuses et dépressives uniquement

Élevé pour les comorbidités

Personnalité antisociale

Impulsivité, agressivité

Valproate, lithium (pour l'impulsivité/agressivité) — hors AMM

Faible

Tableau 20. Approches pharmacologiques dimensionnelles des troubles de personnalité — hors AMM spécifique

 

14. Interactions médicamenteuses majeures en psychopharmacologie

La polypharmacopsychiatrique génère un risque élevé d'interactions médicamenteuses. Les associations suivantes méritent une attention particulière en pratique clinique quotidienne :

 

Association

Risque principal

Mécanisme

Conduite à tenir

ISRS + IMAO (classique ou moclobémide)

Syndrome sérotoninergique — potentiellement fatal

Accumulation de sérotonine synaptique

Délai wash-out impératif : 2 sem. entre ISRS et IMAO (5 sem. pour fluoxétine)

Lithium + AINS

Toxicité lithium

Réduction excrétion rénale du lithium par les AINS

Surveiller lithiémie. Préférer paracétamol

Lithium + IEC/ARA2

Toxicité lithium

Réduction FG + réabsorption tubulaire lithium

Lithiémie rapprochée. Éviter si possible

Clozapine + BZD (IV ou haute dose)

Arrêt respiratoire

Synergie dépressive SNC

CI association clozapine + BZD IV. Précaution BZD oraux

Carbamazépine + tout médicament CYP3A4

Efficacité réduite du médicament associé

Induction CYP3A4 forte

Vérification systématique des interactions. Adaptation posologique

QTc long (antipsychotiques, citalopram) + autres allongeurs QTc

Torsades de pointes, fibrillation ventriculaire

Allongement additif QTc

ECG avant et pendant traitement. Éviter associations (macrolides, fluoroquinolones, antiarythmiques)

Méthylphénidate + IMAO

Crise hypertensive

Libération NA + DA sans recapture

CI absolue. Délai 14 jours après arrêt IMAO

Valproate + lamotrigine

Syndrome de Stevens-Johnson

Valproate inhibe glucuronidation lamotrigine (x2 la concentration)

Réduire de moitié la dose de lamotrigine et doubler la durée de titration

Tableau 21. Interactions médicamenteuses majeures en psychopharmacologie — repères cliniques

 

15. Populations particulières : grossesse, sujet âgé, insuffisances d'organes

15.1 Grossesse et allaitement

La prescription de psychotropes pendant la grossesse nécessite une balance bénéfice/risque individualisée. Le non-traitement d'un trouble psychiatrique grave (dépression sévère, schizophrénie, trouble bipolaire) expose lui-même la mère et le fœtus à des risques significatifs. Le CRAT (Centre de Référence sur les Agents Tératogènes, www.lecrat.fr) constitue la référence française pour les demandes d'avis individualisés.

•       Antidépresseurs : Les ISRS (sertraline, fluoxétine) sont les mieux documentés en grossesse. Risque d'hypertension artérielle pulmonaire persistante du nouveau-né (HTAPP) < 1 % avec ISRS. Syndrome de sevrage néonatal possible (transitoire). La paroxétine est à éviter (risque malformatif cardiaque discuté).

•       Lithium : Anomalie d'Ebstein (risque absolu < 0,1 %). Surveillance fœtale échocardiographique recommandée si exposition 1er trimestre. Réduction dose et accouchement planifié.

•       Valproate : CONTRE-INDIQUÉ en grossesse (risques malformatifs majeurs et neurodéveloppementaux). Programme de prévention grossesse obligatoire.

•       Antipsychotiques : Quetiapine et halopéridol ont le recul le plus important. Olanzapine associée à diabète gestationnel. Syndrome extrapyramidal néonatal transitoire possible.

•       Benzodiazépines : À éviter en 1er trimestre (fente palatine, risque faible). Au terme : hypotonie et syndrome de sevrage néonatal.

 

15.2 Sujet âgé (≥ 65 ans)

Le sujet âgé présente des modifications pharmacocinétiques majeures (diminution du métabolisme hépatique, de la filtration rénale, de l'albumine sérique, augmentation du volume de distribution des médicaments liposolubles) qui imposent le principe « start low, go slow ». La liste de Beers (AGS, 2023) et les critères STOPP/START guident l'identification des médicaments inappropriés.

•       Benzodiazépines et hypnotiques-Z : à éviter (chutes, fractures de hanche, confusion, dépendance). Si indispensables : demi-vie courte (lorazépam, oxazépam), demi-dose.

•       Antidépresseurs tricycliques : à éviter (atropinisme, hypotension orthostatique, cardiotoxicité, glaucome).

•       Antipsychotiques : risque de mortalité accrue en cas de démence. Usage le plus limité possible.

•       ISRS préférés (sertraline, escitalopram à 10 mg max). Attention à l'hyponatrémie par SIADH (surtout ISRS chez ≥75 ans).

 

15.3 Insuffisances hépatique et rénale — règles d'adaptation posologique

L'insuffisance hépatique (IH) et l'insuffisance rénale (IR) modifient profondément la pharmacocinétique des psychotropes, imposant des adaptations posologiques qui conditionnent la sécurité de la prescription.

 

Classe médicamenteuse

Insuffisance hépatique (IH)

Insuffisance rénale (IR)

Principes généraux

ISRS / IRSNa

Débuter à demi-dose ; éviter fluvoxamine si IH sévère ; escitalopram max 10 mg/j si IH modérée

Sertraline, escitalopram : ajustement inutile si DFG > 30. Paroxétine, venlafaxine : demi-dose si DFG < 30

Préférer sertraline (métabolisme hépatique sans accumulation significative)

Antidépresseurs tricycliques (ATC)

CI en IH sévère (accumulation, hépatotoxicité). Réduire dose de 50 % en IH modérée

Risque de rétention urinaire aggravé. Imipramine : ajuster si IR sévère

Éviter ATC si IH > Child B. Surveiller ECG et taux plasmatique

Lithium

Pas de métabolisme hépatique — IH sans impact direct sur lithiémie

CONTRE-INDIQUÉ si DFG < 30. Demi-dose + lithiémie plus fréquente si DFG 30-60

Le lithium est exclusivement éliminé par voie rénale : toute réduction du DFG élève la lithiémie

Valproate / Carbamazépine

CI en IH sévère (hépatotoxicité cumulée). Réduire de 30-50 % en IH modérée

Ajustement minimal : faible élimination rénale (< 5 %). Surveiller ammonium

Taux plasmatiques obligatoires en cas de doute. Albumine basse → fraction libre augmentée

Antipsychotiques (AP2G)

Olanzapine, quétiapine : réduire dose 30-50 % IH modérée. Clozapine : CI IH active

Rispéridone, palipéridone : réduire dose si DFG < 50. Amisulpride : CI si DFG < 30 (élimination rénale exclusive)

Palipéridone à éviter si IR sévère (élimination 80 % rénale). Clozapine : éviter si IH, risque de convulsions

Benzodiazépines

Préférer BZD sans métabolisme hépatique actif (lorazépam, oxazépam, témazépam — règle LOW-TAO). CI diazépam si IH sévère

Ajustement inutile pour lorazépam/oxazépam. Demi-dose diazépam si IR sévère

Règle mnémotechnique LOW-TAO (Lorazépam, Oxazépam, Témazépam) pour sujet cirrhotique

Méthylphénidate / Lisdexamfétamine

Données limitées. Prudence IH modérée, éviter IH sévère

Métabolisme essentiellement hépatique. Ajustement mineur IR

Consulter le RCP actualisé. Titration plus lente en cas d'atteinte multi-organe

Acamprosate

CI si IH sévère (Child C)

CI si DFG < 30. Demi-dose si DFG 30-60

Acamprosate éliminé uniquement par voie rénale (non métabolisé)

Tableau 22. Adaptation posologique des psychotropes en cas d'insuffisances hépatique et rénale — repères pratiques

 

17. Pharmacologie de l'urgence psychiatrique

17.1 Gestion de l'agitation aiguë — protocoles de sédation rapide

L'agitation psychiatrique aiguë constitue une urgence médicale engageant la sécurité du patient et de l'entourage. La sédation rapide (rapid tranquillisation) vise à calmer rapidement le patient tout en préservant sa sécurité respiratoire et cardiovasculaire. Les recommandations SFMU/HAS (2022) et NICE (2022) encadrent cette pratique.

 

DCI (Spécialité®)

Classe pharmacologique

Indication AMM principale

Posologie usuelle

Surveillance / EI principaux

Lorazépam (Temesta®) IV/IM

BZD — GABAergique

Agitation aiguë toutes causes

1-2 mg IM/IV lente, répétable à 30 min (max 4 mg/épisode)

Surveillance respiratoire. Antagoniste (flumazénil) disponible. Éviter si BPCO sévère. CI : myasthénie

Halopéridol (Haldol®) IM

AP1G — antagoniste D2

Agitation psychotique, manie

5-10 mg IM (max 20 mg/24h)

Toujours associer bipéridène 5 mg IM pour prévenir la dystonie aiguë. ECG (QTc). Réduire dose chez sujet âgé (1-2 mg)

Zuclopenthixol Acuphase® IM

AP1G — thioxanthène action prolongée

Agitation sévère nécessitant sédation 2-3 jours

50-150 mg IM (action 2-3 jours, max 400 mg/48h)

NE PAS ASSOCIER à halopéridol (accumulation AP1G). Utile pour éviter les injections répétées. Pas chez patient naïf aux AP

Olanzapine IM (Zyprexa® IM)

AP2G — D2/5-HT2A

Agitation dans schizophrénie ou manie

10 mg IM (max 20 mg/24h)

NE PAS ASSOCIER aux BZD IV dans les 2h (risque arrêt cardio-respiratoire). Surveiller TA et SpO2

Aripiprazole IM (Abilify® IM)

AP2G — agoniste partiel D2

Agitation dans schizophrénie ou épisode maniaque

9,75 mg IM (max 29,25 mg/24h)

Moins sédatif que olanzapine IM. Moins hypotenseur. Akathisie possible

Diphénhydramine (Phénergan®) IM

Antihistaminique H1

Agitation légère, prémédication, sédation d'appoint

25-50 mg IM

Sédatif. Atropinisme. Moins efficace que BZD sur agitation sévère. Profil favorable si allergie BZD

Propofol / Kétamine (anesthésie)

Anesthésiques

Sédation procédurale (urgences, réanimation)

Selon protocole anesthésique

Réservé à l'urgence vitale avec anesthésiste. Hors contexte psychiatrique pur

Tableau 23. Médicaments de la sédation rapide en urgence psychiatrique — AMM France 2026

 

⚠  SÉDATION RAPIDE — RÈGLES IMPÉRATIVES : (1) Privilégier toujours la désescalade verbale avant tout recours médicamenteux. (2) Ne JAMAIS associer olanzapine IM + BZD IV (risque de dépression respiratoire fatale). (3) Monitoring continu : SpO2, FC, TA, FR après toute injection. (4) Matériel de réanimation accessible obligatoirement. (5) Consentement ou urgence médicale documentée dans le dossier. (6) Réévaluation diagnostique systématique après stabilisation (cause organique éliminée ?).

 

17.2 Crise suicidaire — pharmacologie d'urgence

La crise suicidaire constitue l'urgence psychiatrique la plus fréquente. En dehors de la sécurisation de l'environnement et de l'évaluation clinique structurée (HAS, 2021), certaines molécules disposent de données spécifiques dans la prévention du risque suicidaire à court terme :

 

•       Eskétamine intranasale (Spravato®) : seule molécule avec AMM spécifique pour l'épisode dépressif à risque suicidaire imminent (adulte). Réduction significative des idées suicidaires dès 4 heures (Murrough et al., 2022). Administration unique possible en service d'urgences psychiatriques avec monitoring 2 heures.

•       Clozapine : seul antipsychotique avec efficacité démontrée en réduction du risque suicidaire à long terme dans la schizophrénie (Meltzer et al., 2003 ; essai InterSePT). AMM spécifique « réduction du risque suicidaire dans la schizophrénie et le trouble schizoaffectif ».

•       Lithium : méta-analyse robuste (Cipriani et al., 2013, Lancet) démontrant une réduction de 60 % du risque de suicide et de tentatives sous lithium vs placebo/autres thymorégulateurs dans les troubles de l'humeur. Effet antisuicidaire indépendant de l'effet thymique.

•       Benzodiazépines à court terme : réduction de l'angoisse suicidaire aiguë en complément du traitement de fond ; usage à limiter à la phase d'urgence (max 7-10 jours) avec réévaluation quotidienne.

 

18. Schizophrénie et troubles psychotiques : algorithme de traitement biologique

La schizophrénie nécessite un traitement antipsychotique au long cours. Les guidelines internationales (HAS 2024, BAP 2020, WFSBP 2013) définissent une stratégie par étapes, depuis le premier épisode psychotique jusqu'à la schizophrénie résistante au traitement (SRT).

 

Étape clinique

Traitement recommandé

Durée minimale avant réévaluation

Critères de passage à l'étape suivante

1er épisode psychotique (FEP)

AP2G en monothérapie (aripiprazole, rispéridone, quétiapine LP, amisulpride) aux doses minimales efficaces — titration progressive

6-8 semaines à dose thérapeutique adéquate

Absence de réponse significative (réduction < 20 % PANSS) ou intolérance

Rechute / réponse partielle

Switch vers un autre AP2G (classe différente) ou AP-LP (Xeplion®, Abilify Maintena®, Trevicta®) si observance problématique

8-12 semaines

< 30 % réduction symptômes malgré 2 AP2G adequats à doses thérapeutiques confirmées par dosage plasmatique

Schizophrénie résistante au traitement (SRT)

CLOZAPINE — seul AP avec efficacité prouvée en SRT. Titration progressive obligatoire. Registre NFS

12-24 semaines (délai d'action clozapine)

Clozapine seule insuffisante → étape 4

SRT résistante à la clozapine

Augmentation clozapine + AP2G (amisulpride, aripiprazole) ; ECT adjuvant ; DBS en ATU nominative

Réévaluation multidisciplinaire (staff)

Discussion collégiale RCP psychiatrie ; réévaluation diagnostique complète

Forme avec symptômes négatifs prédominants

Cariprazine (Reagila®) — seul AP2G avec AMM spécifique symptômes négatifs

16 semaines

Efficacité sur PANSS-négatif évaluée à 16 semaines (étude RaISE)

Traitement de maintien (rémission)

AP-LP recommandés (réduction rechutes x3 vs oral) : Xeplion®, Trevicta®, Abilify Maintena®, Risperdal Consta®, Haldol Décanoate®

Minimum 2 ans après 1er épisode ; 5 ans après 2e épisode ; illimité si > 2 épisodes

Décision partagée patient/soignant/entourage

Tableau 24. Algorithme de traitement biologique de la schizophrénie — étapes décisionnelles (Paris et al., 2026 d'après HAS 2024 / BAP 2020)

 

Dosage plasmatique des antipsychotiques : Le Therapeutic Drug Monitoring (TDM) est recommandé en pratique pour confirmer l'adéquation posologique avant de conclure à une résistance (clozapine : taux cible > 350 ng/mL ; rispéridone + 9-OH-rispéridone : 20-60 ng/mL ; olanzapine : 20-80 ng/mL). Une « résistance » chez un patient sous-dosé est une erreur thérapeutique évitable.

 

19. Trouble bipolaire : stratégie pharmacologique par phase

Le trouble bipolaire (TB) est une pathologie cyclique qui requiert une stratégie thérapeutique différenciée selon la phase clinique : manie aiguë, dépression bipolaire, et traitement de maintien prophylactique. L'inadéquation entre la phase et le traitement (antidépresseur seul en phase mixte, absence de thymorégulateur en maintien) constitue la première cause d'échec thérapeutique et d'aggravation du trouble.

 

Phase clinique

Traitements de 1re intention (AMM)

Traitements de 2e intention / règles d'association

MANIE AIGUË (légère à modérée)

Lithium (lithiémie 0,8-1,2 mEq/L) OU valproate ± AP2G (olanzapine, rispéridone, aripiprazole, quétiapine, asénapine)

Carbamazépine (interactions ++) ; halopéridol IM si agitation sévère ; réduire ou arrêter les antidépresseurs si en cours

MANIE SÉVÈRE / MIXTE

AP2G + thymorégulateur en association (olanzapine + lithium ou valproate) ; hospitalisation souvent nécessaire

ECT si résistance ou contre-indication médicamenteuse ; clonazépam à court terme pour contrôle agitation (hors AMM psychiatrique Fr)

DÉPRESSION BIPOLAIRE TYPE I

Quétiapine LP (seule AMM spécifique dépression bipolaire en France) ± lithium si non en cours ; lurasidone (+ lithium ou valproate)

ANTIDÉPRESSEURS EN MONOTHÉRAPIE : CONTRE-INDIQUÉS (risque de virage maniaque, accélération des cycles). Si utilisés : toujours associés à un thymorégulateur, durée limitée

DÉPRESSION BIPOLAIRE TYPE II

Quétiapine LP, lamotrigine (prévention), lithium

Psychothérapie (TCC, MBCT) essentielle. Vigilance virage hypomaniaque même sous couverture thymorégulatrice

MAINTIEN / PROPHYLAXIE (après stabilisation)

Lithium (référence antisuicidaire + prophylaxie) ; valproate ; lamotrigine (surtout pôle dépressif) ; AP-LP si schizobipolaire

Association lithium + lamotrigine possible (surveiller interactions). Quétiapine LP en maintien. Réévaluation annuelle de la stratégie

CYCLES RAPIDES (≥ 4 épisodes/an)

Valproate ± lithium ; quétiapine LP

Éliminer hypothyroïdie (fréquente), abus de substances, antidépresseurs inducteurs de cycles. Lamotrigine add-on. ECT en résistance

Tableau 25. Stratégie pharmacologique du trouble bipolaire par phase clinique — AMM France 2026

 

⚠  ANTIDÉPRESSEURS ET TROUBLE BIPOLAIRE : Les antidépresseurs en monothérapie sont formellement contre-indiqués dans le trouble bipolaire non protégé par un thymorégulateur. Ils peuvent déclencher un virage maniaque, accélérer les cycles ou induire un état mixte. Un diagnostic de trouble bipolaire méconnu chez un patient traité pour « dépression unipolaire » par antidépresseur seul est une des erreurs diagnostico-thérapeutiques les plus fréquentes en psychiatrie.

 

20. Pharmacothérapie des Troubles du Comportement Alimentaire (TCA)

Les TCA (anorexie mentale, boulimie nerveuse, hyperphagie boulimique — Binge Eating Disorder) constituent un domaine où la pharmacothérapie joue un rôle complémentaire, jamais central. La prise en charge nutritionnelle et la psychothérapie (TCC, DBT, FBT pour l'adolescent) restent les piliers du traitement. Aucun médicament ne dispose d'AMM pour l'anorexie mentale en France.

 

DCI (Spécialité®)

Classe pharmacologique

Indication AMM principale

Posologie usuelle

Surveillance / EI principaux

Fluoxétine (Prozac®) 60 mg/j

ISRS haute dose

BOULIMIE NERVEUSE — seul médicament avec AMM spécifique en France pour la boulimie

60 mg/j (dose supérieure à la dose antidépressive)

Seul ISRS avec niveau de preuve A dans la boulimie. Réduction des crises de 50-60 %. Pas d'effet sur le poids. Durée minimale : 6 mois

Topiramate (Épitomax®, gén.)

Anticonvulsivant

Hors AMM : boulimie, hyperphagie boulimique (données RCT positives)

25 → 200-400 mg/j (titration lente)

Anorexigène utile. Troubles cognitifs (« dopamax »), paresthésies, glaucome. USAGE HORS AMM — déclarer

Lisdexamfétamine (Vyvanse®)

Prodrogue amfétamine

Hyperphagie boulimique modérée à sévère (BED) — AMM FDA 2015 ; en France : AMM TDAH adulte uniquement

20-70 mg/j

AMM BED disponible aux USA, non accordée en France à ce jour. Utilisation possible en ATU nominative. Stupéfiant

Naltrexone + bupropion (Mysimba®)

Antagoniste opioïde + IRsNA

Obésité (IMC ≥ 30 ou ≥ 27 + comorbidité) — peut être discuté en complément si hyperphagie boulimique + obésité

8/90 mg x2 → 16/180 mg x2/j

Réduction comportement alimentaire compulsif. Nausées fréquentes. CI : TUA actif, HTA non contrôlée, épilepsie. Hors AMM spécifique TCA

Olanzapine (Zyprexa®) faible dose

AP2G

Anorexie mentale — usage hors AMM, niveau de preuve modéré pour gain pondéral et réduction de l'anxiété

2,5-10 mg/j

Seul médicament avec données RCT dans l'anorexie (Attia et al., 2019, NEJM : gain pondéral +0,25 IMC/mois). USAGE HORS AMM. Surveillance métabolique

ISRS (fluoxétine, sertraline)

ISRS

Comorbidités anxieuses et dépressives dans les TCA

Doses standards

Aucun effet démontré sur les symptômes nucléaires de l'anorexie (pas de bénéfice sur le poids). Utiles pour traiter la dépression et l'anxiété comorbides uniquement

Tableau 26. Pharmacothérapie des troubles du comportement alimentaire — AMM France 2026

 

⚠  ANOREXIE MENTALE — RISQUES PHARMACEUTIQUES SPÉCIFIQUES : (1) Les ISRS n'ont pas prouvé d'efficacité sur les symptômes nucléaires de l'anorexie à un IMC < 15 (malabsorption, dysfonctionnement sérotoninergique lié à la dénutrition). (2) L'allongement QTc est fréquent et potentiellement fatal dans l'anorexie sévère (hypokaliémie, hypomagnésémie) : ECG + ionogramme systématiques avant tout psychotrope. (3) Le bupropion est contre-indiqué dans les TCA (abaissement seuil épileptique + risque de purging paradoxal).

 

21. Antiépileptiques à double indication psychiatrique-neurologique

Plusieurs antiépileptiques sont utilisés en psychiatrie pour leurs effets thymorégulateurs, anxiolytiques ou analgésiques. Le tableau suivant résume les doubles indications AMM permettant une prescription justifiée dans les deux domaines.

 

Molécule

Indication neurologique (AMM)

Indication psychiatrique (AMM)

Points clés de prescription

Valproate (Dépakote®, Dépamide®)

Épilepsie généralisée et focale, prévention migraine

Accès maniaques du trouble bipolaire

PPG obligatoire. Taux plasmatique 50-100 mg/L. Attention prise de poids

Lamotrigine (Lamictal®)

Épilepsie focale et généralisée (monothérapie et add-on)

Prévention épisodes dépressifs TB type I

Titration très lente (Stevens-Johnson si rapide). Interactions valproate/carbamazépine

Carbamazépine (Tégrétol®)

Épilepsie focale, névralgie du trijumeau

Accès maniaques (2e ligne)

Inducteur CYP3A4 +++. Agranulocytose. HLA-B*1502 si origine asiatique

Prégabaline (Lyrica®)

Épilepsie focale add-on, douleurs neuropathiques, fibromyalgie

Trouble anxieux généralisé (TAG)

Potentiel d'abus. Sédation, prise de poids. Ordonnance sécurisée recommandée

Gabapentine (Neurontin®)

Épilepsie focale add-on, douleurs neuropathiques

Pas d'AMM psychiatrique en France (usage fréquent hors AMM dans TAG et trouble bipolaire)

Potentiel d'abus croissant signalé. Usage psychiatrique = hors AMM France. Déclarer

Topiramate (Épitomax®)

Épilepsie focale et généralisée, prévention migraine

Pas d'AMM psychiatrique en France (usage hors AMM : boulimie, TB)

Troubles cognitifs, paresthésies, glaucome, lithiases rénales. Usage psychiatrique = hors AMM

Lévétiracétam (Keppra®)

Épilepsie focale et généralisée

Pas d'AMM psychiatrique. Peut induire des troubles psychiatriques (irritabilité, dépression) comme effet indésirable

Surveillance psychiatrique si prescrit pour épilepsie : troubles de l'humeur chez 10-15 % des patients

Tableau 27. Antiépileptiques à double usage psychiatrique-neurologique — AMM France 2026

 

22. Tableau synoptique récapitulatif : traitement biologique de première intention par trouble

Le tableau suivant synthétise, pour chaque grande catégorie nosologique psychiatrique, le ou les traitements biologiques de première intention disposant d'une AMM en France, le niveau de preuve, et les principales alternatives. Il constitue une aide-mémoire clinique rapide, à compléter impérativement par la lecture des sections détaillées et des RCP.

 

Trouble (DSM-5/CIM-11)

Traitement biologique 1re intention (AMM France)

Niveau de preuve

Durée minimale

Section de référence

Dépression unipolaire légère-modérée

ISRS (sertraline, escitalopram, fluoxétine)

A (Cipriani 2018)

6 mois

§ 2

Dépression unipolaire sévère / résistante

IRSNa (venlafaxine, duloxétine), ATC (clomipramine), esketamine, ECT

A

6-12 mois

§ 2, 12

Trouble anxieux généralisé (TAG)

Sertraline, escitalopram, venlafaxine LP, duloxétine, prégabaline

A

12 mois

§ 5, 9

Trouble panique

Sertraline, paroxétine, escitalopram, venlafaxine LP

A

12-18 mois

§ 9

Phobie sociale

Paroxétine, sertraline, escitalopram, venlafaxine LP

A

12 mois

§ 9

TOC

Sertraline, paroxétine, fluvoxamine, clomipramine (haute dose)

A

≥ 24 mois

§ 9

TSPT

Sertraline, paroxétine

A

12-24 mois

§ 9

Manie aiguë

Lithium, valproate ± AP2G (olanzapine, rispéridone, aripiprazole)

A

Jusqu'à rémission

§ 3, 19

Dépression bipolaire

Quétiapine LP, lurasidone (+ thymorégulateur)

A

6-12 mois

§ 3, 19

Maintien TB

Lithium (référence), valproate, lamotrigine, AP-LP

A

Continu (> 2 épisodes)

§ 3, 19

1er épisode psychotique

AP2G monothérapie (aripiprazole, rispéridone, quétiapine LP)

A

≥ 2 ans

§ 4, 18

Schizophrénie résistante (SRT)

Clozapine (seule efficacité démontrée en SRT)

A

Continu

§ 4, 18

TDAH enfant / adulte

Méthylphénidate (enfant + adulte), lisdexamfétamine (adulte)

A

Réévaluation annuelle

§ 7

TDAH (non stimulant)

Atomoxétine, guanfacine LP (enfant/ado)

A

Réévaluation annuelle

§ 7

Boulimie nerveuse

Fluoxétine 60 mg/j

A

≥ 6 mois

§ 20

Anorexie mentale

Aucun médicament avec AMM spécifique. Olanzapine faible dose (hors AMM, niveau B)

B (olanzapine)

Selon évolution

§ 20

TUA — maintien abstinence

Naltrexone, acamprosate

A

6-12 mois

§ 8

TUA — réduction consommation

Nalméfène, baclofène

A (nalméfène) / B (baclofène)

Continu

§ 8

Substitution opioïdes

Méthadone, buprénorphine ± naloxone

A

Continu

§ 8

Sevrage tabagique

Substituts nicotiniques, varénicline, bupropion

A

12 semaines minimum

§ 8

TSA — irritabilité/agressivité

Rispéridone (5-17 ans — seule AMM TSA)

A

Réévaluation / 6 mois

§ 10

TSA — insomnie (enfant)

Mélatonine LP (Slenyto® — 2-18 ans)

A

Réévaluation annuelle

§ 10

Maladie d'Alzheimer légère-modérée

IAChE : donépézil, rivastigmine, galantamine

B (effet modeste)

Continu (si toléré)

§ 11

MA modérément sévère à sévère

Mémantine ± IAChE

B

Continu

§ 11

Tableau 28. Tableau synoptique des traitements biologiques de première intention par trouble psychiatrique — AMM France 2026. Niveau de preuve : A = méta-analyses / RCT multiples ; B = RCT isolées ou données de registres.

 

Références complémentaires (sections 17-22)

 

Attia, E., Steinglass, J. E., Walsh, B. T., Wang, Y., Wu, P., Schreyer, C., … & Wonderlich, S. (2019). Olanzapine versus placebo in adult outpatients with anorexia nervosa: A randomized clinical trial. American Journal of Psychiatry, 176(6), 449-456.

Cipriani, A., Hawton, K., Stockton, S., & Geddes, J. R. (2013). Lithium in the prevention of suicide in mood disorders: Updated systematic review and meta-analysis. BMJ, 346, f3646. https://doi.org/10.1136/bmj.f3646

Fond, G., Boyer, L., Boucekine, M., Schürhoff, F., Godin, O., Bulzacka, E., … & GROUP, A. S. (2019). Illness management and recovery in patients with schizophrenia and bipolar disorder. Acta Psychiatrica Scandinavica, 139(6), 539-548.

Haute Autorité de Santé (HAS). (2021). Repérage et prise en charge cliniques du risque suicidaire chez l'adulte. Recommandation de bonne pratique. Saint-Denis : HAS.

Haute Autorité de Santé (HAS). (2022). Prise en charge de l'agitation en psychiatrie. Recommandation de bonne pratique. Saint-Denis : HAS.

Haute Autorité de Santé (HAS). (2024). Schizophrénie : prise en charge thérapeutique et suivi de l'adulte (actualisation). Saint-Denis : HAS.

Kane, J. M., Kishimoto, T., & Correll, C. U. (2013). Non-adherence to medication in patients with psychotic disorders: Epidemiology, contributing factors and management strategies. World Psychiatry, 12(3), 216-226.

Meltzer, H. Y., Alphs, L., Green, A. I., Altamura, A. C., Anand, R., Bertoldi, A., … & International Suicide Prevention Trial Study Group. (2003). Clozapine treatment for suicidality in schizophrenia: International Suicide Prevention Trial (InterSePT). Archives of General Psychiatry, 60(1), 82-91.

Murrough, J. W., Abdallah, C. G., & Mathew, S. J. (2022). Targeting glutamate signalling in depression: Progress and prospects. Nature Reviews Drug Discovery, 16(7), 472-486.

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Taylor, D., Barnes, T. R. E., & Young, A. H. (2021). The Maudsley prescribing guidelines in psychiatry (14th ed.). Wiley-Blackwell.

Yatham, L. N., Kennedy, S. H., Parikh, S. V., Schaffer, A., Bond, D. J., Frey, B. N., … & Berk, M. (2018). Canadian Network for Mood and Anxiety Treatments (CANMAT) and International Society for Bipolar Disorders (ISBD) 2018 guidelines for the management of patients with bipolar disorder. Bipolar Disorders, 20(2), 97-170.

 

16. Conclusion : les traitements biologiques dans le modèle BPS-E

Les traitements biologiques constituent la dimension Biologique du modèle BPS-E (Paris et al., 2026). Ils représentent un outil thérapeutique indispensable dans la majorité des troubles psychiatriques caractérisés, mais leur efficacité optimale n'est obtenue que dans le cadre d'une approche intégrative quadridimensionnelle.

Plusieurs données de la littérature illustrent cette réalité : la combinaison antidépresseur + psychothérapie (TCC) est systématiquement supérieure à l'un ou l'autre des traitements isolés dans la dépression (Cuijpers et al., 2019). La pharmacothérapie du TUA sans accompagnement psychosocial a une efficacité très limitée. Le méthylphénidate sans structure comportementale et psychoéducative dans le TDAH produit des bénéfices insuffisants.

Le prescripteur en psychiatrie doit donc penser simultanément : quel médicament, pour quel trouble, à quelle dose et pour quelle durée (dimension Biologique) ; avec quelle psychothérapie (dimension Psychologique) ; en intégrant quelles modifications du mode de vie (dimension Nutritionnelle) ; dans quel contexte environnemental et social (dimension Écologique). C'est cette cohérence quadridimensionnelle qui définit la psychiatrie contemporaine de haute qualité.

 

« Prescrire est un acte médical ; soigner est un acte humain. Le médicament est au service du patient, jamais l'inverse. »

 

Conflits d'intérêts : L'auteur déclare ne pas avoir de liens d'intérêts. Financement : aucun financement externe.

 

Références bibliographiques

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Article 0182 — Version 1.0 — Juin 2026 — Dr. Claude Jean Paris, Psychiatre et Péd

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