ARTICLE SCIENTIFIQUE
0253
Le rôle de la sérotonine dans les maladies mentales et dans la dépression
Des
origines évolutives du système sérotoninergique à la controverse contemporaine
sur l'hypothèse monoaminergique : une lecture biopsychosociale-écologique
(BPS-E)
Dr.
Claude Jean Paris
Psychiatre et
Pédopsychiatre, Boulogne-Billancourt
Paris
et al., 2026 | Revue narrative et perspective clinique BPS-E — Version 1.0
RÉSUMÉ
Contexte. Le rôle du neurotransmetteur
sérotonine (5-hydroxytryptamine, 5-HT) dans la genèse de la dépression et
d'autres troubles mentaux constitue depuis plus de cinquante ans l'un des
piliers explicatifs de la psychiatrie biologique, tout en faisant l'objet, depuis
la publication de la revue-parapluie de Moncrieff et al. (2022), d'une remise
en question scientifique majeure et largement médiatisée.
Objectif. Présenter de façon actualisée et
nuancée l'état des connaissances sur la physiologie du système
sérotoninergique, son implication documentée dans la dépression, l'anxiété, les
troubles obsessionnels-compulsifs, l'impulsivité et les conduites suicidaires,
ainsi que les limites de « l'hypothèse sérotoninergique » simple, en les
articulant au modèle biopsychosocial-écologique (BPS-E, Paris et al., 2026).
Méthode. Revue narrative de la littérature
princeps et contemporaine (neurosciences fondamentales, pharmacologie,
génétique, épidémiologie, essais cliniques), mise en perspective critique de la
controverse Moncrieff et al. (2022) versus ses réfutations, et lecture
transversale selon les quatre dimensions du modèle BPS-E.
Résultats et discussion. La sérotonine n'est ni un simple «
neurotransmetteur du bonheur » ni une variable causale isolée de la dépression
: elle constitue un modulateur transversal de la plasticité neuronale, de la
régulation émotionnelle, du stress, du sommeil, de l'appétit et de la cognition
sociale, dont le dysfonctionnement s'inscrit dans un système multifactoriel où
interagissent vulnérabilité génétique, stress précoce, inflammation, microbiote
intestinal et environnement psychosocial. Le modèle BPS-E offre un cadre intégrateur
permettant de dépasser l'opposition stérile entre réductionnisme biochimique et
déni de toute base biologique.
Conclusion. Une compréhension contemporaine et
responsable du rôle de la sérotonine implique de renoncer à la métaphore du «
déséquilibre chimique » sans pour autant nier la pertinence clinique des
traitements sérotoninergiques, dont l'efficacité repose sur des mécanismes plus
complexes que la simple correction d'un déficit.
Mots-clés : sérotonine
; 5-HT ; dépression ; hypothèse monoaminergique ; ISRS ; modèle BPS-E ;
neuroplasticité ; axe intestin-cerveau ; génétique ; suicidalité.
1. Introduction
: une molécule, un mythe, une controverse
Peu de molécules biologiques ont
acquis, dans l'imaginaire collectif contemporain, un statut aussi ambivalent
que la sérotonine. Présentée depuis les années 1990 dans les médias, la
publicité pharmaceutique et une partie de la vulgarisation scientifique comme «
l'hormone du bonheur », elle est devenue le symbole grand public d'une
explication biochimique simple de la dépression : un cerveau triste serait un
cerveau en manque de sérotonine, et restaurer ce déficit suffirait à restaurer
l'humeur. Cette narration, séduisante par sa simplicité et utile sur le plan de
la déstigmatisation — présenter la dépression comme une maladie du corps au
même titre que le diabète —, s'est révélée scientifiquement plus fragile que ne
le laissait supposer son succès culturel.
La publication en 2022, dans la
revue Molecular Psychiatry, de la revue-parapluie de Joanna Moncrieff et
collègues, intitulée « The serotonin theory of depression : a systematic
umbrella review of the evidence » (Moncrieff et al., 2022), a cristallisé un
débat que la communauté scientifique connaissait de longue date mais que le
grand public découvrait avec stupeur. Les auteurs y concluaient à l'absence de
preuves cohérentes d'une association entre dépression et diminution de
l'activité ou de la concentration sérotoninergique. Cette publication,
abondamment relayée, a suscité à la fois un mouvement de validation — de
nombreux chercheurs reconnaissant que l'hypothèse sérotoninergique simple était
scientifiquement obsolète depuis plusieurs décennies — et une vague de
critiques méthodologiques sérieuses, notamment de la part de Jauhar, Cowen et
Browning (2023) ainsi que de Möller et Falkai (2023).
Le présent article se propose de
faire le point, de façon aussi équilibrée que possible, sur ce que l'on sait
aujourd'hui du rôle de la sérotonine dans le fonctionnement cérébral normal et
pathologique, sur les données réelles concernant son implication dans la
dépression et d'autres troubles mentaux, et sur les limites de toute causalité
linéaire simple. Cette mise au point est ensuite articulée au modèle
biopsychosocial-écologique (BPS-E, Paris et al., 2026), qui offre un cadre
permettant de resituer la sérotonine non comme cause unique mais comme l'un des
multiples médiateurs biologiques d'un système en interaction constante avec les
dimensions psychologique, nutritionnelle/mode de vie et écologique/sociale de
la personne.
|
Enjeu clinique La façon dont un praticien explique à son patient le rôle de
la sérotonine n'est pas neutre : elle façonne les représentations de la
maladie, l'adhésion thérapeutique et le sentiment d'agentivité du patient.
Une psychoéducation rigoureuse, ni simpliste ni nihiliste, constitue un enjeu
clinique à part entière. |
2. Physiologie
et neurobiologie du système sérotoninergique
2.1. Origine, synthèse et
distribution
La sérotonine
(5-hydroxytryptamine, 5-HT) est une monoamine synthétisée à partir d'un acide
aminé essentiel, le tryptophane, apporté exclusivement par l'alimentation. La
voie de biosynthèse comprend deux étapes enzymatiques : l'hydroxylation du
tryptophane en 5-hydroxytryptophane (5-HTP) par la tryptophane hydroxylase
(TPH), enzyme limitante de la voie, puis la décarboxylation du 5-HTP en
sérotonine par la décarboxylase des acides aminés aromatiques (Jacobsen et al.,
2012). Il existe deux isoformes de la tryptophane hydroxylase : la TPH1,
exprimée majoritairement en périphérie (intestin, glande pinéale, cellules
entérochromaffines), et la TPH2, spécifique du système nerveux central.
Un fait souvent ignoré du grand
public mérite d'être souligné avec insistance : environ 90 à 95 % de la
sérotonine de l'organisme est synthétisée et stockée dans le tube digestif,
principalement par les cellules entérochromaffines de la muqueuse intestinale,
et non dans le cerveau (Gershon, 2013). La sérotonine centrale et la sérotonine
périphérique constituent deux compartiments largement indépendants, la
sérotonine ne traversant pas la barrière hémato-encéphalique. Cette distinction
est essentielle pour éviter toute confusion entre les dosages sanguins ou
salivaires de sérotonine, souvent proposés dans des contextes de médecine non
conventionnelle, et l'activité sérotoninergique cérébrale réelle, qui demeure à
ce jour inaccessible à toute mesure directe et fiable chez le sujet vivant
(Cowen & Browning, 2015).
Dans le système nerveux central,
les corps cellulaires des neurones sérotoninergiques sont regroupés dans les
noyaux du raphé, situés dans le tronc cérébral. Bien que ces neurones ne
représentent qu'une population restreinte — de l'ordre de quelques centaines de
milliers chez l'humain —, leurs projections axonales sont considérables et
diffusent vers la quasi-totalité des structures cérébrales : cortex préfrontal,
système limbique (amygdale, hippocampe), striatum, hypothalamus, cervelet et
moelle épinière (Jacobs & Azmitia, 1992). Cette architecture anatomique en
éventail explique le caractère transversal, et non spécifique, des fonctions
régulées par la sérotonine.
2.2. Les récepteurs
sérotoninergiques : une famille complexe
La complexité fonctionnelle du
système sérotoninergique tient en grande partie à la diversité de ses
récepteurs. On dénombre à ce jour au moins quatorze sous-types de récepteurs
5-HT, regroupés en sept familles (5-HT1 à 5-HT7), dont la plupart sont couplés
à des protéines G, à l'exception du récepteur 5-HT3, canal ionique
ligand-dépendant (Barnes & Sharp, 1999). Cette diversité, loin d'être une
curiosité pharmacologique, explique pourquoi la sérotonine peut exercer des
effets radicalement différents, voire opposés, selon le type cellulaire, la
localisation anatomique et le contexte physiologique.
|
Récepteur |
Localisation principale |
Fonction associée |
Pertinence clinique |
|
5-HT1A |
Raphé (auto-récepteur),
hippocampe, cortex |
Régulation de l'excitabilité
neuronale, anxiété, humeur |
Cible partielle des azapirones
(buspirone), délai d'action des ISRS |
|
5-HT1B/1D |
Terminaisons axonales, vaisseaux
cérébraux |
Modulation de la libération de
neurotransmetteurs, vasoconstriction |
Cible des triptans (migraine) |
|
5-HT2A |
Cortex préfrontal, cortex
sensoriel |
Cognition, perception,
plasticité synaptique |
Cible des antipsychotiques
atypiques et des psychédéliques classiques |
|
5-HT2C |
Plexus choroïde, hypothalamus |
Régulation de l'appétit et du
poids |
Cible de certains
antipsychotiques et antidépresseurs (agomélatine) |
|
5-HT3 |
Area postrema, tractus digestif |
Nausée, vomissement, motricité
digestive |
Cible des antiémétiques
(ondansétron) et de la mirtazapine |
|
5-HT4 |
Hippocampe, tractus digestif |
Mémoire, motricité intestinale |
Cible de recherche pour les
prokinétiques et la cognition |
|
5-HT6/5-HT7 |
Cortex, hippocampe, thalamus |
Cognition, rythmes circadiens,
thermorégulation |
Cible pharmacologique émergente
(cognition, dépression résistante) |
Cette hétérogénéité récepteurielle
a une conséquence clinique directe : parler de « la » sérotonine comme d'une
entité fonctionnelle unique est une simplification excessive. C'est en réalité
tout un système de signalisation, à la fois excitateur et inhibiteur selon les
circuits, qui module simultanément l'humeur, l'anxiété, l'appétit, le sommeil,
la cognition, la douleur et la motricité digestive.
2.3. Le transporteur de la
sérotonine (SERT) et la recapture
Après sa libération synaptique, la
sérotonine est recaptée par un transporteur membranaire spécifique, le SERT
(serotonin transporter, codé par le gène SLC6A4), qui met fin à l'action du
neurotransmetteur en le ramenant dans le neurone présynaptique. C'est
précisément ce transporteur que ciblent les inhibiteurs sélectifs de la
recapture de la sérotonine (ISRS), dont le mécanisme d'action consiste à
bloquer cette recapture pour augmenter la disponibilité synaptique de
sérotonine (Article 0236, Paris et al., 2026).
Un paradoxe pharmacologique bien
documenté mérite d'être rappelé : le blocage du SERT est immédiat, dès la
première prise du traitement, alors que l'effet clinique antidépresseur ne se
manifeste habituellement qu'après deux à quatre semaines de traitement continu.
Ce délai a orienté la recherche vers l'hypothèse dite « de la neuroplasticité
différée », selon laquelle l'effet thérapeutique des ISRS ne résulterait pas
directement de l'augmentation de sérotonine synaptique mais des cascades de
signalisation intracellulaire secondaires qu'elle déclenche à moyen terme,
notamment via le facteur neurotrophique BDNF (brain-derived neurotrophic
factor) et la stimulation de la neurogenèse hippocampique (Duman &
Monteggia, 2006 ; Castrén & Antila, 2017).
3. De
l'hypothèse monoaminergique à sa remise en cause
3.1. Genèse historique de
l'hypothèse (1965-2000)
L'hypothèse selon laquelle la
dépression résulterait d'un déficit fonctionnel en monoamines (sérotonine,
noradrénaline, dans une moindre mesure dopamine) trouve son origine dans des
observations pharmacologiques fortuites des années 1950-1960 : la réserpine,
antihypertenseur déplétant les stocks vésiculaires de monoamines, induisait des
états dépressifs chez certains patients, tandis que les premiers
antidépresseurs tricycliques et les inhibiteurs de la monoamine oxydase (IMAO),
découverts empiriquement, augmentaient la disponibilité synaptique des
monoamines. De ces observations est née, avec Schildkraut (1965) pour la
noradrénaline puis diverses formulations pour la sérotonine, l'hypothèse
monoaminergique de la dépression.
Cette hypothèse a connu son apogée
de diffusion publique dans les années 1990, portée notamment par le succès
commercial du premier ISRS largement commercialisé, la fluoxétine, et par une
communication grand public qui simplifiait considérablement la nuance
scientifique déjà présente dans la littérature spécialisée de l'époque. Il
importe de souligner que, dès les années 1990-2000, une partie significative de
la communauté des neurosciences psychiatriques avait déjà pris ses distances
avec la version la plus simple de l'hypothèse — le « déficit chimique »
linéaire —, sans que cette nuance ne parvienne systématiquement jusqu'au
discours de vulgarisation ni, parfois, jusqu'au discours médical de routine
(Healy, 2015).
3.2. La revue-parapluie de
Moncrieff et al. (2022)
La revue-parapluie publiée par
Joanna Moncrieff, professeure de psychiatrie critique et sociale à l'University
College London, et ses collègues (Moncrieff et al., 2022) a synthétisé les
revues systématiques et méta-analyses existantes sur six axes de recherche :
les concentrations de sérotonine et de son métabolite l'acide
5-hydroxyindolacétique (5-HIAA) dans les fluides biologiques ; la liaison au
récepteur 5-HT1A ; les niveaux du transporteur SERT mesurés en imagerie ou
post-mortem ; les études de déplétion aiguë en tryptophane ; les associations
génétiques du gène SERT (variant 5-HTTLPR) ; et les interactions
gène-environnement impliquant ce même variant.
Les auteurs concluaient à
l'absence de preuve cohérente d'une association entre dépression et diminution
de la concentration ou de l'activité sérotoninergique, et notaient en
particulier que les grandes études de réplication n'avaient pas confirmé l'association
initialement rapportée entre le variant court du gène 5-HTTLPR, le stress de
vie et le risque dépressif — association popularisée par l'étude princeps de
Caspi et al. (2003) mais que des méta-analyses ultérieures de plus grande
puissance (Culverhouse et al., 2018) n'ont pas retrouvée de façon robuste.
3.3. Les critiques méthodologiques
de la revue-parapluie
La publication de Moncrieff et al.
(2022) a immédiatement suscité des réponses critiques argumentées. Jauhar,
Cowen et Browning (2023), dans une lettre publiée dans la même revue, ont
souligné que l'absence de preuve d'un déficit sérotoninergique statique ne
réfute pas le rôle fonctionnel de la sérotonine dans la régulation de l'humeur,
qui peut s'exercer par des mécanismes dynamiques — modulation de la réactivité
au stress, de la plasticité synaptique, du traitement des biais cognitifs
émotionnels — sans nécessiter de différence de concentration basale mesurable
entre sujets déprimés et sujets sains.
Möller et Falkai (2023) ont pour
leur part rappelé que l'hypothèse sérotoninergique « simple » (déficit statique
égale dépression) était déjà considérée comme obsolète par la majorité des
chercheurs depuis les années 1990-2000, ayant été remplacée par des modèles
neurobiologiques plus complexes intégrant la neuroplasticité, l'axe
hypothalamo-hypophyso-surrénalien, l'inflammation et la connectivité des
réseaux cérébraux à grande échelle. Selon ces auteurs, la revue-parapluie
aurait ainsi en partie « réfuté un homme de paille » scientifique déjà
abandonné par la recherche de pointe, tout en ayant le mérite de mettre en
lumière l'écart persistant entre ce savoir spécialisé et le discours grand
public ou certaines pratiques de prescription.
Rihmer et al. (2022), dans une
réponse spécifiquement centrée sur la clinique, ont insisté sur l'hétérogénéité
de la dépression : loin d'être une entité unique, elle regrouperait des
sous-groupes cliniques et biologiques distincts, dont un sous-groupe — caractérisé
par une anxiété marquée, une agitation, une impulsivité et un risque suicidaire
élevé — pour lequel le dysfonctionnement sérotoninergique demeure, selon ces
auteurs, un facteur pertinent et documenté par des données convergentes de
neuro-imagerie et d'études post-mortem chez les sujets décédés par suicide.
|
Position de synthèse L'état actuel de la littérature ne permet ni d'affirmer que «
la dépression est causée par un manque de sérotonine », ni de conclure que la
sérotonine est sans pertinence dans la physiopathologie dépressive. La
formulation scientifiquement défendable est intermédiaire : le système
sérotoninergique constitue l'un des multiples médiateurs biologiques
impliqués dans la régulation de l'humeur, dont le dysfonctionnement, chez
certains sous-groupes de patients, participe à un tableau multifactoriel sans
en constituer la cause unique ni nécessaire. |
3.4. Repères chronologiques
Le tableau suivant retrace les
principales étapes ayant jalonné la construction, puis la remise en question
progressive, de l'hypothèse sérotoninergique de la dépression, offrant un
repère historique utile pour comprendre pourquoi la controverse de 2022 a eu un
tel retentissement alors même que ses fondements scientifiques n'étaient pas
inédits.
|
Période |
Étape |
Portée scientifique |
|
1950-1960 |
Observations fortuites
(réserpine, IMAO, tricycliques) |
Naissance empirique de
l'hypothèse monoaminergique |
|
1965 |
Formulation de Schildkraut
(hypothèse catécholaminergique) |
Première théorisation, centrée
initialement sur la noradrénaline |
|
1969-1975 |
Extension à la sérotonine
(Coppen, van Praag) |
Hypothèse sérotoninergique
spécifique de la dépression |
|
1987 |
Mise sur le marché de la
fluoxétine (Prozac) |
Diffusion clinique et culturelle
massive de l'hypothèse simplifiée |
|
1990-2000 |
Modèles neurobiologiques
complexes (plasticité, HPA, inflammation) |
Dépassement scientifique
progressif de l'hypothèse simple dans la littérature spécialisée |
|
2003 |
Étude Caspi et al. sur le gène
5-HTTLPR et le stress |
Popularisation du paradigme
gène-environnement |
|
2006 |
Modèle neurotrophique de Duman
& Monteggia |
Déplacement de l'explication
vers la plasticité synaptique différée |
|
2018 |
Méta-analyse de réplication
Culverhouse et al. |
Non-réplication de l'interaction
5-HTTLPR × stress |
|
2022 |
Revue-parapluie de Moncrieff et
al. |
Synthèse critique globale, large
retentissement médiatique |
|
2023 |
Réponses critiques (Jauhar et
al. ; Möller & Falkai ; Rihmer et al.) |
Nuance et contextualisation de
la portée de la revue-parapluie |
3.5. Pharmacogénétique et
variabilité de la réponse individuelle
Au-delà de la question causale, un
champ de recherche distinct — et parfois confondu à tort avec elle dans le
débat public — concerne la pharmacogénétique de la réponse aux traitements
sérotoninergiques, c'est-à-dire l'étude de la variabilité inter-individuelle de
l'efficacité et de la tolérance des ISRS en fonction du profil génétique du
patient. Le polymorphisme du gène SLC6A4 (variant long/court du promoteur
5-HTTLPR) a ainsi été étudié comme facteur prédictif de la réponse
thérapeutique, avec des résultats montrant une association modeste entre le
génotype long homozygote et une meilleure réponse aux ISRS chez les populations
caucasiennes, non répliquée de façon consistante dans les populations
est-asiatiques (Porcelli et al., 2012).
Les polymorphismes des enzymes du
cytochrome P450 (CYP2D6, CYP2C19), impliquées dans le métabolisme hépatique de
la majorité des ISRS, constituent un déterminant pharmacocinétique mieux établi
et cliniquement plus actionnable que la pharmacogénétique du système
sérotoninergique lui-même : un statut de métaboliseur lent expose à un
surdosage relatif à posologie standard, tandis qu'un statut de métaboliseur
ultra-rapide peut se traduire par une réponse clinique insuffisante (Hicks et
al., 2015). Ces tests pharmacogénétiques, bien que non systématiques en
pratique courante en France, peuvent être discutés en cas d'échecs
thérapeutiques répétés ou d'effets indésirables atypiques, conformément aux
recommandations du Groupe de Pharmacogénétique Clinique de la Société Française
de Pharmacologie et de Thérapeutique.
3.6. Les classes pharmacologiques
ciblant le système sérotoninergique
Au-delà des ISRS, plusieurs
classes pharmacologiques modulent le système sérotoninergique par des
mécanismes distincts, dont la connaissance éclaire la diversité des stratégies
thérapeutiques disponibles en pratique clinique et les choix de seconde intention
en cas de résistance ou d'intolérance.
|
Classe |
Mécanisme principal |
Exemples (DCI) |
Particularité clinique |
|
ISRS |
Inhibition sélective du
transporteur SERT |
Fluoxétine, sertraline,
escitalopram, paroxétine |
Première intention ; profil de
tolérance globalement favorable |
|
IRSNa |
Inhibition mixte SERT et
transporteur noradrénergique |
Venlafaxine, duloxétine |
Intérêt dans les douleurs
chroniques associées |
|
Antagonistes 5-HT2/agonistes
5-HT1A |
Blocage 5-HT2A/2C, agonisme
partiel 5-HT1A |
Trazodone, vortioxétine |
Effet sédatif (trazodone) ou
pro-cognitif (vortioxétine) |
|
Antagoniste alpha-2 et 5-HT2/3 |
Blocage récepteurs 5-HT2/5-HT3
et alpha-2 adrénergique |
Mirtazapine |
Intérêt sur le sommeil et
l'appétit |
|
Agoniste mélatoninergique /
antagoniste 5-HT2C |
Resynchronisation circadienne,
levée d'inhibition GABA/glutamate |
Agomélatine |
Profil de tolérance sexuelle et
pondérale favorable |
|
IMAO |
Inhibition de la dégradation
enzymatique des monoamines |
Moclobémide (IMAO-A réversible) |
Traitement de recours,
précautions alimentaires et interactions |
Cette diversité pharmacologique
illustre concrètement l'idée que l'action thérapeutique sur le système
sérotoninergique ne se réduit pas à un geste unique de « recharge » d'un
neurotransmetteur déficitaire, mais mobilise des mécanismes récepteur-spécifiques
variés, dont le choix clinique dépend du profil symptomatique du patient
(insomnie, douleur associée, plaintes cognitives, tolérance antérieure) bien davantage
que d'un dosage biologique préalable, qui n'est d'ailleurs pas recommandé en
pratique courante (HAS, 2017).
4. Implications
transnosographiques du système sérotoninergique
Au-delà de la dépression, le
système sérotoninergique est impliqué, à des degrés divers et selon des
mécanismes distincts, dans un large éventail de troubles mentaux. Cette
transversalité illustre la nature systémique de la sérotonine, davantage
modulatrice de processus psychologiques transdiagnostiques — régulation
émotionnelle, contrôle des impulsions, anticipation de la récompense, cognition
sociale — que marqueur spécifique d'une seule catégorie diagnostique.
4.1. Troubles anxieux et trouble
obsessionnel-compulsif
Les ISRS constituent le traitement
pharmacologique de première intention non seulement de la dépression mais
également du trouble anxieux généralisé, du trouble panique, de la phobie
sociale et du trouble obsessionnel-compulsif (TOC), ce dernier nécessitant
classiquement des doses plus élevées et un délai de réponse plus long que dans
la dépression (Fineberg et al., 2020). L'efficacité robuste et relativement
spécifique des molécules sérotoninergiques dans le TOC — contrastant avec
l'efficacité plus limitée des antidépresseurs à mécanisme exclusivement
noradrénergique — constitue l'un des arguments cliniques les plus solides en
faveur d'une implication fonctionnelle du système sérotoninergique dans la
régulation des circuits cortico-striato-thalamo-corticaux impliqués dans les
comportements ritualisés et la vérification compulsive (Stein et al., 2019).
4.2. Impulsivité, agressivité et
conduites suicidaires
Un corpus de recherche ancien et
relativement convergent associe une hypofonction sérotoninergique centrale à
l'impulsivité, à l'agressivité auto ou hétéro-dirigée et au risque de passage à
l'acte suicidaire, indépendamment du diagnostic catégoriel sous-jacent. Les
études post-mortem menées chez des sujets décédés par suicide ont rapporté, de
façon répétée bien que non universelle, une diminution de la concentration en
5-HIAA dans le liquide céphalorachidien et des altérations de la liaison aux
récepteurs 5-HT1A et 5-HT2A dans le cortex préfrontal ventromédian, région
impliquée dans l'inhibition comportementale (Mann, 2003 ; Oquendo et al.,
2014). Ces données ont conduit à formuler l'hypothèse d'un « trait »
sérotoninergique de vulnérabilité au passage à l'acte, relativement indépendant
du diagnostic de dépression lui-même, et davantage corrélé à la dimension
transdiagnostique d'impulsivité-agressivité (Mann & Rizk, 2020).
|
⚠ Point de vigilance clinique Cette association entre hypofonction sérotoninergique et
impulsivité suicidaire ne doit en aucun cas être interprétée comme un outil
de prédiction individuelle du risque suicidaire : il s'agit de données de
groupe, non transposables à l'échelle du patient singulier. L'évaluation du
risque suicidaire demeure avant tout clinique, fondée sur l'entretien direct,
conformément aux recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS, 2020). |
Sur le plan pharmacologique, cette
hypothèse a des implications concrètes : le délai d'action des ISRS, associé à
une possible levée d'inhibition psychomotrice précédant l'amélioration
thymique, justifie la surveillance rapprochée recommandée en début de
traitement, en particulier chez le sujet jeune et chez le patient présentant
des antécédents d'impulsivité. Cette recommandation ne doit toutefois pas
conduire à une réticence excessive à traiter, le bénéfice global des ISRS sur
la réduction du risque suicidaire à moyen terme étant très largement documenté
à l'échelle populationnelle (Ludwig & Marcotte, 2005).
4.3. Troubles du comportement
alimentaire
La sérotonine, via le récepteur
5-HT2C notamment, joue un rôle bien établi dans la régulation de la satiété et
du comportement alimentaire. Des perturbations du système sérotoninergique ont
été documentées dans l'anorexie mentale — avec des données suggérant une
hyperfonction sérotoninergique persistant même après rémission pondérale,
potentiellement à l'origine de l'anxiété et de la rigidité cognitive
caractéristiques du trouble (Kaye et al., 2005) — ainsi que dans la boulimie et
l'hyperphagie boulimique, pour lesquelles la fluoxétine à haute dose bénéficie
d'une indication spécifique validée.
4.4. Trouble bipolaire et
vulnérabilité mixte
Dans le trouble bipolaire, le rôle
de la sérotonine est plus complexe et moins univoque : certains travaux
suggèrent une dysrégulation sérotoninergique commune aux phases dépressives et
à la vulnérabilité au virage maniaque induit par les antidépresseurs
sérotoninergiques chez les patients prédisposés, justifiant la prudence
recommandée dans la prescription d'ISRS en monothérapie hors association à un
thymorégulateur chez les patients à risque bipolaire non stabilisé (HAS, 2015).
4.5. Autres champs d'intérêt
•
Sommeil : la
sérotonine est le précurseur métabolique de la mélatonine (via l'enzyme
N-acétyltransférase pinéale) et module l'architecture du sommeil, en
particulier la latence d'endormissement et la proportion de sommeil paradoxal
(Monti, 2011).
•
Douleur
chronique et fibromyalgie : le rôle mixte sérotonine-noradrénaline explique
l'utilisation des antidépresseurs à double action (IRSNa) dans la douleur
neuropathique et la fibromyalgie.
•
Cognition
sociale et confiance interpersonnelle : des études expérimentales de déplétion
aiguë en tryptophane ont montré une réduction transitoire de la coopération et
de la confiance dans des tâches de jeux économiques, suggérant un rôle de la
sérotonine dans le traitement social des signaux de menace (Crockett et al.,
2010).
•
Trouble du
spectre autistique : environ 25 à 30 % des enfants avec TSA présentent une
hyperserotoninémie sanguine périphérique, dont la signification
physiopathologique demeure débattue et probablement distincte de l'activité
sérotoninergique centrale (Muller et al., 2016).
4.6. Apports et limites de la
neuro-imagerie fonctionnelle
Le développement de traceurs
radioactifs sélectifs des récepteurs et du transporteur sérotoninergiques a
permis, depuis les années 1990, l'étude in vivo du système sérotoninergique par
tomographie par émission de positons (TEP) et tomographie par émission
monophotonique (SPECT). Ces techniques ont mis en évidence, chez certains
groupes de patients déprimés, une réduction de la liaison au récepteur 5-HT1A
dans le cortex préfrontal et le raphé, ainsi que des anomalies de la densité du
transporteur SERT, sans que ces résultats ne fassent l'objet d'une réplication
suffisamment constante pour constituer un biomarqueur diagnostique individuel
utilisable en pratique clinique (Wang et al., 2016).
Ces limites méthodologiques
tiennent à plusieurs facteurs convergents : la variabilité inter-individuelle
importante du signal, la taille souvent restreinte des échantillons étudiés,
l'hétérogénéité clinique des populations incluses (sévérité, chronicité,
comorbidités, traitements antérieurs), et le coût élevé de ces explorations qui
limite leur réalisation à des cohortes de recherche plutôt qu'à la pratique
clinique courante. Le consensus actuel de la communauté des neurosciences
psychiatriques est qu'aucun examen d'imagerie, aussi sophistiqué soit-il, ne
permet à ce jour de poser ou d'infirmer un diagnostic de dépression à l'échelle
individuelle, la démarche diagnostique demeurant exclusivement clinique (Fu et
al., 2013).
4.7. Spécificités chez l'enfant et
l'adolescent
La question sérotoninergique se
pose avec des nuances particulières en pédopsychiatrie. Le système
sérotoninergique connaît une maturation prolongée jusqu'à l'âge adulte jeune,
avec des fenêtres de plasticité développementale au cours desquelles l'exposition
à un stress chronique (maltraitance, négligence, insécurité d'attachement)
pourrait avoir un effet programmateur durable sur la sensibilité ultérieure du
système (Homberg et al., 2010). Cette hypothèse de la « programmation
développementale » s'articule directement avec les travaux de Bowlby sur
l'attachement et invite à une vigilance clinique particulière face aux
situations d'adversité précoce, indépendamment de toute mesure biologique
individuelle.
Sur le plan thérapeutique, la
prescription d'ISRS chez l'enfant et l'adolescent obéit à un cadre
réglementaire et clinique strict en France : seules la fluoxétine (à partir de
8 ans dans le trouble dépressif caractérisé résistant à une prise en charge psychothérapique
bien conduite) et la sertraline (dans le TOC, à partir de 6 ans) disposent
d'une autorisation de mise sur le marché pédiatrique, avec une surveillance
rapprochée du risque de levée d'inhibition et d'idéation suicidaire en début de
traitement, conformément aux alertes de l'Agence Nationale de Sécurité du
Médicament (ANSM, 2006) et aux recommandations de la Haute Autorité de Santé
sur la dépression de l'adolescent (HAS, 2014). La psychothérapie, en
particulier la thérapie cognitivo-comportementale et la thérapie
interpersonnelle adaptée à l'adolescent, demeure le traitement de première
intention des formes légères à modérées, l'association médicamenteuse n'étant
recommandée que pour les formes modérées à sévères ou résistantes.
|
⚠ Vigilance pédopsychiatrique Chez l'enfant et l'adolescent, toute introduction d'un
traitement sérotoninergique impose une surveillance clinique rapprochée
durant les premières semaines, en raison d'un risque documenté, bien que
rare, de majoration transitoire des idées suicidaires en tout début de
traitement, particulièrement chez les sujets présentant une composante
bipolaire non encore identifiée. |
5. Lecture
selon le modèle biopsychosocial-écologique (BPS-E)
Le modèle BPS-E, extension du
modèle biopsychosocial d'Engel (1977) intégrant une quatrième dimension
nutritionnelle, de mode de vie et écologique/sociale (Paris et al., 2026),
constitue un cadre particulièrement pertinent pour resituer la sérotonine sans
réductionnisme ni déni. Plutôt que de traiter le système sérotoninergique comme
une cause biologique isolée, le modèle BPS-E invite à le considérer comme un
carrefour de convergence où s'articulent facteurs biologiques, psychologiques,
nutritionnels et écologiques, chacun capable de moduler l'activité
sérotoninergique et d'être en retour modulé par elle.
5.1. Dimension biologique
|
BPS-E — Dimension Biologique La dimension biologique regroupe la génétique de vulnérabilité
(polymorphismes du gène SLC6A4, variabilité inter-individuelle de la
tryptophane hydroxylase), l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien et son
interaction bidirectionnelle avec le système sérotoninergique, l'inflammation
de bas grade — les cytokines pro-inflammatoires activant l'enzyme indoléamine
2,3-dioxygénase (IDO), qui détourne le tryptophane disponible vers la voie de
la kynurénine au détriment de la synthèse de sérotonine (Miller & Raison,
2016) —, ainsi que les comorbidités somatiques (hypothyroïdie, carences en
vitamine B6 et B9, cofacteurs enzymatiques de la synthèse sérotoninergique).
Cette dimension inclut également la pharmacologie sérotoninergique elle-même
: ISRS, IRSNa, et molécules à mécanisme mixte. |
5.2. Dimension psychologique
|
BPS-E — Dimension Psychologique La dimension psychologique explore l'interaction entre
fonctionnement sérotoninergique et schémas cognitifs, biais attentionnels
vers les stimuli négatifs, ruminations et régulation émotionnelle. Les
modèles contemporains de neurosciences cognitives suggèrent que la sérotonine
module moins l'humeur de façon directe que la sensibilité du système nerveux
au traitement des signaux émotionnels et sociaux menaçants (Cools et al.,
2008 ; Harmer & Cowen, 2013), ce qui expliquerait pourquoi les ISRS
potentialisent également l'effet des psychothérapies structurées (thérapie
cognitivo-comportementale, thérapie interpersonnelle) en réduisant les biais
de traitement de l'information négative, sans se substituer au travail
thérapeutique lui-même. |
5.3. Dimension nutritionnelle et
mode de vie
|
BPS-E — Dimension Nutritionnelle & Mode de Vie Le tryptophane étant un acide aminé essentiel non synthétisé
par l'organisme, la qualité et la régularité de l'apport alimentaire
conditionnent directement la disponibilité du précurseur sérotoninergique.
L'axe intestin-cerveau occupe ici une place centrale : le microbiote
intestinal module la synthèse périphérique de sérotonine par les cellules
entérochromaffines et communique avec le système nerveux central via le nerf
vague, la production d'acides gras à chaîne courte et la modulation
immunitaire (Cryan et al., 2019 ; O'Mahony et al., 2015). L'activité physique
régulière augmente la biodisponibilité cérébrale du tryptophane en réduisant
sa compétition avec les autres acides aminés neutres pour le transport à
travers la barrière hémato-encéphalique, et exerce des effets antidépresseurs
documentés comparables à ceux de la pharmacothérapie dans les formes légères
à modérées (Blumenthal et al., 2007). L'exposition lumineuse, via la
synchronisation circadienne de la voie sérotonine-mélatonine, et le sommeil
constituent deux autres leviers nutritionnels/mode de vie de première
importance. |
5.4. Dimension écologique et
sociale
|
BPS-E — Dimension Écologique & Sociale Le stress social chronique, l'isolement, l'adversité précoce
(maltraitance, négligence) et le statut socio-hiérarchique perçu influencent
directement le fonctionnement sérotoninergique par des mécanismes
d'interaction gène-environnement, illustrés — malgré les limites de
réplication ultérieures — par les travaux princeps de Caspi et al. (2003) sur
le variant 5-HTTLPR. Les études de primatologie comparée ont montré qu'un
statut social subordonné s'accompagne d'une réduction de la liaison aux
récepteurs 5-HT1A centraux, réversible par une amélioration du statut social
(Raleigh et al., 1991), illustrant la plasticité du système sérotoninergique
en réponse à l'environnement social — un argument fort contre toute lecture
strictement déterministe et biologisante de la vulnérabilité dépressive. |
5.5. Tableau de synthèse
intégrative
|
Dimension BPS-E |
Facteurs de vulnérabilité
sérotoninergique |
Leviers d'intervention |
|
Biologique |
Polymorphismes génétiques,
inflammation de bas grade, carences en cofacteurs (B6, B9), comorbidités
endocriniennes |
Pharmacothérapie
sérotoninergique, correction des carences, bilan somatique |
|
Psychologique |
Biais attentionnels négatifs,
ruminations, schémas précoces d'inadaptation, alexithymie |
Psychothérapies structurées
(TCC, thérapie interpersonnelle, thérapie des schémas) |
|
Nutritionnel & mode de vie |
Apport insuffisant en
tryptophane, sédentarité, dysbiose intestinale, exposition lumineuse
insuffisante |
Optimisation alimentaire,
activité physique régulière, luminothérapie, hygiène du sommeil |
|
Écologique & social |
Stress chronique, isolement
social, statut socio-hiérarchique perçu bas, adversité précoce |
Soutien social, intervention
systémique familiale, adressage social si besoin, travail sur l'environnement |
Cette lecture transversale
illustre le principe central du modèle BPS-E : un score biologique altéré (par
exemple, une vulnérabilité génétique au niveau du gène SLC6A4) ne se traduit en
trouble clinique qu'en interaction avec les trois autres dimensions — un
fonctionnement cognitif rigide, une alimentation carencée en précurseurs, un
environnement social hostile ou dépourvu de soutien. C'est cette conjonction,
et non un facteur isolé, qui détermine la trajectoire clinique du sujet (Caspi
& Moffitt, 2006).
6. Vignette
clinique illustrative (cas fictif)
|
⚠ Avertissement La vignette suivante est entièrement fictive et composite.
Toute ressemblance avec un patient réel serait fortuite. Elle a pour seule
finalité d'illustrer, de façon pédagogique, l'application du modèle BPS-E à
la question sérotoninergique. |
Madame R., 34 ans, consulte pour
un épisode dépressif caractérisé d'intensité modérée évoluant depuis quatre
mois, marqué par une anhédonie, des ruminations anxieuses, une hypersomnie
matinale et des grignotages compulsifs de produits sucrés en soirée. Elle
rapporte une enfance marquée par un climat familial critique et peu chaleureux,
et travaille actuellement dans un contexte professionnel qu'elle décrit comme «
épuisant et sans reconnaissance ».
Lecture BPS-E du tableau clinique
: sur le plan biologique, un bilan retrouve une carence légère en vitamine B9,
cofacteur de la synthèse sérotoninergique, et l'anamnèse familiale révèle deux
épisodes dépressifs chez la mère et une tante maternelle, évoquant une
vulnérabilité de terrain sans qu'aucun test génétique individuel ne soit pour
autant indiqué en pratique courante. Sur le plan psychologique, l'entretien
retrouve des schémas précoces d'inadaptation de type abandon et exigences
élevées (Young et al., 2003), avec un style cognitif marqué par l'autocritique
et le catastrophisme. Sur le plan nutritionnel et de mode de vie,
l'alimentation est irrégulière, la lumière naturelle quasi absente en hiver du
fait d'un poste de travail sans fenêtre, et l'activité physique nulle depuis un
an. Sur le plan écologique et social, la charge de travail est jugée excessive,
le soutien hiérarchique perçu comme insuffisant, et le réseau amical s'est
progressivement réduit.
Conduite proposée selon le modèle
BPS-E : introduction d'un ISRS à dose progressive avec réévaluation à quatre
semaines, correction de la carence en vitamine B9, orientation vers une
psychothérapie cognitivo-comportementale ciblant les schémas d'exigences
élevées et d'autocritique, remise en mouvement progressive (marche
quotidienne), recommandation de luminothérapie en période hivernale, et travail
avec la patiente sur la restructuration de son environnement professionnel et
relationnel. Cette approche multimodale, où le traitement sérotoninergique
constitue un levier parmi d'autres et non la seule réponse thérapeutique,
illustre concrètement la logique intégrative du modèle BPS-E.
7. Implications
cliniques et psychoéducation
7.1. Que dire au patient ? Une
psychoéducation responsable
La controverse scientifique
entourant l'hypothèse sérotoninergique ne doit pas conduire le clinicien à un
double écueil : ni maintenir une explication simpliste et scientifiquement
datée (« vous manquez de sérotonine »), ni, à l'inverse, désinvestir toute
explication biologique au risque de renforcer un sentiment de culpabilité ou
d'échec personnel chez un patient qui pourrait interpréter l'absence de cause
biologique comme une preuve que sa souffrance relève d'un manque de volonté. La
formulation recommandée s'appuie sur une explication systémique : le cerveau
dispose de multiples systèmes de régulation de l'humeur, dont le système
sérotoninergique fait partie, et dont le fonctionnement est sensible à la fois
à des facteurs biologiques, aux habitudes de vie, aux pensées et à
l'environnement — chacun de ces leviers pouvant constituer une cible
thérapeutique.
7.2. Répercussions sur l'adhésion
thérapeutique
Une étude qualitative menée auprès
de patients sous ISRS a montré que la représentation d'un « déséquilibre
chimique » corrigé par le traitement était associée, chez certains patients, à
une moindre motivation à s'engager simultanément dans une psychothérapie ou des
changements de mode de vie, sur le mode « le médicament s'en charge » (Deacon
& Baird, 2009). À l'inverse, une explication intégrative de type BPS-E, en
positionnant le traitement pharmacologique comme un levier parmi d'autres,
favoriserait un engagement actif du patient dans l'ensemble des dimensions de
sa prise en charge.
7.3. Ce que la controverse ne
remet pas en cause
Il convient de rappeler avec
fermeté que la remise en cause de l'hypothèse sérotoninergique simple ne remet
nullement en cause l'efficacité clinique démontrée des ISRS dans le traitement
de la dépression modérée à sévère, du trouble anxieux et du TOC, efficacité
établie par de multiples essais contrôlés randomisés et méta-analyses (Cipriani
et al., 2018), indépendamment du mécanisme d'action exact par lequel cette
efficacité s'exerce. La question du « pourquoi cela fonctionne » demeure
ouverte et fait l'objet de recherches actives ; celle du « est-ce que cela
fonctionne » dispose, elle, de réponses statistiquement robustes qu'il serait
erroné d'assimiler à la controverse mécanistique.
|
Message clé Une théorie mécanistique incomplète ou révisée n'invalide pas
l'efficacité clinique empiriquement démontrée d'un traitement. L'histoire de
la médecine regorge d'exemples de traitements efficaces dont le mécanisme
d'action précis n'a été élucidé que des décennies plus tard, voire jamais
totalement (paracétamol, lithium). |
7.4. Synthèse pratique pour le
clinicien de premier recours
Le tableau suivant propose une
synthèse pratique des messages clés à retenir pour la consultation courante,
articulant rigueur scientifique et utilité clinique immédiate.
|
Question du patient |
Réponse scientifiquement
défendable |
|
« Je manque de sérotonine ? » |
On ne peut pas mesurer votre
sérotonine cérébrale, et la recherche montre que ce n'est pas aussi simple
qu'un simple manque. Votre cerveau régule l'humeur via plusieurs systèmes en
interaction avec votre mode de vie, vos pensées et votre environnement. |
|
« Alors pourquoi le traitement
marche ? » |
Les ISRS sont efficaces
cliniquement, c'est solidement démontré. Ils agissent probablement en
favorisant la plasticité du cerveau et sa capacité à se réorganiser, pas
uniquement en "remplissant" un réservoir vide. |
|
« Est-ce que je vais devoir en
prendre à vie ? » |
Cela dépend du nombre
d'épisodes, de leur sévérité et de votre histoire personnelle ; la durée du
traitement se décide avec vous, en réévaluant régulièrement, et ne relève pas
d'une fatalité biologique définitive. |
|
« Est-ce que je peux m'en sortir
sans médicament ? » |
Pour les formes légères à
modérées, la psychothérapie et les changements de mode de vie sont aussi
efficaces en première intention, conformément aux recommandations de la HAS
(2017). |
8. Limites et
perspectives de recherche
Plusieurs limites méthodologiques
structurelles continuent de freiner la recherche sur le rôle exact de la
sérotonine en psychiatrie. Premièrement, l'impossibilité de mesurer directement
et de façon fiable l'activité sérotoninergique synaptique chez le sujet vivant
contraint la recherche à des mesures indirectes (métabolites périphériques,
imagerie des récepteurs, études post-mortem, déplétion pharmacologique), dont
la validité écologique reste discutable. Deuxièmement, l'hétérogénéité clinique
et biologique de la dépression — probablement un syndrome regroupant plusieurs
entités biologiques distinctes plutôt qu'une maladie unique — complique toute
recherche d'association linéaire simple entre un marqueur biologique et un
diagnostic catégoriel large (Fried & Nesse, 2015).
Les perspectives de recherche les
plus prometteuses concernent l'approche par sous-groupes biologiques (biotypes)
de la dépression, associant profils inflammatoires, données de neuro-imagerie
fonctionnelle et signatures génétiques polygéniques, susceptibles de mieux
identifier les patients pour lesquels une hypothèse sérotoninergique reste
pertinente. Le développement des études sur l'axe intestin-cerveau et le
microbiote, ainsi que les travaux émergents sur le rôle possible des
psychédéliques sérotoninergiques classiques (psilocybine) agissant via le
récepteur 5-HT2A dans le traitement de la dépression résistante, constituent
également des axes de recherche actifs (Carhart-Harris et al., 2021), bien que
ces molécules ne bénéficient à ce jour d'aucune autorisation de mise sur le
marché en France et ne sauraient faire l'objet d'une prescription hors cadre
réglementaire et hors essai clinique encadré.
Une limite transversale, moins
souvent discutée, concerne les biais de publication et de financement qui
traversent l'ensemble de ce champ de recherche : les études princeps ayant
établi l'hypothèse sérotoninergique ont majoritairement été financées ou relayées
par l'industrie pharmaceutique dans un contexte de développement commercial des
ISRS, tandis que la revue-parapluie de Moncrieff et al. (2022) émane d'un
courant de psychiatrie critique explicitement engagé dans la remise en question
du modèle biomédical dominant. Cette double contextualisation n'invalide ni
l'une ni l'autre des données produites, mais invite le lecteur, comme le
clinicien, à une lecture critique systématique des sources, de leurs
financements et de leurs présupposés théoriques, conformément aux principes de
l'evidence-based medicine (Sackett et al., 1996).
9. Conclusion
Le rôle de la sérotonine dans les
maladies mentales, et singulièrement dans la dépression, ne se laisse réduire
ni à la formule publicitaire du « déséquilibre chimique » ni au rejet nihiliste
que certaines lectures hâtives de la controverse Moncrieff et al. (2022)
pourraient laisser entendre. Le système sérotoninergique constitue un
modulateur transversal et complexe de la plasticité neuronale, de la régulation
émotionnelle, de la cognition sociale et de la réponse au stress, dont le
dysfonctionnement, chez certains sous-groupes de patients, s'inscrit dans un
système multifactoriel où interagissent vulnérabilité génétique, développement
précoce, inflammation, nutrition, microbiote et environnement psychosocial.
Le modèle BPS-E, en articulant
explicitement les dimensions biologique, psychologique, nutritionnelle/mode de
vie et écologique/sociale, offre au clinicien un cadre permettant de restituer
à la sérotonine sa juste place : ni cause unique, ni artefact sans pertinence,
mais l'un des multiples médiateurs biologiques d'une souffrance psychique dont
la compréhension et le traitement exigent une approche intégrée de la personne
dans sa globalité.
En accord avec la devise du modèle BPS-E : « évaluer pour
comprendre, comprendre pour agir, agir en cohérence avec la complexité de la
personne ».
Conflits
d'intérêts : L'auteur déclare ne pas avoir de
liens d'intérêts. Financement : aucun financement externe. Contribution : Dr.
Claude Jean Paris — conception, revue de la littérature et rédaction.
Références bibliographiques
Barnes, N. M., & Sharp, T.
(1999). A review of central 5-HT receptors and their function.
Neuropharmacology, 38(8), 1083-1152.
https://doi.org/10.1016/S0028-3908(99)00010-6
Blumenthal, J. A., Babyak, M. A.,
Doraiswamy, P. M., Watkins, L., Hoffman, B. M., Barbour, K. A., … &
Sherwood, A. (2007). Exercise and pharmacotherapy in the treatment of major
depressive disorder. Psychosomatic Medicine, 69(7), 587-596.
Carhart-Harris, R. L., Giribaldi,
B., Watts, R., Baker-Jones, M., Murphy-Beiner, A., Murphy, R., … & Nutt, D.
J. (2021). Trial of psilocybin versus escitalopram for depression. New England
Journal of Medicine, 384(15), 1402-1411. https://doi.org/10.1056/NEJMoa2032994
Caspi, A., & Moffitt, T. E.
(2006). Gene-environment interactions in psychiatry: Joining forces with
neuroscience. Nature Reviews Neuroscience, 7(7), 583-590.
Caspi, A., Sugden, K., Moffitt, T.
E., Taylor, A., Craig, I. W., Harrington, H., … & Poulton, R. (2003).
Influence of life stress on depression: Moderation by a polymorphism in the
5-HTT gene. Science, 301(5631), 386-389.
https://doi.org/10.1126/science.1083968
Castrén, E., & Antila, H.
(2017). Neuronal plasticity and neurotrophic factors in drug responses.
Molecular Psychiatry, 22(8), 1085-1095. https://doi.org/10.1038/mp.2017.61
Cipriani, A., Furukawa, T. A.,
Salanti, G., Chaimani, A., Atkinson, L. Z., Ogawa, Y., … & Geddes, J. R.
(2018). Comparative efficacy and acceptability of 21 antidepressant drugs for
the acute treatment of adults with major depressive disorder: A systematic
review and network meta-analysis. The Lancet, 391(10128), 1357-1366.
https://doi.org/10.1016/S0140-6736(17)32802-7
Cools, R., Roberts, A. C., &
Robbins, T. W. (2008). Serotoninergic regulation of emotional and behavioural
control processes. Trends in Cognitive Sciences, 12(1), 31-40.
Cowen, P. J., & Browning, M.
(2015). What has serotonin to do with depression? World Psychiatry, 14(2),
158-160. https://doi.org/10.1002/wps.20229
Crockett, M. J., Clark, L.,
Hauser, M. D., & Robbins, T. W. (2010). Serotonin selectively influences
moral judgment and behavior through effects on harm aversion. Proceedings of
the National Academy of Sciences, 107(40), 17433-17438.
Cryan, J. F., O'Riordan, K. J.,
Cowan, C. S. M., Sandhu, K. V., Bastiaanssen, T. F. S., Boehme, M., … &
Dinan, T. G. (2019). The microbiota-gut-brain axis. Physiological Reviews,
99(4), 1877-2013. https://doi.org/10.1152/physrev.00018.2018
Culverhouse, R. C., Saccone, N.
L., Horton, A. C., Ma, Y., Anstey, K. J., Banaschewski, T., … & Bierut, L.
J. (2018). Collaborative meta-analysis finds no evidence of a strong
interaction between stress and 5-HTTLPR genotype contributing to the development
of depression. Molecular Psychiatry, 23(1), 133-142.
https://doi.org/10.1038/mp.2017.44
Deacon, B. J., & Baird, G. L.
(2009). The chemical imbalance explanation of depression: Reducing blame at
what cost? Journal of Social and Clinical Psychology, 28(4), 415-435.
Duman, R. S., & Monteggia, L.
M. (2006). A neurotrophic model for stress-related mood disorders. Biological
Psychiatry, 59(12), 1116-1127. https://doi.org/10.1016/j.biopsych.2006.02.013
Engel, G. L. (1977). The need for
a new medical model: A challenge for biomedicine. Science, 196(4286), 129-136.
https://doi.org/10.1126/science.847460
Fineberg, N. A., Hollander, E.,
Pallanti, S., Walitza, S., Grünblatt, E., Dell'Osso, B. M., … & Zohar, J.
(2020). Clinical advances in obsessive-compulsive disorder: A position
statement by the International College of Obsessive-Compulsive Spectrum
Disorders. International Clinical Psychopharmacology, 35(4), 173-193.
Fried, E. I., & Nesse, R. M.
(2015). Depression is not a consistent syndrome: An investigation of unique
symptom patterns in the STAR*D study. Journal of Affective Disorders, 172,
96-102.
Agence Nationale de Sécurité du
Médicament (ANSM). (2006). Antidépresseurs et risque suicidaire chez l'enfant
et l'adolescent : mise en garde. Saint-Denis : ANSM.
Gershon, M. D. (2013).
5-Hydroxytryptamine (serotonin) in the gastrointestinal tract. Current Opinion
in Endocrinology, Diabetes and Obesity, 20(1), 14-21.
https://doi.org/10.1097/MED.0b013e32835bc703
Harmer, C. J., & Cowen, P. J.
(2013). 'It's the way that you look at it' — a cognitive neuropsychological
account of SSRI action in depression. Philosophical Transactions of the Royal
Society B, 368(1615), 20120407.
Haute Autorité de Santé (HAS).
(2014). Manifestations dépressives à l'adolescence : repérage, diagnostic et
prise en charge en soins de premier recours. Recommandation de bonne pratique.
Saint-Denis : HAS.
Haute Autorité de Santé (HAS).
(2015). Trouble bipolaire : repérage et diagnostic en premier recours.
Recommandation de bonne pratique. Saint-Denis : HAS.
Haute Autorité de Santé (HAS).
(2017). Épisode dépressif caractérisé de l'adulte : prise en charge en soins de
premier recours. Recommandation de bonne pratique. Saint-Denis : HAS.
Haute Autorité de Santé (HAS).
(2020). Comment améliorer le repérage et la prise en charge du risque
suicidaire ? Fiche mémo. Saint-Denis : HAS.
Healy, D. (2015). Serotonin and
depression. BMJ, 350, h1771. https://doi.org/10.1136/bmj.h1771
Hicks, J. K., Bishop, J. R.,
Sangkuhl, K., Müller, D. J., Ji, Y., Leckband, S. G., … & Gaedigk, A.
(2015). Clinical Pharmacogenetics Implementation Consortium (CPIC) guideline
for CYP2D6 and CYP2C19 genotypes and dosing of selective serotonin reuptake
inhibitors. Clinical Pharmacology & Therapeutics, 98(2), 127-134.
Homberg, J. R., Schubert, D.,
& Gaspar, P. (2010). New perspectives on the neurodevelopmental effects of
SSRIs. Trends in Pharmacological Sciences, 31(2), 60-65.
Jacobs, B. L., & Azmitia, E.
C. (1992). Structure and function of the brain serotonin system. Physiological
Reviews, 72(1), 165-229.
Jacobsen, J. P., Medvedev, I. O.,
& Caron, M. G. (2012). The 5-HT deficiency theory of depression:
Perspectives from a naturalistic 5-HT deficiency model, the tryptophan
hydroxylase 2Arg439His knock-in mouse. Philosophical Transactions of the Royal
Society B, 367(1601), 2444-2459.
Jauhar, S., Cowen, P. J., &
Browning, M. (2023). Fifty years on: Serotonin and depression. Journal of
Psychopharmacology, 37(3), 237-241. https://doi.org/10.1177/02698811231161813
Kaye, W. H., Fudge, J. L., &
Paulus, M. (2005). New insights into symptoms and neurocircuit function of
anorexia nervosa. Nature Reviews Neuroscience, 10(8), 573-584.
Ludwig, J., & Marcotte, D. E.
(2005). Antidepressants, suicide, and drug regulation. Journal of Policy
Analysis and Management, 24(2), 249-272.
Mann, J. J. (2003). Neurobiology
of suicidal behaviour. Nature Reviews Neuroscience, 4(10), 819-828.
https://doi.org/10.1038/nrn1220
Mann, J. J., & Rizk, M. M.
(2020). A brain-centric model of suicidal behavior. American Journal of
Psychiatry, 177(10), 902-916.
Miller, A. H., & Raison, C. L.
(2016). The role of inflammation in depression: From evolutionary imperative to
modern treatment target. Nature Reviews Immunology, 16(1), 22-34.
https://doi.org/10.1038/nri.2015.5
Moncrieff, J., Cooper, R. E.,
Stockmann, T., Amendola, S., Hengartner, M. P., & Horowitz, M. A. (2022).
The serotonin theory of depression: A systematic umbrella review of the
evidence. Molecular Psychiatry, 28, 3243-3256.
https://doi.org/10.1038/s41380-022-01661-0
Möller, H.-J., & Falkai, P.
(2023). Is the serotonin hypothesis/theory of depression still relevant?
Methodological reflections motivated by a recently published umbrella review.
European Archives of Psychiatry and Clinical Neuroscience, 273(1), 1-3.
https://doi.org/10.1007/s00406-022-01549-8
Monti, J. M. (2011). Serotonin
control of sleep-wake behavior. Sleep Medicine Reviews, 15(4), 269-281.
Muller, C. L., Anacker, A. M. J.,
& Veenstra-VanderWeele, J. (2016). The serotonin system in autism spectrum
disorder: From biomarker to animal models. Neuroscience, 321, 24-41.
O'Mahony, S. M., Clarke, G.,
Borre, Y. E., Dinan, T. G., & Cryan, J. F. (2015). Serotonin, tryptophan
metabolism and the brain-gut-microbiome axis. Behavioural Brain Research, 277,
32-48. https://doi.org/10.1016/j.bbr.2014.07.027
Oquendo, M. A., Sullivan, G. M.,
Sudol, K., Baca-Garcia, E., Stanley, B. H., Sublette, M. E., & Mann, J. J.
(2014). Toward a biosignature for suicide. American Journal of Psychiatry,
171(12), 1259-1277.
Paris, C. J., &
Collaborateurs. (2026). Le modèle biopsychosocial-écologique (BPS-E) :
fondements théoriques et applications cliniques. Document de travail clinique.
Boulogne-Billancourt.
Porcelli, S., Fabbri, C., &
Serretti, A. (2012). Meta-analysis of serotonin transporter gene promoter
polymorphism (5-HTTLPR) association with antidepressant efficacy. European
Neuropsychopharmacology, 22(4), 239-258.
Raleigh, M. J., McGuire, M. T.,
Brammer, G. L., Pollack, D. B., & Yuwiler, A. (1991). Serotonergic
mechanisms promote dominance acquisition in adult male vervet monkeys. Brain
Research, 559(2), 181-190.
Rihmer, Z., Gonda, X., & Dome,
P. (2022). Serotonin and depression — a riposte to Moncrieff et al. (2022).
Neuropsychopharmacologia Hungarica, 24(3), 122-127.
Sackett, D. L., Rosenberg, W. M.,
Gray, J. A., Haynes, R. B., & Richardson, W. S. (1996). Evidence based
medicine: What it is and what it isn't. BMJ, 312(7023), 71-72.
Schildkraut, J. J. (1965). The
catecholamine hypothesis of affective disorders: A review of supporting
evidence. American Journal of Psychiatry, 122(5), 509-522.
Stein, D. J., Costa, D. L. C.,
Lochner, C., Miguel, E. C., Reddy, Y. C. J., Shavitt, R. G., … & Simpson,
H. B. (2019). Obsessive-compulsive disorder. Nature Reviews Disease Primers,
5(1), 52. https://doi.org/10.1038/s41572-019-0102-3
Wang, L., Zhou, C., Zhu, D., Wang,
X., Fang, L., Zhong, J., … & Fang, X. (2016). Serotonin-1A receptor
alterations in depression: A meta-analysis of molecular imaging studies. BMC
Psychiatry, 16, 319.
Fu, C. H., Steiner, H., &
Costafreda, S. G. (2013). Predictive neural biomarkers of clinical response in
depression: A meta-analysis of functional and structural neuroimaging studies
of pharmacological and psychological therapies. Neurobiology of Disease, 52,
75-83.
Young, J. E., Klosko, J. S., &
Weishaar, M. E. (2003). Schema therapy: A practitioner's guide. Guilford Press.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire