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ARTICLE N° 0217 Les thérapeutiques psychologiques : psychanalyse, TCC (2ᵉ
et 3ᵉ générations), relaxation, thérapies familiales et médiations
artistiques Une lecture intégrative
selon le modèle biopsychosocial-écologique (BPS-E) |
Dr. Claude Jean Paris
Psychiatre et Pédopsychiatre — Boulogne-Billancourt
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Résumé
structuré Contexte. Les psychothérapies constituent,
aux côtés des interventions pharmacologiques et psychosociales, un pilier du
soin en santé mentale. Leur foisonnement (plusieurs centaines de
dénominations) impose au clinicien une cartographie rationnelle, appuyée sur
les données probantes et articulée à un cadre de compréhension global. Objectif. Proposer une revue clinique
structurée des grandes familles thérapeutiques — psychanalytiques et
psychodynamiques, cognitivo-comportementales (en distinguant explicitement
les 2ᵉ et 3ᵉ générations), relaxation thérapeutique, thérapies familiales et
systémiques, psychothérapies à médiation artistique — et de leurs
indications, puis d'en proposer une intégration au sein du modèle BPS-E
(Paris et al., 2026). Méthode. Synthèse narrative fondée sur les
sources françaises de référence (expertise collective INSERM, 2004 ;
recommandations HAS ; ouvrages de Cottraux, Elkaïm, Klein, Bergès) et sur la
littérature internationale fondatrice. Conclusion. Aucune modalité n'est
universellement supérieure : l'indication se construit selon le trouble,
l'âge, le stade de changement et les préférences du patient. Le modèle BPS-E
offre une grille d'articulation qui situe chaque approche sur les dimensions
qu'elle mobilise préférentiellement. |
Mots-clés : psychothérapie ; psychanalyse ; thérapies
cognitivo-comportementales ; troisième vague ; pleine conscience ; relaxation ;
thérapie familiale systémique ; art-thérapie ; modèle
biopsychosocial-écologique.
1. Introduction : cartographier un champ pluriel
Sous le terme générique de psychothérapie se rangent des pratiques
hétérogènes par leurs fondements théoriques, leurs techniques et leurs visées.
Toutes partagent néanmoins une définition minimale : un traitement des troubles
psychiques et de la souffrance par des moyens psychologiques, dans le cadre
d'une relation intersubjective réglée, conduit par un praticien formé.
L'expertise collective de l'INSERM (2004) a retenu, comme critères de
scientificité, l'ancienneté et la solidité de la conceptualisation, l'existence
de formations spécifiques et une diffusion large dans le soin.
Trois grandes approches y furent évaluées — psychodynamique
(psychanalytique), cognitivo-comportementale, familiale et de couple — au terme
de l'analyse d'environ un millier d'études internationales. Ce rapport, autant
que les controverses qu'il a suscitées, a durablement structuré le débat
français sur l'efficacité comparée des psychothérapies (INSERM, 2004). Depuis,
les recommandations de la Haute Autorité de Santé positionnent la
psychothérapie comme prise en charge de première intention dans nombre de
troubles, seule dans les formes légères à modérées, ou en association aux
traitements médicamenteux dans les formes sévères (HAS, 2017).
Le présent article propose une revue clinique de ces grandes familles, en
accordant, conformément à la demande de terrain, une attention particulière à
la distinction entre thérapies comportementales et cognitives de deuxième
et de troisième génération, à la relaxation thérapeutique et à ses
méthodes, aux indications des thérapies familiales, et aux psychothérapies à
médiation artistique. Chaque famille est ensuite resituée dans le modèle
biopsychosocial-écologique (BPS-E ; Paris et al., 2026), qui étend le modèle
biopsychosocial d'Engel (1977) aux dimensions nutritionnelle/mode de vie et
écologique/sociale.
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Repère
— Le modèle BPS-E en une phrase Le modèle
biopsychosocial-écologique (BPS-E) articule quatre dimensions — psychologique
(violet), biologique (bleu), nutritionnelle et mode de vie (vert), écologique
et sociale (orange) — dont l'évaluation conjointe oriente le choix et la
combinaison des thérapeutiques (Paris et al., 2026). |
2. Les thérapies psychanalytiques et psychodynamiques
2.1 Fondements
Issues de l'œuvre de Freud, les thérapies psychanalytiques postulent
l'existence d'un psychisme partiellement inconscient, dont les conflits,
refoulés et réactivés dans le présent, s'expriment sous forme de symptômes, de
rêves, de lapsus et de répétitions. Le travail thérapeutique vise à rendre
accessible ce matériel par l'association libre, l'analyse du transfert
(déplacement sur le thérapeute des affects liés aux figures antérieures) et du
contre-transfert, dans une neutralité bienveillante (Freud, 1904/2007).
2.2 De la cure-type aux thérapies d'inspiration
analytique
La cure-type classique (plusieurs séances hebdomadaires, divan, durée
longue) coexiste aujourd'hui avec un large éventail de psychothérapies
psychodynamiques : en face-à-face, à fréquence réduite, et surtout des formats
brefs et focalisés. Ces thérapies psychodynamiques brèves, structurées autour
d'un foyer conflictuel identifié et d'une durée limitée, ont fait l'objet
d'évaluations méthodologiquement robustes.
2.3 Indications et données d'efficacité
Les méta-analyses contemporaines soutiennent une efficacité des
psychothérapies psychodynamiques, avec des tailles d'effet modérées à
importantes, notamment dans la dépression, les troubles anxieux et certains
troubles de la personnalité ; des bénéfices s'accroissant parfois après la fin
du traitement ont été décrits (Shedler, 2010 ; Leichsenring & Rabung,
2008). L'expertise INSERM (2004) soulignait toutefois l'hétérogénéité
méthodologique et le nombre restreint d'essais contrôlés dans ce champ, à la
différence des TCC.
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Indications
préférentielles — approche psychodynamique • Souffrance liée à des
conflits internes répétitifs, à des difficultés relationnelles anciennes ou à
une quête de sens ; • Certains troubles
dépressifs et anxieux, troubles de la personnalité (dans des formats
structurés) ; • Demande d'un travail
en profondeur, patient disposant de capacités d'élaboration et de
mentalisation. Prudence : formes aiguës
nécessitant une action rapide (risque suicidaire élevé, décompensation
psychotique), où d'autres modalités priment ou s'associent. |
2.4 Repères de protocole
Si la cure-type demeure peu protocolisée par principe, plusieurs formats
psychodynamiques structurés se sont dotés de cadres reproductibles et
évaluables.
● Psychothérapie
psychodynamique brève (PPB) : 12 à 25 séances hebdomadaires en face-à-face,
organisées autour d'un foyer conflictuel unique identifié lors des entretiens
préliminaires ; travail actif du transfert dans l'ici-et-maintenant, avec
échéance de fin annoncée dès le départ (mobilisatrice) ;
● Thérapie
basée sur la mentalisation (MBT) : indiquée dans le trouble borderline ;
vise à restaurer la capacité à percevoir les états mentaux (les siens, ceux
d'autrui) ; associe séances individuelles et de groupe, posture de « non-savoir
» du thérapeute et travail des ruptures de mentalisation en séance ;
● Cadre
commun : régularité, neutralité bienveillante, attention au
transfert/contre-transfert, et co-construction progressive du sens plutôt que
prescription de tâches.
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Protocole-type
— Psychothérapie psychodynamique brève 1. Phase d'évaluation
(1 à 4 entretiens) : histoire, repérage du conflit central répétitif,
évaluation des capacités d'élaboration, alliance ; 2. Contrat : nombre de
séances défini, fréquence, foyer de travail explicité, date de fin ; 3. Phase de travail :
associations libres autour du foyer, interprétation des résistances et du
transfert, mise en lien passé / présent / relation thérapeutique ; 4. Phase de séparation
: élaboration de la fin comme expérience à part entière (perte, autonomie) ; 5. Suivi éventuel espacé. |
3. Les thérapies comportementales et cognitives (TCC)
3.1 Origines et principes
Les TCC se sont construites en trois vagues successives, sédimentées
plutôt que substituées. La première vague, comportementale, applique les lois
de l'apprentissage — conditionnement classique (Pavlov), conditionnement
opérant (Skinner) — au traitement des troubles : ainsi la désensibilisation
systématique et l'inhibition réciproque de Wolpe (1958). La deuxième vague,
cognitive, introduit le rôle des pensées et des croyances dans la genèse des
émotions (Beck, 1976 ; Ellis, 1962). La troisième vague, contextuelle, déplace
l'accent de la modification du contenu des pensées vers la relation que le
sujet entretient avec elles (Cottraux, 2007, 2017).
Toutes les TCC partagent une démarche : analyse fonctionnelle du problème
(antécédents, comportement, conséquences), objectifs opérationnels
co-construits, techniques actives, évaluation continue par des échelles, et
transfert des acquis dans la vie quotidienne.
3.2 TCC de deuxième génération
(cognitivo-comportementales « classiques »)
On regroupe sous cette appellation les protocoles nés de la synthèse des
vagues comportementale et cognitive, aujourd'hui les plus documentés. Leur
logique est celle du changement direct des comportements-problèmes et des
cognitions dysfonctionnelles.
● Exposition
graduée et prévention de la réponse, avec ou sans exposition en imagination
ou en réalité virtuelle (phobies, TOC, état de stress post-traumatique) ;
● Restructuration
cognitive : repérage des pensées automatiques, des distorsions et des
schémas, mise à l'épreuve par le questionnement socratique et les expériences
comportementales ;
● Techniques
comportementales : activation comportementale dans la dépression,
entraînement aux habiletés sociales, résolution de problèmes, gestion du stress
et relaxation associée ;
● Thérapie
des schémas (Young et al., 2003), à la charnière avec la 3ᵉ vague, ciblant
les schémas précoces inadaptés dans les troubles de la personnalité.
L'expertise INSERM (2004) et les recommandations HAS (2017) accordent aux
TCC de deuxième génération un niveau de preuve élevé dans les troubles anxieux,
la dépression, les TOC et l'état de stress post-traumatique, avec des taux de
réponse souvent supérieurs, à court terme, à ceux d'autres modalités.
Protocoles-types de
deuxième génération
Ces protocoles suivent une trame commune — analyse fonctionnelle,
psychoéducation, technique active, tâches inter-séances, évaluation par
échelles — déclinée selon le trouble.
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Trouble
panique et agoraphobie 1. Psychoéducation sur
le cercle vicieux panique (interprétation catastrophiste des sensations →
hypervigilance → amplification) ; 2. Restructuration des
cognitions catastrophistes (« je vais mourir », « je perds le contrôle ») ; 3. Exposition
intéroceptive : provocation contrôlée des sensations redoutées
(hyperventilation, effort) pour les décatastrophiser ; 4. Exposition graduée
in vivo aux situations évitées, avec hiérarchie ; 5. Prévention de la rechute et
arrêt des comportements sécurisants. |
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TOC
— Exposition avec prévention de la réponse (EPR) 1. Analyse des
obsessions, compulsions et évitements ; hiérarchisation par niveau d'anxiété
(0–100) ; 2. Psychoéducation : la
compulsion soulage à court terme mais entretient le trouble ; 3. Exposition graduée
au déclencheur (p. ex. contact avec un objet « contaminé ») ; 4. Prévention de la
réponse : ne pas exécuter le rituel, laisser l'anxiété décroître spontanément
(habituation) ; 5. Progression dans la hiérarchie,
généralisation, tâches à domicile. |
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Dépression
— Activation comportementale 1. Auto-observation des
activités et de l'humeur associée (monitoring) ; 2. Identification du
cercle « repli → perte de renforcements → aggravation de l'humeur » ; 3. Programmation
graduée d'activités plaisantes et de maîtrise, en indépendance de la
motivation (agir d'abord) ; 4. Résolution de
problèmes et réduction des ruminations et de l'évitement ; 5. Bilan hebdomadaire et
ajustement. |
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État
de stress post-traumatique (ESPT) Approches recommandées, centrées
sur le trauma : exposition prolongée (récit répété du souvenir + exposition
in vivo aux rappels), thérapie de traitement cognitif (travail des cognitions
de culpabilité, de danger, de confiance), et EMDR. Cadre progressif,
sécurisant, avec stabilisation préalable si dissociation marquée. |
3.3 TCC de troisième génération (thérapies de la
« troisième vague »)
Émergées au tournant des années 2000, ces approches contextuelles et
expérientielles ne cherchent plus prioritairement à corriger le contenu des
pensées, mais à modifier le rapport du sujet à son expérience interne :
accueil, distanciation (défusion), pleine conscience, valeurs et engagement
dans l'action. Elles intègrent des éléments issus des traditions contemplatives
et de la psychologie positive (Cottraux, 2007).
● Thérapie
d'acceptation et d'engagement (ACT) : Hayes et al. (1999) — flexibilité
psychologique, acceptation, action guidée par les valeurs ;
● Thérapie
comportementale dialectique (TCD/DBT) : Linehan (1993) — régulation
émotionnelle et tolérance à la détresse dans le trouble de la personnalité
borderline ;
● Thérapie
cognitive basée sur la pleine conscience (MBCT) : Segal, Williams &
Teasdale (2002) — prévention des rechutes dépressives ; et réduction du stress
(MBSR, Kabat-Zinn, 1990) ;
● Thérapie
fondée sur la compassion et psychologie positive , diffusées en France
notamment par les travaux et ouvrages de vulgarisation de Christophe André
(2011).
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À
retenir — pourquoi distinguer 2ᵉ et 3ᵉ générations ? La 2ᵉ génération vise à changer ce
que l'on pense (contenu des cognitions) et ce que l'on fait (comportements).
La 3ᵉ génération vise à changer la façon dont on se rapporte à ce que l'on
pense et ressent (processus). Les deux sont complémentaires : la 3ᵉ vague est
souvent proposée en relais ou en association lorsque l'évitement
expérientiel, la rumination ou la dysrégulation émotionnelle dominent le
tableau. |
Protocoles-types de
troisième génération
En ACT, le travail s'organise autour de six processus (le «
hexaflex ») : acceptation, défusion cognitive, contact avec l'instant présent,
soi-comme-contexte, clarification des valeurs et action engagée. Le thérapeute
recourt largement aux métaphores et aux exercices expérientiels plutôt qu'à
l'argumentation.
La DBT (trouble borderline) combine une thérapie individuelle
hebdomadaire, un groupe d'entraînement aux compétences, une disponibilité
téléphonique de crise et une supervision d'équipe. L'entraînement aux
compétences se structure en quatre modules.
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Module DBT |
Compétences
travaillées |
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Pleine conscience |
Observer, décrire, participer ; «
esprit sage » ; sans jugement |
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Tolérance à la détresse |
Traverser la crise sans aggraver
(TIPP, distraction, acceptation radicale) |
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Régulation émotionnelle |
Identifier et nommer les émotions,
action opposée, réduire la vulnérabilité |
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Efficacité interpersonnelle |
Formuler une demande, poser une
limite, préserver la relation et le respect de soi |
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MBCT
— Programme structuré en 8 séances Programme de groupe (8
séances hebdomadaires d'environ 2 heures + une journée de pratique), indiqué
en prévention des rechutes dépressives. • Séances 1–4 : sortir
du pilote automatique, attention au corps (scan corporel), reconnaître
l'aversion et la dispersion mentale ; • Séances 5–8 :
accueillir l'expérience difficile, « les pensées ne sont pas des faits »,
élaborer un plan d'action face aux signaux de rechute, pérenniser la
pratique. Prérequis : engagement dans une
pratique méditative quotidienne guidée entre les séances. |
3.4 Tableau comparatif synthétique
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Critère |
TCC de 2ᵉ
génération |
TCC de 3ᵉ
génération |
|
Cible principale |
Contenu des cognitions et
comportements observables |
Relation à l'expérience interne
(processus, contexte) |
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Posture face aux pensées |
Contester, corriger, restructurer |
Observer, accueillir, défusionner |
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Techniques phares |
Exposition, restructuration
cognitive, activation |
Pleine conscience, acceptation,
clarification des valeurs |
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Figures/modèles |
Beck, Ellis, Wolpe ; thérapie des
schémas (Young) |
ACT (Hayes), DBT (Linehan), MBCT
(Segal et al.) |
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Indications de choix |
Troubles anxieux, TOC, dépression,
ESPT |
Rechutes dépressives, borderline,
douleur/stress chroniques |
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Niveau de preuve |
Élevé, largement établi |
Croissant et solide sur des
indications ciblées |
Note. Cette
distinction est pédagogique : en pratique, les protocoles combinent fréquemment
des outils des deux générations au sein d'un même suivi.
4. La relaxation thérapeutique et ses méthodes
La relaxation thérapeutique désigne un ensemble de méthodes
psychocorporelles visant, par la détente neuromusculaire et l'attention au
corps, une régulation du tonus, de l'anxiété et des manifestations
neurovégétatives du stress. Loin d'un simple confort, elle constitue une
intervention à part entière, aisément associée aux TCC et particulièrement
précieuse en pédopsychiatrie.
4.1 Le training autogène de Schultz
Méthode d'auto-hypnose douce fondée sur des inductions verbales de
pesanteur et de chaleur des membres, de régulation cardiaque et respiratoire,
aboutissant à un état de « déconnexion » réparateur. Le sujet apprend
progressivement à générer lui-même cet état (Schultz, 1958).
4.2 La relaxation musculaire progressive de
Jacobson
Technique de contraction-relâchement systématique des groupes
musculaires, qui apprend à discriminer tension et détente et à réduire
l'activation musculaire résiduelle. Elle sous-tend de nombreux protocoles de
gestion du stress et d'exposition en TCC (Jacobson, 1938).
4.3 La sophrologie
Développée par Alfonso Caycedo à partir de 1960, la sophrologie combine
relaxation, respiration contrôlée et visualisations positives dans une visée
d'harmonisation du corps et de l'esprit. Largement diffusée en France, elle est
utilisée en accompagnement (préparation à l'accouchement, gestion de la
douleur, anxiété de performance), sa base de preuves restant plus hétérogène
que celle des méthodes précédentes.
4.4 La relaxation thérapeutique chez l'enfant
Les travaux français de Jean Bergès et Maryse Bounes ont adapté la
relaxation à l'enfant, en articulant détente corporelle, image du corps et
dimension relationnelle. Cette approche, sensible au développement
psychomoteur, s'adresse notamment à l'instabilité, aux troubles anxieux, aux
difficultés psychomotrices et aux manifestations psychosomatiques (Bergès &
Bounes, 2008).
4.5 Méthodes apparentées : biofeedback et
cohérence cardiaque
Le biofeedback (rétroaction sur des paramètres physiologiques) et les
exercices de respiration en cohérence cardiaque prolongent aujourd'hui ces
approches en objectivant, pour le patient, l'effet de sa régulation. Ils
s'inscrivent volontiers dans les protocoles de 3ᵉ vague et de gestion du
stress.
4.6 Repères de protocole
Le training autogène de Schultz repose sur l'apprentissage progressif de
six exercices standards, pratiqués quotidiennement en position allongée ou
assise, à raison de quelques minutes.
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Exercice
standard |
Induction
(représentation guidée) |
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1. Pesanteur |
« Mon bras est lourd » — relâchement
musculaire, étendu à tout le corps |
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2. Chaleur |
« Mon bras est chaud » —
vasodilatation, détente circulatoire |
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3. Cœur |
« Mon cœur bat calme et régulier » |
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4. Respiration |
« Ma respiration est calme », « ça
respire en moi » |
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5. Plexus solaire |
« Mon plexus solaire est chaud » —
détente abdominale |
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6. Front frais |
« Mon front est agréablement frais »
— clarté, apaisement |
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Relaxation
progressive de Jacobson — séquence Pour chaque groupe musculaire
(mains et avant-bras, bras, visage, cou, épaules, tronc, abdomen, jambes,
pieds) : contracter 5 à 7 secondes, puis relâcher 20 à 30 secondes en portant
l'attention sur la sensation de détente. Progression du haut vers le bas,
puis version abrégée une fois la discrimination tension/détente acquise. |
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Cohérence
cardiaque — repère pratique « 3-6-5 » Trois fois par jour, six
respirations par minute (environ 5 s d'inspiration / 5 s d'expiration),
pendant cinq minutes. Objectif : synchroniser rythme respiratoire et
variabilité cardiaque pour réduire l'activation sympathique. À proposer comme
outil d'autorégulation intercritique. |
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Indications
de la relaxation thérapeutique • Troubles anxieux et
manifestations somatiques du stress ; troubles du sommeil ; • Douleurs chroniques,
préparation à des soins ou examens anxiogènes ; • En pédopsychiatrie :
anxiété, instabilité psychomotrice, troubles psychosomatiques, appui à la
régulation émotionnelle ; • En association : composante de
nombreux protocoles TCC et de 3ᵉ génération. |
5. Les thérapies familiales et systémiques
5.1 Fondements systémiques
Nées de l'école de Palo Alto et des travaux de Bateson, les thérapies
familiales appliquent la pensée systémique et cybernétique à la famille conçue
comme un système : le symptôme d'un membre y est lu comme l'expression d'un
dysfonctionnement des interactions et de la communication plutôt que comme la
seule pathologie d'un individu. Watzlawick et ses collègues ont formalisé les
axiomes de la communication qui sous-tendent cette lecture (Watzlawick, Beavin
& Jackson, 1967/1972).
5.2 Principales écoles
● Approche
structurale (Minuchin, 1974) : cartographie des frontières, sous-systèmes
et hiérarchies familiales, restructurées en séance ;
● École
de Milan (Selvini Palazzoli et al.) : hypothèses systémiques,
questionnement circulaire, prescriptions paradoxales ;
● Approche
intergénérationnelle (Bowen) : différenciation du soi et transmission
transgénérationnelle ;
● Approches
francophones : Mony Elkaïm a renouvelé le champ avec le concept de
résonance, articulant le vécu du thérapeute au système familial (Elkaïm, 1989,
1995).
5.3 Indications
Les thérapies familiales trouvent des indications privilégiées lorsque le
trouble s'inscrit dans, ou entretient, un dysfonctionnement des interactions.
L'expertise INSERM (2004) a spécifiquement analysé cette approche pour l'adulte
comme pour l'enfant et l'adolescent.
● Anorexie
mentale de l'adolescent : la thérapie familiale (notamment le modèle de type
Maudsley) fait partie des interventions de première ligne recommandées ;
● Troubles
du comportement, troubles émotionnels et difficultés relationnelles de l'enfant
et de l'adolescent ;
● Schizophrénie
: les interventions familiales psychoéducatives, en réduisant l'émotion
exprimée, diminuent le risque de rechute en complément du traitement ;
● Addictions,
troubles de l'humeur dans un contexte conjugal ou familial conflictuel ;
thérapies de couple pour la détresse conjugale.
5.4 Repères de protocole
Le cadre systémique privilégie des séances réunissant plusieurs membres
de la famille, à un rythme espacé (souvent bi-mensuel à mensuel), avec
fréquemment un co-thérapeute et, selon les écoles, une équipe derrière un
miroir sans tain. Deux protocoles illustrent la variété des visées.
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Thérapie
familiale de l'anorexie mentale (modèle de type Maudsley / FBT) Phase 1 — Restauration
pondérale : les parents reprennent temporairement le contrôle de
l'alimentation, soutenus et déculpabilisés ; le trouble est externalisé
(séparé de l'identité de l'adolescent) ; Phase 2 — Restitution
du contrôle à l'adolescent : à mesure que le poids se stabilise, l'autonomie
alimentaire est progressivement rendue ; Phase 3 — Enjeux développementaux :
travail des questions d'adolescence et de fonctionnement familial, prévention
de la rechute. |
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Intervention
familiale psychoéducative (schizophrénie, troubles sévères) 1. Alliance avec la famille et
évaluation des besoins ; 2. Psychoéducation sur le trouble et le traitement ;
3. Amélioration de la communication (réduction de l'émotion exprimée :
critique, hostilité, sur-implication) ; 4. Entraînement à la résolution de
problèmes ; 5. Gestion des situations de crise. Objectif : réduire le risque
de rechute en complément du traitement pharmacologique. |
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Perspective
BPS-E Les thérapies familiales et
systémiques mobilisent au premier chef la dimension écologique et sociale
(orange) du modèle BPS-E : elles agissent sur l'environnement relationnel
proche, matrice du symptôme et ressource du rétablissement (Paris et al.,
2026). |
6. Les psychothérapies à médiation artistique (art-thérapie)
6.1 Définition et principes
L'art-thérapie et la médiation artistique consistent en un accompagnement
de personnes en difficulté psychologique, physique, sociale ou existentielle,
mises en position de création à travers des productions plastiques, sonores,
théâtrales, corporelles ou littéraires. Comme le formule Jean-Pierre Klein,
pionnier français du champ, ce travail « prend les vulnérabilités comme
matériau » et cherche moins à dévoiler les significations inconscientes des
productions qu'à permettre au sujet de se recréer dans un parcours symbolique,
de création en création (Klein, 2012, 2019). L'objet médiateur — l'œuvre —
ouvre un espace tiers, moins frontal que la parole directe.
La médiation artistique a par ailleurs une histoire propre au sein de la
psychothérapie psychanalytique, où elle a été théorisée comme dispositif de
symbolisation (Brun, 2005).
6.2 Modalités
● Arts
plastiques (dessin, peinture, modelage, collage) ;
● Musicothérapie,
réceptive ou active ;
● Dramathérapie
et théâtre ; danse-mouvement-thérapie ;
● Écriture
et médiations littéraires ; contes et marionnettes chez l'enfant.
6.3 Le dispositif : repères de protocole
Au-delà de la diversité des médiums, la séance de médiation artistique
obéit à un dispositif relativement stable, garant de sa fonction thérapeutique
et distinct de l'atelier de loisir.
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Séquence-type
d'une séance 1. Cadre : lieu,
régularité, confidentialité, matériel disponible — le cadre fait tiers ; 2. Consigne /
proposition ouverte, laissant place à la création singulière (sans visée
esthétique ni performance) ; 3. Temps de création :
le sujet est acteur ; le thérapeute accompagne sans interpréter à la place ; 4. Mise en jeu et en
sens : échange autour de la production, non pour « décoder » mais pour ouvrir
de nouvelles créations (« parcours de création en création ») ; 5. Continuité d'une séance à
l'autre : la trajectoire des œuvres fait récit. |
6.4 Indications
La médiation artistique est particulièrement indiquée lorsque l'accès
direct à la parole est entravé : chez l'enfant, chez les personnes présentant
des troubles de la communication, dans les états psychotiques, les troubles
neurocognitifs (démences), le handicap, les situations de trauma et les soins
palliatifs. Elle s'exerce en secteur hospitalier, médico-social, scolaire,
carcéral comme en libéral.
6.5 Données probantes et limites
Le corpus d'évaluation, en progression, reste plus hétérogène que celui
des TCC, en raison de la diversité des pratiques et de la difficulté à
standardiser l'intervention. La médiation artistique se conçoit le plus souvent
comme complément d'un dispositif de soin global plutôt que comme traitement
isolé d'un trouble caractérisé.
7. Synthèse intégrative : articuler les thérapeutiques dans le
modèle BPS-E
Aucune des familles présentées n'est universellement supérieure.
L'indication se construit à partir du trouble et de sa sévérité, de l'âge et du
stade développemental, du stade de changement, du fonctionnement relationnel et
des préférences du patient — principe repris par la HAS, qui recommande de
choisir la psychothérapie selon les symptômes et les préférences (HAS, 2017).
Le modèle BPS-E fournit une grille qui situe chaque approche sur la ou les
dimensions qu'elle mobilise préférentiellement, et invite à combiner les
leviers plutôt qu'à les opposer (Paris et al., 2026).
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Dimension
BPS-E |
Thérapeutiques
privilégiées |
Cibles
cliniques typiques |
|
Psychologique |
Psychanalyse / psychodynamique ; TCC
(2ᵉ et 3ᵉ gén.) ; médiations artistiques |
Conflits internes, cognitions,
émotions, quête de sens |
|
Biologique |
Relaxation, biofeedback, cohérence
cardiaque (en appui aux traitements) |
Activation neurovégétative, sommeil,
douleur |
|
Nutritionnelle
/ mode de vie |
Activation comportementale, hygiène
de vie, pleine conscience appliquée |
Rythmes, comportements de santé,
régulation |
|
Écologique /
sociale |
Thérapies familiales et systémiques
; interventions de couple |
Interactions familiales, émotion
exprimée, soutien social |
Lecture. Une même situation clinique mobilise
souvent plusieurs dimensions : par exemple, un épisode dépressif de
l'adolescent peut relever d'une TCC (psychologique), d'une intervention
familiale (écologique/sociale) et d'un travail sur le sommeil et les rythmes (biologique
et mode de vie), coordonnés au sein d'un projet de soin unique.
8. Vignettes cliniques
|
Avertissement Les vignettes suivantes sont des
cas composites fictifs, construits à visée pédagogique. Toute ressemblance
avec des personnes réelles serait fortuite. |
Vignette 1 — Trouble
anxieux : de la 2ᵉ à la 3ᵉ génération
« Léa », 29 ans, consulte pour des attaques de panique et un évitement
des transports. Une TCC de deuxième génération est engagée : psychoéducation,
exposition graduée aux situations redoutées et restructuration des
interprétations catastrophistes des sensations corporelles. Les crises
régressent. Persistent une rumination anticipatoire et une lutte épuisante
contre les pensées. Un module de troisième génération (pleine conscience,
acceptation, clarification des valeurs) est alors introduit, déplaçant l'objectif
: non plus supprimer l'anxiété, mais agir selon ce qui compte malgré elle.
L'articulation des deux générations illustre leur complémentarité.
Vignette 2 — Adolescente
et famille : indication systémique
« Inès », 15 ans, présente une restriction alimentaire préoccupante.
Au-delà du suivi somatique et individuel indispensable, une thérapie familiale
est indiquée : elle mobilise les parents comme ressources, travaille les
interactions autour des repas et déplace la focale du symptôme individuel vers
le système. Une médiation artistique (atelier d'expression plastique) offre par
ailleurs un espace tiers où déposer ce qui ne se dit pas. Le dispositif combine
dimensions psychologique, biologique et écologique/sociale du modèle BPS-E.
9. Conclusion
Le paysage des thérapeutiques psychologiques n'est pas un champ de
rivalités, mais une palette. Psychanalyse et thérapies psychodynamiques
éclairent le sens et l'histoire ; les TCC de deuxième génération offrent des
protocoles puissants et validés sur les cognitions et les comportements ;
celles de troisième génération enrichissent la clinique du rapport à
l'expérience ; la relaxation régule le corps ; les thérapies familiales
agissent sur le tissu relationnel ; les médiations artistiques ouvrent un accès
symbolique lorsque la parole fait défaut. Le rôle du clinicien est d'indiquer,
de combiner et de séquencer ces leviers au service d'un patient singulier. Le
modèle BPS-E propose, à cet égard, non une hiérarchie, mais une grammaire de
l'articulation (Paris et al., 2026).
Déclaration de liens
d'intérêt
L'auteur déclare n'avoir aucun conflit d'intérêts en relation avec cet
article.
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