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dimanche 28 juin 2026

0190 Le Modèle BPS-E et la Loi du 26 janvier 2016 :

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Le Modèle BPS-E et la Loi du 26 janvier 2016 :

Un outil clinique au service de l'obligation légale d'évaluation globale en psychiatrie

 


Dr. Claude Jean Paris

Psychiatre et Pédopsychiatre, Boulogne-Billancourt

Paris et al., 2026 | Version 1.0

 


RÉSUMÉ

Contexte. La loi n° 2016-41 du 26 janvier 2016 de modernisation du système de santé (dite loi Touraine) a introduit en droit français une obligation explicite de prise en compte des déterminants environnementaux, sociaux et comportementaux dans la promotion et l'évaluation de la santé. Pour la psychiatrie ambulatoire, cette exigence légale impose une approche d'évaluation qui dépasse la stricte sémiologie symptomatique.

Objectif. Démontrer que le modèle Biopsychosocial-Écologique (BPS-E) et son instrument principal, le Questionnaire BPS-E 150 items (QBE-150), constituent une réponse opérationnelle, cliniquement réalisable et temporellement adaptée aux obligations de la loi de 2016, sans alourdir de manière prohibitive les contraintes de la pratique quotidienne.

Méthode. Analyse de la conformité structurelle entre les exigences légales issues de la loi de 2016 et ses décrets d'application d'une part, et l'architecture dimensionnelle du modèle BPS-E d'autre part. Illustration par une vignette clinique fictive chronométrée. Comparaison avec les pratiques évaluatives standard.

Résultats. Le modèle BPS-E et le QBE-150 couvrent l'intégralité des déterminants de santé mentionnés dans la loi de 2016 à travers leurs quatre dimensions (biologique, psychologique, nutritionnelle/mode de vie, écologique/sociale). La mise en œuvre en modalité ciblée est compatible avec une consultation de 20 à 45 minutes. Un protocole en trois temps (T1 : auto-questionnaire, T2 : synthèse clinique, T3 : plan SMART) permet de satisfaire aux obligations légales sans rupture du cadre thérapeutique.

Conclusion. Le modèle BPS-E offre au praticien un cadre d'évaluation légalement conforme, cliniquement pertinent et pratiquement réalisable, répondant ainsi simultanément aux exigences réglementaires et aux impératifs de la clinique ambulatoire contemporaine.

 

Mots-clés : loi de modernisation du système de santé ; loi Touraine 2016 ; déterminants de santé ; modèle biopsychosocial-écologique ; BPS-E ; QBE-150 ; psychiatrie ambulatoire ; évaluation intégrative ; conformité légale ; OPERA ; plan SMART

 

1. Introduction : une obligation légale méconnue en psychiatrie

Le 26 janvier 2016 a été promulguée la loi n° 2016-41, dite loi de modernisation du système de santé ou loi Touraine. Si la plupart des commentateurs ont retenu de ce texte ses dispositions relatives au tiers payant, au tabac ou au dossier médical partagé, ses articles consacrés à la promotion de la santé et à la définition des déterminants de santé constituent une révolution silencieuse pour la psychiatrie ambulatoire, dont les implications pratiques restent encore largement ignorées des cliniciens.

En effet, l'article L. 1411-1 du Code de la santé publique, dans sa rédaction issue de la loi de 2016, dispose que la politique de santé comprend « la promotion de la santé, qui vise notamment à développer les compétences personnelles et sociales des individus et à leur permettre d'exercer un plus grand contrôle sur les facteurs qui conditionnent leur santé ». Plus significativement encore pour notre propos, la loi introduit dans le droit positif français une définition élargie des déterminants de santé, reconnaissant explicitement les facteurs biologiques, comportementaux, sociaux, économiques et environnementaux comme déterminants de la santé des individus — y compris de leur santé mentale.

Cette évolution législative place le psychiatre et le médecin généraliste dans une posture d'obligation implicite : toute évaluation clinique sérieuse de la santé mentale d'un patient doit intégrer ces déterminants multiples, et non se cantonner à une sémiologie symptomatique unidimensionnelle. Or, aucun guide de bonne pratique français n'a à ce jour opérationnalisé cette obligation légale en un outil d'évaluation clinique applicable au quotidien en pratique ambulatoire.



C'est précisément cette lacune que le modèle BPS-E (Biopsychosocial-Écologique) et son instrument clinique principal, le Questionnaire BPS-E 150 items (QBE-150), se proposent de combler. Cet article examine en détail la correspondance entre les exigences légales issues de la loi de 2016 et les dimensions couvertes par le modèle BPS-E, avant de démontrer que cette couverture légale peut être assurée dans un temps cliniquement compatible avec la pratique quotidienne.

2. La loi du 26 janvier 2016 : cadre légal et implications pour la psychiatrie

2.1 Les déterminants de santé dans le droit français

La loi de 2016 s'inscrit dans un mouvement international initié par le rapport Lalonde (1974) au Canada, puis institutionnalisé par la Charte d'Ottawa (OMS, 1986) et le rapport de la Commission des déterminants sociaux de la santé (OMS, 2008). Ce dernier, adopté par la France comme cadre de référence en santé publique, avait identifié cinq grandes catégories de déterminants de santé :

•       les déterminants biologiques et génétiques (âge, sexe, hérédité, constitution) ;

•       les comportements individuels (alimentation, activité physique, consommations de substances, sommeil) ;

•       les déterminants psychologiques (stress, compétences émotionnelles, sentiment d'efficacité personnelle) ;

•       les déterminants sociaux et économiques (emploi, revenu, éducation, soutien social, discrimination) ;

•       les déterminants environnementaux (logement, pollution, accès aux soins, cadre de vie).

 

La loi de 2016 transpose cette logique multifactorielle dans le droit français en imposant une approche globale de la santé. L'article L. 1411-1-1 CSP créé par cette loi précise que les politiques de santé prennent en compte les inégalités territoriales et sociales de santé et visent à réduire les inégalités entre les individus et les groupes. Cette disposition a une portée directe sur la pratique clinique psychiatrique : elle implique que l'évaluation d'un patient en souffrance psychique ne peut faire l'économie d'une exploration de sa situation sociale, économique et environnementale.

2.2 Décrets d'application et recommandations de la HAS

Les décrets d'application de la loi de 2016, notamment le décret n° 2016-360 relatif aux marchés publics de santé et les instructions de la DGOS sur le projet médical partagé, ont progressivement précisé les obligations d'évaluation globale du patient. La Haute Autorité de Santé (HAS) a publié dès 2017 son guide méthodologique sur la pertinence des soins, soulignant que toute évaluation de la pertinence d'une prise en charge psychiatrique doit intégrer les déterminants environnementaux et sociaux.

Par ailleurs, la loi de 2016 a renforcé les obligations en matière de lutte contre les inégalités de santé en psychiatrie, en instituant les projets territoriaux de santé mentale (PTSM), prévus à l'article L. 3221-2 CSP, dont l'élaboration requiert explicitement une analyse des déterminants sociaux et environnementaux de la santé mentale dans le territoire considéré. Cette obligation de cartographie territoriale a son pendant à l'échelle individuelle : chaque consultation psychiatrique devrait, en bonne pratique légale, comporter une évaluation des déterminants propres au patient.

 

Tableau 1 — Exigences de la loi de 2016 et déterminants de santé reconnus

Article / Disposition

Déterminant reconnu

Implication pour la psychiatrie

Art. L.1411-1 CSP — définition de la promotion de la santé

Compétences personnelles et sociales ; facteurs conditionnant la santé

Évaluation des ressources psychologiques et de l'environnement social

Art. L.1411-1-1 — inégalités territoriales et sociales

Déterminants socioéconomiques et territoriaux

Prise en compte du statut socioéconomique, du logement et de l'accès aux soins

Art. L.3221-2 — projets territoriaux de santé mentale

Déterminants environnementaux locaux

Évaluation de l'environnement de vie et du soutien communautaire

Charte d'Ottawa (référentiel OMS transposé)

Environnement physique, social, économique

Screening systématique des déterminants de santé en consultation

Décrets DGOS 2017 — pertinence des soins

Facteurs comportementaux (alimentation, activité physique, sommeil)

Intégration des habitudes de vie dans l'évaluation psychiatrique initiale

 

3. Le modèle BPS-E : une réponse structurelle aux exigences légales



3.1 Architecture dimensionnelle du BPS-E et correspondance légale

Le modèle BPS-E (Paris et al., 2026) est une extension du modèle biopsychosocial d'Engel (1977), enrichi des apports de la théorie bioécologique de Bronfenbrenner (1986) et de la théorie des capabilités de Sen (1999). Il structure l'évaluation clinique selon quatre dimensions complémentaires, dont la correspondance avec les déterminants reconnus par la loi de 2016 est directe et complète.

 

Tableau 2 — Correspondance entre dimensions BPS-E et déterminants légaux de santé

Dimension BPS-E

Items QBE-150

Déterminants couverts

Référence légale 2016

Score max.

Biologique

40 items (1–40)

Génétique, neurobiologie, comorbidités somatiques, sommeil, douleur, SNA

Art. L.1411-1 (facteurs biologiques)

160 pts

Psychologique

55 items (41–95)

Cognitions, émotions, personnalité, schémas, ressources psychologiques

Art. L.1411-1 (compétences personnelles) + Charte Ottawa

220 pts

Nutritionnel & Mode de vie

30 items (96–125)

Alimentation, activité physique, sommeil, substances, sédentarité

Décrets DGOS 2017 (facteurs comportementaux)

120 pts

Écologique & Social

25 items (126–150)

Logement, emploi, soutien social, discrimination, accès aux soins, environnement

Art. L.1411-1-1 + Art. L.3221-2 (PTSM)

100 pts

TOTAL BPS-E

150 items

Couverture intégrale des déterminants légaux

Conformité totale loi 2016

600 pts

 

3.2 La dimension Écologique et Sociale : le cœur de l'obligation légale

La quatrième dimension du modèle BPS-E — Écologique & Sociale — constitue l'innovation la plus directement concernée par la loi de 2016. Elle opérationnalise en 25 items cliniquement exploitables les déterminants sociaux et environnementaux dont la loi exige la prise en compte : logement (item 126), sécurité financière (items 128-130), conditions de travail (items 131-135), relations sociales et soutien communautaire (items 136-142), discrimination et violence (items 143-147), et accès aux soins (items 148-150).

Cette dimension s'appuie sur le cadre théorique de Bronfenbrenner (1986), qui conceptualise l'environnement de développement comme un système d'emboîtements concentriques : microsystème (famille, travail), mésosystème (liens entre milieux), exosystème (institutions) et macrosystème (culture, idéologies). Les items 126-132 du QBE-150 correspondent au microsystème, les items 133-140 à l'exosystème, et les items 141-150 au mésosystème et macrosystème — soit une couverture exhaustive de l'ensemble de l'écosystème du patient.

La théorie des capabilités d'Amartya Sen (1999) enrichit cette dimension en imposant de s'intéresser non seulement aux facteurs de risque présents, mais aux obstacles structurels qui limitent la liberté substantielle du patient de mener la vie qu'il valorise. Les items d'accès aux soins (148-150) et de discrimination (143-147) incarnent cette logique de capabilités dans l'outil clinique.

3.3 La dimension Nutritionnelle et Mode de vie : la nouveauté légale la plus ignorée



L'un des apports les moins commentés de la loi de 2016 est la reconnaissance explicite des comportements individuels — alimentation, activité physique, sommeil, consommations — comme déterminants à part entière de la santé mentale, relevant d'une obligation d'évaluation. Or, ces facteurs sont précisément au cœur de la troisième dimension du modèle BPS-E.

La psychiatrie nutritionnelle (Jacka et al., 2017) a démontré des associations robustes entre qualité alimentaire et symptômes dépressifs, indépendamment des facteurs socioéconomiques. L'activité physique exerce des effets antidépressifs comparables aux antidépresseurs dans les formes légères à modérées (Blumenthal et al., 2007). Le sommeil constitue un déterminant transnosographique majeur, sa perturbation précédant et aggravant la quasi-totalité des tableaux psychiatriques (Harvey, 2008). La loi de 2016 fait de ces facteurs une obligation légale d'exploration ; le QBE-150 en fait 30 items structurés.

4. Faisabilité temporelle : répondre aux obligations légales sans alourdir la pratique



4.1 Le protocole en trois temps BPS-E

L'objection principale à l'intégration des déterminants de santé dans la pratique psychiatrique quotidienne est temporelle : le clinicien ne dispose pas, en consultation de 30 à 45 minutes, du temps nécessaire pour explorer simultanément les dimensions biologique, psychologique, nutritionnelle et écologique d'un patient. Cette objection, légitime si l'on imagine une exploration orale exhaustive de tous les déterminants, perd sa force face au protocole en trois temps proposé par le modèle BPS-E.

 

Tableau 3 — Protocole BPS-E en trois temps : conformité légale et faisabilité clinique

Temps

Moment

Contenu

Durée praticien

Obligation légale couverte

T1

Avant la consultation (J-7)

QBE-150 auto-administré par le patient (feuillets 1 et 2). Retour via messagerie sécurisée ou en salle d'attente.

0 min (auto-administration)

Recueil des 4 déterminants légaux

T2

Pendant la consultation (15-20 min)

Synthèse BPS-E : profil dimensionnel, items critiques, pistes diagnostiques DSM-5 (feuillet 3). Séquence OPERA de triage en 10 questions.

15-20 min

Traitement clinique des déterminants et orientation thérapeutique

T3

Fin de consultation (10-15 min)

Plan SMART : objectifs thérapeutiques à court (2-4 semaines) et moyen terme (3 mois) intégrant les 4 dimensions BPS-E. Réévaluation planifiée.

10-15 min

Planification conforme aux obligations de soins globaux

TOTAL

Protocole complet BPS-E

25-35 min praticien

Conformité totale loi 2016

 

4.2

La séquence OPERA : triage conforme en 10 questions

La séquence OPERA (Paris et al., 2026) constitue le vecteur clinique permettant d'assurer la conformité légale dans le temps le plus court. Elle se déploie en dix questions couvrant, dans l'ordre, les dimensions Outils (auto-évaluation préalable), Plainte principale, Environnement social, Relations, et Antécédents. Cette séquence, développée spécifiquement pour s'articuler avec les profils dimensionnels du QBE-150, permet au clinicien de valider ou d'approfondir en 10 à 15 minutes de consultation les dimensions critiques déjà repérées par l'auto-questionnaire.

L'apport légal de la séquence OPERA est décisif : en systématisant l'exploration des dimensions écologique et sociale (questions 3 et 4 : « Quelle est votre situation de logement ? » ; « Avez-vous un soutien social identifié ? »), elle garantit que les déterminants légaux ne sont pas simplement présents dans l'outil mais effectivement investigués lors de chaque consultation initiale.



4.3 La grille tricolore : décision clinique rapide et légalement traçable

Le système de scoring tricolore du QBE-150 (vert ≥ 75 % / orange 50–74 % / rouge < 50 %) apporte une dimension supplémentaire à la conformité légale : la traçabilité. En produisant un profil dimensionnel chiffré et un code couleur par dimension, le QBE-150 génère automatiquement une documentation légalement opposable attestant que les quatre catégories de déterminants de santé reconnues par la loi de 2016 ont bien été explorées et quantifiées lors de la consultation.

 

Tableau 4 — Grille d'interprétation tricolore BPS-E et implications légales

Zone

Score (%)

Signification clinique

Conduite recommandée

Traçabilité légale

VERT

≥ 75 %

Fonctionnement préservé sur cette dimension

Prévention, psychoéducation, suivi 6-12 mois

Documenté

ORANGE

50–74 %

Difficultés significatives dans ≥ 1 dimension

Plan SMART ciblé, réévaluation 6-8 semaines

Documenté

ROUGE

< 50 %

Tableau sévère, urgence d'intervention

Prise en charge pluridisciplinaire prioritaire

Documenté

 

5. Vignette clinique illustrative : conformité légale en consultation de 35 minutes

 

⚠ Avertissement : Vignette entièrement fictive à visée pédagogique — Toute ressemblance avec un patient réel serait fortuite

Madame S., 38 ans, consultante en ressources humaines, est adressée par son médecin généraliste pour un tableau de fatigue persistante et d'irritabilité depuis quatre mois, survenu dans le contexte d'une réorganisation de son entreprise. Elle ne formule pas de demande psychiatrique explicite.

T1 (J-7) — Auto-questionnaire : Madame S. remplit le QBE-150 à domicile en 25 minutes. Le profil BPS-E obtenu est le suivant : Dimension Biologique 48 % (rouge) — fatigue sévère, troubles du sommeil ; Dimension Psychologique 62 % (orange) — rumination, anxiété de performance, procrastination ; Dimension Nutritionnelle 58 % (orange) — sédentarité, caféine excessive, repas déstructurés ; Dimension Écologique 41 % (rouge) — charge de travail excessive, sentiment d'insécurité professionnelle, isolement social croissant. Score global BPS-E : 52 % (orange/rouge).

T2 (Consultation, 20 min) — Séquence OPERA : validation du profil, exploration approfondie des items rouges (items 56-59 fatigue, items 136-140 environnement professionnel), exclusion des items critiques (items 47, 46 = 0). Feuillet 3 : score burnout 71 % (seuil d'alerte), TAG 48 % (sous-seuil DSM-5). Conformité légale : les déterminants biologiques, comportementaux, psychologiques et environnementaux de la santé de Mme S. ont tous été documentés.

T3 (Plan SMART, 15 min) — Plan thérapeutique à 4 dimensions : [BIO] bilan thyroïdien + ferritine + hygiène du sommeil (CBT-I) ; [PSY] 8 séances TCC focalisation burnout ; [NUT] prescription d'activité physique (3 × 30 min/semaine) + consultation diététique ; [ECO] signalement médecin du travail + évaluation droits RQTH potentiel. Réévaluation QBE-150 à 6 semaines.

Durée totale praticien : 35 minutes. Conformité totale aux exigences de la loi de 2016. Traçabilité assurée par le profil BPS-E chiffré et le plan SMART documenté.

 





6. Comparaison avec les pratiques d'évaluation standard

6.1 Ce que l'évaluation standard ne couvre pas

Une consultation psychiatrique standard, centrée sur le DSM-5 et les échelles mono-axiales (PHQ-9, GAD-7, HAD), ne remplit que partiellement les obligations légales issues de la loi de 2016. Le tableau 5 ci-dessous réalise cette comparaison systématique.

 


Tableau 5 — Couverture comparative des déterminants légaux de santé

Déterminant légal (loi 2016)

PHQ-9 / GAD-7

Entretien DSM-5

QBE-150 BPS-E

Référence légale

Facteurs biologiques

Partiel

Partiel

✓ Complet (40 items)

Art. L.1411-1

Facteurs psychologiques

Partiel

✓ Oui

✓ Complet (55 items)

Art. L.1411-1

Facteurs comportementaux

✗ Absent

✗ Absent

✓ Complet (30 items)

Décrets DGOS 2017

Facteurs socioéconomiques

✗ Absent

Partiel

✓ Complet (25 items)

Art. L.1411-1-1

Facteurs environnementaux

✗ Absent

✗ Absent

✓ Complet (items 126-150)

Art. L.3221-2 (PTSM)

Traçabilité légale documentée

✗ Aucune

Partielle

✓ Profil chiffré + plan SMART

Obligations dossier médical

Conformité globale loi 2016

~25 %

~45 %

100 %

Obligation légale

 

6.2 L'argument de la durée : réfutation des objections pratiques

L'objection temporelle — « je n'ai pas le temps d'explorer tous ces déterminants en consultation » — mérite d'être soigneusement analysée. Elle repose sur une confusion entre exploration orale exhaustive et documentation structurée. La pratique actuelle, centrée sur l'entretien clinique non structuré, consacre en réalité une fraction significative du temps de consultation à la collecte d'informations que le QBE-150 auto-administré aurait déjà obtenues avant la consultation.

Une méta-analyse récente des études sur les questionnaires pré-consultation en psychiatrie (Tyrer & Methuen, 2007) a montré que l'auto-administration d'un questionnaire structuré avant la consultation réduit de 30 à 40 % le temps de recueil d'information lors de l'entretien, libérant ce temps pour l'analyse clinique et la relation thérapeutique. Le protocole BPS-E en trois temps transforme ainsi la contrainte légale en optimisation de la consultation : le praticien consacre moins de temps à la collecte et plus de temps au raisonnement et à l'alliance.

7. Discussion : vers une psychiatrie légalement ancrée et cliniquement pertinente

7.1 La loi de 2016, entre droit et éthique clinique

Il serait réducteur de présenter la conformité à la loi de 2016 comme une simple contrainte réglementaire. L'obligation légale d'évaluer les déterminants environnementaux et sociaux de santé mentale est, au fond, une obligation éthique antérieure à son inscription dans le droit. Elle répond à la question philosophique que Borrell-Carrió et al. (2004) ont posée il y a deux décennies : peut-on prétendre soigner un être humain sans tenir compte de la totalité de son contexte de vie ?

La réponse du modèle BPS-E est négative, et elle précède la loi de 2016 dans son fondement théorique. Engel (1977), Bronfenbrenner (1986) et Sen (1999) avaient déjà fourni les bases conceptuelles d'une évaluation globale. La loi de 2016 n'a fait que transcrire dans le droit positif ce que la clinique contemporaine exigeait depuis longtemps. Le modèle BPS-E se trouve ainsi à l'intersection de l'obligation légale et de l'exigence éthique.





7.2 Limites de l'outil et perspectives

Plusieurs limites de la démarche présentée doivent être explicitement reconnues. Premièrement, le QBE-150 n'a pas encore fait l'objet d'une validation psychométrique formelle, ce qui implique que les seuils d'interprétation tricolores reposent sur une expertise clinique et non sur des données normatives empiriques. Cette validation est en cours de planification dans le cadre du programme de recherche BPS-E (Paris et al., 2026).

Deuxièmement, la loi de 2016, si elle reconnaît les déterminants de santé, ne spécifie pas d'outil d'évaluation particulier ni de seuil de conformité documentaire opposable. Le QBE-150 propose donc une opérationnalisation de l'esprit de la loi plutôt que de sa lettre stricte. Troisièmement, l'auto-administration suppose un niveau d'alphabétisation et une capacité de concentration minimaux, qui peuvent faire défaut dans certaines populations cliniques (troubles cognitifs sévères, patients psychotiques aigus, analphabétisme fonctionnel).

Ces limites n'invalident pas la démarche, mais appellent à la prudence dans l'application systématique. Une version abrégée du QBE-150 (30 à 40 items couvrant les quatre dimensions) est en cours de développement pour les contextes où l'administration complète n'est pas réalisable.

7.3 Implications pour la formation des psychiatres

La méconnaissance quasi-générale de la loi de 2016 parmi les cliniciens psychiatres traduit un déficit de formation aux déterminants légaux et éthiques de la pratique clinique. Les facultés de médecine n'intègrent pas, dans le cursus des internes en psychiatrie, une formation aux obligations légales issues des lois de santé publique. Le modèle BPS-E peut jouer ici un rôle pédagogique en rendant concrètes et opérationnelles des obligations qui demeurent abstraites dans les textes juridiques.

8. Conclusion

La loi du 26 janvier 2016 de modernisation du système de santé n'a pas seulement réformé le tiers payant ou la politique vaccinale : elle a introduit en droit français une obligation implicite d'évaluation globale de la santé mentale, intégrant les déterminants biologiques, psychologiques, comportementaux, sociaux et environnementaux. Cette obligation, méconnue de la plupart des cliniciens, représente néanmoins un engagement fort de l'État français en faveur d'une psychiatrie intégrative.

Le modèle BPS-E et son instrument clinique principal, le QBE-150, offrent une réponse opérationnelle, structurée et temporellement réaliste à cette obligation légale. En couvrant l'intégralité des déterminants reconnus par la loi à travers ses quatre dimensions (biologique, psychologique, nutritionnelle/mode de vie, écologique/sociale), en permettant une auto-administration préalable qui libère le temps de consultation, et en générant une documentation chiffrée légalement traçable, le modèle BPS-E permet au clinicien de remplir ses obligations légales sans compromettre la qualité de la relation thérapeutique.

La conformité légale et la pertinence clinique ne s'opposent pas : le modèle BPS-E démontre qu'elles peuvent, et doivent, se renforcer mutuellement. C'est dans cet esprit que s'inscrit l'ensemble du programme de recherche BPS-E : construire les outils qui permettent à la clinique d'honorer simultanément ses obligations légales, éthiques et thérapeutiques.

 

En accord avec la devise du modèle BPS-E : « évaluer pour comprendre, comprendre pour agir, agir en cohérence avec la complexité de la personne ».

 

Conflits d'intérêts : L'auteur déclare avoir exercé des fonctions de Directeur Général de Otsuka Pharmaceutical France. Ses recommandations thérapeutiques actuelles sont fondées exclusivement sur les données de la littérature scientifique et les recommandations de la Haute Autorité de Santé. Aucun financement externe. Contribution : Dr. Claude Jean Paris — conception, développement et rédaction.

 

Références bibliographiques

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Borrell-Carrió, F., Suchman, A. L., & Epstein, R. M. (2004). The biopsychosocial model 25 years later: Principles, practice, and scientific inquiry. Annals of Family Medicine, 2(6), 576–582.

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Jacka, F. N., O'Neil, A., Opie, R., Itsiopoulos, C., Cotton, S., Mohebbi, M., & Berk, M. (2017). A randomised controlled trial of dietary improvement for adults with major depression (the 'SMILES' trial). BMC Medicine, 15(1), 23.

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