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samedi 29 août 2026

0259 Méthylphénidate et appétit dans le modèle BPS-E :

 ARTICLE SCIENTIFIQUE

0259 Méthylphénidate et appétit dans le modèle BPS-E :

mécanismes, différences galéniques et nouvelles alternatives amphétaminiques (Xurta®, Tentin®)



Dr. Claude Jean Paris

Psychiatre et Pédopsychiatre, Boulogne-Billancourt

Paris et al., 2026 | Modèle BPS-E — Biopsychosocial-Écologique

RÉSUMÉ

Contexte. La diminution de l'appétit est l'effet indésirable le plus fréquemment rapporté sous méthylphénidate, principal traitement pharmacologique du trouble déficit de l'attention/hyperactivité (TDAH) en France. Sa gestion conditionne largement l'observance et la qualité de vie de l'enfant, de l'adolescent et de l'adulte traités. Objectif. Analyser, à travers le modèle biopsychosocial-écologique (BPS-E, Paris et al., 2026), les mécanismes de l'effet anorexigène du méthylphénidate, les différences entre formes galéniques, les stratégies de prise en charge multidimensionnelle, et situer les deux nouvelles spécialités amphétaminiques disponibles en France depuis 2025 — Xurta® (lisdexamfétamine) et Tentin® (dexamphétamine) — dans cette problématique. Méthode. Revue narrative de la littérature (PubMed, Encéphale, HAS, ANSM, Vidal, Prescrire) centrée sur les données de pharmacologie clinique et de pratique, intégrées dans la grille de lecture BPS-E à quatre dimensions. Résultats. L'effet anorexigène du méthylphénidate implique une hyperactivation dopaminergique et noradrénergique frontale et insulaire, avec une composante de dégoût alimentaire plutôt qu'une simple satiété précoce. Il touche environ un enfant traité sur quatre, prédomine les trois à six premiers mois, et diffère selon la forme galénique utilisée. Les molécules amphétaminiques de seconde ligne, plus puissantes sur le plan dopaminergique, exposent à un risque anorexigène au moins comparable, sans données comparatives directes disponibles à ce jour. Conclusion. La prise en charge de l'appétit sous psychostimulant ne peut se limiter à un ajustement posologique : elle requiert une approche BPS-E intégrée associant surveillance biologique, accompagnement psychologique, adaptation nutritionnelle concrète et coordination écologique avec la famille et l'école.

Mots-clés : méthylphénidate ; TDAH ; appétit ; anorexigène ; croissance ; lisdexamfétamine ; dexamphétamine ; Xurta ; Tentin ; modèle BPS-E.

1. Introduction : un effet indésirable central en pratique quotidienne

Le méthylphénidate demeure, en 2026, le traitement psychostimulant de première ligne du trouble déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) en France, et le seul disposant d'un recul d'usage de plusieurs décennies (Haute Autorité de Santé [HAS], 2014). Son efficacité sur les symptômes cardinaux du TDAH — inattention, hyperactivité, impulsivité — est solidement établie (Cortese et al., 2018), mais son profil de tolérance conditionne fortement l'adhésion thérapeutique au long cours. Parmi les effets indésirables, la diminution de l'appétit occupe une place particulière : elle est l'un des motifs les plus fréquents de consultation intercurrente, d'inquiétude parentale, voire d'arrêt prématuré du traitement (e-psychiatrie.fr, 2026).

Ce constat clinique appelle une réponse qui dépasse le simple ajustement de dose. Dans le cadre du modèle BPS-E (biopsychosocial-écologique, Paris et al., 2026), extension du modèle d'Engel (1977) intégrant une quatrième dimension nutritionnelle, de mode de vie et écologique/sociale, la gestion de l'appétit sous psychostimulant constitue un cas d'école : elle mobilise simultanément la pharmacologie (dimension biologique), le vécu du corps et de la restriction alimentaire (dimension psychologique), les stratégies concrètes d'apport calorique (dimension nutritionnelle) et l'organisation des repas en milieu scolaire et familial (dimension écologique et sociale).

Le présent article se propose (1) de détailler les mécanismes neurobiologiques de l'effet anorexigène du méthylphénidate, (2) de comparer les différentes formes galéniques quant à leur retentissement sur l'appétit, (3) de structurer une prise en charge BPS-E multidimensionnelle, et (4) de situer les deux nouvelles alternatives amphétaminiques disponibles en France depuis 2025 — Xurta® (lisdexamfétamine) et Tentin® (dexamphétamine) — au regard de cette problématique spécifique.

2. Mécanismes neurobiologiques de l'effet anorexigène

Le méthylphénidate agit comme inhibiteur mixte de la recapture de la dopamine et de la noradrénaline, par blocage allostérique de leurs transporteurs présynaptiques (DAT et NET), sans provoquer la libération massive de neuromédiateurs propre aux amphétamines (pharmacomedicale.org ; Wikipédia, 2026). Cette augmentation de la disponibilité synaptique de dopamine et de noradrénaline concerne notamment le cortex frontal et le lobe insulaire (Bou Khalil et al., 2017).

Le lobe insulaire joue un rôle central dans l'intégration des signaux intéroceptifs, dont la sensation de dégoût. Selon la revue de Bou Khalil et al. (2017), l'activité intracérébrale du méthylphénidate serait incriminée dans le dérèglement de l'appétit à travers une stimulation de cette sensation de dégoût plutôt que par un mécanisme de satiété physiologique classique — ce qui explique en partie pourquoi certains enfants décrivent une aversion active pour la nourriture plutôt qu'une simple absence de faim. L'effet anorexigène a par ailleurs été démontré dans des études précliniques, bien que les doses et voies d'administration diffèrent significativement entre modèles animaux et usage clinique humain (Bou Khalil et al., 2017).

Chez l'adulte sain, Davis et al. (2012) ont montré que la suppression de l'appétit et de la prise alimentaire sous méthylphénidate est modulée par le sexe et le statut pondéral initial, suggérant une composante individuelle non négligeable dans la réponse anorexigène — élément à intégrer dans l'anamnèse BPS-E initiale plutôt que d'anticiper un effet uniforme chez tous les patients.

3. Données cliniques : ampleur, chronologie et croissance

Sur le plan épidémiologique, la première méta-analyse ayant évalué l'effet des psychostimulants sur le poids, publiée en 1982, rapportait une perte pondérale chez les sujets traités (Bou Khalil et al., 2017). Une méta-analyse ultérieure portant spécifiquement sur le risque de diminution de l'appétit a estimé qu'environ un enfant traité sur quatre était concerné (Bou Khalil et al., 2017). Cliniquement, la perte de poids prédomine durant les trois à six premiers mois de traitement, avec une tendance des courbes pondérales à rejoindre progressivement celles des sujets non traités dans les années suivantes — l'effet anorexigène du méthylphénidate ne persistant pas indéfiniment à l'identique (Bou Khalil et al., 2017).

Le retentissement statural fait l'objet d'un suivi spécifique. Le ralentissement de la vitesse de croissance sous psychostimulant est dose-dépendant et réversible à la diminution ou à l'arrêt du traitement, voire spontanément avec la poursuite du traitement (Association française de pédiatrie ambulatoire [AFPA], 2023). Le suivi longitudinal de la cohorte MTA (Multimodal Treatment of ADHD) a objectivé un ralentissement transitoire de la croissance staturale sous traitement continu, sans retentissement définitif documenté sur la taille adulte dans la majorité des cas (MTA Cooperative Group, 2004 ; Swanson et al., 2007). Ces données justifient une surveillance auxologique régulière (courbes de poids et de taille) plutôt qu'une inquiétude disproportionnée, tout en légitimant une action nutritionnelle précoce.

⚠ Point de vigilance clinique

▸ Une perte de poids > 10 % du poids initial, un fléchissement net et durable de la courbe staturale (croisement de plus d'un couloir), ou l'apparition de conduites de restriction volontaire doivent faire réévaluer la posologie, la forme galénique, voire suspendre transitoirement le traitement (fenêtre thérapeutique).

▸ Une évaluation pédiatrique ou endocrinologique est recommandée en cas de retentissement staturo-pondéral persistant au-delà de 12 mois (AFPA, 2023).

4. Formes galéniques : un retentissement différentiel sur l'appétit

Le méthylphénidate est commercialisé en France sous forme à libération immédiate (LI — RITALINE®) et sous plusieurs formes à libération prolongée ou modifiée (RITALINE LP®, QUASYM LP®, CONCERTA LP®, MEDIKINET LM®), dont les profils pharmacocinétiques diffèrent sensiblement (e-psychiatrie.fr, 2026 ; pharmacomedicale.org).

4.1 Profil pharmacocinétique comparé

•  Forme LI (Ritaline®) : résorption rapide et quasi complète, pic plasmatique (Tmax) à environ 2 heures, durée d'action de 3 à 4 heures. La perte d'appétit est typiquement ponctuelle, concentrée sur la fenêtre d'action, classiquement au moment du déjeuner si la prise du matin a lieu avant l'école (e-psychiatrie.fr, 2026 ; praxis-suchtmedizin.ch, 2023).

•  Formes LP biphasiques (Quasym LP®, Ritaline LP®, Medikinet LM®) : un premier pic comparable à la forme LI puis une seconde élévation plasmatique au cours de la journée, prolongeant la couverture symptomatique mais aussi la fenêtre d'anorexie, avec un possible retentissement sur le repas du soir (pharmacomedicale.org).

•  Forme OROS (Concerta LP®) : système de diffusion osmotique procurant une libération progressive et un pic plasmatique décalé en fin de journée ; la quantité totale absorbée sur 24h avec une prise unique est comparable à une administration biquotidienne de forme LI, mais la couverture continue peut atténuer les fenêtres de « rebond » de faim observées avec les formes biphasiques (e-psychiatrie.fr, 2026).

En pratique clinique, il est recommandé de tester plusieurs formes galéniques et plusieurs dosages avant de conclure à un échec thérapeutique ou à une intolérance définitive (Genève — Comparaison des formes de méthylphénidate, s.d.), les effets secondaires — dont la diminution de l'appétit — étant généralement bénins et tendant à s'atténuer avec le temps malgré la poursuite du traitement. Le choix de la galénique et de sa répartition horaire doit être individualisé selon le profil scolaire et familial de l'enfant : une forme dont l'effet anorexigène se concentre sur le déjeuner scolaire (souvent moins investi affectivement) peut être préférable à une forme empiétant sur le dîner familial.

Forme

Pic plasmatique

Durée d'action

Fenêtre d'anorexie typique

Repas le plus exposé

LI (Ritaline®)

~2 h

3–4 h

Milieu de journée

Déjeuner

LP biphasique (Quasym®, Medikinet LM®)

2 pics (matin + après-midi)

6–8 h

Journée entière

Déjeuner et goûter

OROS (Concerta LP®)

Progressif, décalé

10–12 h

Fin de journée

Goûter, parfois dîner

Tableau 1 — Profils pharmacocinétiques comparés et retentissement différentiel sur l'appétit (synthèse à partir de e-psychiatrie.fr, 2026 ; pharmacomedicale.org)

5. Grille de lecture BPS-E de l'appétit sous psychostimulant

La restriction alimentaire sous méthylphénidate ne peut être réduite à un phénomène pharmacologique isolé. Le modèle BPS-E invite à l'appréhender simultanément dans ses quatre dimensions, chacune ouvrant sur des leviers d'intervention spécifiques.

5.1 Dimension biologique

Dimension Biologique

▸ Surveillance staturo-pondérale trimestrielle la première année (courbes de croissance, IMC), puis semestrielle.

▸ Bilan pré-thérapeutique standard : poids, taille, pression artérielle, fréquence cardiaque, antécédents cardiovasculaires familiaux (HAS, 2014).

▸ Recherche de causes organiques intercurrentes en cas de perte de poids disproportionnée par rapport à la posologie (pathologie digestive, thyroïdienne).

▸ Fenêtres thérapeutiques (arrêt de fin de semaine ou de vacances scolaires) à discuter au cas par cas pour permettre une reprise pondérale partielle.

5.2 Dimension psychologique

Dimension Psychologique

▸ Explorer le vécu subjectif de la perte d'appétit : dégoût actif plutôt que simple absence de faim (Bou Khalil et al., 2017), susceptible d'être mal interprété par l'enfant ou la famille comme un trouble du comportement alimentaire.

▸ Vigilance particulière à l'adolescence, période de vulnérabilité aux troubles des conduites alimentaires : différencier une anorexie pharmaco-induite d'une restriction cognitive émergente.

▸ Prévenir la stigmatisation autour du repas (« il ne mange rien », comparaisons avec la fratrie) qui peut fragiliser l'estime de soi et la relation au corps.

▸ Valoriser les repas comme temps relationnel plutôt que comme seul enjeu calorique, en associant l'enfant au choix des collations de compensation.

5.3 Dimension nutritionnelle et mode de vie

Dimension Nutritionnelle & Mode de vie — stratégies pratiques

▸ Petit-déjeuner copieux et pris avant l'administration du psychostimulant (fenêtre où l'appétit est encore intact), riche en protéines et lipides de bonne qualité.

▸ Collations denses en calories aux moments de moindre effet pharmacologique (fin d'après-midi, avant le coucher) : fruits secs, produits laitiers entiers, barres énergétiques.

▸ Enrichissement discret des repas (huile, fromage râpé, poudre de lait) plutôt que forcer les quantités, source de conflits et d'aversion renforcée.

▸ Collaboration avec un(e) diététicien(ne) en cas de perte de poids significative ou de sélectivité alimentaire associée.

▸ Éviter de faire coïncider le pic d'action du traitement avec le repas principal lorsque le choix de la forme galénique le permet (cf. Tableau 1).

5.4 Dimension écologique et sociale

Dimension Écologique & Sociale

▸ Coordination avec l'infirmière ou le personnel de cantine scolaire : signalement discret, adaptation des portions, autorisation d'une collation en classe si besoin.

▸ Information des enseignants sur le lien entre traitement et appétit, pour éviter des remarques inadaptées en collectivité.

▸ Sensibilisation de la fratrie et de l'entourage élargi afin d'éviter les comparaisons ou pressions autour de la prise alimentaire.

▸ Prise en compte du contexte socio-économique : les stratégies de compensation caloriques (collations enrichies, aliments protéinés) ont un coût qui doit être anticipé avec les familles en situation de précarité.

6. Les nouvelles alternatives amphétaminiques : Xurta® et Tentin®

Jusqu'en 2025, la France constituait une exception européenne en limitant les traitements pharmacologiques du TDAH au seul méthylphénidate (Teddi-TDAH, s.d.). Deux spécialités à base d'amphétamines ont depuis obtenu une autorisation de mise sur le marché (AMM) en seconde ligne, après réponse clinique jugée insuffisante au méthylphénidate : Xurta® (lisdexamfétamine) et Tentin® (dexamphétamine).

6.1 Xurta® (lisdexamfétamine)

Xurta® contient du dimésylate de lisdexamfétamine, prodrogue inactive métabolisée en dexamfétamine, sa forme active (Le Moniteur des Pharmacies, 2025). Il est indiqué chez l'enfant à partir de 6 ans en seconde ligne après échec du méthylphénidate, ainsi que chez l'adulte présentant un TDAH persistant depuis l'enfance (Vidal, 2025). Sa durée d'action prolongée, de l'ordre de 13 heures avec une dose unique matinale, en fait une option pour les patients en échappement thérapeutique tardif dans la journée (Vidal, 2025). Trois dosages sont disponibles (20, 30 et 40 mg), avec une dose initiale recommandée de 30 mg par jour (Vidal, 2025). Le médicament n'est à ce jour pas remboursé par l'Assurance Maladie en France, le coût restant à la charge du patient (synapsetdah.fr, 2026).

6.2 Tentin® (dexamphétamine)

Tentin® contient du sulfate de dexamphétamine, psychostimulant amphétaminique disponible en trois dosages (5, 10 et 20 mg) (Vidal, 2026). Contrairement à Xurta®, son AMM est restreinte aux enfants et adolescents de 6 à 17 ans ; il n'est pas indiqué chez l'adulte, la sécurité et l'efficacité n'ayant pas été établies dans cette population (ANSM, RCP Tentin, 2025). La dose quotidienne initiale recommandée est de 5 mg une à deux fois par jour, avec titration hebdomadaire par paliers de 5 mg selon la tolérance, la dose maximale usuelle étant de 20 mg/jour (ANSM, RCP Tentin, 2025). L'avis de la Commission de la Transparence de la HAS (28 janvier 2026) a conclu à une absence d'amélioration du service médical rendu (ASMR V) et à un service médical rendu jugé faible (SMR V), avec un remboursement limité à 30 % (HAS, 2026 ; HyperSupers TDAH France, 2026).

6.3 Profil comparé sur l'appétit : que sait-on réellement ?

Sur le plan pharmacologique, la dexamfétamine et la lisdexamfétamine appartiennent à la classe des amphétaminiques stricts, dont le mécanisme d'action diffère de celui du méthylphénidate : elles favorisent la libération de dopamine nouvellement synthétisée dans la fente synaptique, en plus de l'inhibition de la recapture (Wikipédia, Méthylphénidate, 2026). Cette action dopaminergique plus intense est cohérente avec un potentiel anorexigène au moins équivalent, voire supérieur, à celui du méthylphénidate — ce que suggère indirectement la littérature nord-américaine sur les sels d'amphétamine, historiquement utilisés comme coupe-faim avant leur retrait de cette indication.

Il est essentiel de souligner ce que les autorités françaises rappellent explicitement : il n'existe pas, à ce jour, de donnée comparative directe entre la dexamfétamine (Tentin®) et sa prodrogue la lisdexamfétamine (Xurta®) concernant leur tolérance respective, le choix entre les deux molécules reposant sur le contexte clinique plutôt que sur une hiérarchie démontrée (HAS, Avis Tentin, 2026). La revue Prescrire (2025) souligne de même la nécessité de rester prudent sur l'évaluation comparative de ces deux spécialités, récemment introduites, dont le profil de tolérance à long terme — notamment cardiovasculaire — reste à préciser (HAS, Avis Tentin, 2026).

En pratique, l'absence de données long terme conduit à recommander, pour ces deux molécules comme pour le méthylphénidate, une surveillance staturo-pondérale au moins aussi rigoureuse, associée à un contrôle cardiologique renforcé (fréquence cardiaque, pression artérielle à chaque ajustement, échographie cardiaque en cas de doute), du fait des incertitudes sur les risques d'hypertension artérielle pulmonaire et de valvulopathies inhérents à la classe amphétaminique (HAS, Avis Tentin, 2026).

Critère

Méthylphénidate

Xurta® (lisdexamfétamine)

Tentin® (dexamphétamine)

Remarque

Ligne de traitement

1ʳᵉ intention

2ᵉ intention

2ᵉ intention

Après échec MPH

Âge autorisé

6 ans +, adulte

6 ans +, adulte

6–17 ans uniquement

Tentin non autorisé adulte

Mécanisme

Inhibition recapture DA/NA

Prodrogue → dexamfétamine (libération + recapture)

Amphétamine directe (libération + recapture)

Amphétaminiques = potentiel anorexigène ≥ MPH

Données comparatives tolérance

Recul > 40 ans

Non comparées formellement à Tentin

Non comparées formellement à Xurta

Choix clinique, non hiérarchisé (HAS, 2026)

Remboursement

Oui

Non (2026)

30 % (SMR V)

Frein d'accès pour Xurta

Tableau 2 — Comparaison synthétique méthylphénidate / Xurta® / Tentin® (HAS, 2026 ; Vidal, 2025-2026 ; Le Moniteur des Pharmacies, 2025)

7. Vignette clinique illustrative (cas fictif)

⚠ Avertissement : la vignette suivante est entièrement fictive. Toute ressemblance avec un patient réel serait fortuite.

Léo, 9 ans, est traité par méthylphénidate LP biphasique (Quasym LP® 20 mg le matin) depuis quatre mois pour un TDAH à présentation combinée. Ses parents rapportent qu'il « ne touche presque plus à son assiette » le midi et le goûter, avec une perte de 1,8 kg documentée sur la courbe de croissance (passage du 50ᵉ au 25ᵉ percentile). L'enseignante signale qu'il refuse systématiquement le plateau de cantine.

L'évaluation BPS-E retrouve : dimension Biologique — fléchissement pondéral modéré sans franchissement de couloir majeur, pas de retentissement statural ; dimension Psychologique — Léo décrit « une envie de vomir » plutôt qu'une absence de faim, sans idées de restriction volontaire ni distorsion de l'image corporelle ; dimension Nutritionnelle — petit-déjeuner pris trop rapidement avant l'école, aucune collation de compensation ; dimension Écologique — absence de communication avec la cantine scolaire.

Conduite recommandée : substitution par une forme OROS (Concerta LP®) permettant de reporter le pic anorexigène en fin d'après-midi et de préserver l'appétit du déjeuner ; enrichissement du petit-déjeuner (protéines, matières grasses) pris avant la prise médicamenteuse ; mise en place d'une collation dense en calories à 16h30 ; courrier de liaison à l'infirmière scolaire autorisant une collation en classe si besoin ; réévaluation pondérale à six semaines. Aucun changement de molécule n'est indiqué à ce stade, le méthylphénidate restant efficace sur le plan attentionnel.

8. Conduite pratique et arbre décisionnel

Face à une diminution d'appétit sous psychostimulant, une démarche structurée en paliers est proposée, cohérente avec la séquence OPERA du modèle BPS-E (Paris et al., 2026) :

•  Palier 1 — Optimisation nutritionnelle et horaire : enrichissement du petit-déjeuner, collations de compensation, ajustement de l'heure de prise par rapport aux repas.

•  Palier 2 — Changement de forme galénique : passage d'une forme biphasique à une forme OROS (ou inversement) pour déplacer la fenêtre d'anorexie hors des repas principaux (cf. Tableau 1).

•  Palier 3 — Ajustement posologique : réduction de dose si le bénéfice attentionnel le permet, en évaluant le rapport bénéfice/tolérance.

•  Palier 4 — Fenêtre thérapeutique : arrêt de fin de semaine ou de vacances scolaires, permettant une reprise pondérale partielle sans compromettre le suivi scolaire.

•  Palier 5 — Changement de molécule : discussion d'un passage à une alternative amphétaminique (Xurta® ou Tentin®) uniquement en cas d'échec attentionnel du méthylphénidate — non en cas de seule intolérance sur l'appétit, ce changement n'apportant pas de garantie de meilleure tolérance alimentaire.

9. Limites et perspectives

Cette synthèse comporte plusieurs limites. D'une part, les données de tolérance comparée entre Xurta®, Tentin® et méthylphénidate sur le plan spécifique de l'appétit restent parcellaires, ces deux spécialités étant commercialisées en France depuis moins de deux ans au moment de la rédaction de cet article. D'autre part, les mécanismes précis de l'effet anorexigène du méthylphénidate — en particulier l'implication du lobe insulaire et de la sensation de dégoût — reposent sur un nombre limité d'études, appelant une recherche neurofonctionnelle complémentaire (Bou Khalil et al., 2017).

Une perspective clinique importante concerne l'intégration systématique d'un volet nutritionnel BPS-E dès l'introduction du traitement, plutôt qu'en réaction à une perte de poids déjà installée — logique préventive cohérente avec l'esprit du questionnaire Exalis développé dans le cadre du programme de recherche BPS-E (Paris et al., 2026). Le suivi prospectif des cohortes de patients sous Xurta® et Tentin® en pharmacovigilance française permettra, dans les prochaines années, de préciser leur profil anorexigène réel en conditions de vie réelle.

10. Conclusion

La diminution de l'appétit sous méthylphénidate n'est ni anodine ni univoque : elle résulte d'une hyperactivation dopaminergique et noradrénergique frontale et insulaire, module selon la forme galénique utilisée, et retentit sur des dimensions biologique, psychologique, nutritionnelle et écologique intriquées. L'arrivée de Xurta® et Tentin® enrichit l'arsenal thérapeutique du TDAH en seconde ligne, mais ne dispense pas d'une vigilance au moins équivalente sur le plan pondéral et cardiovasculaire, en l'absence de données comparatives établies. La grille BPS-E offre au clinicien un cadre structuré pour ne pas réduire cette problématique à un simple ajustement posologique, et pour mobiliser, autour de l'enfant ou de l'adulte traité, l'ensemble des ressources familiales, scolaires et nutritionnelles disponibles.

En accord avec la devise du modèle BPS-E : « évaluer pour comprendre, comprendre pour agir, agir en cohérence avec la complexité de la personne ».

Conflits d'intérêts : L'auteur déclare ne pas avoir de liens d'intérêts. Financement : aucun financement externe. Contribution : Dr. Claude Jean Paris — conception, analyse et rédaction.


 

Références bibliographiques

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Bou Khalil, R., Fares, N., Saliba, Y., Tamraz, J., & Richa, S. (2017). L'effet de la méthylphénidate sur l'appétit et le poids. L'Encéphale, 43(6), 577-581. https://doi.org/10.1016/j.encep.2017.01.007

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Article soumis pour publication. Version 1.0 — Juillet 2026 — Dr. Claude Jean Paris, Psychiatre et Pédopsychiatre, Boulogne-Billancourt.

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