0306 Les formes galéniques du méthylphénidate dans le trouble
déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH)
Pharmacocinétique comparée, effets subjectifs, tolérance et
surveillance clinique — Ritaline, Medikinet, Quasym LP, Concerta LP, et
alternatives amphétaminiques (Tentin, Xurta)
Revue narrative comparative destinée à la pratique clinique en
médecine générale, pédopsychiatrie et psychiatrie
Dr. Claude Jean Paris
Psychiatre et Pédopsychiatre,
Boulogne-Billancourt
Paris
et al., 2026 | Revue pharmacologique — Version 1.0
RÉSUMÉ
Contexte. Le méthylphénidate demeure le traitement pharmacologique
de première intention du trouble déficit de l'attention avec ou sans
hyperactivité (TDAH) en France. Il est commercialisé sous de multiples
spécialités dont les profils de libération, de durée d'action et de tolérance
diffèrent sensiblement, ce qui complique le choix de la forme galénique en
pratique courante.
Objectif. Comparer, à partir des sources réglementaires françaises
et de la littérature pharmacologique, les caractéristiques pharmacocinétiques,
les effets subjectifs, le profil d'effets indésirables et les modalités de
surveillance des différentes spécialités de méthylphénidate disponibles en
France (Ritaline, Ritaline LP, Medikinet, Quasym LP, Concerta LP), et les
situer par rapport aux alternatives amphétaminiques indiquées en seconde
intention (dexamfétamine — Tentin° ; lisdexamfétamine — Xurta°).
Méthode. Synthèse narrative non systématique fondée sur les
résumés des caractéristiques du produit (RCP) de l'Agence nationale de sécurité
du médicament et des produits de santé (ANSM), les avis de la Commission de la
Transparence de la Haute Autorité de Santé (HAS), les publications de la revue
indépendante Prescrire, et la littérature pharmacologique internationale
indexée.
Résultats et discussion. Les formes à libération prolongée (LP) du
méthylphénidate se distinguent par la proportion de principe actif à libération
immédiate (LI) versus retardée — de 22 % LI pour Concerta LP à 50 % LI pour
Ritaline LP et Medikinet — déterminant des profils plasmatiques bimodaux (pic
secondaire net) ou progressifs (système osmotique OROS). La vitesse d'ascension
de la concentration plasmatique (rate of rise) conditionne l'intensité des
effets subjectifs et le potentiel de renforcement, plus marqué avec les formes
à montée rapide qu'avec les formes prolongées. La surveillance
cardiovasculaire, staturo-pondérale et psychiatrique reste commune à toutes les
formes, dans un cadre réglementaire strict (prescription initiale annuelle par
spécialiste, ordonnance sécurisée de 28 jours).
Mots-clés : méthylphénidate ; pharmacocinétique ; TDAH ;
Ritaline ; Concerta ; Medikinet ; Quasym ; dexamfétamine ; lisdexamfétamine ;
surveillance thérapeutique.
1. Introduction
Le méthylphénidate (chlorhydrate de méthylphénidate) est, en France comme
dans la majorité des pays occidentaux, le psychostimulant de première intention
dans la prise en charge pharmacologique du trouble déficit de l'attention avec
ou sans hyperactivité (TDAH), chez l'enfant à partir de 6 ans, l'adolescent et,
depuis l'extension récente des indications, chez l'adulte. Sa disponibilité
sous de multiples formes galéniques — comprimé à libération immédiate, gélules
et comprimés à libération prolongée selon des mécanismes physico-chimiques
distincts — répond à un objectif thérapeutique commun : moduler la durée et la
cinétique d'exposition cérébrale à la molécule pour l'adapter au rythme
scolaire, professionnel et familial du patient, tout en limitant les
fluctuations d'efficacité et les effets de rebond.
Ce choix galénique n'est cependant pas neutre sur le plan
pharmacologique. Deux spécialités contenant la même dose totale de
méthylphénidate peuvent produire des profils plasmatiques radicalement
différents selon la proportion de principe actif libérée immédiatement et le
mécanisme physique de libération retardée (matrice, billes pelliculées, système
osmotique). Or la littérature pharmacologique converge pour indiquer que ce
n'est pas seulement la dose, mais la vitesse d'ascension de la concentration plasmatique
et cérébrale, qui conditionne à la fois l'intensité de l'effet thérapeutique
perçu, la survenue d'effets subjectifs (euphorisants ou dysphoriques) et le
potentiel de renforcement, donc de mésusage (Swanson & Volkow, 2002 ;
Volkow et al., 2002).
Dans une perspective biopsychosociale-écologique (BPS-E), la
pharmacothérapie du TDAH relève du pilier biologique de la prise en charge,
mais elle ne saurait être dissociée de son inscription dans l'écosystème
quotidien du patient — rythme scolaire, activités périscolaires, sommeil,
alimentation — ni d'une évaluation psychologique et fonctionnelle préalable
rigoureuse (Engel, 1977 ; Paris et al., 2026). Le choix d'une forme galénique
plutôt qu'une autre doit ainsi être guidé non seulement par des considérations
pharmacocinétiques, mais par la structuration réelle de la journée du patient,
la présence ou l'absence d'un adulte référent pour une prise de midi, et la
tolérance individuelle.
Cet article propose une synthèse comparative des caractéristiques
pharmacocinétiques, des effets subjectifs, du profil de tolérance et des
modalités de surveillance des principales spécialités de méthylphénidate
disponibles en France (Ritaline, Ritaline LP, Medikinet, Quasym LP, Concerta
LP), avant de les situer par rapport aux deux alternatives amphétaminiques
indiquées en seconde intention après échec du méthylphénidate : la
dexamfétamine (Tentin°) et la lisdexamfétamine (Xurta°, anciennement Elvanse°).
2. Pharmacologie générale
et mécanisme d'action
Le méthylphénidate est un inhibiteur de la recapture de la dopamine et de
la noradrénaline. Il se lie de façon allostérique au transporteur présynaptique
de la dopamine (DAT) et, dans une moindre mesure, au transporteur de la
noradrénaline (NET), bloquant leur recapture et augmentant ainsi la
concentration synaptique de ces deux monoamines, en particulier dans le
striatum et le cortex préfrontal (Volkow et al., 2002). À la différence des
amphétamines, le méthylphénidate n'inhibe pas le transporteur vésiculaire des
monoamines (VMAT2) et ne provoque donc pas de relargage cytoplasmique massif de
dopamine par inversion du transporteur : son mécanisme est celui d'un
inhibiteur pur de la recapture, ce qui explique en partie un profil d'effets
subjectifs et un potentiel de renforcement généralement moindres que ceux des
amphétamines à dose thérapeutique équivalente.
Sur le plan métabolique, le méthylphénidate ne fait pas l'objet d'un
métabolisme significatif par le cytochrome P450, ce qui limite le risque
d'interactions médicamenteuses de nature pharmacocinétique. Il subit en
revanche une hydrolyse rapide et quasi complète par la carboxylestérase CES1A1
hépatique et intestinale, générant l'acide ritalinique (métabolite principal,
pharmacologiquement quasi inactif), dont les concentrations plasmatiques
dépassent de 30 à 50 fois celles du méthylphénidate inchangé. Cette
biotransformation de premier passage explique la biodisponibilité orale faible
et très variable d'un individu à l'autre (de l'ordre de 11 à 51 % selon les
études), source d'une partie de la variabilité interindividuelle de réponse
clinique observée en pratique. La liaison aux protéines plasmatiques est faible
(10 à 33 %) et l'élimination est essentiellement urinaire (78 à 97 % de la dose
en 48 à 96 heures, majoritairement sous forme d'acide ritalinique).
3. Pharmacocinétique
comparée des formes galéniques du méthylphénidate
Cinq spécialités de méthylphénidate structurent l'offre thérapeutique
française : Ritaline (libération immédiate), Ritaline LP, Medikinet, Quasym LP
et Concerta LP (libération prolongée). Toutes délivrent la même molécule
active, mais selon des architectures galéniques distinctes qui déterminent des
profils plasmatiques et des durées d'action différents (tableau 1).
3.1. Ritaline — libération
immédiate (LI)
La Ritaline 10 mg est un comprimé sécable à libération immédiate (100 %
LI). Le pic plasmatique est atteint en 1 à 2 heures, pour une demi-vie
d'élimination brève de l'ordre de 2 à 3 heures et une durée d'action clinique
de seulement 3 à 4 heures, imposant classiquement 2 à 3 prises quotidiennes
espacées de 4 heures. Cette forme reste utile pour les ajustements posologiques
fins en début de traitement, pour compléter en fin de journée l'effet d'une
forme LP insuffisamment couvrante, ou dans l'indication historique, distincte
du TDAH, de la narcolepsie de l'adulte.
3.2. Ritaline LP
La Ritaline LP se présente sous forme de gélules (10, 20, 30 et 40 mg)
contenant des billes à libération immédiate (50 % de la dose) et des billes à
libération retardée (50 % restants), qui se dissolvent après un délai d'environ
4 heures. Il en résulte un profil plasmatique bimodal caractéristique : un
premier pic vers 1 à 2 heures, suivi d'un second pic vers 5 à 7 heures. La
demi-vie d'élimination est d'environ 3,3 heures et la durée d'action clinique
avoisine 8 heures, permettant une prise unique le matin pour couvrir une
journée scolaire ou de travail standard.
3.3. Medikinet
Medikinet (5, 10, 20, 30 et 40 mg) repose également sur une répartition à
parts égales entre fraction à libération immédiate et fraction à libération
modifiée (50 % / 50 %), avec un profil biphasique : une première ascension
rapide comparable à celle d'un comprimé à libération immédiate, suivie d'une
seconde ascension survenant environ 3 heures plus tard. Pour le dosage à 20 mg,
les données pharmacocinétiques rapportent un pic plasmatique global vers 2,75
heures et une demi-vie de 3,2 heures. La biodisponibilité systémique, du fait
d'un effet de premier passage hépatique marqué, avoisine 30 % (intervalle 11–51
%). La durée d'action clinique est proche de 8 heures, ce qui évite
classiquement une prise de midi en milieu scolaire.
3.4. Quasym LP
Quasym LP (10, 20 et 30 mg) associe 30 % de fraction à libération
immédiate et 70 % de fraction à libération modifiée, soit la proportion de
libération immédiate la plus faible parmi les formes biphasiques disponibles en
France. Le profil plasmatique présente un premier pic à 1–2 heures puis un
second pic vers 4,5 heures. La demi-vie moyenne d'élimination est courte, de
l'ordre de 2 heures, mais les concentrations plasmatiques restent compatibles
avec un effet thérapeutique pendant environ 8 heures, correspondant à une
journée scolaire type.
3.5. Concerta LP
Concerta LP (18, 36 et 54 mg) repose sur une technologie galénique
différente des gélules à billes : le système osmotique OROS (Osmotic-controlled
Release Oral delivery System), un comprimé tricouche dont l'enveloppe externe,
à libération immédiate, représente 22 % de la dose totale, tandis que les deux
couches internes, propulsées par gradient osmotique à travers un orifice
laser-percé, libèrent progressivement les 78 % restants. Il en résulte un profil
plasmatique ascendant continu, sans second pic net distinct, avec une
concentration maximale atteinte plus tardivement, entre 6 et 8 heures après la
prise. La demi-vie d'élimination est d'environ 3,5 heures et l'effet clinique
se maintient environ 12 heures après une prise unique le matin, ce qui en fait
la forme orale de méthylphénidate à la couverture journalière la plus longue
commercialisée en France.
Tableau 1 —
Comparaison des spécialités de méthylphénidate disponibles en France
|
Spécialité (DCI) |
Dosages disponibles |
Profil de libération (% LI / % LP) |
Pic(s) plasmatique(s) (Tmax) |
Demi-vie d'élimination |
Durée d'action clinique |
Prises / jour |
|
RITALINE (comprimé
sécable) |
10 mg |
100 % LI 0 % LP |
1–2 h (pic unique) |
≈ 2–3 h |
3–4 h |
2–3 |
|
RITALINE LP (gélule à billes) |
10, 20, 30, 40 mg |
50 % LI 50 % LP |
Biphasique : 1–2 h puis 5–7 h |
≈ 3,3 h |
≈ 8 h |
1 |
|
MEDIKINET (gélule à
billes) |
5, 10, 20, 30, 40 mg |
50 % LI 50 % LP |
Biphasique : 1–2 h puis ≈
2,75 h* (2e montée à +3 h) |
≈ 3,2 h |
≈ 8 h |
1 |
|
QUASYM LP (gélule à billes) |
10, 20, 30 mg |
30 % LI 70 % LP |
Biphasique : 1–2 h puis ≈ 4,5 h |
≈ 2 h |
≈ 8 h |
1 |
|
CONCERTA LP (comprimé
OROS, système osmotique) |
18, 36, 54 mg |
22 % LI 78 % LP |
Ascendant progressif, pic ≈
6–8 h (pas de 2e pic distinct) |
≈ 3,5 h |
≈ 12 h |
1 |
* Tmax global
rapporté pour le dosage à 20 mg ; le profil demeure biphasique avec une seconde
ascension caractéristique. Sources : résumés des caractéristiques du produit
(RCP) de chaque spécialité, Base de données publique des médicaments (ANSM) ;
HAS (2021).
3.6. Courbes de
dissolution : une lecture comparative
Au-delà des seules valeurs de Tmax, la forme de la courbe de dissolution
— c'est-à-dire la cinétique de libération du principe actif dans le temps —
distingue deux grandes familles galéniques. Les gélules à billes (Ritaline LP,
Medikinet, Quasym LP) produisent des profils authentiquement biphasiques, avec
deux ascensions plasmatiques nettement individualisées, séparées par une phase
de décroissance partielle : elles reproduisent pharmacocinétiquement deux
prises de forme immédiate espacées de 3 à 4 heures. Le comprimé OROS (Concerta
LP), à l'inverse, produit un profil unimodal ascendant continu, sans creux
plasmatique intermédiaire, qui se rapproche davantage d'une perfusion orale
prolongée que d'une succession de bolus. Cette différence de forme de courbe,
indépendante de la seule durée d'action, a des implications cliniques directes
: les profils biphasiques exposent à une réémergence plus perceptible des
symptômes entre les deux pics (effet de « creux » de milieu de journée), tandis
que le profil ascendant continu de Concerta LP minimise ce phénomène au prix
d'une installation de l'effet plus progressive en début de matinée.
Tableau 2 — Forme
des courbes de dissolution/absorption selon la technologie galénique
|
Spécialité |
1er pic (Tmax₁) |
2e pic ou phase d'ascension |
Forme du profil plasmatique |
|
RITALINE LI |
1–2 h |
— (prise unique) |
Pic unique puis décroissance
; nécessite des prises répétées pour couvrir la journée. |
|
RITALINE LP |
1–2 h |
5–7 h |
Biphasique net, creux relatif entre les deux pics. |
|
MEDIKINET |
1–2 h |
≈ +3 h après le 1er pic |
Biphasique, second pic un
peu plus précoce que Ritaline LP. |
|
QUASYM LP |
1–2 h |
≈ 4,5 h |
Biphasique, fraction LP dominante (70 %) : second pic plus ample. |
|
CONCERTA LP |
— |
Ascension continue, pic ≈
6–8 h |
Unimodal ascendant, sans
creux intermédiaire (technologie OROS). |
Sources : RCP
ANSM de chaque spécialité ; Base de données publique des médicaments.
4. Effets subjectifs et
potentiel de renforcement : le rôle de la vitesse d'ascension plasmatique
Les études d'imagerie par tomographie par émission de positons (TEP)
conduites par Volkow et son équipe ont montré qu'à dose orale thérapeutique
équivalente, le méthylphénidate occupe plus de 50 % des transporteurs de la
dopamine striataux, un taux d'occupation comparable à celui obtenu avec la
cocaïne intraveineuse (Volkow et al., 2001, 2002). Pourtant, à cette même dose,
le méthylphénidate oral ne produit pas d'effet euphorisant marqué chez la
majorité des sujets sans trouble de l'usage de substances. Cette dissociation
apparente entre occupation du transporteur et effet subjectif s'explique par la
pharmacocinétique de la voie orale : l'augmentation de la dopamine
extracellulaire survient lentement et progressivement (sur 60 à 90 minutes), ce
qui ne reproduit pas le pic rapide et intense associé à la sensation de « high
» observée avec les voies intraveineuse ou intranasale.
Ce constat a conduit à formuler l'hypothèse de la « vitesse d'ascension »
(rate of rise/rate of onset) comme déterminant principal du potentiel de
renforcement d'un psychostimulant, indépendamment de la dose totale administrée
ou du degré d'occupation du transporteur (Swanson & Volkow, 2002). Selon ce
modèle, plus la montée de la concentration cérébrale est rapide, plus l'effet
subjectif positif (euphorie, sentiment d'énergie, désir de reprendre le
produit) est marqué ; à l'inverse, une montée lente et progressive — même vers
des concentrations élevées — produit un effet thérapeutique sur l'attention
sans effet subjectif notable. Cette hypothèse a des implications directes pour
le choix galénique : les formulations à libération prolongée, dont l'ascension
plasmatique est étalée dans le temps (en particulier le profil unimodal continu
du système OROS), sont associées dans la littérature à un potentiel de
renforcement et un risque de mésusage ou de détournement moindres que la forme
à libération immédiate administrée en prise unique rapide, ou que
l'administration par des voies non orales (écrasement puis insufflation ou
injection, pratiques de mésusage documentées) (Coghill et al., 2013).
Sur le plan des effets subjectifs rapportés en clinique, les patients
traités décrivent le plus souvent, à dose adaptée, une amélioration de la
concentration, une réduction de l'agitation interne et une sensation de «
clarté » cognitive, sans euphorie. Un sur-dosage ou une montée plasmatique trop
rapide peuvent en revanche s'accompagner d'une sensation d'excitation, d'une
accélération du flux de pensée, d'irritabilité ou, à l'inverse chez certains
patients — en particulier en fin d'effet lorsque la concentration plasmatique
chute rapidement (effet de rebond) — d'une dysphorie transitoire, d'une
labilité émotionnelle ou d'une réémergence amplifiée des symptômes (effet
rebond typiquement observé en fin d'action des formes à libération immédiate ou
en fin de couverture des formes LP).
5. Effets indésirables et
tolérance
Le profil d'effets indésirables du méthylphénidate est globalement commun
à l'ensemble des formes galéniques, la fréquence et l'intensité de certains
effets pouvant néanmoins varier selon la vitesse d'installation et l'amplitude
des pics plasmatiques.
Effets fréquents (rapportés chez plus de 1 patient sur 100). Diminution
de l'appétit (l'effet indésirable le plus constant, pouvant retentir sur la
courbe staturo-pondérale), insomnie d'endormissement, nervosité, céphalées,
douleurs abdominales, nausées, sécheresse buccale, et effets cardiovasculaires
mineurs (tachycardie, palpitations, élévation modeste de la pression artérielle
de l'ordre de 2 à 4 mmHg en moyenne).
Effets cardiovasculaires. Tachycardie, palpitations, hypertension
artérielle et, plus rarement, troubles du rythme. Ces effets justifient une
évaluation cardiovasculaire (interrogatoire, antécédents personnels et
familiaux, examen clinique, électrocardiogramme en cas de doute ou d'antécédent
évocateur) avant toute initiation de traitement.
Effets neuropsychiatriques. Anxiété, irritabilité, labilité
émotionnelle, exacerbation ou apparition de tics, plus rarement symptômes
psychotiques ou maniaques, idées suicidaires et majoration de comportements
agressifs. Ces effets imposent une surveillance psychiatrique rapprochée, en
particulier en début de traitement et lors de toute augmentation de posologie.
Croissance staturo-pondérale. Un ralentissement de la prise de
poids et, dans une moindre mesure, de la croissance staturale a été documenté
chez l'enfant sous traitement prolongé, en lien principal avec la diminution de
l'appétit. Ce risque justifie un suivi régulier de la courbe de croissance et
la pratique de fenêtres thérapeutiques (interruptions programmées, par exemple
pendant les vacances scolaires) lorsque cliniquement pertinent.
Sommeil. Difficultés d'endormissement, en particulier avec les
formes à durée d'action longue prises trop tardivement ou à dose élevée ; un
ajustement de l'horaire de prise ou de la forme galénique (préférer une forme à
durée d'action plus courte en cas de retentissement marqué sur le sommeil) est
souvent nécessaire.
Potentiel d'abus et de dépendance. Le méthylphénidate est classé
stupéfiant en France. Le rapport de réévaluation de la HAS (2021) rappelle un
risque documenté de mésusage et de détournement (voie intranasale ou
intraveineuse après écrasement des comprimés, usage hors prescription à visée
de performance cognitive ou de substitution à la cocaïne), justifiant les
règles de prescription et de délivrance strictes détaillées ci-dessous.
6. Surveillance clinique
et cadre réglementaire en France
Le méthylphénidate, quelle que soit la spécialité, est inscrit sur la
liste des stupéfiants et soumis à des règles de prescription et de délivrance
strictes, périodiquement actualisées par l'ANSM. Depuis la modification
réglementaire du 13 septembre 2021, la primo-prescription annuelle peut être
réalisée par tout médecin spécialiste en neurologie, en psychiatrie ou en
pédiatrie, qu'il exerce en établissement hospitalier ou en ville — la
primo-prescription n'est donc plus réservée au seul secteur hospitalier,
contrairement à la réglementation antérieure. Le renouvellement, dans la limite
de la durée de validité annuelle, peut ensuite être assuré par tout médecin. La
prescription doit être rédigée sur ordonnance sécurisée et ne peut excéder 28
jours ; la délivrance impose au pharmacien de reporter l'identité du
prescripteur et, pour la prise en charge, l'identification du pharmacien
dispensateur (ANSM, 2021).
Tableau 3 —
Calendrier de surveillance recommandé sous méthylphénidate
|
Moment |
Paramètres évalués |
Fréquence |
|
Bilan pré-thérapeutique |
Antécédents personnels et
familiaux cardiovasculaires et psychiatriques ; examen clinique
cardiovasculaire ; pression artérielle et fréquence cardiaque ; poids et
taille (courbe de croissance chez l'enfant) ; recherche de tics ; ECG si
antécédent évocateur ou doute clinique |
Avant toute initiation |
|
Suivi rapproché initial |
Tolérance clinique, effets indésirables, pression artérielle,
fréquence cardiaque, appétit, sommeil, symptômes psychiatriques (anxiété,
irritabilité, idées suicidaires), tics |
À chaque ajustement de dose, puis mensuel les premiers mois |
|
Suivi au long cours |
Pression artérielle,
fréquence cardiaque, poids, taille, appétit, sommeil, comportement,
réévaluation de l'utilité du traitement, dépistage d'un éventuel mésusage |
Au minimum tous les 6 mois |
|
Réévaluation annuelle |
Bilan global bénéfice/risque ; fenêtre thérapeutique
(interruption courte hors période scolaire) pour réévaluer la nécessité de
poursuivre |
Annuelle, à l'occasion du renouvellement de la primo-prescription |
Sources : HAS
(2021) ; RCP ANSM des spécialités concernées.
Sur le plan des contre-indications et précautions, l'association aux
inhibiteurs de la monoamine oxydase (IMAO) est contre-indiquée en raison du
risque de crise hypertensive ; la consommation d'alcool concomitante génère un
métabolite actif (éthylphénidate) dont la demi-vie est prolongée ; et une
attention particulière est requise en période périopératoire, certains auteurs
recommandant une interruption le jour d'une intervention sous anesthésie
générale du fait du risque hypertensif accru.
7. Les alternatives
amphétaminiques : dexamfétamine (Tentin°) et lisdexamfétamine (Xurta°)
Lorsque la réponse au méthylphénidate est jugée cliniquement insuffisante
après une évaluation pluridisciplinaire rigoureuse, deux spécialités à base
d'amphétamine sont disponibles en France en seconde intention : la
dexamfétamine (Tentin°) et la lisdexamfétamine (Xurta°, spécialité qui a
succédé à l'accès précoce sous le nom d'Elvanse°). Ces deux molécules
appartiennent à la classe des amphétaminiques, mécanistiquement distincte du
méthylphénidate : outre le blocage de la recapture de la dopamine et de la
noradrénaline, les amphétamines inhibent le transporteur vésiculaire VMAT2 et
provoquent un relargage de dopamine par inversion du transporteur DAT, ce qui
explique un potentiel de renforcement et un profil de risque cardiovasculaire
et neuropsychiatrique généralement jugés supérieurs à ceux du méthylphénidate,
avec davantage de signalements de pharmacovigilance pour ces deux paramètres
(Prescrire, 2025).
7.1. Dexamfétamine
(Tentin°)
Le Tentin° (comprimés sécables de 5 et 10 mg) est une amphétamine
d'action directe, non prodrogue. La dose initiale recommandée est de 5 mg par
jour en une à deux prises, avec une titration progressive par paliers de 5 mg
selon la tolérance. La durée d'action clinique par prise est classiquement de
l'ordre de 4 à 6 heures — certaines sources cliniques l'évaluant jusqu'à 6 à 8
heures selon les patients —, ce qui impose en pratique 1 à 2 prises
quotidiennes espacées, contrairement à la prise unique matinale des formes LP
de méthylphénidate ou de la lisdexamfétamine. Il est indiqué chez l'enfant et
l'adolescent de 6 à 17 ans en cas d'échec démontré du méthylphénidate.
7.2. Lisdexamfétamine
(Xurta°)
Le Xurta° (gélules disponibles en plusieurs dosages, de 20 à 70 mg selon
la titration) est une prodrogue pharmacologiquement inactive : la
lisdexamfétamine, conjugué de la dexamfétamine et de l'acide aminé L-lysine,
doit être hydrolysée par voie enzymatique (principalement au niveau des
érythrocytes) pour libérer progressivement la dexamfétamine active. Ce
mécanisme de prodrogue explique la durée d'action prolongée et particulièrement
progressive de la spécialité, de l'ordre de 12 à 13 heures après une prise unique
le matin — la plus longue parmi l'ensemble des psychostimulants oraux
disponibles en France — ainsi qu'un profil d'ascension plasmatique lent,
cohérent avec un potentiel de renforcement réduit par rapport à une amphétamine
à libération immédiate. La dose initiale usuelle est de 30 mg par jour, avec
une titration par paliers de 10 à 20 mg par semaine jusqu'à un maximum de 70 mg
par jour. Le Xurta° dispose d'une indication plus large que le Tentin°,
puisqu'il est également autorisé chez l'adulte présentant un TDAH ayant débuté
dans l'enfance, sans exigence d'un échec préalable du méthylphénidate dans
cette population.
Le profil d'effets indésirables des deux spécialités amphétaminiques
recoupe largement celui du méthylphénidate (diminution de l'appétit, insomnie,
céphalées, tachycardie, élévation tensionnelle, risque neuropsychiatrique),
avec une fréquence rapportée plus élevée de certains effets cardiovasculaires
et psychiatriques (Prescrire, 2025). Les modalités de surveillance et le cadre
réglementaire (inscription sur la liste des stupéfiants, ordonnance sécurisée
de 28 jours, primo-prescription par spécialiste) sont identiques à ceux du
méthylphénidate.
8. Tableau comparatif
synthétique : méthylphénidate et amphétamines
Le tableau 4 rassemble, pour l'ensemble des sept spécialités évoquées,
les caractéristiques galéniques, pharmacocinétiques et réglementaires
permettant d'orienter le choix thérapeutique en fonction du profil du patient.
Tableau 4 — Vue
d'ensemble comparative des psychostimulants indiqués dans le TDAH en France
|
Spécialité (DCI) |
Dosages (mg) |
Mécanisme / libération |
Durée d'action |
Prises / jour |
Ligne thérapeutique |
|
RITALINE (méthylphénidate
LI) |
10 |
100 % libération immédiate |
3–4 h |
2–3 |
1re intention |
|
RITALINE LP (méthylphénidate) |
10, 20, 30, 40 |
Billes 50 % LI / 50 % LP, biphasique |
≈ 8 h |
1 |
1re intention |
|
MEDIKINET
(méthylphénidate) |
5, 10, 20, 30, 40 |
Billes 50 % LI / 50 % LP,
biphasique |
≈ 8 h |
1 |
1re intention |
|
QUASYM LP (méthylphénidate) |
10, 20, 30 |
Billes 30 % LI / 70 % LP, biphasique |
≈ 8 h |
1 |
1re intention |
|
CONCERTA LP
(méthylphénidate) |
18, 36, 54 |
Système OROS, ascendant
continu (22 % LI / 78 % LP) |
≈ 12 h |
1 |
1re intention |
|
TENTIN (dexamfétamine) |
5, 10 |
Amphétamine d'action directe |
≈ 4–6 h (à 6–8 h) |
1–2 |
2e intention (après échec MPH) |
|
XURTA (lisdexamfétamine) |
20 à 70 |
Prodrogue, hydrolyse
progressive en dexamfétamine |
≈ 12–13 h |
1 |
2e intention (enfant/ado) ;
1re intention possible chez l'adulte |
MPH =
méthylphénidate ; LI = libération immédiate ; LP = libération prolongée.
Sources : RCP ANSM (Base de données publique des médicaments) ; HAS (2021) ;
Prescrire (2025) ; Vidal (2025).
9. Vignette clinique
illustrative
⚠
Avertissement : la vignette suivante est entièrement fictive et composite.
Toute ressemblance avec un patient réel serait fortuite.
Léo, 9 ans, suivi pour un TDAH de présentation mixte diagnostiqué un an
plus tôt, est traité par Ritaline LP 20 mg le matin depuis huit mois, avec une
efficacité nette sur la matinée mais une réémergence de l'agitation et des
difficultés attentionnelles en fin d'après-midi, au moment des devoirs. Les
parents décrivent également, vers 17 heures, une phase d'irritabilité et de
labilité émotionnelle inhabituelle chez l'enfant, absente le week-end sans
traitement.
L'analyse pharmacocinétique du profil biphasique de Ritaline LP oriente
l'hypothèse d'un effet de fin de second pic (vers 8–9 heures après la prise du
matin) coïncidant avec la période des devoirs, associé à une possible
composante de rebond en fin d'action. Après réévaluation clinique complète
(poids, taille, pression artérielle, sommeil, appétit, absence de tics ou de
symptôme psychiatrique nouveau), deux options sont discutées avec la famille :
un relais vers Concerta LP à dose équivalente, dont le profil ascendant continu
sans second pic net pourrait limiter la réémergence en fin de journée et le
phénomène de rebond ; ou le maintien de Ritaline LP avec ajout d'une faible
dose de Ritaline LI en fin d'après-midi pour couvrir spécifiquement le créneau
des devoirs. Le choix retenu avec la famille est un essai de Concerta LP 18 mg,
avec réévaluation clinique programmée à quatre semaines et poursuite de la
surveillance staturo-pondérale et cardiovasculaire semestrielle.
Cette vignette illustre l'intérêt clinique direct d'une bonne
connaissance des profils de dissolution comparés : un même symptôme
(réémergence attentionnelle de fin de journée) peut orienter vers des solutions
galéniques différentes selon que l'hypothèse retenue est celle d'une couverture
insuffisamment longue ou celle d'un phénomène de rebond lié à la décroissance
rapide entre les deux pics d'une forme biphasique.
10. Discussion clinique :
critères de choix de la forme galénique
Le choix d'une spécialité de méthylphénidate ne devrait pas reposer sur
un algorithme unique, mais sur la mise en correspondance entre le profil
pharmacocinétique de chaque forme et la structuration réelle de la journée du
patient. Plusieurs critères pratiques peuvent guider cette décision. La durée
de couverture nécessaire est le premier critère : un enfant sans encadrement
possible pour une prise de midi bénéficiera préférentiellement d'une forme à
prise unique matinale (Ritaline LP, Medikinet, Quasym LP ou Concerta LP),
tandis qu'un adolescent ou un adulte dont l'emploi du temps permet une prise de
milieu de journée pourra envisager une association Ritaline LI matin et midi,
offrant une plus grande souplesse d'ajustement fin des horaires d'efficacité.
La forme de la courbe plasmatique constitue un second critère, souvent
sous-exploité en pratique courante. Un patient rapportant une réémergence
symptomatique marquée en milieu d'après-midi, avec un profil temporel cohérent
avec le creux entre les deux pics d'une forme biphasique, pourra bénéficier
d'un relais vers le profil ascendant continu de Concerta LP. À l'inverse, un
patient chez qui la phase d'installation progressive de Concerta LP en tout
début de matinée pose problème (retard perçu de l'effet au réveil, en
particulier pour un premier cours nécessitant une attention immédiate) pourra
être mieux couvert par une forme biphasique dont le premier pic, plus rapide,
est identique à celui d'une prise de Ritaline LI.
La tolérance individuelle — en particulier l'impact sur l'appétit et le
sommeil — et la crainte ou l'historique de mésusage dans l'entourage
constituent un troisième axe de décision : chez un adolescent ou un jeune
adulte présentant un contexte de vulnérabilité addictive, les formes dont le
profil pharmacocinétique limite la vitesse d'ascension plasmatique (Concerta
LP, ou en seconde intention Xurta° du fait de son mécanisme de prodrogue)
seront privilégiées à profil d'efficacité égal, conformément aux principes
évoqués en section 4.
11. Limites
Cette synthèse comporte plusieurs limites méthodologiques qu'il convient
de souligner. Il s'agit d'une revue narrative et non d'une revue systématique
au sens strict : la sélection des sources, bien que fondée sur des documents
réglementaires officiels et des publications indexées, n'a pas suivi de
protocole de recherche bibliographique exhaustif ni de double lecture
indépendante. Les valeurs pharmacocinétiques rapportées (Tmax, demi-vie, durée
d'action) sont des moyennes de population issues des résumés des
caractéristiques du produit et de la littérature ; la variabilité
interindividuelle, notamment liée au polymorphisme de la carboxylestérase CES1
et à des facteurs alimentaires, est cliniquement significative et peut faire
varier ces paramètres de façon substantielle chez un patient donné. Enfin, les
données concernant spécifiquement la dexamfétamine (Tentin°) demeurent plus
limitées dans la littérature française récente que celles portant sur le
méthylphénidate ou la lisdexamfétamine, cette spécialité étant d'introduction
plus récente sur le marché français.
12. Conclusion
La diversité des formes galéniques de méthylphénidate disponibles en
France ne relève pas d'une simple multiplication commerciale, mais répond à des
logiques pharmacocinétiques distinctes — proportion de libération immédiate
versus prolongée, mécanisme physique de libération (billes pelliculées
biphasiques versus système osmotique unimodal), durée de couverture — dont la
connaissance fine permet d'individualiser le traitement du TDAH au plus près du
rythme de vie et de la tolérance de chaque patient. La vitesse d'ascension
plasmatique, plus que la seule dose ou la seule durée d'action, apparaît comme
un déterminant clé à la fois de l'efficacité perçue, des effets subjectifs et
du potentiel de renforcement, justifiant une attention particulière portée à la
forme du profil de libération et non uniquement à sa durée globale. Les
alternatives amphétaminiques, dexamfétamine et surtout lisdexamfétamine,
élargissent l'arsenal thérapeutique en seconde intention, avec un profil de
risque cardiovasculaire et neuropsychiatrique à surveiller avec une vigilance
accrue. Dans tous les cas, la prescription de ces psychostimulants s'inscrit
dans un cadre réglementaire strict et une surveillance clinique rapprochée,
cardiovasculaire, staturo-pondérale et psychiatrique, qui demeure commune à
l'ensemble de ces spécialités et constitue un pilier indissociable de leur bon
usage.
En accord avec la
devise du modèle BPS-E : « évaluer pour comprendre, comprendre pour agir, agir
en cohérence avec la complexité de la personne ».
Conflits d'intérêts : L'auteur déclare n'avoir aucun lien
d'intérêt en rapport avec le contenu de cet article. Financement : aucun
financement externe. Contribution : Dr. Claude Jean Paris — conception et
rédaction.
Références
bibliographiques
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médicament et des produits de santé). (2021, 21 septembre). Médicaments à base
de méthylphénidate (Concerta LP, Ritaline, Ritaline LP, Medikinet, Quasym LP et
génériques) : modification des conditions de prescription et de délivrance.
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