Article n°284
L'apport de
l'orthophonie dans la prise en charge du Trouble Déficitaire de l'Attention
avec ou sans Hyperactivité (TDAH)
Moyens
thérapeutiques face à l'attention soutenue, l'attention divisée et la
planification — une lecture intégrative selon le modèle
Biopsychosocial-Écologique (BPS-E)
Dr Claude Jean Paris
Psychiatre —
Psychiatre de l'enfant et de l'adolescent
Centre Médical
Desfeux, Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine)
Concepteur du modèle
BPS-E (Biopsychosocial-Écologique)
Résumé
Le
Trouble Déficitaire de l'Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH) est un
trouble neuro-développemental fréquent, dont les répercussions débordent
largement le seul champ attentionnel pour toucher la communication, le langage
oral et écrit, les fonctions exécutives et les interactions sociales.
L'orthophonie, longtemps cantonnée à une intervention sur le langage stricto
sensu, occupe aujourd'hui une place reconnue dans la prise en charge
pluridisciplinaire du TDAH, en particulier lorsque des difficultés de
communication, de compréhension des consignes ou d'expression accompagnent le
trouble attentionnel. Cet article propose une synthèse des moyens mobilisés par
l'orthophoniste pour agir sur trois dimensions cardinales du fonctionnement
attentionnel et exécutif de l'enfant TDAH : l'attention soutenue, l'attention
divisée et la planification. Ces moyens sont ensuite resitués dans le modèle
Biopsychosocial-Écologique (BPS-E), qui articule les niveaux biologique,
psychologique, social et environnemental de la prise en charge, en insistant
sur la dimension salutogénique du travail thérapeutique.
Mots-clés
: TDAH, orthophonie, attention soutenue, attention divisée, planification,
fonctions exécutives, métacognition, modèle BPS-E, rééducation cognitive,
pluridisciplinarité.
Sommaire
1. Introduction — le TDAH, un trouble
neuro-développemental aux frontières du langage
2. Rationnel de l'intervention orthophonique dans le TDAH
3. L'attention soutenue : caractéristiques cliniques et
moyens orthophoniques
4. L'attention divisée : caractéristiques cliniques et
moyens orthophoniques
5. La planification : caractéristiques cliniques et
moyens orthophoniques
6. Le bilan orthophonique : évaluer avant d'intervenir
7. Intégration dans le modèle Biopsychosocial-Écologique
(BPS-E)
8. La collaboration pluridisciplinaire
9. Limites, perspectives et données probantes
10. Conclusion
Références bibliographiques
1. Introduction — le TDAH, un trouble
neuro-développemental aux frontières du langage
Le Trouble Déficitaire de l'Attention avec
ou sans Hyperactivité (TDAH) figure parmi les troubles neuro-développementaux
les plus fréquents de l'enfance, avec une prévalence généralement estimée entre
5 et 7 % de la population pédiatrique selon les critères du DSM-5, et un
diagnostic souvent porté tardivement, en moyenne vers 9-10 ans, ce qui retarde
d'autant l'accès aux soins. Défini classiquement par une triade symptomatique —
inattention, hyperactivité, impulsivité — le TDAH ne se limite pourtant pas à ces
trois axes. Les recherches en neuropsychologie du développement, depuis les
travaux de Barkley sur le modèle du déficit d'inhibition et de régulation
exécutive, ont montré que les enfants TDAH présentent des altérations
transversales des fonctions exécutives : mémoire de travail, planification,
flexibilité cognitive, auto-régulation, anticipation.
Ces altérations ne restent pas cantonnées à
la sphère cognitive : elles retentissent directement sur la communication et le
langage. Un enfant qui ne parvient pas à maintenir son attention sur un énoncé
long, qui perd le fil d'une consigne à plusieurs étapes, ou qui peine à
organiser son discours de façon cohérente, rencontre des difficultés qui
relèvent pleinement du champ de compétence de l'orthophoniste. C'est cette
intersection entre trouble attentionnel, fonctions exécutives et compétences
langagières qui légitime et structure l'intervention orthophonique dans le
TDAH.
L'objet de cet article est de préciser,
pour trois composantes attentionnelles et exécutives majeures — l'attention
soutenue, l'attention divisée et la planification — quelles sont les
manifestations cliniques typiques chez l'enfant TDAH, et quels moyens concrets
l'orthophoniste peut mobiliser pour y répondre. Cette synthèse est ensuite
articulée au modèle Biopsychosocial-Écologique (BPS-E), qui permet de resituer
chaque intervention rééducative dans une compréhension globale du
fonctionnement de l'enfant, de ses ressources et de son environnement.
2. Rationnel de l'intervention orthophonique dans le TDAH
L'intervention orthophonique auprès des
enfants TDAH repose sur trois constats convergents.
2.1. Une comorbidité langagière fréquente
Les troubles du langage oral et écrit sont
statistiquement surreprésentés chez les enfants porteurs d'un TDAH. Les
difficultés de compréhension de consignes complexes, les troubles de la
narration, les difficultés d'accès au lexique en situation de double tâche, ou
encore les troubles spécifiques des apprentissages (dyslexie, dysorthographie)
associés, justifient à eux seuls un bilan puis un suivi orthophonique.
2.2. Une interdépendance entre langage, attention et
fonctions exécutives
Les modèles neuropsychologiques
contemporains ne conçoivent plus l'attention comme une fonction isolée mais
comme un système en interaction étroite avec la mémoire de travail, le langage
interne et les fonctions exécutives. Le langage joue en particulier un rôle
d'auto-régulation : le discours intériorisé (« langage privé ») permet
normalement à l'enfant de guider son action, de séquencer une tâche et
d'inhiber une réponse impulsive. Chez l'enfant TDAH, ce langage régulateur est
souvent immature ou peu efficient, ce qui ouvre un espace de travail
spécifiquement orthophonique : renforcer le langage comme outil
d'auto-régulation cognitive et comportementale.
2.3. Une porte d'entrée pragmatique et fonctionnelle
Enfin, l'orthophoniste travaille par nature
sur la communication fonctionnelle, en contexte écologique (classe, maison,
groupe de pairs), ce qui en fait un partenaire privilégié pour transposer des
stratégies attentionnelles et exécutives dans les situations de la vie
quotidienne et scolaire — un axe central de la prise en charge du TDAH, où le
transfert des acquis hors du cadre thérapeutique constitue l'enjeu majeur.
3. L'attention soutenue : caractéristiques cliniques et
moyens orthophoniques
3.1. Définition et corrélats cliniques
L'attention soutenue, ou vigilance
phasique, correspond à la capacité de maintenir un niveau d'attention constant
sur une période prolongée face à un stimulus ou une tâche, indépendamment de la
présence de distracteurs. Sur le plan neurofonctionnel, elle est associée au
réseau thalamo-fronto-pariétal. Chez l'enfant TDAH, le déficit d'attention
soutenue se traduit cliniquement par :
·
une difficulté à démarrer une
activité seul, ou une lenteur importante de mise en route (« démarrage
laborieux »),
·
une dégradation progressive des
performances au fil de la tâche (augmentation des erreurs, dégradation du
graphisme, ralentissement),
·
des « décrochages »
attentionnels répétés, l'enfant paraissant « ailleurs » sans que cela soit
toujours perçu par l'entourage,
·
des oublis fréquents de
consignes, de matériel, d'étapes,
·
une fluctuation marquée des
performances selon le moment de la journée, la motivation ou la nouveauté de la
tâche, alors même que les compétences requises sont acquises.
3.2. Moyens orthophoniques mobilisés
Programmes métacognitifs structurés.
Des programmes tels que la méthode
Réflecto, développée par P.-P. Gagné et son équipe au Québec, proposent une
approche métacognitive de la rééducation attentionnelle : chaque fonction
exécutive est incarnée par un personnage-métaphore (par exemple « l'architecte
» pour la planification), ce qui rend concrètes et manipulables des notions
abstraites pour l'enfant. L'objectif est de développer la conscience que
l'enfant a de son propre fonctionnement attentionnel — la prise de conscience
métacognitive précédant l'acquisition de stratégies de régulation.
Entraînement gradué de la durée attentionnelle.
L'orthophoniste construit une progression
d'exercices à difficulté et durée croissantes (tâches de barrage, de repérage
visuel, d'écoute active), en s'appuyant sur le principe du façonnage : partir
du seuil de tolérance attentionnelle réel de l'enfant, puis l'augmenter
progressivement par paliers courts et renforcés positivement, plutôt que
d'imposer d'emblée une durée standard inadaptée.
Renforcement du langage intériorisé et de
l'auto-verbalisation.
Des techniques d'auto-instruction verbale
(inspirées des travaux sur l'auto-régulation par le langage) amènent l'enfant à
verbaliser à voix haute, puis à voix basse, puis intérieurement, les étapes
d'une tâche en cours (« je regarde, je réfléchis, j'agis, je vérifie »), ce qui
soutient le maintien attentionnel par un étayage langagier explicite.
Aménagement des supports et de l'environnement de la
tâche.
L'orthophoniste conseille des adaptations
concrètes : réduction du bruit environnant, fractionnement des exercices écrits
en blocs plus courts avec pauses actives, utilisation de supports visuels de
temps (minuteur visuel, sablier) pour rendre concrète la durée de l'effort
attendu, et mise en place de signaux discrets convenus avec l'enfant pour le
rappeler à la tâche sans le stigmatiser.
Outils numériques de stimulation cognitive.
Certaines plateformes de rééducation
cognitive assistée par ordinateur (exercices de type labyrinthe, tâches de
vigilance chronométrées) permettent un travail ludique et quantifié de
l'attention soutenue, avec un retour immédiat sur la performance, favorisant
l'engagement et la motivation de l'enfant.
4. L'attention divisée : caractéristiques cliniques et
moyens orthophoniques
4.1. Définition et corrélats cliniques
L'attention divisée désigne la capacité à
répartir simultanément les ressources attentionnelles entre deux tâches ou deux
sources d'information concurrentes (par exemple écouter une consigne orale tout
en poursuivant une tâche graphique, ou suivre une leçon tout en prenant des
notes). Chez l'enfant TDAH, ce déficit se manifeste par :
·
une difficulté marquée à
écouter et écrire simultanément (prise de notes très déficitaire en classe),
·
une perte d'une des deux tâches
au profit de l'autre dès que la charge cognitive augmente,
·
des erreurs accrues en
situation de double tâche alors que chaque tâche isolée est bien réalisée,
·
une fatigabilité rapide et un
évitement des situations à double consigne.
4.2. Moyens orthophoniques mobilisés
Exercices calibrés de double tâche.
L'orthophoniste propose des exercices
spécifiquement construits pour entraîner la répartition attentionnelle (par
exemple des activités associant reconnaissance visuelle et consigne auditive
simultanées), en augmentant très progressivement la proximité temporelle et la
complexité des deux tâches associées, afin de ne jamais placer l'enfant en
situation d'échec systématique.
Travail sur la prise de notes et le traitement de
l'oral complexe.
Un axe central du travail orthophonique
consiste à outiller l'enfant pour la prise de notes scolaire : apprentissage de
codes de simplification, d'abréviations personnelles, de trames de notes
pré-structurées (cartes mentales, tableaux à compléter) qui allègent la charge
de double tâche en réduisant la part d'écriture pure au profit d'un repérage
rapide de l'information essentielle.
Hiérarchisation et priorisation de l'information.
L'orthophoniste travaille avec l'enfant
l'identification des informations prioritaires dans un discours ou une consigne
composite, afin de lui apprendre à ne pas tenter de tout traiter en parallèle
avec la même intensité, mais à alterner volontairement le focus attentionnel
entre les deux flux d'information — une stratégie de compensation plus qu'une
simple augmentation de capacité brute.
Réduction de la charge en mémoire de travail
concomitante.
Dans la mesure où l'attention divisée est
étroitement corrélée à la mémoire de travail, l'orthophoniste propose des
exercices de rappel sériel, de répétition de consignes à plusieurs items, et
des techniques de chunking (regroupement d'informations en unités de sens) qui
diminuent le coût cognitif du traitement simultané.
Aménagements pédagogiques concertés.
En lien avec l'enseignant, dans le cadre
d'un Plan d'Accompagnement Personnalisé (PAP) ou d'un Projet Personnalisé de
Scolarisation (PPS) le cas échéant, l'orthophoniste peut recommander la
fourniture d'un support de cours photocopié ou d'un tiers-preneur de notes,
afin de décharger l'enfant d'une double tâche structurellement trop coûteuse
pour lui, sans que cela ne traduise un renoncement pédagogique mais un
aménagement raisonnable.
5. La planification : caractéristiques cliniques et moyens
orthophoniques
5.1. Définition et corrélats cliniques
La planification est la fonction exécutive
qui permet d'anticiper les étapes d'une tâche, d'organiser leur séquence,
d'estimer le temps et les ressources nécessaires, et d'ajuster la stratégie en
cours de réalisation. Chez l'enfant TDAH, les difficultés de planification
touchent presque toutes les activités du quotidien nécessitant une
organisation, et se manifestent par :
·
une difficulté à séquencer les
étapes d'un travail scolaire (devoirs, exposés, projets à rendre),
·
une estimation du temps très
déficitaire, source de retards et d'oublis d'échéance,
·
un démarrage impulsif de la
tâche sans réflexion préalable sur la méthode,
·
des difficultés de gestion du
matériel et de l'agenda (cartable, fournitures, plannings),
·
un discours narratif peu
structuré, avec des difficultés à organiser un récit ou une explication de
façon chronologique et cohérente.
5.2. Moyens orthophoniques mobilisés
Travail de la narration et du discours organisé.
La planification a une expression
directement langagière dans la capacité à raconter, expliquer ou argumenter de
façon structurée. L'orthophoniste travaille la macrostructure du récit (schéma
narratif, connecteurs temporels et logiques, hiérarchisation des idées) à
partir de supports variés (images séquentielles, bandes dessinées muettes,
résumés de lecture), ce qui entraîne indirectement mais efficacement les
capacités de planification cognitive générale.
Segmentation des tâches complexes.
Une stratégie centrale consiste à apprendre
à l'enfant à décomposer une tâche longue en sous-étapes explicites,
matérialisées par des listes, des check-lists illustrées ou des plannings
visuels, afin de rendre concret et gérable ce qui apparaissait initialement
comme une masse indifférenciée et décourageante.
Méthodes métacognitives de type Réflecto.
Comme pour l'attention soutenue, le
programme Réflecto consacre un volet spécifique à la planification, incarnée
par la métaphore de « l'architecte », qui doit dessiner le plan avant de
construire. Ce type d'approche vise à automatiser une séquence mentale simple
et transférable : je m'arrête, je réfléchis à l'objectif, je prévois les
étapes, j'agis, je vérifie le résultat.
Outils visuels et supports externes de planification.
L'orthophoniste conçoit ou recommande des
supports externalisant la charge exécutive : plannings hebdomadaires visuels,
pictogrammes séquentiels pour les routines du quotidien, minuteurs et alarmes
associés à des étapes précises, agendas structurés co-construits avec l'enfant.
Ces outils compensent la fragilité de la planification interne en s'appuyant
sur des repères externes stables.
Entraînement à l'auto-évaluation et à la flexibilité.
Enfin, un travail spécifique porte sur la
capacité de l'enfant à revenir sur sa propre production, à identifier ce qui
n'a pas fonctionné dans son plan initial et à l'ajuster — une compétence de
flexibilité cognitive qui prolonge naturellement le travail de planification et
prépare le transfert des stratégies vers l'autonomie scolaire.
6. Le bilan orthophonique : évaluer avant d'intervenir
Toute intervention rééducative s'appuie sur
un bilan initial rigoureux, associant :
·
une évaluation du langage oral
et écrit (compréhension, expression, lecture, orthographe),
·
une évaluation qualitative et
quantitative des fonctions attentionnelles (attention sélective, soutenue,
divisée) et exécutives (mémoire de travail, planification, flexibilité,
inhibition),
·
une observation clinique fine
du comportement pendant les épreuves : agitation, persévération, stratégies
spontanées mises en place par l'enfant,
·
des questionnaires
métacognitifs explorant la perception qu'a l'enfant de son propre
fonctionnement, de ses réussites et de ses erreurs,
·
un temps d'échange avec les
parents et, si possible, avec l'enseignant, pour croiser les observations en
contexte écologique.
Ce bilan gagne à être réalisé en lien avec
les autres professionnels impliqués (bilan neuropsychologique, bilan
psychomoteur), afin d'objectiver la part respective des troubles attentionnels,
des troubles spécifiques du langage et d'éventuels troubles associés — une même
lenteur d'exécution pouvant, par exemple, relever d'un trouble spécifique du
langage écrit, d'un déficit attentionnel, ou de l'intrication des deux.
7. Intégration dans le modèle Biopsychosocial-Écologique
(BPS-E)
Le modèle BPS-E, qui articule le cadre
biopsychosocial d'Engel, le modèle bioécologique de Bronfenbrenner et la
perspective salutogénique d'Antonovsky, offre une grille de lecture
particulièrement adaptée à la prise en charge orthophonique du TDAH, en évitant
l'écueil d'une approche exclusivement centrée sur le déficit.
7.1. Le niveau biologique
L'orthophoniste s'appuie sur la
compréhension des bases neurodéveloppementales du TDAH (immaturité des réseaux
attentionnels et exécutifs frontaux) pour calibrer des exercices respectueux du
rythme neuromaturatif de l'enfant, sans céder à l'exigence d'une performance
standardisée inatteignable.
7.2. Le niveau psychologique
Le travail métacognitif décrit plus haut
renforce le sentiment d'auto-efficacité et la conscience que l'enfant a de ses
propres stratégies, ce qui rejoint directement la dimension salutogénique du
modèle : il ne s'agit pas seulement de réduire un déficit, mais de renforcer le
sens de cohérence de l'enfant (compréhensibilité, gérabilité, sens) face à ses
difficultés attentionnelles.
7.3. Le niveau social et microsystémique
Conformément au modèle de Bronfenbrenner,
l'orthophoniste ne travaille pas isolément avec l'enfant mais agit sur les
microsystèmes qui l'entourent : guidance parentale sur les aménagements du
cadre à la maison, liaison avec l'enseignant pour les aménagements
pédagogiques, coordination avec les autres intervenants (psychiatre,
psychologue, psychomotricien) au sein du mésosystème de soin.
7.4. Le niveau écologique et macrosystémique
Enfin, l'inscription du suivi orthophonique
dans les dispositifs institutionnels français (Plateformes de Coordination et
d'Orientation pour les moins de 6 ans, PAP, PPS, reconnaissance MDPH lorsque
nécessaire) relève du niveau macrosystémique du modèle BPS-E, garantissant que
les stratégies développées en séance trouvent un relais concret dans
l'environnement scolaire et social de l'enfant.
8. La collaboration pluridisciplinaire
La prise en charge du TDAH ne saurait
reposer sur l'orthophonie seule. Elle s'inscrit dans un parcours de soins
coordonné associant classiquement :
·
le médecin (pédiatre, médecin
généraliste, psychiatre ou pédopsychiatre) pour le diagnostic, le suivi médical
et, le cas échéant, un traitement médicamenteux,
·
le neuropsychologue pour
l'évaluation approfondie des fonctions cognitives et attentionnelles,
·
le psychomotricien pour le
travail sur l'attention en mouvement, la régulation tonico-émotionnelle et
l'impulsivité motrice,
·
l'enseignant et les équipes
pédagogiques, partenaires essentiels du transfert des stratégies en classe,
·
les parents, dont la guidance
et l'implication conditionnent en grande partie la généralisation des acquis au
quotidien.
Cette coordination pluridisciplinaire,
régulièrement recommandée par la Haute Autorité de Santé dans ses travaux sur
le repérage et la prise en charge du TDAH chez l'enfant et l'adolescent, permet
d'éviter la juxtaposition de prises en charge cloisonnées et de construire un
projet thérapeutique réellement intégré, dans l'esprit du modèle BPS-E.
9. Limites, perspectives et données probantes
Il convient de souligner que le niveau de
preuve scientifique des interventions orthophoniques spécifiquement centrées
sur l'attention et les fonctions exécutives dans le TDAH reste hétérogène. Les
programmes métacognitifs de type Réflecto bénéficient d'un retour clinique
favorable et d'une diffusion importante en francophonie, mais les études
contrôlées de grande ampleur restent moins nombreuses que pour les traitements
pharmacologiques ou les thérapies comportementales. Le transfert des acquis
rééducatifs vers les situations écologiques (classe, maison) demeure également
un défi majeur, souvent conditionné par l'intensité de la coordination avec
l'entourage.
Une évaluation continue des effets de la
prise en charge, associée à des objectifs fonctionnels concrets et mesurables
(plutôt qu'à des scores isolés à des tests), apparaît comme une condition
importante pour garantir la pertinence clinique du suivi orthophonique dans la
durée.
10. Conclusion
L'orthophonie occupe une place légitime et
de plus en plus reconnue dans la prise en charge pluridisciplinaire du TDAH,
dès lors que le trouble attentionnel s'accompagne — ce qui est fréquent — de
difficultés de communication, de langage ou d'organisation du discours. Face à
l'attention soutenue, l'attention divisée et la planification, l'orthophoniste
dispose d'un ensemble de moyens complémentaires : programmes métacognitifs
structurés, entraînements gradués et écologiques, renforcement du langage comme
outil d'auto-régulation, aménagements de l'environnement et des supports, et
travail étroit avec les familles et les équipes pédagogiques. Resituée dans le
modèle Biopsychosocial-Écologique, cette intervention ne vise pas la seule
correction d'un déficit, mais le renforcement des ressources de l'enfant et de
son environnement, dans une perspective salutogénique où l'objectif final
demeure l'autonomie et la réussite scolaire et sociale de l'enfant TDAH.
Références bibliographiques
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Unraveling the Mystery of Health: How People Manage Stress and Stay Well. San
Francisco: Jossey-Bass.
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& Dumont, N. (2005). Apprendre... une question de stratégies. Développer
les habiletés liées aux fonctions exécutives. Montréal : Chenelière Éducation
(méthode Réflecto).
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S. E. (1990). The attention system of the human brain. Annual Review of
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8. Haute Autorité de Santé (HAS).
Recommandations sur la conduite à tenir en médecine de premier recours devant
un enfant ou un adolescent susceptible d'avoir un trouble déficit de
l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), 2020.
9. HyperSupers – TDAH France.
Orthophonie et TDAH. Consulté sur www.tdah-france.fr
10. Association Française des
Personnels d'Orthophonie / réseau TNW. Conseils et repérage des signes de TDAH
en pratique orthophonique, 2019.
11. Centre Mosaïque de Québec. Le
TDA/H et l'intervention en orthophonie. Consulté sur www.centremosaique.ca
12. Orthophonie.org. Proposition
d'une intervention métacognitive visant à contrer le trouble de déficit de
l'attention avec ou sans hyperactivité (mémoire d'orthophonie).
13. Paris, C. J. Le modèle
Biopsychosocial-Écologique (BPS-E) : fondements théoriques et applications
cliniques en psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent. Article n°1 de la
présente série.
Article
rédigé par le Dr Claude Jean Paris, dans le cadre de sa production de contenus
de psychoéducation psychiatrique fondés sur le modèle BPS-E (article n°284).
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