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dimanche 27 septembre 2026

310 Protocole narratif d'évaluation de la cognition sociale chez l'enfant l’adolescent et le jeune adulte (6-22 ans)

 OUTIL CLINIQUE — MODÈLE BPS-E

L'OURS RACONTE

Protocole narratif d'évaluation de la cognition sociale chez l'enfant  l’adolescent et le jeune adulte (6-22 ans)

Théorie de l'esprit · pragmatique du discours · compréhension d'autrui · empathie

Dr. Claude Jean Paris, Psychiatre et Pédopsychiatre

Centre Médical Desfeux, Boulogne-Billancourt

Créateur du Modèle BPS-E (Biopsychosocial-Écologique)

« Évaluer pour comprendre, comprendre pour agir, agir en cohérence avec la complexité de la personne. »



 

Avertissement liminaire

Les scénarios présentés dans ce protocole mettent en scène des personnages fictifs (l'ourson Basile et ses camarades imaginaires Lili, Tom, Nina et Malo). Ils ont été composés spécifiquement pour cet outil et ne constituent en aucun cas la restitution de situations cliniques réelles ; toute ressemblance avec des enfants suivis en consultation serait purement fortuite.

Cet instrument est présenté dans sa version non définitive. Il ne dispose à ce stade d'aucune validation psychométrique (fidélité, validité de construit, normes par âge) et ne saurait se substituer aux échelles standardisées de cognition sociale (Reading the Mind in the Eyes Test, Movie for the Assessment of Social Cognition, Strange Stories, test des faux pas, épreuves de fausse croyance de type Sally-Anne). Il constitue un support d'observation clinique qualitative, destiné à enrichir l'entretien et à orienter, le cas échéant, vers la passation d'outils validés.

Dans la logique du modèle BPS-E, ce protocole documente une composante de la dimension psychologique (cognition sociale) en interaction avec la dimension écologique/microsystémique (relations aux pairs, à la fratrie, aux adultes) ; il vient compléter, et non remplacer, la grille BPS-E pédopsychiatrique et l'anamnèse développementale.

1. Rationnel et cadre théorique



1.1 Pourquoi évaluer la cognition sociale ?

La cognition sociale — reconnaissance des émotions faciales, théorie de l'esprit, attribution des intentions, traitement des biais d'hostilité — est aujourd'hui reconnue comme un déterminant majeur du fonctionnement social, dont le poids prédictif dépasse souvent celui des performances cognitives générales ou des symptômes cliniques isolés. Elle reste pourtant largement absente de l'évaluation pédopsychiatrique de routine, faute d'outils simples à administrer en consultation.

Or les quatre populations cliniques les plus fréquemment rencontrées en pédopsychiatrie — troubles du spectre autistique, trouble déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité, troubles des apprentissages, trouble oppositionnel avec provocation — présentent chacune un profil distinct d'atteinte (ou de préservation) de la cognition sociale : déficit de mentalisation indirecte dans le spectre autistique, désorganisation attentionnelle du discours dans le TDAH, écart entre raisonnement social et mise en mots dans les troubles du langage, biais d'attribution hostile dans le trouble oppositionnel. Un même support narratif, correctement construit, permet de documenter ces quatre profils de façon différentielle plutôt que de multiplier les outils spécifiques à chaque pathologie.

1.2 Pourquoi un support incarné par un ours ?

Le recours à une peluche ou une marionnette comme médiateur de l'entretien s'appuie sur la fonction d'objet transitionnel décrite par Winnicott (1971) : l'objet réduit la pression évaluative directe et facilite l'expression de contenus que l'enfant hésiterait à formuler face à l'adulte seul.

Concrètement, l'ours n'est pas présenté comme un instrument de contrôle des connaissances de l'enfant, mais comme un personnage qui « ne comprend pas toujours très bien » et que l'enfant est invité à aider. Ce déplacement — de « réponds à mes questions » vers « aide l'ours à comprendre » — présente un double intérêt clinique : il diminue la charge de performance chez l'enfant anxieux ou avec TSA, pour qui l'interaction en face-à-face direct peut être coûteuse ; et il réduit la posture défensive ou oppositionnelle qui peut se manifester lorsqu'un enfant avec trouble oppositionnel se sent explicitement « testé ».

1.3 Repères développementaux entre 6 et 10 ans

Le tableau suivant situe, pour chaque tranche d'âge, les acquisitions attendues en théorie de l'esprit, en pragmatique du discours et en empathie, sur lesquelles s'appuie la construction de chaque scénario.

Âge

Repères en théorie de l'esprit

Repères en pragmatique et discours

Repère empathique

6 ans

Croyance fausse de 1er ordre consolidée (Wimmer & Perner, 1983 ; Wellman et al., 2001)

Compréhension encore fortement littérale ; inférences simples

Empathie principalement réactive (contagion émotionnelle, réconfort simple)

7 ans

Émergence de la croyance fausse de 2nd ordre (Perner & Wimmer, 1985) ; détection des « faux pas » (Baron-Cohen et al., 1999)

Prise en compte des indices non verbaux du récit

Début de la distinction entre le ressenti d'autrui et le sien propre

8 ans

2nd ordre plus stable ; début de compréhension de l'ironie simple (Happé, 1994)

Inférence du sens non littéral, humour

Empathie cognitive émergente (comprendre pourquoi l'autre ressent cela)

9 ans

Distinction mensonge prosocial / mensonge égoïste (Talwar & Lee, 2008)

Cohérence narrative, résumé d'un récit à plusieurs étapes

Coordination entre empathie cognitive et affective

10 ans

Mentalisation complexe de type « histoires étranges » (Happé, 1994) ; attribution d'intention à partir d'indices indirects

Discours inférentiel complexe, intentions imbriquées

Empathie orientée vers l'action (ajuster son comportement au ressenti perçu d'autrui)

11 ans

Mentalisation récursive / « double bluff » : anticiper que l'autre anticipe ma stratégie (Happé, 1994 ; Sutton et al., 1999)

Compréhension des stratégies de discours à plusieurs niveaux (piège, contre-piège)

Empathie capable d'intégrer des intentions concurrentes (celle de l'un et de l'autre)

12 ans

Détection de l'incohérence entre discours et acte (hypocrisie) ; sensibilité à la réputation sociale

Analyse critique d'un discours public rapporté à un comportement observé

Empathie orientée vers la réparation relationnelle

13 ans

Lecture des dynamiques de groupe implicites (inclusion/exclusion), sans énoncé explicite d'hostilité

Inférence à partir d'indices sociaux très indirects (chuchotements, regards, silences)

Empathie pour un tiers exclu, y compris quand l'exclusion n'est pas intentionnelle

14 ans

Raisonnement sur des intentions multiples et non concordantes au sein d'un groupe ; diffusion de la responsabilité (Latané & Darley, 1970)

Évaluation critique de la fiabilité d'une information rapportée (rumeur)

Empathie mise en tension avec la loyauté de groupe et la prise de décision argumentée

À partir de 11 ans, le personnage protagoniste des scénarios n'est plus l'ourson lui-même mais des adolescents dont l'histoire est racontée par l'ours : ce glissement narratif préserve la fonction médiatrice de l'objet transitionnel (l'enfant continue d'« aider l'ours à comprendre ») tout en offrant des situations dont le contenu reste écologiquement pertinent pour des collégiens.

1.4 Spécificités attendues selon les tableaux cliniques

Chaque scénario est accompagné d'une grille d'observation différentielle détaillée. La synthèse ci-dessous donne le principe général qui la sous-tend pour chacune des quatre populations visées.

Population clinique

Ce qu'on peut observer

Point de vigilance

TSA

Difficultés attendues sur les items de mentalisation indirecte (faux pas, ironie, attribution d'intention à partir d'indices comportementaux), pouvant être indépendantes du niveau verbal global (Frith, 2003).

Toujours distinguer un déficit de mentalisation d'un déficit purement expressif ; s'appuyer sur les reformulations et les relances prévues dans le protocole.

TDAH

Compréhension sociale de base souvent préservée ; les erreurs proviennent davantage de l'impulsivité de la réponse, d'une inattention à un détail du récit, ou d'une désorganisation du discours (résumé narratif).

Répéter l'item avant de conclure à un déficit ; différencier trouble attentionnel et trouble de la théorie de l'esprit.

Troubles des apprentissages (langagiers / « dys »)

Le raisonnement social peut être intact alors que sa mise en mots est pauvre ; risque de sous-cotation artefactuelle liée à la seule expression verbale.

Privilégier les reformulations orales et les supports imagés ; ne jamais coter sur la seule qualité de l'expression verbale.

Trouble oppositionnel avec provocation (TOP)

L'outil est particulièrement sensible au biais d'attribution hostile (Dodge, 1980) : interprétation systématique d'actes ambigus comme intentionnels et hostiles, en décalage avec les indices explicites du récit.

Documenter le verbatim et croiser avec l'anamnèse comportementale ; ne jamais poser de conclusion diagnostique sur cet outil seul.

À partir de 11 ans, les scénarios sollicitent des compétences plus fines (mentalisation récursive, détection de l'hypocrisie, lecture de dynamiques de groupe implicites, diffusion de la responsabilité), pour lesquelles les mêmes quatre populations présentent des profils différentiels spécifiques, détaillés avec chaque scénario correspondant en section 4.

2. Modalités de passation

•     Présentation de l'ours : introduire le personnage comme un ami qui « ne comprend pas toujours bien ce qui se passe dans les histoires » et que l'enfant va aider — jamais comme un test des connaissances de l'enfant.

•     Lecture du texte à voix haute par le clinicien, avec une intonation expressive (particulièrement importante pour les scénarios reposant sur l'ironie) ; une seconde lecture ou une reformulation est autorisée sans restriction.

•     Respect de l'ordre des questions : compréhension littérale → inférence → théorie de l'esprit → reconnaissance émotionnelle → pragmatique/implicite → empathie. La question littérale de contrôle ne doit jamais être omise : elle permet d'objectiver la compréhension de base avant d'interpréter un échec aux questions plus complexes comme un déficit spécifique.

•     Recueil du verbatim de l'enfant avant toute cotation. La cotation elle-même est réalisée a posteriori : 0 = réponse absente ou hors sujet ; 1 = réponse partielle ou concrète ; 2 = réponse adaptée, mentalisante et justifiée.

•     Relances strictement neutres autorisées (« Qu'est-ce qui te fait dire ça ? », « Raconte-moi encore »), sans jamais suggérer la réponse attendue.

•     Durée indicative : 10 à 15 minutes par scénario, un seul scénario par séance étant généralement suffisant.

Ce protocole s'inscrit comme un temps d'investigation complémentaire de la dimension psychologique (cognition sociale) de la grille BPS-E pédopsychiatrique déjà décrite par ailleurs, à mettre en regard des données recueillies sur les dimensions biologique et sociale/écologique.


 

3. Scénarios 6-10 ans — mentalisation de base à modérée

Chaque scénario est calibré prioritairement sur l'âge indiqué, mais peut être proposé à un enfant plus âgé présentant un retard de développement de la cognition sociale, en particulier dans le cadre d'un TSA. La grille d'observation différentielle qui l'accompagne permet de documenter la réponse au regard des quatre tableaux cliniques cibles.


 

Scénario 6 ANS — « Basile et le gâteau caché »

Domaine principal : Croyance fausse de premier ordre — reconnaissance émotionnelle simple

Texte lu par l'ours

Basile l'ourson joue dans le jardin avec son ballon. Dans la cuisine, sa maman vient de sortir un gâteau au chocolat du four et le pose sur la table, pour qu'il refroidisse. Puis elle part faire les courses.

Pendant ce temps, la grande sœur de Basile, Lili, entre dans la cuisine. Elle voit le gâteau et se dit qu'il sera meilleur pour la fête de ce soir. Alors elle le range dans le placard, en haut, pour le cacher jusqu'au dîner. Basile, qui joue toujours dans le jardin, ne voit rien de tout cela.

Un peu plus tard, Basile a faim. Il se souvient du gâteau au chocolat et rentre dans la cuisine pour en manger une part.

Questions d'évaluation

1.    [Compréhension littérale] Qu'est-ce que la maman de Basile a préparé ?

2.    [Compréhension littérale] Où la maman a-t-elle posé le gâteau au début ?

3.    [ToM — croyance 1er ordre] Quand Basile rentre dans la cuisine, où va-t-il chercher le gâteau ? Pourquoi là, et pas ailleurs ?

4.    [Inférence] Est-ce que Basile sait que Lili a caché le gâteau ? Comment le sais-tu ?

5.    [Reconnaissance émotion] Comment crois-tu que Basile va se sentir s'il ne trouve pas le gâteau sur la table ?

6.    [ToM — perspective d'autrui] Et Lili, si elle voit Basile chercher partout, à quoi pense-t-elle ?

7.    [Empathie] Que pourrais-tu dire à Basile pour l'aider, si tu étais là ?

Grille d'observation différentielle

Population clinique

Ce qu'on peut observer

Point de vigilance

TSA

Réponse parfois fondée sur l'emplacement réel du gâteau (le placard) plutôt que sur la croyance de Basile ; difficulté à verbaliser le « pourquoi » même quand la bonne réponse est désignée.

Différencier un déficit de mentalisation d'une difficulté purement expressive : reformuler la question du « pourquoi » sous forme de choix (« parce qu'il a vu Lili la cacher, ou parce qu'il ne l'a pas vu ? »).

TDAH

Réponse correcte à la question de croyance mais donnée de façon impulsive, parfois avant la fin du récit, ou inattention au détail du départ de la maman.

Répéter l'item avant de conclure à un déficit ; distinguer trouble attentionnel et trouble de la théorie de l'esprit.

Troubles des apprentissages (langagiers)

Compréhension orale satisfaisante mais justification du « pourquoi » pauvre ou désorganisée ; net bénéfice d'un support imagé.

Ne jamais coter un échec sur la seule qualité de la formulation verbale ; proposer un choix de réponses orales (QCM) pour isoler la composante langagière.

Trouble oppositionnel (TOP)

Compréhension cognitive de la croyance fausse le plus souvent préservée, mais réponse empathique (item 7) parfois centrée sur un jugement moral envers Lili plutôt que sur le ressenti de Basile.

Noter si l'enfant mentalise réellement l'état interne de Basile ou s'il substitue un jugement normatif sur Lili.


 

Scénario 7 ANS — « Le dessin de Basile »

Domaine principal : Détection du faux pas — théorie de l'esprit de second ordre émergente

Texte lu par l'ours

Pour l'anniversaire de son copain Tom, Basile a fabriqué un dessin avec beaucoup de soin : un dragon multicolore. Il est très fier de son cadeau et le donne à Tom devant tous les autres enfants de la fête.

Tom ouvre le dessin, le regarde et dit tout haut, sans réfléchir : « Ah bah, un dessin… c'est un peu un cadeau de bébé, ça. » Il ne se rend pas compte que ça peut faire de la peine.

Basile ne dit rien. Il regarde ses chaussures et remet ses mains dans ses poches. Les autres enfants continuent de jouer, comme si de rien n'était.

Questions d'évaluation

8.    [Compréhension littérale] Qu'est-ce que Basile a offert à Tom ?

9.    [Détection du faux pas] Est-ce que Tom a dit quelque chose qu'il n'aurait peut-être pas dû dire ?

10.         [ToM — intention] Est-ce que Tom voulait faire de la peine à Basile en disant ça ?

11.         [ToM 2nd ordre] Est-ce que Tom sait qu'il a blessé Basile ?

12.         [Reconnaissance émotion] Comment se sent Basile à ce moment-là ?

13.         [Inférence comportementale] Comment sais-tu que Basile est triste ? (indices : il baisse les yeux, il met ses mains dans ses poches…)

14.         [Empathie / perspective] Si tu étais Tom, et que tu comprenais ce que tu viens de dire, que ferais-tu ou dirais-tu ensuite ?

Grille d'observation différentielle

Population clinique

Ce qu'on peut observer

Point de vigilance

TSA

Difficulté fréquente à répondre « non » à l'item 3 : soit lecture littérale (« il a dit la vérité, un dessin c'est pour les bébés »), soit détection du malaise sans en comprendre le caractère involontaire.

L'item 4 (Tom sait-il qu'il a blessé Basile ?) est très discriminant : une réponse « oui » traduit souvent une confusion entre dire quelque chose de blessant et vouloir blesser.

TDAH

Repérage correct du malaise mais tendance à minimiser (« c'est pas grave, on continue à jouer ») sans élaborer les indices comportementaux de l'item 6.

Relancer sur les détails précis du texte avant de conclure à un déficit d'inférence.

Troubles des apprentissages (langagiers)

Compréhension satisfaisante si le texte est relu ou reformulé plus simplement ; risque de sous-estimer la ToM du seul fait de la longueur du récit.

Proposer une seconde lecture ou un support imagé avant de coter l'item comme échoué.

Trouble oppositionnel (TOP)

Identification correcte du caractère blessant de la remarque, mais interprétation parfois centrée sur une intention hostile de Tom (« il l'a fait exprès, il est méchant ») malgré l'indice explicite d'involontaire donné dans le texte.

Comparer la réponse de l'enfant à l'indice explicite du texte (« sans réfléchir… il ne se rend pas compte ») pour objectiver l'écart.


 

Scénario 8 ANS — « Le pique-nique sous la pluie »

Domaine principal : Compréhension de l'ironie — pragmatique du sens non littéral

Texte lu par l'ours

Basile et sa copine Nina avaient prévu d'aller pique-niquer au parc. Mais depuis le matin, la pluie tombe très fort et le ciel est tout gris.

Nina regarde par la fenêtre, pousse un grand soupir, et dit avec un petit sourire : « Ah, quelle magnifique journée pour un pique-nique ! »

Basile éclate de rire et va chercher un jeu de société à la place.

Questions d'évaluation

15.         [Compréhension littérale] Quel temps fait-il dans l'histoire ?

16.         [Détection de l'ironie] Est-ce que Nina pense vraiment que c'est une belle journée pour pique-niquer ?

17.         [Pragmatique / implicite] Alors pourquoi dit-elle ça, à ton avis ?

18.         [Reconnaissance émotion] Qu'est-ce que Nina ressent vraiment à ce moment-là ?

19.         [Inférence relationnelle] Pourquoi Basile éclate-t-il de rire, au lieu de se fâcher ou d'être triste ?

20.         [Cohérence narrative] Si tu devais raconter cette histoire à quelqu'un qui n'a rien entendu, que lui dirais-tu en trois phrases ?

21.         [Empathie / perspective] Que pourrais-tu proposer à Nina et Basile pour que leur journée soit sympa malgré la pluie ?

Grille d'observation différentielle

Population clinique

Ce qu'on peut observer

Point de vigilance

TSA

Probabilité élevée de réponse littérale à l'item 2 (« oui, c'est ce qu'elle a dit »). L'ironie, fondée sur un décalage entre l'énoncé et le contexte, est l'une des compétences pragmatiques les plus fréquemment déficitaires dans le spectre autistique, indépendamment du niveau langagier global.

Comparer la réponse verbale à la compréhension du ton/sourire décrit dans le texte, en mettant en scène l'intonation à voix haute lors de la lecture.

TDAH

Détection de l'ironie souvent préservée, mais réponse désorganisée ou incomplète à l'item 6 (résumé narratif), par précipitation.

La difficulté porte ici sur la mise en forme du discours plus que sur la mentalisation elle-même.

Troubles des apprentissages (langagiers)

Si le trouble touche la compréhension du langage oral (dysphasie réceptive notamment), l'ironie peut être particulièrement fragile même quand le raisonnement social de base est intact.

Tester la même situation en version mimée/imagée sans texte pour isoler la composante linguistique.

Trouble oppositionnel (TOP)

Compréhension de l'ironie généralement bien acquise à cet âge et non spécifiquement affectée ; l'item le plus informant est le 7, où l'on observe si l'enfant s'oriente vers une solution coopérative ou reste sur un registre de plainte.

Noter le ton de la réponse (coopératif vs revendicatif) autant que son contenu.


 

Scénario 9 ANS — « Le pull de Tatie »

Domaine principal : Mensonge prosocial — distinction empathie cognitive / jugement moral

Texte lu par l'ours

Pour son anniversaire, la tante de Basile lui offre un pull en laine jaune avec un gros canard brodé devant. Basile trouve ce pull vraiment moche.

En l'ouvrant, il voit le visage plein d'espoir de sa tante, qui attend sa réaction. Basile sourit et dit : « Merci Tatie, il est super, je vais le mettre bientôt ! » Sa tante est ravie et le serre dans ses bras.

Le soir, Basile range le pull tout au fond de son armoire.

Questions d'évaluation

22.         [Compréhension littérale] Qu'est-ce que la tante de Basile lui a offert ?

23.         [Croyance / vérité] Est-ce que Basile pense vraiment que le pull est beau ?

24.         [ToM — intention du mensonge] Pourquoi Basile dit-il quand même que le pull est « super » ?

25.         [Jugement moral nuancé] Est-ce que Basile a fait quelque chose de mal en disant ça ? Pourquoi, ou pourquoi pas ?

26.         [Perspective d'autrui] Comment se serait sentie la tante si Basile lui avait dit la vérité (« je trouve ce pull moche ») ?

27.         [Empathie / nuance] Est-ce qu'il existe des mensonges qui ne sont pas méchants ? Peux-tu donner un exemple ?

28.         [Cohérence discursive] Pourquoi, à ton avis, Basile range-t-il le pull au fond de l'armoire plutôt que de le porter ?

Grille d'observation différentielle

Population clinique

Ce qu'on peut observer

Point de vigilance

TSA

Difficulté fréquente à saisir la fonction sociale du « mensonge blanc » : l'enfant peut juger la réponse de Basile comme un mensonge condamnable, sans percevoir sa dimension protectrice pour les sentiments de la tante (items 4-5).

Une réponse rigidement moralisatrice (« mentir, c'est mal, il faut toujours dire la vérité ») est informative mais ne doit pas être cotée comme un « échec » strict : elle documente une différence de traitement de la pragmatique sociale, pas une absence de raisonnement.

TDAH

Compréhension généralement adéquate de l'intention prosociale, mais réponses courtes et peu élaborées à l'item 6 (génération d'exemples).

Distinguer un déficit de génération d'exemples (fonction exécutive / fluence) d'un déficit de compréhension sociale.

Troubles des apprentissages (langagiers)

Item globalement accessible, peu dépendant d'un vocabulaire complexe ; utile pour objectiver une ToM préservée malgré des difficultés scolaires par ailleurs.

Ne pas exiger de l'enfant qu'il emploie un vocabulaire technique (« prosocial ») : se contenter du raisonnement, quelle que soit sa forme verbale.

Trouble oppositionnel (TOP)

Possible identification du mensonge de Basile comme une transgression à signaler ou juger sévèrement, avec une focalisation sur la règle (« il n'a pas le droit de mentir ») plutôt que sur le vécu de la tante.

Observer si, avec une relance, l'enfant peut déplacer son raisonnement du registre de la règle vers celui du ressenti d'autrui.


 

Scénario 10 ANS — « Le coup de coude au foot »

Domaine principal : Attribution d'intention à partir d'indices indirects — biais d'attribution hostile

Texte lu par l'ours

À la récré, Basile joue au foot avec ses copains. Malo, qui court à toute vitesse pour rattraper le ballon, le regarde à peine et bouscule Basile en passant. Basile tombe et se fait un peu mal au genou.

Quelques enfants autour rient un peu en le voyant tomber. Malo, lui, continue de courir droit vers le ballon, sans se retourner, sans un mot.

Basile se relève, un peu vexé, en se frottant le genou.

Questions d'évaluation

29.         [Compréhension littérale] Que faisait Malo juste avant de bousculer Basile ?

30.         [Attribution d'intention] Est-ce que Malo a bousculé Basile exprès, ou est-ce un accident ?

31.         [Inférence sur indices] Qu'est-ce qui, dans l'histoire, te permet de savoir si c'est fait exprès ou pas ? (il regardait le ballon, il ne s'est pas arrêté, il n'a rien dit…)

32.         [Reconnaissance émotion] Comment se sent Basile après la chute ?

33.         [Distinction des sources affectives] Est-ce que Basile est vexé à cause de la bousculade, à cause des enfants qui rient, ou des deux ?

34.         [ToM — perspective de Malo] Si on demandait à Malo ce qui s'est passé, que dirait-il probablement ?

35.         [Empathie / régulation] Si tu étais Basile, que ferais-tu : te fâcher contre Malo, aller voir s'il a bien vu ce qui s'est passé, ou autre chose ? Pourquoi ?

Grille d'observation différentielle

Population clinique

Ce qu'on peut observer

Point de vigilance

TSA

L'attribution d'intention peut être difficile non par excès d'hostilité, mais par difficulté générale à inférer un état mental à partir d'indices comportementaux indirects (item 3) ; réponse « je ne sais pas » fréquente en l'absence d'énoncé explicite de l'intention de Malo.

Proposer les indices un par un si la question ouverte échoue, pour évaluer la capacité une fois l'attention orientée vers eux.

TDAH

Compréhension généralement correcte de l'accidentalité, mais grande sensibilité au rire des autres enfants (item 5), qui peut dominer la réponse émotionnelle au détriment de l'analyse de l'intention de Malo.

Bien dissocier les items 3 et 5 dans la cotation.

Troubles des apprentissages (langagiers)

Peu de spécificité attendue sur cet item si le texte est bien compris à l'oral ; utile comme item de contrôle montrant une ToM préservée.

S'assurer de la compréhension lexicale de « exprès » / « accident » avant de coter la réponse.

Trouble oppositionnel (TOP)

Item le plus directement informatif pour rechercher un biais d'attribution hostile (Dodge, 1980) : une réponse spontanée et assurée « il l'a fait exprès » malgré les indices contraires du texte, associée à une réponse à l'item 7 orientée vers la confrontation plutôt que la vérification.

Documenter le verbatim avec précision plutôt qu'une cotation binaire ; ne jamais interpréter cet item isolément — le croiser avec l'anamnèse comportementale et d'autres sources (parents, enseignants).


 

4. Scénarios 11-14 ans — mentalisation avancée

Le personnage protagoniste n'est plus l'ourson lui-même : l'ours raconte ici l'histoire d'adolescents, ce qui préserve la fonction médiatrice de l'objet transitionnel tout en restant écologiquement pertinent pour des collégiens. Ces scénarios sollicitent une mentalisation récursive, la détection de l'incohérence entre discours et acte, la lecture de dynamiques de groupe implicites, et un raisonnement moral impliquant des intentions multiples et une responsabilité partagée.


 

Scénario 11 ANS — « Le piège de Léa »

Domaine principal : Mentalisation récursive — stratégie de tromperie imbriquée (« double bluff »)

Texte raconté par l'ours

Léa en a assez que sa camarade Sacha copie systématiquement ses réponses pendant les contrôles. Pour lui donner une leçon, elle écrit délibérément une mauvaise réponse à la dernière question, en se disant que Sacha, comme toujours, va recopier ce qu'elle voit sur sa feuille.

Mais depuis quelques jours, Sacha se doute que Léa a repéré son manège. En voyant la réponse de Léa, elle se dit : « Et si elle avait fait ça exprès pour me piéger ? » Elle décide alors d'écrire l'inverse de ce qu'a écrit Léa.

Résultat : la réponse de Sacha, à l'inverse de celle de Léa, s'avère être la bonne réponse.

Questions d'évaluation

36.         [Compréhension littérale] Que fait Sacha pendant les contrôles, d'habitude ?

37.         [Intention stratégique] Pourquoi Léa écrit-elle une réponse fausse alors qu'elle connaît la bonne ?

38.         [ToM — anticipation d'autrui] Que pense Léa que Sacha va faire en voyant sa réponse ?

39.         [ToM récursive / double bluff] Pourquoi Sacha décide-t-elle finalement de ne pas copier la réponse de Léa ?

40.         [Mentalisation de 3ème niveau] Est-ce que Léa s'attendait à ce que Sacha se méfie d'elle à ce point ?

41.         [Inférence morale] Est-ce que ce que fait Léa est une « tricherie » comparable à celle de Sacha, ou est-ce différent ? Pourquoi ?

42.         [Empathie / perspective] Comment se sentirait Sacha si elle apprenait, après coup, que Léa avait fait exprès ?

43.         [Résolution] Que penses-tu que Léa devrait faire ensuite : le dire à la professeure, en parler directement à Sacha, ou ne rien dire ?

Grille d'observation différentielle

Population clinique

Ce qu'on peut observer

Point de vigilance

TSA

La compréhension du premier niveau (Léa piège Sacha) peut être acquise, mais le second niveau (Sacha se méfie et retourne le piège) demande d'attribuer une croyance sur une croyance sur une croyance — souvent hors de portée même chez un adolescent verbalement compétent, en raison du caractère purement inféré (non explicite) de la stratégie de Sacha.

Décomposer la question en étapes successives avant de conclure à un échec global ; ce type d'item objective un niveau fin de mentalisation, utile pour calibrer un accompagnement plutôt que pour étiqueter.

TDAH

Risque de réponse rapide et univoque à l'item 4 sans intégrer l'ensemble de la chaîne de raisonnement ; le récit à plusieurs niveaux imbriqués sollicite la mémoire de travail autant que la mentalisation.

Autoriser une relecture ciblée du deuxième paragraphe avant de coter ; ne pas confondre surcharge de mémoire de travail et déficit de théorie de l'esprit.

Troubles des apprentissages (langagiers)

La densité informationnelle du texte (deux stratégies imbriquées) peut excéder la capacité de traitement du langage oral, indépendamment du raisonnement social sous-jacent.

Proposer un support schématique (frise des événements) pour soutenir la compréhension avant d'évaluer le raisonnement lui-même.

Trouble oppositionnel (TOP)

Tendance possible à ne retenir que le registre de la règle transgressée (« copier, c'est interdit ; tricher aussi ») au détriment de l'analyse fine des intentions réciproques ; item 6 particulièrement informatif sur ce point.

Vérifier si l'enfant peut, avec relance, articuler les deux niveaux d'intention plutôt que de s'arrêter au jugement normatif global.


 

Scénario 12 ANS — « Le discours de Nathan »

Domaine principal : Détection de l'hypocrisie — cohérence discours/comportement et réputation sociale

Texte raconté par l'ours

Nathan, délégué de la classe, a fait un discours devant tout le monde : « On ne doit jamais se moquer des gens derrière leur dos, c'est une trahison de la confiance. » Tout le monde a applaudi.

Le même après-midi, dans la cour, Nathan rigole avec ses copains des baskets un peu usées de Camille, une élève de la classe qui n'est pas là pour l'entendre.

Le lendemain, quelqu'un raconte à Camille ce que Nathan a dit sur ses baskets.

Questions d'évaluation

44.         [Compréhension littérale] Qu'a dit Nathan pendant son discours ?

45.         [Détection de l'hypocrisie] Est-ce que ce que fait Nathan dans la cour correspond à ce qu'il a dit dans son discours ?

46.         [ToM — cohérence interne] Comment expliquer que Nathan puisse dire une chose et faire l'inverse le même jour ?

47.         [Reconnaissance émotion] Comment se sent Camille en apprenant ce que Nathan a dit sur elle ?

48.         [Inférence sur la réputation] Qu'est-ce que les autres élèves risquent de penser de Nathan s'ils apprennent toute l'histoire ?

49.         [Perspective de Nathan] Si on demandait à Nathan pourquoi il a fait ça, que dirait-il probablement pour se justifier ?

50.         [Empathie / réparation] Que pourrait faire Nathan pour réparer les choses avec Camille ?

51.         [Synthèse discursive] En une phrase, qu'est-ce qui n'est pas cohérent dans l'histoire de Nathan ?

Grille d'observation différentielle

Population clinique

Ce qu'on peut observer

Point de vigilance

TSA

La détection de l'incohérence discours/acte (item 2) est souvent bien réussie, car elle repose sur une comparaison logique explicite ; en revanche l'item 3 (comprendre le mécanisme social qui permet cette incohérence — pression du groupe, désir de faire rire) peut rester abstrait.

Séparer clairement la détection de l'incohérence (souvent préservée) de sa mise en contexte social (souvent plus coûteuse) dans la cotation.

TDAH

Bonne détection de l'incohérence et de l'émotion de Camille, mais item 7 (réparation) parfois traité de façon expéditive ou peu réaliste faute de planification.

Encourager l'élaboration d'une réponse en plusieurs étapes plutôt que de coter la première idée venue.

Troubles des apprentissages (langagiers)

L'item 8 (synthèse en une phrase) est le plus exigeant sur le plan de la formulation condensée ; une compréhension par ailleurs correcte peut échouer sur ce seul item.

Accepter une formulation longue ou approximative si elle traduit la compréhension ; ne pas coter la concision elle-même.

Trouble oppositionnel (TOP)

Risque d'une lecture univoque et sévère de Nathan (« il est hypocrite, un point c'est tout ») sans nuance sur les mécanismes de groupe, mais avec parfois une identification marquée à Camille et une demande de sanction pour Nathan.

Observer si l'enfant peut envisager l'item 6 (perspective de Nathan) sans le disqualifier d'emblée — cet exercice de décentration est l'objectif clinique de l'item.


 

Scénario 13 ANS — « Le groupe à trois »

Domaine principal : Lecture des dynamiques d'exclusion sociale implicite — indices non explicites

Texte raconté par l'ours

Inès, Maya et Chloé ont toujours un groupe de messages à trois. Un jour, Inès crée un nouveau groupe avec Maya seulement, « pour préparer un cadeau surprise », sans rien dire à Chloé.

Mais dans ce nouveau groupe, Inès et Maya parlent aussi d'autres sujets sans Chloé, et se mettent à rigoler ensemble en cours sans l'inclure, comme avant.

Chloé remarque que ses deux amies chuchotent, rigolent à des blagues qu'elle ne comprend pas, et la regardent parfois en biais avant de se retourner vite.

Questions d'évaluation

52.         [Compréhension littérale] Qui a créé le nouveau groupe de messages, et avec qui ?

53.         [Inférence sur indices sociaux] Qu'est-ce qui, dans l'attitude d'Inès et Maya, peut faire penser à Chloé qu'il se passe quelque chose ?

54.         [ToM — perspective de Chloé] Que peut penser Chloé en les voyant chuchoter et la regarder ?

55.         [ToM — perspective d'Inès et Maya] Est-ce qu'Inès et Maya se rendent forcément compte de l'effet que ça produit sur Chloé ?

56.         [Reconnaissance émotion] Que ressent probablement Chloé dans cette situation ?

57.         [Distinction intention/malveillance] Est-ce qu'Inès et Maya ont forcément l'intention d'exclure Chloé, ou est-ce que cela peut arriver sans qu'elles le veuillent vraiment ?

58.         [Empathie / résolution] Si tu étais Chloé, comment pourrais-tu vérifier ce qui se passe sans te fâcher tout de suite ?

59.         [Empathie / perspective inverse] Et si tu étais Inès, que ferais-tu pour que Chloé ne se sente pas exclue ?

Grille d'observation différentielle

Population clinique

Ce qu'on peut observer

Point de vigilance

TSA

Les indices d'exclusion sont ici entièrement non verbaux et implicites (chuchotements, regards, absence d'explication) ; leur détection et leur interprétation sociale (items 2-3) constituent souvent la difficulté centrale, alors que la question factuelle (item 1) est sans difficulté.

Si l'enfant ne repère pas les indices spontanément, les énumérer un par un pour évaluer sa capacité à en tirer une inférence sociale une fois l'attention orientée.

TDAH

Détection des indices sociaux souvent correcte, mais réponse à l'item 6 parfois tranchée trop vite dans un sens ou l'autre (soit « elles le font exprès », soit « ce n'est rien ») sans réelle pesée des deux hypothèses.

Demander explicitement les arguments pour chaque hypothèse avant de coter la nuance de la réponse.

Troubles des apprentissages (langagiers)

Scénario reposant peu sur le vocabulaire complexe et beaucoup sur l'inférence sociale ; bon item de contrôle pour objectiver une compétence sociale préservée malgré des difficultés langagières par ailleurs.

S'assurer que le terme « exclusion » n'a pas besoin d'être connu de l'enfant — il suffit qu'il décrive la situation avec ses propres mots.

Trouble oppositionnel (TOP)

Risque d'attribution d'une intention hostile délibérée à Inès et Maya (item 6) dès le premier indice ambigu, avec une réponse à l'item 7 orientée vers la confrontation directe plutôt que la clarification.

Comparer la réponse au fait que le texte ne tranche pas explicitement l'intention ; documenter si l'enfant envisage spontanément l'hypothèse non malveillante de l'item 6.


 

Scénario 14 ANS — « La rumeur »

Domaine principal : Fiabilité de l'information, intentions multiples et diffusion de la responsabilité

Texte raconté par l'ours

Sur le groupe de discussion de l'équipe de sport, une rumeur commence à circuler : quelqu'un affirme, sans aucune preuve, que Yanis aurait triché à son dernier contrôle de mathématiques. Personne ne sait vraiment qui a lancé cette rumeur en premier.

Certains commencent à en rire dans le groupe ; d'autres la font simplement circuler « pour prévenir », sans se demander si c'est vrai.

Léo, qui est ami avec Yanis, voit le message. Il sait que Yanis a eu du mal en maths ce trimestre, mais rien qui prouve une tricherie. Léo hésite entre répondre dans le groupe pour défendre Yanis, lui envoyer un message privé pour le prévenir, ignorer le message, ou en parler à un adulte.

Questions d'évaluation

60.         [Compréhension littérale] Qu'est-ce qui circule dans le groupe de discussion ?

61.         [Inférence — fiabilité de l'information] Est-ce que la rumeur repose sur une preuve ? Comment le sais-tu ?

62.         [ToM — intentions multiples] Est-ce que tous ceux qui font circuler la rumeur ont la même intention (se moquer, prévenir, ne pas réfléchir) ?

63.         [Reconnaissance émotion] Comment se sentirait Yanis s'il voyait ce message ?

64.         [Perspective / mise à la place] Pourquoi Léo hésite-t-il autant, à ton avis ?

65.         [Raisonnement moral complexe] Quels sont les avantages et les risques de chacune des quatre options de Léo (répondre publiquement, message privé, ignorer, parler à un adulte) ?

66.         [Attribution de responsabilité] Est-ce que la personne qui « fait juste circuler » la rumeur sans la croire est aussi responsable que celle qui l'a inventée ?

67.         [Décision argumentée] Que ferais-tu à la place de Léo ? Justifie ta réponse.

Grille d'observation différentielle

Population clinique

Ce qu'on peut observer

Point de vigilance

TSA

L'évaluation de la fiabilité de l'information (item 2) est souvent bien réussie si elle est posée de façon explicite, mais l'item 3 (intentions différentes derrière un même comportement de partage) peut être difficile à concevoir : tendance à attribuer une intention unique et uniforme à tout le groupe.

Décomposer le groupe en sous-catégories nommées dans le texte (ceux qui rient / ceux qui préviennent) pour évaluer la capacité à différencier les intentions une fois celles-ci rendues explicites.

TDAH

Bonne compréhension du dilemme, mais item 8 parfois résolu par la première option venue à l'esprit (souvent la réponse publique immédiate, la plus impulsive) sans peser les options de l'item 6.

Faire verbaliser explicitement les quatre options avant de demander la décision finale, pour évaluer le raisonnement et pas seulement le réflexe.

Troubles des apprentissages (langagiers)

Scénario dense en options et en enjeux abstraits (responsabilité, preuve, réputation) ; le raisonnement moral peut être intact alors que sa formulation reste minimale.

Proposer les quatre options de l'item 6 comme un choix guidé plutôt qu'une génération libre, pour alléger la charge langagière sans appauvrir l'évaluation du raisonnement.

Trouble oppositionnel (TOP)

Item 7 (responsabilité de celui qui relaie sans y croire) est particulièrement informatif : une minimisation systématique de sa propre responsabilité potentielle dans des situations analogues, ou au contraire une condamnation univoque et rigide de tous les acteurs sans nuance, sont deux profils de réponse à documenter.

Recueillir le raisonnement complet plutôt que la seule conclusion ; croiser avec la manière dont l'enfant/l'adolescent rapporte gérer des situations de groupe similaires dans sa propre vie.


 

5. Scénarios 15-22 ans — cognition sociale à l’adolescence et au jeune âge adulte

Ces scénarios prolongent la progression développementale par des situations écologiquement pertinentes : identité numérique, loyauté, consentement à la diffusion d’informations personnelles, ambiguïté relationnelle, normes de groupe, responsabilité institutionnelle et arbitrage entre valeurs concurrentes. Ils restent des supports qualitatifs et ne constituent pas des épreuves normées.

eune

Scénario 15 ANS — « La capture d’écran »

Domaine principal : Audience numérique, confidentialité et responsabilité de transmission

Salomé confie par message privé à Amir qu’elle est très anxieuse avant un exposé. Pour demander conseil, Amir transmet une capture d’écran à deux amis, sans intention de se moquer. L’un d’eux la transfère ailleurs. Le lendemain, plusieurs élèves sont au courant.

Questions d’évaluation

1.       Qu’a fait Amir ?

2.       Voulait-il nuire à Salomé ?

3.       Pouvait-il prévoir une diffusion plus large ?

4.       Un échange privé peut-il être partagé sans accord ?

5.       Que peut ressentir Salomé ?

6.       Qui est responsable, et à quel degré ?

7.       Comment Amir pourrait-il réparer la situation ?

8.       Comment aurait-il pu demander conseil autrement ?

Repères : distinguer intention, prévisibilité des conséquences, consentement et responsabilité cumulative.


 

Scénario 16 ANS — « La blague du groupe »

Domaine principal : Humour ambigu, appartenance au groupe et effet sur autrui

Lucas imite souvent la façon de parler de Noé. Tout le monde rit, y compris Noé au début. Depuis quelque temps, Noé sourit encore mais participe moins et quitte parfois la conversation. Lucas dit : « S’il riait, c’est que ça ne le dérangeait pas. »

Questions d’évaluation

1.       Que fait Lucas ?

2.       Le rire de Noé prouve-t-il qu’il apprécie la blague ?

3.       Quels indices suggèrent un malaise ?

4.       Pourquoi Noé peut-il rire malgré ce malaise ?

5.       Quand une plaisanterie devient-elle problématique ?

6.       Que peuvent penser les témoins ?

7.       Comment Lucas peut-il vérifier l’effet de ses blagues ?

8.       Comment un témoin peut-il intervenir sans l’humilier ?

Repères : intégrer des indices contradictoires et distinguer intention, réception et effet de groupe.


 

Scénario 17 ANS — « Le silence de Jade »

Domaine principal : Ambiguïté relationnelle et révision d’hypothèses

Après une discussion animée, Jade ne répond plus aux messages de Maël pendant deux jours. Maël pense qu’elle cherche à le punir et le raconte à un ami. Il apprend ensuite que Jade a perdu son téléphone et traverse une semaine familiale difficile.

Questions d’évaluation

1.       Quelle explication Maël donne-t-il au silence ?

2.       Était-elle certaine ?

3.       Quelles autres hypothèses pouvait-il envisager ?

4.       Pourquoi sa première interprétation semblait-elle plausible ?

5.       Que changent les nouvelles informations ?

6.       Comment Jade peut-elle recevoir ce que Maël a raconté ?

7.       Comment Maël peut-il corriger la situation ?

8.       Quelle règle tirer de cette histoire ?

Repères : tolérance à l’incertitude, hypothèses alternatives et révision d’une attribution initiale.


 

Scénario 18 ANS — « Le projet commun »

Domaine principal : Coordination des perspectives, équité et contribution invisible

Quatre étudiants préparent un dossier. Zoé rédige beaucoup, Sami organise les rendez-vous, Élias vérifie les sources et Lina repère une erreur importante la veille du rendu. Pendant la présentation, Zoé affirme qu’elle a « presque tout fait » parce que son texte occupe le plus de pages.

Questions d’évaluation

1.       Qu’a apporté chaque personne ?

2.       Pourquoi Zoé pense-t-elle avoir le plus travaillé ?

3.       Son impression suffit-elle à établir ce qui est équitable ?

4.       Quelles contributions sont moins visibles ?

5.       Comment les autres peuvent-ils se sentir ?

6.       Comment reconnaître l’effort de Zoé sans nier celui des autres ?

7.       Que devrait dire le groupe pendant la présentation ?

8.       Comment prévenir ce conflit ?

Repères : décentration, prise en compte du travail invisible et solution distributive argumentée.


 

Scénario 19 ANS — « Le message du responsable »

Domaine principal : Communication indirecte, hiérarchie et interprétation pragmatique

Lors d’un stage, le responsable écrit à Ana : « Quand tu auras un moment, pourrais-tu reprendre la conclusion ? » Ana pense que ce n’est pas urgent et attend deux jours. Le responsable s’étonne ensuite que le travail ne soit pas terminé, car il espérait le présenter le lendemain.

 

Questions d’évaluation

1.       Que demandait explicitement le responsable ?

2.       Pourquoi Ana a-t-elle pensé que ce n’était pas urgent ?

3.       Pourquoi le responsable a-t-il formulé sa demande ainsi ?

4.       Qui connaissait l’échéance ?

5.       Peut-on attribuer tout le malentendu à Ana ?

6.       Comment chacun peut-il comprendre l’autre ?

7.       Quelle clarification Ana aurait-elle pu demander ?

8.       Comment rendre la demande plus claire ?

Repères : lecture de l’implicite hiérarchique et attribution équilibrée de responsabilité.


 

Scénario 20 ANS — « Le secret utile »

Domaine principal : Conflit de loyauté, confidentialité et protection d’autrui

Mehdi confie à Clara qu’il envisage d’abandonner sa formation parce qu’il se sent dépassé. Il lui demande de n’en parler à personne. Clara remarque qu’il manque plusieurs cours et craint qu’il perde sa place. Elle hésite entre respecter strictement le secret, l’encourager à demander de l’aide ou contacter un référent.

 

Questions d’évaluation

1.       Qu’a demandé Mehdi ?

2.       Pourquoi Clara hésite-t-elle ?

3.       Quelles valeurs entrent en conflit ?

4.       Quelles conséquences chaque option peut-elle avoir ?

5.       Que ressentirait Mehdi si Clara parlait sans le prévenir ?

6.       Quand un secret peut-il devoir être partagé ?

7.       Quelle solution respecte le mieux son autonomie ?

8.       Comment Clara pourrait-elle expliquer sa décision ?

Repères : hiérarchisation des valeurs, proportionnalité et maintien de l’alliance.


 

Scénario 21 ANS — « La décision de l’association »

Domaine principal : Normes collectives, influence sociale et responsabilité partagée

Une association étudiante doit choisir entre financer un événement très visible ou un dispositif d’aide moins spectaculaire. En réunion, plusieurs membres soutiennent publiquement l’événement parce qu’ils pensent que la majorité le souhaite. Au vote secret, le dispositif d’aide l’emporte largement.

 

Questions d’évaluation

1.       Quelles étaient les deux options ?

2.       Pourquoi certains soutenaient-ils publiquement l’événement ?

3.       Que révèle le vote secret ?

4.       Comment chacun a-t-il pu se tromper sur l’avis du groupe ?

5.       S’agit-il d’hypocrisie, de prudence ou d’autre chose ?

6.       Quels effets cette dynamique peut-elle avoir ?

7.       Comment organiser une discussion plus sincère ?

8.       Qui porte la responsabilité d’une mauvaise décision collective ?

Repères : ignorance pluraliste, distinction conviction/conformité et responsabilité systémique.


 

Scénario 22 ANS — « Le choix de Nora »

Domaine principal : Décision complexe, conséquences différées et perspectives institutionnelles

Nora découvre une erreur dans un rapport préparé par son équipe. L’erreur ne change pas la conclusion générale, mais la corriger retardera l’envoi et peut faire perdre une opportunité. Son responsable lui dit : « À toi de voir, mais nous comptons sur ce dossier aujourd’hui. » Un collègue conseille de ne rien dire puisque personne ne s’en apercevra probablement.

 

Questions d’évaluation

1.       Quel problème Nora découvre-t-elle ?

2.       Quelles pressions s’exercent sur elle ?

3.       Que signifie probablement « à toi de voir » ?

4.       Quelles intentions peut avoir le collègue ?

5.       Qui subirait les conséquences, maintenant et plus tard ?

6.       Le fait que la conclusion reste inchangée modifie-t-il la décision ?

7.       Quelle responsabilité revient à Nora, au responsable et à l’équipe ?

8.       Que devrait faire Nora et comment l’expliquer ?

Repères : perspectives individuelles et institutionnelles, temporalité des conséquences et argumentation éthique.


 

6. Grille de synthèse transversale

À reporter après passation des scénarios administrés, pour visualiser le profil de l'enfant ou de l'adolescent à travers les domaines et, le cas échéant, son évolution d'un âge/scénario à l'autre.

Tranche 6-10 ans

Domaine évalué

6 ans

7 ans

8 ans

9 ans

10 ans

Compréhension littérale

____

____

____

____

____

Inférence à partir d'indices

____

____

____

____

____

Théorie de l'esprit — 1er ordre

____

____

____

____

____

Théorie de l'esprit — 2nd ordre

____

____

____

____

____

Reconnaissance des émotions d'autrui

____

____

____

____

____

Pragmatique / sens non littéral

____

____

____

____

____

Empathie cognitive et affective

____

____

____

____

____

Attribution d'intention

____

____

____

____

____

Tranche 11-14 ans

Domaine évalué

11 ans

12 ans

13 ans

14 ans

Compréhension littérale

____

____

____

____

Mentalisation récursive (3e ordre)

____

____

____

____

Détection de l'hypocrisie / incohérence

____

____

____

____

Lecture des dynamiques de groupe implicites

____

____

____

____

Reconnaissance émotionnelle

____

____

____

____

Raisonnement moral nuancé / responsabilité partagée

____

____

____

____

Empathie à perspectives multiples

____

____

____

____

Décision argumentée

____

____

____

____

Légende de cotation : 0 = réponse absente ou hors sujet — 1 = réponse partielle ou concrète, nécessitant relance — 2 = réponse adaptée, mentalisante, justifiée par un indice du récit.

Tranche 15-18 ans

Domaine analysé

15 ans

16 ans

17 ans

18 ans

Compréhension de la situation

____

____

____

____

Attribution d’intention

____

____

____

____

Prise de perspective et hypothèses alternatives

____

____

____

____

Reconnaissance émotionnelle

____

____

____

____

Normes implicites et contexte social

____

____

____

____

Responsabilité et équité

____

____

____

____

Réparation ou résolution proposée

____

____

____

____

 

Tranche 19-22 ans

Domaine analysé

19 ans

20 ans

21 ans

22 ans

Compréhension de l’implicite

____

____

____

____

Coordination de perspectives multiples

____

____

____

____

Hiérarchisation des valeurs

____

____

____

____

Influence du groupe ou de la hiérarchie

____

____

____

____

Responsabilité individuelle et collective

____

____

____

____

Anticipation des conséquences différées

____

____

____

____

Décision argumentée et communication

____

____

____

____

Cotation proposée : 0 = réponse absente ou hors sujet ; 1 = réponse partielle, concrète ou nécessitant une relance ; 2 = réponse nuancée, mentalisante et argumentée à partir des éléments du scénario.

7. Limites et perspectives

Cet outil est présenté dans une version non définitive et n'a fait l'objet, à ce stade, d'aucune étude de validation. Plusieurs étapes restent nécessaires avant tout usage au-delà du cadre exploratoire : étude de l'accord inter-juges sur la cotation qualitative, comparaison des scores obtenus à ceux des échelles validées (Reading the Mind in the Eyes Test, Movie for the Assessment of Social Cognition, Strange Stories, test des faux pas), et constitution de normes par âge sur un échantillon suffisant.

La grille d'observation différentielle ne constitue en aucun cas un instrument diagnostique : les patterns de réponse qu'elle décrit sont des tendances de groupe rapportées dans la littérature et ne permettent, à l'échelle d'un enfant donné, que de documenter une hypothèse clinique à confronter à l'ensemble du bilan (anamnèse, observation directe, échelles standardisées, informations scolaires et familiales).

8. Références bibliographiques

Baron-Cohen, S., O'Riordan, M., Stone, V., Jones, R., & Plaisted, K. (1999). Recognition of faux pas by normally developing children and children with Asperger syndrome or high-functioning autism. Journal of Autism and Developmental Disorders, 29(5), 407-418.

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Dr. Claude Jean Paris, Psychiatre et Pédopsychiatre — Centre Médical Desfeux, Boulogne-Billancourt — Modèle BPS-E, 2026.

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