ARTICLE SCIENTIFIQUE
0259 Méthylphénidate et appétit dans le
modèle BPS-E :
mécanismes, différences galéniques et
nouvelles alternatives amphétaminiques (Xurta®, Tentin®)
Dr. Claude Jean Paris
Psychiatre et Pédopsychiatre, Boulogne-Billancourt
Paris et al., 2026 | Modèle BPS-E —
Biopsychosocial-Écologique
RÉSUMÉ
Contexte.
La
diminution de l'appétit est l'effet indésirable le plus fréquemment rapporté
sous méthylphénidate, principal traitement pharmacologique du trouble déficit
de l'attention/hyperactivité (TDAH) en France. Sa gestion conditionne largement
l'observance et la qualité de vie de l'enfant, de l'adolescent et de l'adulte
traités. Objectif. Analyser, à travers le modèle
biopsychosocial-écologique (BPS-E, Paris et al., 2026), les mécanismes de
l'effet anorexigène du méthylphénidate, les différences entre formes
galéniques, les stratégies de prise en charge multidimensionnelle, et situer
les deux nouvelles spécialités amphétaminiques disponibles en France depuis
2025 — Xurta® (lisdexamfétamine) et Tentin® (dexamphétamine) — dans cette
problématique. Méthode. Revue narrative de la littérature (PubMed,
Encéphale, HAS, ANSM, Vidal, Prescrire) centrée sur les données de
pharmacologie clinique et de pratique, intégrées dans la grille de lecture
BPS-E à quatre dimensions. Résultats. L'effet anorexigène du
méthylphénidate implique une hyperactivation dopaminergique et noradrénergique
frontale et insulaire, avec une composante de dégoût alimentaire plutôt qu'une
simple satiété précoce. Il touche environ un enfant traité sur quatre, prédomine
les trois à six premiers mois, et diffère selon la forme galénique utilisée.
Les molécules amphétaminiques de seconde ligne, plus puissantes sur le plan
dopaminergique, exposent à un risque anorexigène au moins comparable, sans
données comparatives directes disponibles à ce jour. Conclusion. La
prise en charge de l'appétit sous psychostimulant ne peut se limiter à un
ajustement posologique : elle requiert une approche BPS-E intégrée associant
surveillance biologique, accompagnement psychologique, adaptation
nutritionnelle concrète et coordination écologique avec la famille et l'école.
Mots-clés
: méthylphénidate
; TDAH ; appétit ; anorexigène ; croissance ; lisdexamfétamine ; dexamphétamine
; Xurta ; Tentin ; modèle BPS-E.
1.
Introduction : un effet indésirable central en pratique quotidienne
Le
méthylphénidate demeure, en 2026, le traitement psychostimulant de première
ligne du trouble déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) en
France, et le seul disposant d'un recul d'usage de plusieurs décennies (Haute
Autorité de Santé [HAS], 2014). Son efficacité sur les symptômes cardinaux du
TDAH — inattention, hyperactivité, impulsivité — est solidement établie
(Cortese et al., 2018), mais son profil de tolérance conditionne fortement
l'adhésion thérapeutique au long cours. Parmi les effets indésirables, la
diminution de l'appétit occupe une place particulière : elle est l'un des
motifs les plus fréquents de consultation intercurrente, d'inquiétude
parentale, voire d'arrêt prématuré du traitement (e-psychiatrie.fr, 2026).
Ce constat
clinique appelle une réponse qui dépasse le simple ajustement de dose. Dans le
cadre du modèle BPS-E (biopsychosocial-écologique, Paris et al., 2026),
extension du modèle d'Engel (1977) intégrant une quatrième dimension
nutritionnelle, de mode de vie et écologique/sociale, la gestion de l'appétit
sous psychostimulant constitue un cas d'école : elle mobilise simultanément la
pharmacologie (dimension biologique), le vécu du corps et de la restriction
alimentaire (dimension psychologique), les stratégies concrètes d'apport
calorique (dimension nutritionnelle) et l'organisation des repas en milieu
scolaire et familial (dimension écologique et sociale).
Le présent
article se propose (1) de détailler les mécanismes neurobiologiques de l'effet
anorexigène du méthylphénidate, (2) de comparer les différentes formes
galéniques quant à leur retentissement sur l'appétit, (3) de structurer une
prise en charge BPS-E multidimensionnelle, et (4) de situer les deux nouvelles
alternatives amphétaminiques disponibles en France depuis 2025 — Xurta®
(lisdexamfétamine) et Tentin® (dexamphétamine) — au regard de cette
problématique spécifique.
2.
Mécanismes neurobiologiques de l'effet anorexigène
Le
méthylphénidate agit comme inhibiteur mixte de la recapture de la dopamine et
de la noradrénaline, par blocage allostérique de leurs transporteurs
présynaptiques (DAT et NET), sans provoquer la libération massive de
neuromédiateurs propre aux amphétamines (pharmacomedicale.org ; Wikipédia,
2026). Cette augmentation de la disponibilité synaptique de dopamine et de
noradrénaline concerne notamment le cortex frontal et le lobe insulaire (Bou
Khalil et al., 2017).
Le lobe
insulaire joue un rôle central dans l'intégration des signaux intéroceptifs,
dont la sensation de dégoût. Selon la revue de Bou Khalil et al. (2017),
l'activité intracérébrale du méthylphénidate serait incriminée dans le
dérèglement de l'appétit à travers une stimulation de cette sensation de dégoût
plutôt que par un mécanisme de satiété physiologique classique — ce qui
explique en partie pourquoi certains enfants décrivent une aversion active pour
la nourriture plutôt qu'une simple absence de faim. L'effet anorexigène a par
ailleurs été démontré dans des études précliniques, bien que les doses et voies
d'administration diffèrent significativement entre modèles animaux et usage
clinique humain (Bou Khalil et al., 2017).
Chez
l'adulte sain, Davis et al. (2012) ont montré que la suppression de l'appétit
et de la prise alimentaire sous méthylphénidate est modulée par le sexe et le
statut pondéral initial, suggérant une composante individuelle non négligeable
dans la réponse anorexigène — élément à intégrer dans l'anamnèse BPS-E initiale
plutôt que d'anticiper un effet uniforme chez tous les patients.
3.
Données cliniques : ampleur, chronologie et croissance
Sur le plan
épidémiologique, la première méta-analyse ayant évalué l'effet des
psychostimulants sur le poids, publiée en 1982, rapportait une perte pondérale
chez les sujets traités (Bou Khalil et al., 2017). Une méta-analyse ultérieure
portant spécifiquement sur le risque de diminution de l'appétit a estimé
qu'environ un enfant traité sur quatre était concerné (Bou Khalil et al.,
2017). Cliniquement, la perte de poids prédomine durant les trois à six
premiers mois de traitement, avec une tendance des courbes pondérales à
rejoindre progressivement celles des sujets non traités dans les années
suivantes — l'effet anorexigène du méthylphénidate ne persistant pas
indéfiniment à l'identique (Bou Khalil et al., 2017).
Le
retentissement statural fait l'objet d'un suivi spécifique. Le ralentissement
de la vitesse de croissance sous psychostimulant est dose-dépendant et
réversible à la diminution ou à l'arrêt du traitement, voire spontanément avec
la poursuite du traitement (Association française de pédiatrie ambulatoire
[AFPA], 2023). Le suivi longitudinal de la cohorte MTA (Multimodal Treatment of
ADHD) a objectivé un ralentissement transitoire de la croissance staturale sous
traitement continu, sans retentissement définitif documenté sur la taille
adulte dans la majorité des cas (MTA Cooperative Group, 2004 ; Swanson et al.,
2007). Ces données justifient une surveillance auxologique régulière (courbes
de poids et de taille) plutôt qu'une inquiétude disproportionnée, tout en
légitimant une action nutritionnelle précoce.
|
⚠ Point de vigilance clinique ▸ Une perte de poids
> 10 % du poids initial, un fléchissement net et durable de la courbe
staturale (croisement de plus d'un couloir), ou l'apparition de conduites de
restriction volontaire doivent faire réévaluer la posologie, la forme
galénique, voire suspendre transitoirement le traitement (fenêtre
thérapeutique). ▸ Une évaluation
pédiatrique ou endocrinologique est recommandée en cas de retentissement
staturo-pondéral persistant au-delà de 12 mois (AFPA, 2023). |
4.
Formes galéniques : un retentissement différentiel sur l'appétit
Le
méthylphénidate est commercialisé en France sous forme à libération immédiate
(LI — RITALINE®) et sous plusieurs formes à libération prolongée ou modifiée
(RITALINE LP®, QUASYM LP®, CONCERTA LP®, MEDIKINET LM®), dont les profils
pharmacocinétiques diffèrent sensiblement (e-psychiatrie.fr, 2026 ;
pharmacomedicale.org).
4.1 Profil
pharmacocinétique comparé
• Forme LI (Ritaline®) : résorption rapide et
quasi complète, pic plasmatique (Tmax) à environ 2 heures, durée d'action de 3
à 4 heures. La perte d'appétit est typiquement ponctuelle, concentrée sur la
fenêtre d'action, classiquement au moment du déjeuner si la prise du matin a
lieu avant l'école (e-psychiatrie.fr, 2026 ; praxis-suchtmedizin.ch, 2023).
• Formes LP biphasiques (Quasym LP®, Ritaline
LP®, Medikinet LM®) : un premier pic comparable à la forme LI puis une seconde
élévation plasmatique au cours de la journée, prolongeant la couverture
symptomatique mais aussi la fenêtre d'anorexie, avec un possible retentissement
sur le repas du soir (pharmacomedicale.org).
• Forme OROS (Concerta LP®) : système de
diffusion osmotique procurant une libération progressive et un pic plasmatique
décalé en fin de journée ; la quantité totale absorbée sur 24h avec une prise
unique est comparable à une administration biquotidienne de forme LI, mais la
couverture continue peut atténuer les fenêtres de « rebond » de faim observées
avec les formes biphasiques (e-psychiatrie.fr, 2026).
En pratique
clinique, il est recommandé de tester plusieurs formes galéniques et plusieurs
dosages avant de conclure à un échec thérapeutique ou à une intolérance
définitive (Genève — Comparaison des formes de méthylphénidate, s.d.), les
effets secondaires — dont la diminution de l'appétit — étant généralement
bénins et tendant à s'atténuer avec le temps malgré la poursuite du traitement.
Le choix de la galénique et de sa répartition horaire doit être individualisé
selon le profil scolaire et familial de l'enfant : une forme dont l'effet
anorexigène se concentre sur le déjeuner scolaire (souvent moins investi
affectivement) peut être préférable à une forme empiétant sur le dîner
familial.
|
Forme |
Pic
plasmatique |
Durée
d'action |
Fenêtre
d'anorexie typique |
Repas le
plus exposé |
|
LI (Ritaline®) |
~2 h |
3–4 h |
Milieu de
journée |
Déjeuner |
|
LP biphasique
(Quasym®, Medikinet LM®) |
2 pics (matin
+ après-midi) |
6–8 h |
Journée
entière |
Déjeuner et
goûter |
|
OROS (Concerta
LP®) |
Progressif,
décalé |
10–12 h |
Fin de journée |
Goûter,
parfois dîner |
Tableau 1 —
Profils pharmacocinétiques comparés et retentissement différentiel sur
l'appétit (synthèse à partir de e-psychiatrie.fr, 2026 ; pharmacomedicale.org)
5.
Grille de lecture BPS-E de l'appétit sous psychostimulant
La
restriction alimentaire sous méthylphénidate ne peut être réduite à un
phénomène pharmacologique isolé. Le modèle BPS-E invite à l'appréhender
simultanément dans ses quatre dimensions, chacune ouvrant sur des leviers
d'intervention spécifiques.
5.1 Dimension biologique
|
Dimension Biologique ▸ Surveillance
staturo-pondérale trimestrielle la première année (courbes de croissance,
IMC), puis semestrielle. ▸ Bilan
pré-thérapeutique standard : poids, taille, pression artérielle, fréquence
cardiaque, antécédents cardiovasculaires familiaux (HAS, 2014). ▸ Recherche de causes
organiques intercurrentes en cas de perte de poids disproportionnée par
rapport à la posologie (pathologie digestive, thyroïdienne). ▸ Fenêtres
thérapeutiques (arrêt de fin de semaine ou de vacances scolaires) à discuter
au cas par cas pour permettre une reprise pondérale partielle. |
5.2 Dimension
psychologique
|
Dimension Psychologique ▸ Explorer le vécu
subjectif de la perte d'appétit : dégoût actif plutôt que simple absence de
faim (Bou Khalil et al., 2017), susceptible d'être mal interprété par
l'enfant ou la famille comme un trouble du comportement alimentaire. ▸ Vigilance particulière
à l'adolescence, période de vulnérabilité aux troubles des conduites
alimentaires : différencier une anorexie pharmaco-induite d'une restriction
cognitive émergente. ▸ Prévenir la
stigmatisation autour du repas (« il ne mange rien », comparaisons avec la
fratrie) qui peut fragiliser l'estime de soi et la relation au corps. ▸ Valoriser les repas
comme temps relationnel plutôt que comme seul enjeu calorique, en associant
l'enfant au choix des collations de compensation. |
5.3 Dimension
nutritionnelle et mode de vie
|
Dimension Nutritionnelle & Mode de vie — stratégies
pratiques ▸ Petit-déjeuner copieux
et pris avant l'administration du psychostimulant (fenêtre où l'appétit est
encore intact), riche en protéines et lipides de bonne qualité. ▸ Collations denses en
calories aux moments de moindre effet pharmacologique (fin d'après-midi,
avant le coucher) : fruits secs, produits laitiers entiers, barres
énergétiques. ▸ Enrichissement discret
des repas (huile, fromage râpé, poudre de lait) plutôt que forcer les
quantités, source de conflits et d'aversion renforcée. ▸ Collaboration avec
un(e) diététicien(ne) en cas de perte de poids significative ou de
sélectivité alimentaire associée. ▸ Éviter de faire
coïncider le pic d'action du traitement avec le repas principal lorsque le
choix de la forme galénique le permet (cf. Tableau 1). |
5.4 Dimension écologique
et sociale
|
Dimension Écologique & Sociale ▸ Coordination avec
l'infirmière ou le personnel de cantine scolaire : signalement discret,
adaptation des portions, autorisation d'une collation en classe si besoin. ▸ Information des
enseignants sur le lien entre traitement et appétit, pour éviter des
remarques inadaptées en collectivité. ▸ Sensibilisation de la
fratrie et de l'entourage élargi afin d'éviter les comparaisons ou pressions
autour de la prise alimentaire. ▸ Prise en compte du
contexte socio-économique : les stratégies de compensation caloriques
(collations enrichies, aliments protéinés) ont un coût qui doit être anticipé
avec les familles en situation de précarité. |
6.
Les nouvelles alternatives amphétaminiques : Xurta® et Tentin®
Jusqu'en
2025, la France constituait une exception européenne en limitant les
traitements pharmacologiques du TDAH au seul méthylphénidate (Teddi-TDAH,
s.d.). Deux spécialités à base d'amphétamines ont depuis obtenu une
autorisation de mise sur le marché (AMM) en seconde ligne, après réponse
clinique jugée insuffisante au méthylphénidate : Xurta® (lisdexamfétamine) et
Tentin® (dexamphétamine).
6.1 Xurta®
(lisdexamfétamine)
Xurta®
contient du dimésylate de lisdexamfétamine, prodrogue inactive métabolisée en dexamfétamine,
sa forme active (Le Moniteur des Pharmacies, 2025). Il est indiqué chez
l'enfant à partir de 6 ans en seconde ligne après échec du méthylphénidate,
ainsi que chez l'adulte présentant un TDAH persistant depuis l'enfance (Vidal,
2025). Sa durée d'action prolongée, de l'ordre de 13 heures avec une dose
unique matinale, en fait une option pour les patients en échappement
thérapeutique tardif dans la journée (Vidal, 2025). Trois dosages sont
disponibles (20, 30 et 40 mg), avec une dose initiale recommandée de 30 mg par
jour (Vidal, 2025). Le médicament n'est à ce jour pas remboursé par l'Assurance
Maladie en France, le coût restant à la charge du patient (synapsetdah.fr,
2026).
6.2 Tentin®
(dexamphétamine)
Tentin®
contient du sulfate de dexamphétamine, psychostimulant amphétaminique
disponible en trois dosages (5, 10 et 20 mg) (Vidal, 2026). Contrairement à
Xurta®, son AMM est restreinte aux enfants et adolescents de 6 à 17 ans ; il
n'est pas indiqué chez l'adulte, la sécurité et l'efficacité n'ayant pas été
établies dans cette population (ANSM, RCP Tentin, 2025). La dose quotidienne
initiale recommandée est de 5 mg une à deux fois par jour, avec titration
hebdomadaire par paliers de 5 mg selon la tolérance, la dose maximale usuelle
étant de 20 mg/jour (ANSM, RCP Tentin, 2025). L'avis de la Commission de la
Transparence de la HAS (28 janvier 2026) a conclu à une absence d'amélioration
du service médical rendu (ASMR V) et à un service médical rendu jugé faible
(SMR V), avec un remboursement limité à 30 % (HAS, 2026 ; HyperSupers TDAH
France, 2026).
6.3 Profil comparé sur
l'appétit : que sait-on réellement ?
Sur le plan
pharmacologique, la dexamfétamine et la lisdexamfétamine appartiennent à la
classe des amphétaminiques stricts, dont le mécanisme d'action diffère de celui
du méthylphénidate : elles favorisent la libération de dopamine nouvellement
synthétisée dans la fente synaptique, en plus de l'inhibition de la recapture
(Wikipédia, Méthylphénidate, 2026). Cette action dopaminergique plus intense
est cohérente avec un potentiel anorexigène au moins équivalent, voire
supérieur, à celui du méthylphénidate — ce que suggère indirectement la
littérature nord-américaine sur les sels d'amphétamine, historiquement utilisés
comme coupe-faim avant leur retrait de cette indication.
Il est
essentiel de souligner ce que les autorités françaises rappellent explicitement
: il n'existe pas, à ce jour, de donnée comparative directe entre la
dexamfétamine (Tentin®) et sa prodrogue la lisdexamfétamine (Xurta®) concernant
leur tolérance respective, le choix entre les deux molécules reposant sur le
contexte clinique plutôt que sur une hiérarchie démontrée (HAS, Avis Tentin,
2026). La revue Prescrire (2025) souligne de même la nécessité de rester
prudent sur l'évaluation comparative de ces deux spécialités, récemment
introduites, dont le profil de tolérance à long terme — notamment
cardiovasculaire — reste à préciser (HAS, Avis Tentin, 2026).
En
pratique, l'absence de données long terme conduit à recommander, pour ces deux
molécules comme pour le méthylphénidate, une surveillance staturo-pondérale au
moins aussi rigoureuse, associée à un contrôle cardiologique renforcé
(fréquence cardiaque, pression artérielle à chaque ajustement, échographie
cardiaque en cas de doute), du fait des incertitudes sur les risques
d'hypertension artérielle pulmonaire et de valvulopathies inhérents à la classe
amphétaminique (HAS, Avis Tentin, 2026).
|
Critère |
Méthylphénidate |
Xurta®
(lisdexamfétamine) |
Tentin®
(dexamphétamine) |
Remarque |
|
Ligne de
traitement |
1ʳᵉ intention |
2ᵉ intention |
2ᵉ intention |
Après échec
MPH |
|
Âge autorisé |
6 ans +,
adulte |
6 ans +,
adulte |
6–17 ans
uniquement |
Tentin non
autorisé adulte |
|
Mécanisme |
Inhibition
recapture DA/NA |
Prodrogue →
dexamfétamine (libération + recapture) |
Amphétamine
directe (libération + recapture) |
Amphétaminiques
= potentiel anorexigène ≥ MPH |
|
Données
comparatives tolérance |
Recul > 40
ans |
Non comparées
formellement à Tentin |
Non comparées
formellement à Xurta |
Choix
clinique, non hiérarchisé (HAS, 2026) |
|
Remboursement |
Oui |
Non (2026) |
30 % (SMR V) |
Frein d'accès
pour Xurta |
Tableau 2 —
Comparaison synthétique méthylphénidate / Xurta® / Tentin® (HAS, 2026 ; Vidal,
2025-2026 ; Le Moniteur des Pharmacies, 2025)
7.
Vignette clinique illustrative (cas fictif)
⚠ Avertissement : la vignette suivante est entièrement
fictive. Toute ressemblance avec un patient réel serait fortuite.
Léo, 9
ans, est traité par méthylphénidate LP biphasique (Quasym LP® 20 mg le matin)
depuis quatre mois pour un TDAH à présentation combinée. Ses parents rapportent
qu'il « ne touche presque plus à son assiette » le midi et le goûter, avec une
perte de 1,8 kg documentée sur la courbe de croissance (passage du 50ᵉ au 25ᵉ
percentile). L'enseignante signale qu'il refuse systématiquement le plateau de
cantine.
L'évaluation
BPS-E retrouve : dimension Biologique — fléchissement pondéral modéré sans
franchissement de couloir majeur, pas de retentissement statural ; dimension
Psychologique — Léo décrit « une envie de vomir » plutôt qu'une absence de
faim, sans idées de restriction volontaire ni distorsion de l'image corporelle
; dimension Nutritionnelle — petit-déjeuner pris trop rapidement avant l'école,
aucune collation de compensation ; dimension Écologique — absence de
communication avec la cantine scolaire.
Conduite
recommandée : substitution par une forme OROS (Concerta LP®) permettant de
reporter le pic anorexigène en fin d'après-midi et de préserver l'appétit du
déjeuner ; enrichissement du petit-déjeuner (protéines, matières grasses) pris
avant la prise médicamenteuse ; mise en place d'une collation dense en calories
à 16h30 ; courrier de liaison à l'infirmière scolaire autorisant une collation
en classe si besoin ; réévaluation pondérale à six semaines. Aucun changement
de molécule n'est indiqué à ce stade, le méthylphénidate restant efficace sur
le plan attentionnel.
8.
Conduite pratique et arbre décisionnel
Face à une
diminution d'appétit sous psychostimulant, une démarche structurée en paliers
est proposée, cohérente avec la séquence OPERA du modèle BPS-E (Paris et al.,
2026) :
• Palier 1 — Optimisation nutritionnelle et
horaire : enrichissement du petit-déjeuner, collations de compensation,
ajustement de l'heure de prise par rapport aux repas.
• Palier 2 — Changement de forme galénique :
passage d'une forme biphasique à une forme OROS (ou inversement) pour déplacer
la fenêtre d'anorexie hors des repas principaux (cf. Tableau 1).
• Palier 3 — Ajustement posologique : réduction
de dose si le bénéfice attentionnel le permet, en évaluant le rapport
bénéfice/tolérance.
• Palier 4 — Fenêtre thérapeutique : arrêt de fin
de semaine ou de vacances scolaires, permettant une reprise pondérale partielle
sans compromettre le suivi scolaire.
• Palier 5 — Changement de molécule : discussion
d'un passage à une alternative amphétaminique (Xurta® ou Tentin®) uniquement en
cas d'échec attentionnel du méthylphénidate — non en cas de seule intolérance
sur l'appétit, ce changement n'apportant pas de garantie de meilleure tolérance
alimentaire.
9.
Limites et perspectives
Cette
synthèse comporte plusieurs limites. D'une part, les données de tolérance
comparée entre Xurta®, Tentin® et méthylphénidate sur le plan spécifique de
l'appétit restent parcellaires, ces deux spécialités étant commercialisées en
France depuis moins de deux ans au moment de la rédaction de cet article.
D'autre part, les mécanismes précis de l'effet anorexigène du méthylphénidate —
en particulier l'implication du lobe insulaire et de la sensation de dégoût —
reposent sur un nombre limité d'études, appelant une recherche
neurofonctionnelle complémentaire (Bou Khalil et al., 2017).
Une
perspective clinique importante concerne l'intégration systématique d'un volet
nutritionnel BPS-E dès l'introduction du traitement, plutôt qu'en réaction à
une perte de poids déjà installée — logique préventive cohérente avec l'esprit
du questionnaire Exalis développé dans le cadre du programme de recherche BPS-E
(Paris et al., 2026). Le suivi prospectif des cohortes de patients sous Xurta®
et Tentin® en pharmacovigilance française permettra, dans les prochaines
années, de préciser leur profil anorexigène réel en conditions de vie réelle.
10.
Conclusion
La
diminution de l'appétit sous méthylphénidate n'est ni anodine ni univoque :
elle résulte d'une hyperactivation dopaminergique et noradrénergique frontale
et insulaire, module selon la forme galénique utilisée, et retentit sur des
dimensions biologique, psychologique, nutritionnelle et écologique intriquées.
L'arrivée de Xurta® et Tentin® enrichit l'arsenal thérapeutique du TDAH en
seconde ligne, mais ne dispense pas d'une vigilance au moins équivalente sur le
plan pondéral et cardiovasculaire, en l'absence de données comparatives
établies. La grille BPS-E offre au clinicien un cadre structuré pour ne pas
réduire cette problématique à un simple ajustement posologique, et pour
mobiliser, autour de l'enfant ou de l'adulte traité, l'ensemble des ressources
familiales, scolaires et nutritionnelles disponibles.
En accord avec la devise du modèle BPS-E : « évaluer pour
comprendre, comprendre pour agir, agir en cohérence avec la complexité de la
personne ».
Conflits d'intérêts : L'auteur déclare ne pas avoir de liens d'intérêts.
Financement : aucun financement externe. Contribution : Dr. Claude Jean Paris —
conception, analyse et rédaction.
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Article soumis pour publication. Version 1.0 — Juillet 2026 —
Dr. Claude Jean Paris, Psychiatre et Pédopsychiatre, Boulogne-Billancourt.
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